entre toutes ses oeuvres--créa la plus énorme parmi tout ce qui
nage dans les courants de la mer....--Parfois, lorsqu'il
sommeille sur l'écume de Norvége,--le pilote de quelque petit
esquif perdu dans la nuit,--le prenant pour une île, au dire des
matelots,--enfonce l'ancre dans son écorce écailleuse,--et
s'amarre à son côté sous le vent, pendant que la nuit--assiége la
mer et retarde le matin désiré[532].
Spenser a trouvé des figures aussi grandes, mais il n'a pas le sérieux
tragique qu'imprime dans un protestant l'idée de l'enfer. Nulle
création poétique n'égale pour l'horreur et le grandiose le spectacle
que rencontre Satan au sortir de son cachot.
Enfin apparaissent--les bornes de l'enfer, hautes murailles qui
montent jusqu'à l'horrible toit,--et les portes trois fois
triples, palissadées de feu circulaire,--et pourtant non
consumées. Devant les portes était assise--de chaque côté une
formidable figure.--L'une semblait une femme jusqu'à la ceinture
et belle,--mais finissait ignoblement en replis
écailleux,--volumineux et vastes, serpent armé--d'un mortel
aiguillon. À sa ceinture,--une meute de chiens d'enfer
éternellement aboyaient--de leurs larges gueules cerbéréennes
béantes, et sonnaient--une hideuse volée, et cependant, quand
ils voulaient, ils rentraient rampants,--si quelque chose
troublait leur bruit, dans son ventre,--leur chenil, et de là
encore aboyaient et hurlaient,--au dedans, invisibles.
L'autre forme,--si l'on peut appeler forme ce qui n'avait point
de forme distincte--dans les membres, dans les articulations,
dans la stature,--ou substance, ce qui paraissait une ombre....
Elle était debout, noire comme la nuit,--farouche comme dix
furies, terrible comme l'enfer,--et secouait un dard formidable.
Ce qui semblait sa tête--portait l'apparence d'une couronne
royale.--Satan approchait maintenant, et de son siége,--le
monstre, avançant sur lui, vint aussi vite--avec d'horribles
enjambées. L'enfer trembla comme il marchait.--L'ennemi,
intrépide, admira ce que ceci pouvait être,--admira, ne craignit
pas[533].
Le souffle héroïque du vieux combattant des guerres civiles anime la
bataille infernale, et si l'on demandait pourquoi Milton crée de plus
grandes choses que les autres, je répondrais que c'est parce qu'il a un
plus grand coeur.
De là le sublime de ses paysages. Si l'on ne craignait le paradoxe, on
dirait qu'ils sont une école de vertu. Spenser est une glace unie qui
nous remplit d'images calmes. Shakspeare est un miroir brûlant qui nous
blesse coup sur coup de visions multipliées et aveuglantes. L'un nous
distrait, l'autre nous trouble. Milton nous élève. La force des objets
qu'il décrit passe en nous; nous devenons grands par sympathie pour leur
grandeur. Tel est l'effet de sa peinture de la Création. Le commandement
efficace et serein du Messie laisse sa trace dans le coeur qui l'écoute,
et l'on se sent plus de vigueur et plus de santé morale à l'aspect de
cette grande oeuvre de la sagesse et de la volonté.
Ils étaient debout, sur le sol céleste, et du rivage--ils
contemplaient le vaste incommensurable abîme,--tumultueux comme
la mer, noir, dévasté, sauvage,--du haut jusqu'au fond retourné
par des vents furieux--et par des vagues soulevées comme des
montagnes, pour assaillir--la hauteur du ciel, et avec le centre
confondre les pôles.--«Silence, vous, vagues troublées, et toi,
abîme; paix!--dit la parole créatrice; que votre discorde cesse.»
--«Que la lumière soit!» dit Dieu, et soudain la
lumière--éthérée, première des choses, quintessence
pure,--s'élança de l'abime, et de son orient natal--commença à
voyager à travers l'obscurité aérienne,--enfermée dans un nuage
rayonnant.
--La terre était formée, mais dans les entrailles des
eaux--encore enclose, embryon inachevé,--elle n'apparaissait pas.
