RÉVOLUTION, EMPIRE, RESTAURATION.

25. L'émeute de Varsovie, contre les troupes russes, le 6 et le 7 avril

1794, doit être mentionnée.

La garnison russe comptait 9 bataillons, 8 escadrons, 36 canons, 5 à

6,000 hommes.

1,000 prussiens auxiliaires étaient cantonnés, à une et à deux lieues,

au nord de la ville.

2,000 polonais hostiles, à la disposition de généraux et d'un

gouvernement également hostiles, étaient établis en ville, au nord, au

sud et à l'ouest, dans quatre casernes; ils avaient des magasins

d'armes, de munitions et d'artillerie.

La ville de Varsovie, figurait une demi-circonférence de 2.500 mètres de

rayon, sur la rive gauche et à l'ouest de la Vistule; elle communiquait,

par un pont, avec Praga, sur la rive droite et à l'est; elle renfermait,

dans une enceinte fortifiée, 900 hectares et 125,000 habitants.

Par des affiches, des pièces de théâtre politiques, de fréquentes

alarmes et incendies, par des rumeurs contre les Russes, par des clubs,

on excitait le peuple, on l'attroupait.

Les bourgeois restèrent chez eux, leurs portes fermées, sans prendre

part à la révolte, où figurèrent, sous la direction de quelques

mécontents, des ouvriers, domestiques et paysans, ainsi que des soldats

congédiés venus du dehors; en tout, il y eut 1,000 à 1,200 émeutiers

agissant par bandes de 150.

Plus on approchait du jour de l'émeute, moins on pouvait prévoir qu'elle

dût éclater; cependant, dans la journée du 5, plus de 50,000 cartouches

furent distribuées de main en main.

Le plan de défense était connu des polonais avec qui il avait fallu le

concerter.

4 brigades, espacées de 800 mètres les unes des autres et du quartier

général, fortes chacunes de 2 à 3 bataillons et escadrons, 6 à 10

pièces, devaient occuper au sud, à l'ouest, au centre, au nord de la

ville, mais de trop loin et sans communications suffisamment assurées,

les avenues du quartier général; surveiller et contenir les troupes

polonaises, le pont et le faubourg de Praga.

Le 6, à quatre heures du matin, les polonais commencèrent les

hostilités, ayant pour principal but de parvenir au quartier général.

Les 2 bataillons, 2 escadrons, 9 pièces de la brigade Milaschewicz

occupaient, au sud, le carrefour des Trois-Croix et les grandes rues en

arrière, vers le centre de la ville, pour contenir le régiment polonais

Dzialinsky dans ses casernes.

La tête de cette brigade et ses postes de flancs laissèrent passer ce

régiment: le reste de la brigade l'arrêta et parlementa avec lui pendant

3 heures, sans se mettre en mesure d'agir; lorsque les hostilités

commencèrent, les compagnies contre lesquelles les Polonais s'étaient

présentés, se battirent seules pendant plusieurs heures, sans être

soutenues par le reste de la brigade: cette dernière troupe, qui eût

décidé le succès contre le régiment polonais, ne donna plus signe de vie

pendant les journées du 6 et du 7.

Les deux bataillons de grenadiers, deux compagnies, trois escadrons et

dix pièces de la brigade Van Suchteln, placés depuis le palais de Saxe

jusqu'aux barrières de Wola et de Jérusalem, de l'est à l'ouest de la

ville, dans la partie centrale la plus importante et la plus facile à

tenir, près de laquelle le corps prussien et le parc auraient dû être

réunis, restèrent inactifs, sans se garder, sans voir d'ennemis sérieux,

sans marcher au secours du quartier général, faute des ordres et de la

présence du général de brigade.

Le général Nowiczky vint prendre ce commandement abandonné; et

s'exagérant la position de la 1re brigade, fit sortir la 2e brigade de

la ville, à 11 heures du matin, par une porte ouest; il prit position en

carré, à 500 mètres de l'enceinte, avec le parc d'artillerie laissé à

Wola, sous la garde de deux compagnies et d'un escadron; en ce moment,

Nowiczky disposait de 4 bataillons, 5 escadrons et 24 canons.

De ces troupes, sorties si mal à propos de Varsovie, il en rentra 3

bataillons, 4 escadrons et 16 pièces, en une colonne profonde, à 2

heures et demie du soir; la tête parvint jusqu'au palais de Saxe, à 500

mètres du général en chef, dans un quartier tranquille et ouvert.

