20. En 1589, Henri IV, devenu l'héritier légitime du trône, se retire
des environs de Paris au camp retranché d'Arques. Il y résiste à Mayenne
et rallie quelques-uns de ses partisans ainsi qu'un renfort anglais.
Le 19 octobre, il marche sur Paris, se rend maître des faubourgs qu'il
dévaste pendant quatre jours; il disperse son armée près d'Étampes,
s'établit à Tours, réduit Vendôme, le Mans, Falaise et la
Basse-Normandie, ayant contre lui les prêtres, les bourgeois et les
paysans.
Pendant ces guerres de religion, la capitale, dévouée à la cause
catholique, avait privé les huguenots d'un centre de puissance, où les
autorités de la monarchie habituellement réunies obtenaient pour elle
l'apparence du commandement et de l'obéissance.
Tant que les deux partis s'étaient balancés, Condé et Coligny avaient
tenté en vain de se rendre maîtres de Paris; après la mort de ces chefs,
les huguenots, confinés au midi de la Loire, ne durent songer qu'à se
défendre.
Henri IV, dans la même position militaire, mais plus fort par son droit
héréditaire, eut des chances de s'emparer de la capitale, dont la
possession seule pouvait le faire roi: en dehors de celle-ci il n'était
qu'un prétendant, tandis que la ligue et Mayenne y prenaient les
apparences de la légitimité. C'était dans Paris, et reconnu par le
Parlement, la Chambre des Comptes, la Sorbonne, que Mayenne pouvait oser
se dire lieutenant-général du royaume.
La capitale n'était pas encore sérieusement menacée: mais les royalistes
avaient conservé dans le voisinage, surtout le long des rivières et des
principales routes, des places circonvallantes; la famine menaçait une
population trop accoutumée à toutes les douceurs; la victoire devait
rester à celui des deux partis qui occuperait le plus longtemps ces
positions d'investissement ou de communication avec le reste de la
France et l'étranger, tout en commettant le moins possible de fautes
politiques.
En 1590, avec le secours d'argent du cardinal légat, Mayenne put
s'emparer de Pontoise et assiéger Meulan qu'Henri IV délivra bientôt.
Mayenne, après avoir rallié en Flandres 5,000 hommes du duc de Parme,
revint contre Henri alors occupé au siége de Dreux; il fut battu, le 14
mars, à Ivry, et alla de nouveau s'humilier en demandant des secours à
Farnèse.
Le 29 mars, Henri IV s'approche de Paris, occupe Chevreuse, Montlhéry,
Lagny, Corbeil, Melun, Cressy, Moret, Provins, Nangis, Montereau,
Brie-Comte-Robert, Nogent-sur-Seine, pour achever de resserrer la
capitale; il échoue devant Sens.
Le 8 mai, il canonne les murs de Paris; mais il évite une attaque de
vive force, soit par défaut de moyens, soit pour épargner à la capitale
les suites d'une prise d'assaut; il assiége Saint-Denis.
Le 5 juin, Mayenne, renforcé de 5,000 auxiliaires, réunit 10,000 hommes
à Laon, sa place de sûreté et de jonction avec les secours étrangers.
Henri IV marche à sa rencontre, le force à s'enfermer dans la ville;
mais, pendant ce temps, Saint-Paul, détaché par Mayenne avec 800 chevaux
et un gros convoi de vivres, gagnait Meaux, filait derrière la Marne et
rendait, le 17 à Paris, avec l'abondance, l'esprit de confiance et de
sédition.
Le 24 juillet, tous les faubourgs de la capitale sont pris par Henri
IV; et la famine reparaît dans cette ville hermétiquement bloquée.
Le duc de Parme, venu de Valenciennes avec 16,000 hommes, rejoint les
12,000 hommes de Mayenne à Meaux, le 23 août.
Le 30, Henri IV lève le siége de Paris qui est aussitôt ravitaillé; avec
ses 33,000 hommes réunis à Chelles, il offre la bataille à Farnèse qui
la refuse; ce dernier se retranche et continue de faciliter
l'approvisionnement de la capitale.
Le duc de Parme, après avoir pris Lagny, entre à Paris le 8 septembre,
tandis que le roi, qui a échoué dans une nouvelle surprise contre la
capitale, disperse en Touraine, Normandie, Champagne, Bourgogne et Brie,
le gros de son armée impatiente de repos. Henri prend position de sa
personne à Senlis, à Compiègne et sur l'Oise, de manière à intercepter
les secours étrangers et les communications de ceux-ci.