Sur toutes les faces de la terre,--le large Océan coulait, non
oisif, mais d'une chaude--humeur fécondante, il adoucissait tout
son globe,--et la grande mère fermentait pour
concevoir,--rassasiée d'une moiteur vivante, quand Dieu
dit:--«Rassemblez-vous, maintenant, eaux qui êtes sous le
ciel,--en une seule place, et que la terre sèche apparaisse!»--Au
même moment, les montagnes énormes apparaissent--surgissantes, et
soulèvent leurs larges dos nus--jusqu'aux nuages; leurs cimes
montent dans le ciel.--Aussi haut que se levaient les collines
gonflées, aussi bas--s'enfonce un fond creux, large et
profond,--ample lit des eaux. Elles y roulent--avec une
précipitation joyeuse, hâtives--comme des gouttes qui courent,
s'agglomérant sur la poussière[534].
Ce sont là les paysages primitifs, mers et montagnes immenses et nues,
comme Raphaël en trace dans le fond de ses tableaux bibliques. Milton
embrasse les ensembles et manie les masses aussi aisément que son
Jéhovah.
Quittons, ces spectacles surhumains ou fantastiques. Un simple coucher
de soleil les égale. Milton le peuple d'allégories solennelles et de
figurés royales, et le sublime naît du poëte comme tout à l'heure il
naissait du sujet.
Le soleil tombait, revêtant d'or et de pourpre reflétés--les
nuages qui font le cortége de son trône occidental.--Alors se
leva le soir tranquille, et le crépuscule gris--habilla toutes
les choses de sa grave livrée.--Le silence le suivit, car,
oiseaux et bêtes,--les uns sur leurs lits de gazon, les autres
dans leurs nids,--s'étaient retirés, tous, excepté le rossignol
qui veille.--Tout le long de la nuit, il chanta sa mélodie
amoureuse.--Le silence était charmé. Bientôt le firmament
brilla--de vivants saphirs. Hespérus, qui conduisait--l'armée
étoilée, s'avançait le plus éclatant, jusqu'à ce que la lune--se
leva dans sa majesté entre les nuages, puis enfin,--reine
visible, dévoila sa clarté sans rivale,--et sur l'obscurité jeta
son manteau d'argent[535].
Les changements de la lumière sont devenus ici une procession
religieuse d'êtres vagues qui remplissent l'âme de vénération. Ainsi
sanctifié, le poëte prie. Debout auprès du berceau nuptial d'Ève et
d'Adam, il salue «l'amour conjugal, loi mystérieuse, vraie source de la
race humaine, par qui la débauche adultère fut chassée loin des hommes
pour s'abattre sur les troupeaux des brutes, qui fonde en raison loyale,
juste et pure, les chères parentés et toutes les tendresses du père, du
fils, du frère.» Il le justifie par l'exemple des saints et des
patriarches. Il immole devant lui l'amour acheté et la galanterie
folâtre, les femmes désordonnées et les filles de cour. Nous sommes à
mille lieues de Shakspeare, et dans cette louange protestante de la
famille, de l'amour légal, a «des douceurs domestiques,» de la piété
réglée et du _home_, nous apercevons une nouvelle littérature et un
autre temps.