Mais, après trois heures de station, alors que l'insurrection se croyait

perdue à la vue d'une pareille colonne, contre laquelle aucun coup de

fusil n'avait été tiré des fenêtres, on fut étonné de voir cette troupe,

à 6 heures du soir, rétrograder jusqu'au dehors de la ville, devant 50

émeutiers qui faisaient mine de lui disputer le passage avec un canon.

Des compagnies entières de ce corps s'étaient débandées pour piller:

elles furent plus tard massacrées ou prises.

La colonne rejoignit, sans être nullement inquiétée, le général Nowiczky

qui l'avait détachée; le corps entier fit halte jusqu'à minuit, puis se

retira à deux lieues de la ville; le lendemain, à midi, le général

Nowiczky se mit en marche, avec tout son monde, vers les grands

équipages, vis-à-vis Karczew, sans s'occuper de ce qui se passait en

ville. Le 19 avril, à Sgersche, le général en chef eut seulement des

nouvelles de ce corps.

Les trois bataillons et deux escadrons de la brigade du comte de Zouboff

devaient garder le centre de la ville, plus au nord, direction

ouest-est, ainsi que le passage de la Vistule.

Un bataillon suivit le mouvement de retraite de la précédente brigade;

un autre fut massacré dans une église où il communiait sans armes. Le 7,

au soir, le 3e bataillon et l'hôpital évacuèrent tranquillement Praga,

sur transports fournis par l'autorité municipale; ils rejoignirent, le

13 avril, le général en chef à Modlack.

Pendant l'émeute, toutes les attaques furent dirigées contre le quartier

du général en chef Igelstrom, rue Podwal, par quatre bandes de 150

hommes, occupant du côté de la Vieille ville et de l'arsenal, à 300

mètres de distance, les maisons de seigneurs et les carrefours

environnants, pour bloquer et fusiller les troupes du quartier général.

Ce quartier général, dans une partie de ville rétrécie et hostile, non

centrale par rapport aux autorités ou troupes polonaises et à la ville

de Varsovie elle-même, aurait dû être placé rue Krolewska, près du

palais de Saxe.

Le matin du 6, l'ennemi fut partout repoussé autour de cette position,

avec perte en hommes et en canons. À 2 heures après midi, il renouvela

ses attaques; dans l'intervalle il s'était borné à tirer des fenêtres

et des coins de rues contre les postes russes qui répondaient à ce feu.

Ceux-ci résistèrent espérant être rejoints par les autres brigades: mais

les tiraillements de l'état-major général, l'irrésolution des chefs

détachés, les corps entiers débandés, le passage subit d'un excès de

confiance au découragement; et, pardessus tout, le quartier général

bloqué de près, sans possibilité de communiquer avec les autres

brigades, ne permirent aucune bonne résolution.

Les troupes du quartier général auraient pu marcher aux détachements et

les réunir: mais on craignit d'abandonner les archives non encore

brûlées.

Le soir, on ne fut plus assailli que par le quart des rassemblements du

matin; la nuit fut tranquille et aurait permis une retraite facile.

Au commencement, le quartier général avait été défendu par un bataillon

et deux escadrons; ces troupes furent successivement renforcées le 6,

avant 7 heures du soir, par les deux bataillons de la 4e brigade.

Celle-ci, chargée de défendre la partie nord de la ville, très-hostile,

et en face de trois quartiers de troupes polonaises, se retira d'abord

en dehors de Varsovie sur les Prussiens; puis, au bruit de la fusillade,

elle revint assez facilement sur le quartier général.

Au jour, les Polonais informés de la retraite définitive et inespérée de

la 2e brigade, moitié de la garnison, reprirent avec la plus grande

vivacité toutes leurs attaques, jusque-là successivement ralenties ou

abandonnées; ils cernèrent le quartier général, de plus près, et au

point de le rendre inhabitable: le moral des troupes était abattu.

700 hommes, 50 chevaux et 4 canons restaient au quartier général ou dans

une cour voisine.

Le 7, vers 8 heures du matin, le général en chef se retira avec 350

hommes, sur les Prussiens, par le nord de la ville, à travers une suite

d'enclos où l'on ouvrit des passages; on évita ainsi les positions

investissantes, le feu des maisons occupées et l'artillerie des

insurgés. À 10 heures, on rejoignit, dans un assez grand désordre, mais

avec perte seulement de 30 hommes, la cavalerie prussienne à la barrière

de Powonsck: on fut camper avec les Prussiens à Babice.

