OCCUPER UN QUARTIER MILITAIRE.

39. Le second parti, c'est-à-dire la concentration dans et autour d'un

grand quartier militaire, est plus conforme aux règles spéciales de la

guerre; différentes circonstances, détaillées précédemment, peuvent le

faire préférer, même au point de vue politique; il est moins exclusif,

moins absolu; il n'abandonne pas entièrement la population à tous les

écarts et à toutes les influences.

Ce parti se prête d'ailleurs merveilleusement, pendant la lutte même,

aux modifications devenues désirables, soit pour passer au premier plan,

soit pour adopter successivement les deux derniers; il permet de tenir

compte de toutes les éventualités et circonstances ultérieures, si

variables, si imprévues.

Il serait dangereux, inhumain et souvent inutile d'en venir de suite,

sans une impérieuse nécessité évidemment démontrée par l'insuccès des

premiers plans successivement et sérieusement essayés, au parti extrême

de l'évacuation complète, du blocus et du bombardement; il faut se

résoudre à combattre énergiquement, dans la ville même, et s'organiser

de longue main en conséquence.

40. Ce système de défense doit être adopté par une garnison inférieure,

chargée de maintenir une population nombreuse, en s'appuyant à une

position intérieure fortifiée, d'où elle peut donner la main aux amis de

l'ordre.

Si elle abandonnait la ville, ses forces affaiblies, en s'éloignant de

la citadelle et de ses partisans, éprouveraient de grandes pertes au

milieu d'une masse d'insurgés rapidement accrue sur la ligne de

retraite: les plus graves désordres seraient commis dans la ville

évacuée.

41. Ce parti et le précédent sont les seuls à prendre, à l'égard de

toute ville amie ou ennemie fortifiée d'une enceinte continue, derrière

laquelle l'insurrection pourrait longtemps se défendre, avec des

approvisionnements et moyens suffisants.

Ils sont encore les plus convenables, malgré l'existence et la

possession des forts dominants les rares issues de cette enceinte et

toutes les avenues du la ville.

42. Dès que les attroupements menacent d'une émeute, la garde nationale

a dû faire d'abord ses efforts pour éloigner cette triste éventualité;

elle tient bon, et se replie, en cas de nécessité, sur les casernes et

mairies.

Pendant ce temps, la troupe de ligne disposée, dès le premier bruit, à

prendre les armes, et restée jusque-là au repos, sort de ses casernes

pour occuper militairement le quartier de la ville le plus favorable.

Elle prend position à l'intérieur des principaux établissements qui s'y

trouvent, et où ont été rassemblés des approvisionnements de vivres, de

munitions et de tout ce qui est indispensable pour faciliter la défense

ou l'attaque dans ce genre de guerre.

* * * * *

43. Le quartier militaire de défense choisi doit, autant que possible,

dominer le reste de la ville et le dehors; communiquer facilement avec

eux sans défilés intermédiaires; être à cheval sur les obstacles qui

traversent la cité; renfermer le centre du gouvernement, les grandes

administrations, les principaux magasins de vivres et de munitions ou,

au moins, les couvrir; isoler les uns des autres les différents

arrondissements insurgés; communiquer directement avec la capitale ou

avec les villes et contrées principales d'où l'on peut être secouru.

Il serait à désirer qu'il fût séparé de la partie de cité non occupée

par une enceinte d'obstacles ou de grandes communications faciles à

garder; et qu'il isolât, d'avec le dehors, les arrondissements

abandonnes ou révoltés.

La surface du quartier militaire doit être le tiers ou le quart, au

moins, de celle de la ville.

Les flancs de l'enceinte de séparation, difficiles à tourner, seront

convenablement appuyés à de fortes positions extérieures dominantes, le

tout afin de pouvoir agir dans les diverses directions, et d'éviter

d'être bloqué ou refoulé.

44. Dans le même but, et suivant que la ville a 100,000 âmes ou

1,000,000 d'âmes de population, 500 ou 5,000 hectares de superficie, il

est presque toujours nécessaire d'occuper, au milieu de la partie non

gardée, à 800 ou 1500 mètres en avant, par des détachements de 1/2

bataillon à 2 bataillons de ligne, renforcés, s'il y a lieu, à l'aide

des gardes nationaux de l'arrondissement, trois positions importantes,

fortes et approvisionnées: ces avancées devront, autant que possible,

dominer les principaux défilés que forment les obstacles transversaux.

S'il existe un quartier populeux et hostile plus en dehors de cette

ligne avancée, il est même utile d'y occuper, au centre, par un

détachement pareil, un poste dominant, fort et approvisionné, où peuvent

se rallier également les gardes nationales des environs.

Ces trois ou quatre positions extérieures au quartier militaire forment,

dans la partie de ville non entièrement occupée, un réseau de centres

d'action pour les retours offensifs, espacés de 500 à 1500 mètres l'un

de l'autre, suivant que la ville a 100,000 âmes ou 1,000,000 d'âmes de

population; elles sont surtout utiles contre une insurrection qui fait

usage des barricades: elles retardent l'établissement de celles-ci, ou

donnent le moyen de les tourner toutes lorsque l'on reprendra

l'offensive.

Les défilés existants, sur les communications de ces établissements avec

le gros de la garnison, seront également gardés.

Les mairies, la manutention, les télégraphes, l'arsenal, la poudrière,

la poste, et même les messageries, pourraient être ainsi occupés comme

postes extérieurs. On choisira, parmi ces édifices, les plus importants

par eux-mêmes et par l'avantage de leur situation.

Si, nonobstant le concours des gardes nationaux, la conservation de

quelques-uns de ces établissements principaux, affaiblissait la troupe

en exigeant un trop grand fractionnement de forces, on réduirait ces

postes extérieurs au strict nécessaire.

Mais il faudrait, autant que possible, avant d'évacuer les édifices les

moins utiles à la défense, rallier la garde nationale de

l'arrondissement; transporter dans le quartier militaire, ou au moins

détruire tout ce dont les révoltés pourraient profiter, voitures,

bateaux, moyens de transport, de correspondance ou de combat.

La majeure partie des gardes nationales seront successivement dirigées,

par détachements suffisants, sur des positions à occuper en arrière de

la troupe de ligne.

45. Si G représente le chiffre de la garnison qui était nécessaire dans

la ville, pour y combattre partout l'émeute, conformément au premier

plan, l'effectif de la troupe indispensable dans cette seconde hypothèse

sera 1/8 G plus 2 à 8 bataillons, en général, la moitié de la garnison

précédente.

L'effectif de la troupe détachée au dehors du quartier militaire variera

du tiers à la moitié au plus des forces totales.

§ III.

Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet · 第 24 / 60 题