La ville de Lagny contenait de grands approvisionnements; elle assurait
à la Ligue la navigation de la Marne: de riches et nombreux convois
descendirent à Paris.
À la fin de novembre, Farnèse rentre en Flandre, après avoir pris
Corbeil.
En janvier 1591, Henri IV recommence le même système de guerre, affamant
Paris, essayant de le surprendre; il s'empare de Chartres et de Noyon.
À la fin de novembre, Mayenne apprend, à Laon, que les Seize et le parti
violent offrent la couronne à l'Espagne; il confie son armée à Guise;
ramassant, avec 700 chevaux d'élite, les garnisons de Soissons et de
Meaux, il arrive à Paris où, à l'aide de la bourgeoisie, il donne la
victoire à un parti plus modéré et moins anti-national.
En décembre, Henri IV assiége Rouen; forcé de lever le siége, en avril
1592, par le duc de Parme, il soutient une campagne glorieuse,
difficile, et indécise.
Le 31 juillet 1593, après l'abjuration d'Henri IV, une trêve est signée
à La Villette pour trois mois: de tous côtés les passions politiques
s'apaisent.
Le 21 mars 1594, le gouverneur Brissac livre Paris à Henri IV; la
Bastille et Vincennes sont ensuite remis; les Espagnols se retirent sur
Soissons. Il semble que la soumission de la capitale confère seule au
roi la légitimité. Dès ce moment il n'y a plus qu'à rallier les factions
vaincues, résister aux prétentions des vainqueurs, cicatriser les plaies
de l'anarchie, et forcer le chef de la Ligue dans son dernier réduit, en
le séparant des plus exaltés ligueurs et de l'étranger.
Le 25 mai, après avoir soumis Rouen, Abbeville, Montreuil, Troyes, Sens,
Riom, Agen, Poitiers, Honfleur, Henri IV assiége, avec 14,000 hommes,
Laon, ancienne place de dépôt devenue la capitale des derniers ligueurs;
il doit se garder contre les 8,000 Espagnols de Mansfeld retranchés à la
Capelle, et contre les garnisons de Lafère, Soissons et Reims, entre
lesquelles manoeuvre Mayenne.
Le 22 juillet, après la retraite de l'armée espagnole, la ville
capitule; ensuite Péronne, Roye, Montdidier, La Châtre, Orléans,
Bourges, se rendent.
Les principaux ligueurs font défection en 1595; le roi déclare
ouvertement la guerre à l'Espagne, ce qu'il n'avait osé faire
jusqu'alors: sa nationalité lui créait ainsi plus de forces que
d'obstacles. Le pape lui accorde l'absolution; nonobstant les revers
partiels éprouvés par Henri IV dans cette campagne Mayenne se soumet le
24 janvier 1596 à Folembray.
De 1596 à 1598, le roi prend Lafère, perd et reprend Amiens, et signe à
Vervins la paix avec l'Espagne.
Ainsi le pouvoir royal fut définitivement rétabli en faveur de la maison
de Bourbon, à qui de grandes et diverses destinées étaient encore
promises; ces six années de guerre, pendant lesquelles les deux partis
prirent tour à tour, près de Paris, des positions militaires
importantes; qui virent constamment le roi, habile politique, intrépide
soldat, bon frère d'armes dans toute l'acception militaire du mot,
monarque et général persévérant, sont dignes de méditation,
principalement les campagnes de 1590 et de 1594.
Jamais trône, dans aucun pays, à aucune époque, ne s'était trouvé aussi
bas; un siècle plus tard, avec la même dynastie, il devait frapper
l'univers d'un éclat inouï: mais il lui restait encore des jours
difficiles.
Ce n'est pas sans raison que la mémoire du bon roi, sauveur de la
nationalité française, est restée populaire; sa noble image, qui domine
la vieille cité, a dû souvent gémir de tant de folies, de tant
d'attentats, de tant de revers également funestes à la gloire et à la
puissance de notre malheureuse patrie.
* * * * *
21. Le 13 septembre 1647 et le 6 janvier 1648, après les émeutes des 26
et 27 août, la régente Anne d'Autriche sauva également la monarchie,
mais dans des circonstances bien moins graves, en se retirant à
Saint-Germain, avec son gouvernement, pour cerner Paris, qui se soumit
six semaines après.