Pendant la nuit, un demi-escadron du quartier général avait porté, à ce

corps auxiliaire, l'ordre de se joindre, vers Wola, à la brigade

Nowiczky, pour rentrer en ville au secours du général en chef: lorsque

les Prussiens rencontrèrent celui-ci, en retraite, ils exécutaient cette

marche.

Le colonel Parfentiew et les 400 hommes du quartier-général ne

suivirent pas le mouvement de retraite; ils furent forcés, dans la

soirée, par l'insurrection.

Les Russes perdirent, à Varsovie, plus du tiers de leur garnison et 11

pièces de canon.

Le 7, à quatre heures du soir, le corps russo-prussien vint camper à

Modzin, à trois quarts de lieue de Varsovie.

Le 8 avril, il coucha à Sakroczin.

Le 19, à Sgersche.

L'arrivée, près de Varsovie, des troupes prussiennes, dont le général

Igelstrom ne voulut pas profiter; les imprudentes propositions

d'accommodement; la retraite intempestive d'une brigade russe, furent

autant de causes d'exaltation pour les insurgés.

Ainsi que dans plusieurs affaires de ce genre, l'honneur militaire fut

ici compromis, devant des forces très-intérieures, par le défaut de

vigilance et de bonnes dispositions; par l'irrésolution des chefs

détachés; par de longs pourparlers toujours dangereux; par des

tiraillements dans l'état-major-général; il en résulta des revers

inattendus; ceux-ci abattirent entièrement le moral d'une troupe qui,

mieux dirigée, eût glorieusement fait son devoir, et éprouvé beaucoup

moins de perte.

* * * * *

26. Dans la soirée du 12 vendémiaire an 3, les pourparlers, les

hésitations et la retraite intempestive du général chargé d'arrêter les

sectionnaires Lepelletier, au couvent des filles Saint-Thomas, à Paris,

enhardirent ces réactionnaires, augmentèrent le nombre de leurs

partisans; aussi, le lendemain, osèrent-ils attaquer la Convention, aux

Tuileries, avec 40,000 hommes armés.

Le 13, Bonaparte adopta pour ligne de défense, autour de la Convention,

la Seine, depuis le pont Louis XV jusqu'au Pont-Neuf, le Louvre, les

débouchés de la rue Saint-Honoré depuis la rue de Rohan jusqu'à la place

de la Concorde; il repoussa, il foudroya, avec l'artillerie et les 5,000

hommes de l'armée conventionnelle, cette émeute qui attaquait

imprudemment par colonnes compactes de 4.000 hommes.

Pendant la nuit, il empêcha, par quelques volées de coups de canons,

l'élévation des barricades que tentèrent de construire les moins

découragés; le peuple, ouvrier ordinaire des barricades, n'appuyait pas

ce mouvement contre-révolutionnaire.

Le 14, la section Lepelletier fut désarmée.

Dans ces journées, Bonaparte n'hésita pas à prendre parti pour la

Convention, malgré ses odieux excès antérieurs. Il comprit, qu'entre un

pouvoir existant, qui avait traversé les plus redoutables crises, et une

masse agitée sans union, sans influence dans le pays, le salut de la

France ne permettait pas d'hésiter.

Le commandement de l'armée d'Italie fut la récompense de cette haute

pensée d'ordre à laquelle il demeura toujours fidèle, même aux dépens de

son pouvoir, dans les phases les plus diverses d'une prodigieuse

existence; de tous ses lauriers, celui de vendémiaire ne fut pas un des

moins utiles. La postérité remarquera qu'il le cueillit au commencement

de sa carrière, à l'aide d'un coup d'oeil et d'une énergie également

exceptionnels. Ce début résume tout ce qui, dans cette grande nature,

restera le plus cher à la France et à la civilisation.

La gloire militaire de Napoléon sera sans égale, et cependant la

postérité admirera encore plus son génie politique: il révèla à un

siècle égaré les éternelles conditions du pouvoir et des sociétés; et

rien ne marche encore que par ce qui reste de sa vigoureuse impulsion.

Jamais chef d'État n'eut, contre l'anarchie, une soudaineté, une vigueur

de résolution, des colères, des antipathies égales aux siennes: son

exceptionnelle nature repoussait énergiquement toutes les impuretés des

aberrations humaines, attirait, élevait à elle ce qui était vrai,

utile, grand et beau.