Étrange grand homme et spectacle étrange! Il est né avec l'instinct des
choses nobles, et cet instinct fortifié en lui par la méditation
solitaire, par l'accumulation du savoir, par la rigidité de la logique,
s'est changé en un corps de maximes et de croyances que nulle tentation
ne pourra dissoudre et que nul revers ne pourra ébranler. Ainsi muni, il
traverse la vie en combattant, en poëte, avec des actions courageuses et
des rêves splendides, héroïque et rude, chimérique et passionné,
généreux et serein, comme tout raisonneur retiré en lui-même, comme tout
enthousiaste insensible à l'expérience et épris du beau. Jeté par le
hasard d'une révolution dans la politique et dans la théologie, il
réclame pour les autres la liberté dont a besoin sa raison puissante, et
heurte les entraves publiques qui enchaînent son élan personnel. Par sa
force d'intelligence, il est plus capable que personne d'entasser la
science; par sa force d'enthousiasme, il est capable plus que personne
de sentir la haine. Ainsi armé, il se lance dans la controverse avec
toute la lourdeur et toute la barbarie du temps; mais cette superbe
logique étale son raisonnement avec une ampleur merveilleuse, et
soutient ses images avec une majesté inouïe; cette imagination exaltée,
après avoir versé sur sa prose un flot de figures magnifiques, l'emporte
dans un torrent de passion jusqu'à l'ode furieuse ou sublime, sorte de
chant d'archange adorateur ou vengeur. Le hasard d'un trône conservé,
puis rétabli, le porte avant la révolution dans la poésie païenne et
morale, après la révolution dans la poésie chrétienne et morale. Dans
l'une et dans l'autre, il cherche le sublime et inspire l'admiration,
parce que le sublime est l'oeuvre de la raison enthousiaste, et que
l'admiration est l'enthousiasme de la raison. Dans l'une et dans
l'autre, il y atteint par l'entassement des magnificences, par l'ampleur
soutenue du chant poétique, par la grandeur des allégories, par la
hauteur des sentiments, par la peinture des objets infinis et des
émotions héroïques. Dans la première, lyrique et philosophe, possesseur
d'une liberté poétique plus large et créateur d'une illusion poétique
plus forte, il produit des odes et des choeurs presque parfaits. Dans la
seconde, épique et protestant, enchaîné par une théologie stricte, privé
du style qui rend le surnaturel visible, dépourvu de la sensibilité
dramatique qui crée des âmes variées et vivantes, il accumule des
dissertations froides, change l'homme et Dieu en machines orthodoxes et
vulgaires, et ne retrouve son génie qu'en prêtant à Satan son âme
républicaine, en multipliant les paysages grandioses et les apparitions
colossales, en consacrant sa poésie à la louange de la religion et du
devoir.
Placé par le hasard entre deux âges, il participe à leurs deux natures,
comme un fleuve qui, coulant entre deux terres différentes, se teint de
leurs deux couleurs. Poëte et protestant, il reçut de l'âge qui
finissait le libre souffle poétique, et de l'âge qui commençait la
sévère religion politique. Il employa l'un au service de l'autre, et
déploya l'inspiration ancienne en des sujets nouveaux. Dans son oeuvre,
on reconnaît deux Angleterres: l'une passionnée pour le beau, livrée aux
émotions de la sensibilité effrénée et aux fantasmagories de
l'imagination pure, sans autre règle que les sentiments naturels, sans
autre religion que les croyances naturelles; volontiers païenne, souvent
immorale; telle que la montrent Ben Jonson, Beaumont, Fletcher,
Shakspeare, Spenser, et toute la superbe moisson de poëtes qui couvrit
le sol pendant cinquante ans; l'autre munie d'une religion pratique,
dépourvue d'invention métaphysique, toute politique, ayant le culte de
la règle, attachée aux opinions mesurées, sensées, utiles, étroites,
louant les vertus de famille, armée et roidie par une moralité rigide,
précipitée dans la prose, élevée jusqu'au plus haut degré de puissance,
de richesse et de liberté. À ce titre, ce style et ces idées sont des
monuments d'histoire; ils concentrent, rappellent ou devancent le passé
et l'avenir, et dans l'enceinte d'une seule oeuvre, on découvre les
événements et les sentiments de plusieurs siècles et d'une nation.
[Note 486: Milton has acknowledged to me that Spenser was his
original.]
[Note 487: Voyez l'hymne sur la Nativité, entre autres les premières
strophes. Voyez aussi Lycidas.]
[Note 488:
And ye, the breathing roses of the wood,
Fair silver-buskin'd nymphs....
They left us, when the grey-hooded Even,
Like a sad votarist in a palmer's weed,
Rose from the hindmost wheels of Phoebus's wain....
.... In the violet-embroidered vales....
.... Flowery-kirtled naiades....
All the sea-girt isles,
That like to rich and various gems, inlay
The unadorned bosom of the deep....]
[Note 489: At a solemn music. Lycidas.
