RÉPRIMER LA RÉVOLTE DANS TOUTE LA VILLE.

37. Selon l'état moral de la troupe, de la garde nationale, de la

population, des provinces, des insurgés; selon les desseins avoués ou

secrets des factions, les forces respectives de tous, la nature du

théâtre de la lutte, la position du Gouvernement vis-à-vis les pouvoirs

légaux et l'étranger, il y a quatre partis différents à prendre, de

prime-abord, en cas de révolte.

1° N'évacuer aucun quartier, réprimer partout l'émeute;

2° Occuper un quartier militaire, sauf à agir ultérieurement au dehors

de ce grand réduit;

3° Concentrer toutes ses forces dans une position extérieure, contiguë,

dominante;

4° Se replier sur une place voisine pour revenir, avec toutes les forces

réunies, contre la capitale.

38. Le premier parti est ordinairement suivi; c'est le plus naturel:

celui que conseillent à la fois l'humanité, la politique et les devoirs

imposés à un Gouvernement dans sa capitale.

Le plus souvent, il restreint l'insurrection et ses ravages; il permet

d'éviter, dans tout le pays, une commotion sanglante; il empêche les

dévouements de faiblir, les moyens répressifs d'échapper; il couvre

mieux le Gouvernement menacé, en s'opposant directement à l'installation

des pouvoirs révolutionnaires: nous nous en occuperons spécialement dans

ce mémoire.

Avant de s'arrêter à ce premier parti, il faut bien examiner la

situation, peser toutes choses et leurs conséquences; les émeutes

deviennent chaque jour plus fréquentes, redoutables et décisives.

Il faut savoir si l'on peut, si l'on veut livrer bataille à l'intérieur,

partout ou se présentera la révolte; si l'on est sûr de rester toujours

calme au milieu du dédale immense des différents quartiers hostiles; en

présence des vagues frémissantes d'une population follement

impressionnable, qui sera, dans de certaines circonstances, à la suite,

à la discrétion apparente ou réelle des partis les plus audacieux; si

l'on doit compter sur l'inébranlable solidité de la troupe, même au delà

de l'heure suprême; si la nature de la ville, les communications et

obstacles qui la traversent, les positions qui y existent, facilitent la

lutte; si une trop grande concentration ne donnerait pas plus de force

et d'audace à l'insurrection que de chances à la répression; si le

pouvoir sera certain de rester toujours un et fort; si, au milieu des

surprises, des péripéties qui vont augmenter ses embarras, il ne sera

pas exposé à laisser échapper ses moyens d'action les plus essentiels et

jusqu'à l'autorité suprême.

Dans une ville de province, où l'existence du Gouvernement ne peut être

mise en question, et plus encore dans toute ville étrangère, différentes

circonstances pourraient faire rejeter ce parti comme anti-militaire, si

la question d'humanité ne devait pas le plus souvent dominer.

§ II.

Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet · 第 23 / 60 题