Les rois l'ont abattu et persécuté: mais sa mémoire restera le dieu Lare

du foyer populaire; tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit y sera, de

génération en génération, admiré et cru. Le peuple, dérouté par les

mauvais exemples et les mauvaises leçons du siècle, n'ayant plus de foi

que pour Napoléon, ne connaîtra d'idées nobles et sensées que celles de

son héroïque légende. Sophistes qui conduisîtes l'Europe à l'anarchie et

à la ruine, expliquez le double mystère de cette mission et de cette

popularité également providentielles.

* * * * *

27. Le 1er mai 1808, les gens de la campagne, accourus dans Madrid, se

joignirent aux groupes nombreux de mécontents, surtout à la Puerta del

Sol, grande place centrale qui lie les rues principales de Mayor,

d'Alcala, de Montera, de Las Carretas; quelques escadrons de dragons

maintinrent cette multitude.

Le 2 mai, malgré les dispositions de la junte, Murat persista à faire

partir le reste de la famille royale; la vue d'un aide-de-camp français,

envoyé pour la complimenter, fut le signal d'une rixe qui bientôt excita

un soulèvement universel.

Les révoltés firent main basse sur les militaires isolés, qui,

nonobstant les ordres de l'Empereur, étaient dispersés, soit dans les

maisons de la ville, soit en corvée.

Murat monte à cheval, se place, avec la cavalerie de la garde, en dehors

des quartiers populeux, derrière le palais, près de la porte par

laquelle devait arriver une des divisions extérieures, sur une position

dominante, d'où il sera libre de déboucher dans toutes les directions.

Il fait entrer en ville et marcher sur la Puerta del Sol, par les

principales communications, les différents camps extérieurs ou corps

cantonnés à la circonférence.

Ces colonnes, venant à la rencontre l'une de l'autre, avaient rejeté sur

la place centrale la multitude furieuse, n'ayant même plus la liberté de

fuir. La cavalerie de la garde la dispersa.

La foule repoussée se réfugia dans les maisons et tira par les fenêtres;

les troupes firent des exécutions. La lutte la plus opiniâtre eut lieu à

l'arsenal; une partie de la garnison espagnole y était renfermée avec

ordre de ne pas combattre. Des insurgés s'y portèrent, firent feu sur

nos troupes, et le corps des artilleurs espagnols se trouva malgré lui

engagé.

L'attaque, à découvert, d'un édifice d'où partait un feu vif de

mousqueterie, nous coûta quelques hommes; nos soldats débusquèrent les

défenseurs, et l'arsenal fut pris, avant que le peuple pût s'emparer des

armes et des munitions.

En deux heures, cette redoutable émeute fut ainsi réprimée, mais non

sans carnage; d'abord, à l'hôtel des Postes, une commission militaire

faisait fusiller les paysans pris les armes à la main; la cavalerie,

dans la campagne, n'accordait aucun quartier aux fuyards, les ministres

espagnols et le chef d'état-major français firent cesser le combat

partout, et les premiers obtinrent la fin des exécutions.

Cette journée ôta à la populace de Madrid tout espoir de résister, même

à nos jeunes soldats dirigés par de vieux cadres. L'un des infants dit

le soir à Murat: «_Enfin on ne nous répétera plus que des paysans armés

de couteaux peuvent venir à bout de troupes régulières._» Les insurgés

avaient perdu 400 hommes, les Français 100 soldats; mais une exagération

salutaire donnait à cette journée plus d'importance; dès cet instant

Murat aurait pu tout oser. Le lendemain, il fit partir sans difficulté

le reste de la famille royale.

Le 4 décembre 1808, Napoléon reprit Madrid que le roi Joseph avait

évacué le 2 août.

Mais, se bornant à cantonner militairement son armée dans les principaux

quartiers de la ville et surtout dans les couvents; à faire opérer un

désarmement général, il resta, lui et son frère, à deux lieues au

dehors. Son intention était de réduire cette capitale, sous un long

régime d'état de siége, avant d'y laisser rentrer le roi Joseph, dont le

gouvernement n'aurait pu s'établir convenablement au milieu de

l'anarchie.

Il organisa, comme noyau d'armée espagnole, 16,000 soldats d'élite

presque tous étrangers.

La hauteur du Buen-Retiro fut entourée d'une enceinte, dont le parc et

la fabrique de la China formaient le réduit fortifié. Celui-ci

renfermait un hôpital, des magasins de matériel et de vivres

considérables; le tout devait exiger une attaque régulière.