That undisturbed song of pure concent,
Ay sung before the saphir-color'd throne,
To him that sit thereon,
With saintly shout and solemn jubilee,
Where the bright seraphim, in burning row,
Their loud-uplifted angel-trumpets blow.]
[Note 490: Lycidas.]
[Note 491:
Ye valleys low, where the mild whispers use
Of shades, and wanton winds, and gushing brooks,
On whose fresh lap the swart star sparely looks,
Throw hither all your quaint enamel'd eyes,
That on the green turf suck the honey'd show'rs,
And purple all the ground with vernal flow'rs.
Bring the rath primrose that forsaken dies,
The tufted crow-toe, and pale jessamine,
The white-pink, and the pansy freak'd with jet,
The glowing violet,
The musk-rose, and the well-attir'd wood-bine
With cowslips wan that hang the pensive head,
And ev'ry flow'r that sad embroid'ry wears:
Bid amaranthus all his beauty shed,
And daffodillies fill their cups with tears,
To strew the laureate hearse where Lycid lies.]
[Note 492: Faust, Prolog im Himmel.]
[Note 493: Voyez dans Lycidas la prophétie contre l'archevêque Laud:
But that two-handed engin at the door,
Stands ready to smite once and smite no more.]
[Note 494: _Arcades._]
[Note 495:
But else in deep of night, when drowsiness
Hath locked up mortal sense, then listen I
To the celestial Sirens' harmony,
That sit upon the nine infolded spheres,
And sing to those that hold the vital shears,
And turn the adamantin spindle round,
On which the fate of gods and man is wound;
Such sweet compulsion doth in music lie,
To lull the daughters of Necessity,
And keep unsteady Nature to her law,
And the low world in measured motion draw
After the heavenly tune, which none can hear
Of human mold with gross unpurged ear.]
[Note 496: These abilities, wheresoever they be found, are the
inspired gift of God, rarely bestowed, but yet to some (though most
abuse) in every nation; and are of power, beside the office of a pulpit,
to imbreed and cherish in a great people the seeds of virtue and public
civility, to allay the perturbations of the mind, and set the affections
in right tune; to celebrate in glorious and lofty hymns the throne and
equipage of God's almightiness, and what he works, and what he suffers
to be wrought with high providence in his church; to sing victorious
agonies of martyrs and saints, the deeds and triumphs of just and pious
nations, doing valiantly through faith against the enemies of Christ.
(_Reason of Church government._)]
[Note 497:
And in thy right-hand lead with thee
The mountain-nymph, sweet Liberty:
And, if I give thee honour due,
Mirth, admit me of thy crew,
To live with her, and live with thee,
In unreproved pleasures free....
To hear the lark begin his flight,
And singing startle the dull night,
From his watch-tower in the skies,
Till the dappled dawn doth rise;
Then to come, in spite of sorrow,
And at my window bid good-morrow,
Through the sweet-brier, or the vine,
Or the twisted eglantine:
While the ploughman near at hand
Whistles o'er the furrow'd land,
And the milk-maid singeth blithe,
And the mower whets his scythe,
And ev'ry shepherd tells his tale,
Under the hawthorn in the dale....
Sometimes, with secure delight,
The upland hamlets will invite,
When the merry bells ring round,
And the jocund rebecks sound
To many a youth and many a maid,
Dancing in the chequer'd shade;
And young and old come forth to play
On a sunshine holiday....
Towered cities please us then,
And the busy hum of men,
Where throngs of knights and barons bold,
In weeds of peace high triumphs hold...
And ever against eating cares,
Lap me in soft Lydian airs,
Married to immortal verse,
Such as the meeting soul may pierce,
In notes, with many a winding bout
Of linked sweetness long drawn out?
With wanton heed, and giddy cunning,
The melting voice through mazes running;
Untwisting all the chains that tie
The hidden soul of harmony.]
[Note 498: _Il Penseroso._]
[Note 499:
Come, pensive nun, devout and pure,
Sober, steadfast, and demure,
All in a robe of darkest grain,
Flowing with majestic train,
And sable stole of cypress-lawn,
Over thy decent shoulders drawn.
Come, but keep thy wonted state,
With even step, and musing gait,
And looks commercing with the skies,
Thy rapt soul sitting in thine eyes....