* * * * *
22. Mais, en 1649, Mazarin compromit la royauté dans sa propre cause, en
prolongeant un pouvoir devenu presque impossible; il brava l'opposition
des hommes les plus considérables et une guerre civile qui pouvait avoir
de graves conséquences; il avait fait sortir de Paris, sans une urgente
nécessité, la cour et le gouvernement royal. Une minorité augmente les
difficultés; mais celles-ci ne justifient pas la révolte.
Turenne cherche à excuser ainsi, dans ses mémoires, et longtemps après,
la grande faute où il se laissa alors entraîner: «Il lui répugna
d'autoriser, une entreprise, le départ de la cour, qu'il ne croyait pas
légitime en aucuns temps, et principalement dans une minorité, d'autant
plus que personne encore n'avait pris les armes contre le roi, ni
témoigné aucune désobéissance ouverte; il y avait, à la vérité, des
compagnies qui avaient montré trop d'animation, mais c'était plutôt par
des intérêts particuliers que par un dessein formé de se révolter contre
la cour.»
«Dieu, dit Fléchier, dont les jugements sont des abîmes, voulut affliger
et punir la France par elle-même, et l'abandonna à tous les déréglements
que causent dans un état les dissensions civiles. Souvenez-vous de ce
temps de désordre et de trouble, où l'esprit ténébreux, l'esprit de
discorde confondait le devoir avec la passion, le droit avec l'intérêt,
la bonne cause avec la mauvaise; où les astres les plus brillants
souffrirent presque tous quelque éclipse, et les plus fidèles sujets se
virent entraînés, malgré eux, par le torrent des partis, comme ces
pilotes qui, se trouvant surpris de l'orage en pleine mer, sont
contraints de quitter la route qu'ils veulent tenir, et de s'abandonner
pour un temps au gré des vents et de la tempête. Telle est la justice de
Dieu: telle est l'infirmité naturelle des hommes. Mais le sage revient
aisément à soi, et il y a dans la politique, comme dans la religion, une
espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même, qui répare
avantageusement un peu de fragilité par des vertus extraordinaires et
par une fermeté continuelle.
«Mais où m'arrêtai-je? votre esprit vous représente déjà, sans doute, M.
de Turenne à la tête des armées du roi. Vous le voyez combattre et
dissiper la rébellion, ramener ceux que le mensonge avait séduits,
rassurer ceux que la crainte avait ébranlés, et crier, comme un autre
Moïse, à toutes les portes d'Israël: _Que ceux qui sont au seigneur se
joignent à moi._ Tantôt sur les rives de la Loire, suivi d'un petit
nombre d'officiers et de domestiques, il court à la défense d'un pont,
et tient ferme contre une armée; et soit la hardiesse de l'entreprise,
soit la seule présence de ce grand homme, soit la protection visible du
ciel, qui rendait les ennemis immobiles, il étonna par sa résolution
ceux qu'il ne pouvait arrêter par la force, et releva par cette prudente
et heureuse témérité l'État penchant vers sa ruine. Tantôt se servant de
tous les avantages des temps et des lieux, il arrête avec peu de troupes
une armée qui venait de vaincre, et mérite les louanges mêmes d'un
ennemi qui, dans les siècles idolâtres, aurait passé pour le dieu des
batailles. Tantôt, vers les bords de la Seine, il oblige, par un traité
un prince étranger, dont il avait pénétré les plus secrètes intentions,
de sortir de France, et d'abandonner les espérances qu'il avait conçues
de profiter de nos désordres.»
* * * * *
23. Au commencement de septembre 1672, le duc de Luxembourg cantonna ses
50,000 fantassins et 8,000 chevaux dans la province de Gueldre et la
tête de bêteau: 15,000 fantassins, 4,000 chevaux occupèrent la province
d'Utrecht et les parties avancées; 9,000 fantassins et 2,600 chevaux de
ce corps, c'est-à-dire 16 bataillons et 20 escadrons, furent cantonnés
de la manière suivante, dans et autour de la ville d'Utrecht, grand
quartier-général de l'armée.
Il y aurait eu impossibilité de rassembler, à temps, dans cette grande
ville hostile, les soldats logés par deux chez l'habitant; d'avoir la
nuit les officiers, à qui les portes des maisons seraient peut-être
barricadées.
Deux bataillons furent casernés dans les maisons bourgeoises, à droite
et à gauche de chacune des quatre portes principales, en s'étendant dans
la rue ou le long des remparts, sans solution de continuité.