Le 22 janvier 1809, mais après les succès de la Corogne et d'Uclès,

alors que l'insurrection paraissait définitivement abandonnée et

vaincue, Joseph fit son entrée dans Madrid à la tête des plus belles

divisions françaises.

* * * * *

28. En juillet 1830, le gouvernement avait un excès de confiance;

l'apparition de la troupe, jusqu'alors, avait suffi pour dissiper les

plus forts rassemblements; il ne prit pas toutes les dispositions

indispensables pour pouvoir tenir pendant plusieurs jours, contre une

rébellion armée, au milieu d'une population généralement mal disposée;

position dont personne, pour ainsi dire, n'avait encore vu d'exemple, et

que l'histoire seule pouvait faire supposer possible.

Le 26 juillet 1830, des piquets commandés à la hâte par les premiers

officiers qui se trouvèrent dans les casernes, furent s'établir dans les

différents quartiers de Paris; ils y passèrent la nuit, sur le qui-vive

et sans provisions; pendant ce temps, les curieux et mécontents

s'assemblèrent et s'excitèrent autour d'eux; on brisa les réverbères et

les insignes de la royauté.

Le lendemain, l'autorité, ne voyant encore qu'une émeute et non une

révolution, fit soutenir ces différents piquets par des détachements

d'autres corps, au fur et à mesura des progrès de la révolte et des

demandes de la police.

Les mécontents élevèrent, dans tout Paris, un nombre infini de

barricades; ils séparèrent, ainsi, ces différents petits détachements,

entre eux, de l'état-major général, des vivres, des munitions, des

casernes ou des mairies, et les annulèrent entièrement.

Le 28, le pouvoir, au lieu de rallier ses débris dans le grand quartier

militaire formé par le Louvre, les Tuileries, le Palais-Royal, les

casernes du quai d'Orsay, Babylone, les Invalides, l'École militaire et

le Trocadéro, pour y attendre les autres troupes de la 1re division,

ainsi que le camp de Saint-Omer, et pour profiter plus tard des embarras

de l'insurrection, battit en retraite sur Versailles et Rambouillet.

Le roi Charles X pouvait prendre une bonne position autour de Paris;

soit sur la basse Seine à Saint-Denis, Courbevoie et Saint-Cloud; soit

au-dessus de la capitale; suit sous le canon de Vincennes; il pouvait

également se retirer sur la Loire, comme le fit Henri III en 1588, en

une circonstance pareille. Sa position, au dehors de la capitale, au

moment de la révolte, lui assurait de grands avantages.

Dans l'un ou l'autre cas, il eût causé de sérieux embarras au nouveau

gouvernement, ou plutôt à la révolte que celui-ci allait avoir à

combattre; la province suivit le mouvement de la capitale, et l'armée

bientôt s'affaiblit. L'affaire de Rambouillet précipita une conclusion

dès lors inévitable.

Des quatre fautes qui amenèrent cette catastrophe, deux, le manque

d'approvisionnements et de prévoyance; l'inaction du roi Charles X

pendant, ou plutôt, après l'émeute, sont le fait du gouvernement.

Les deux autres sont militaires; mais la première ne pourrait être

reprochée au maréchal Marmont sans injustice. Ce chef, après le

dévouement dont il fit preuve, fut blâmé; il se serait bien autrement

exposé à cette disgrâce, si renonçant, comme l'expérience le

conseillerait aujourd'hui, en pareille circonstance, à maintenir la

tranquillité, à assurer la vie et les propriétés des citoyens, ainsi que

l'exercice de l'autorité royale dans tout Paris à la fois, il s'était

borné, en attendant l'arrivée des renforts, à occuper militairement la

partie la plus importante de la capitale, et, selon les circonstances, à

offrir, pour les autres quartiers, son appui aux détachements de gardes

nationaux disposés à faire leur devoir en maintenant l'ordre.

Cette dernière tactique sauve également des inconvénients dans lesquels

tombèrent Henri III en 1588, qui, en défendant le centre du

gouvernement, s'y laissa bloquer; et Marmont en 1830, qui, voulant tout

contenir, ne fut assez fort nulle part; justifiée par les événements de

Lyon, en 1831, elle doit être suivie, dans un grand nombre de cas avec

les précautions qui seront indiquées.

Quoi qu'il en soit, cette révolution allait être, pour elle-même, le

plus dangereux précédent, si elle ne pouvait pas réduire à l'impuissance

les idées anarchiques.

§ V.

Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet · 第 20 / 60 题