À défaut de place centrale, où il aurait été convenable de caserner
deux bataillons, huit petites places intérieures ou bâtiments principaux
furent occupés, à l'aide de bons corps de garde défensifs, par autant de
postes de 100 fantassins et de 50 chevaux.
Au besoin, le surplus des troupes aurait été caserné le long des
remparts, de manière à ne pas s'étendre sur plus du tiers de la ville,
dont on embrassait ainsi toute la circonférence.
À chacune des portes principales, il y avait 120 fantassins de garde.
Les quatre faubourgs étaient tous retranchés à leur tête; au faubourg de
la Porte-Blanche, un bataillon et une brigade de cavalerie formaient
l'aile droite. Au faubourg Vyanem, aile gauche, il y avait autant de
troupes. Ces deux annexes embrassaient la ville et communiquaient le
plus facilement avec les deux autres. Dans les faubourgs d'Amsterdam et
de Woorden, on mit 6 bataillons, les dragons et 7 escadrons.
Les bourgeois furent désarmés, on leur fit prêter le serment de
fidélité, des exemples sévères les retinrent dans le devoir.
En cas du révolte dans la ville, autour de laquelle toutes les troupes
étaient constamment concentrées ou casernées sur leurs positions de
combat, 6 bataillons et 7 escadrons des faubourgs pouvaient arriver par
les quatre portes, le surplus des forces extérieures restait sous les
armes.
Il est curieux de lire, dans la correspondance de Louvois et de
Luxembourg, les motifs et les détails de ces mesures de prévoyance
longuement et habilement préparées.
* * * * *
24. La surprise de Crémone, par le prince Eugène, en 1702, donne lieu
aux remarques suivantes:
Celui des deux partis qui compte sur un secours, doit occuper,
approvisionner, organiser en réduit une position communiquant avec la
campagne, ainsi que les bâtiments, clochers ou postes voisins.
Il partira de là pour s'emparer: 1° des portes ou poternes de l'enceinte
de la ville; 2° des coupures, passages et ponts existant au travers des
vieilles fortifications, murs de terrasse, rivières à l'intérieur, afin
de resserrer davantage l'autre parti, d'intercepter ses communications
avec le dehors et diviser ses forces au dedans.
Si on ne peut garder ces passages, on les coupe, ou au moins on les
barricade.
On marche à ces défilés, la cavalerie soutenant l'infanterie, les flancs
éclairés; on laisse, entre soi et le réduit, une réserve; et sur les
flancs, des petits corps de garde pour n'être pas pris de côté ou par
derrière.
Si l'on peut se glisser le long d'un obstacle on n'aura qu'un flanc à
couvrir.
On attaque ces positions sur plusieurs têtes de colonnes, par
différentes rues, en flanc, en tête, en queue, la cavalerie échelonnée
sur les côtés pour protéger; des tirailleurs, aussi bien abrités que
possible, visent continuellement aux créneaux les plus dangereux; on
incendie, on menace d'incendier les bâtiments les plus résistants; et,
si on ne le peut, on occupe autour des points dominants.
Les positions enlevées sont immédiatement fortifiées; on garnit de
fusiliers les clochers et maisons extérieures qui complètent ces
réduits.
Des piquets de cavalerie parcourent sans cesse les environs,
interceptent les nouvelles et les secours, gardent les défilés
extérieurs et rapprochés par lesquels on arriverait à la ville.
On avance ensuite, par l'intérieur des maisons, aux arsenaux, magasins
et places ou positions voisines; ou marche également au réduit du parti
opposé pour le bloquer, du côté de la ville, et, s'il est possible
aussi, du côté de la campagne.
Une position attaquée se défend toujours par des contre-attaques en
tête, en queue, sur les flancs.
Si le parti opposé doit être secouru de deux côtés, il faut fortement
occuper l'obstacle qui les sépare; ce parti, au contraire, organise de
l'un à l'autre une communication assurée.
On empêche de cerner, dans leurs quartiers, les troupes et surtout la
cavalerie, en garnissant les clochers et lieux dominants, en face ou à
proximité.
Ne pas s'aventurer, en trop grand nombre, dans une enceinte battue de
feux croisés, sans être appuyé par quelques tirailleurs qui les
contrebattront.
Gagner le pied des murailles et des maisons pour se soustraire à l'effet
du tir.
Les communications les plus importantes, dans un même édifice, ou entre
plusieurs bâtiments faisant système de défense, doivent avoir lieu à
couvert ou sous blindage.
§ IV.