Some still removed place will fit,
Where glowing embers through the room
Teach light to counterfeit a gloom;
Far from all resort of mirth,
Save the cricket on the earth,
Or the bellman's drowsy charm,
To bless the doors from nightly harm.
Or let my lamp, at midnight hour,
Be seen in some high lonely tow'r,
Where I may oft out-watch the Bear,
With thrice-great Hermes; or unsphere
The spirit of Plato, to unfold
What worlds, or what vast regions, hold
The immortal mind that hath forsook
Her mansion in this fleshly nook.
Me, Goddess, bring
To arched walks of twilight groves,
And shadows brown, that Sylvan loves,
Of pine, or monumental oak,
Where the rude axe, with heaved stroke,
Was never heard the nymphs to daunt,
Or fright them from their hallow'd haunt.
There in close covert by some brook,
Where no profaner eye may look,
Hide me from the day garish light.
But let my due feet never fail
To walk the studious cloisters pale;
And love the high embowed roof,
With antic pillars massy proof,
And storied windows richly dight,
Casting a dim religious light.
There let the pealing organ blow
To the full-voic'd quire below,
In service high, and anthems clear,
As may with sweetness, through mine ear,
Dissolve me into ecstacies,
And bring all heav'n before mine eyes.]
[Note 500:
Before the starry threshold of Jove's court
My mansion is, where those immortal shapes
Of bright aereal spirits live insphered
In regions mild of calm and serene air,
Above the smoke and stir of this dim spot,
Which men call Earth, and with low-thoughted care
Confin'd, and pestered in this pin-fold here,
Strive to keep up a frail and feverish being,
Unmindful of the crown that Virtue gives
After this mortal change, to her true servants
Amongst the enthron'd gods on sainted seats.
The sounds and seas, with all their finny drove,
Now to the moon in wavering morrice move;
And on the tawny sands and shelves
Trip the pert fairies and the dapper elves.]
[Note 501:
At last a soft and solemn breathing sound
Rose like a steam of rich distilled perfumes,
And stole upon the air.
O welcome pure-eyed Faith, white-handed Hope,
Thou hov'ring angel, girt with golden wings,
And thou, unblemish'd form of Chastity!
I see ye visibly, and now believe
That He, the Supreme Good, to whom all things ill
Are but as slavish officers of vengeance,
Would send a glist'ring guardian, if need were,
To keep my life and honour unassail'd.
Was I deceiv'd, or did a sable cloud
Turn forth her silver lining on the night?
I did not err; there does a sable cloud
Turn forth her silver lining on the night,
And casts a gleam over this tufted grove.]
[Note 502:
Can any mortal mixture of earth's mould
Breathe such divine enchanting ravishment?
Sure something holy lodges in that breast,
And with these raptures moves the vocal air
To testify his hidden residence:
How sweetly did they float upon the wings
Of silence, through the empty vaulted night,
At every fall smoothing the raven down
Of darkness, till it smil'd! I have oft heard
My mother Circe, with the Syrens three,
Amidst the flowery-kirtled Naiades,
Culling their potent herbs and baleful drugs,
Who, as they sung, would take the prison'd soul
And lap it in Elysium: Scylla wept,
And chid her barking waves into attention.
And fell Charybdis murmur'd soft applause.
Yet they in pleasing slumber lull'd the sense,
And in sweet madness robb'd it of itself;
But such a sacred and home-felt delight,
Such sober certainty of waking bliss,
I never heard till now.]
[Note 503:
But when lust,
By unchaste looks, loose gestures, and foul talk,
But most by lewd and lavish act of sin,
Lets in defilement to the inward parts,
The soul grows clotted by contagion,
Imbodies and imbrutes till she quite lose
The divine property of her first being;
Such are these thick and gloomy shadows damp
Oft seen in charnel-vaults and sepulchres,
Lingering and sitting by a new-made grave,
As loathe to leave the body that it loved.]
[Note 504:
To the ocean now I fly,
And those happy climes that lie
Where day never shuts his eye,
Up in the broad fields of the sky:
There I suck the liquid air
All amidst the gardens fair
Of Hesperus and his daughters three
That sing about the golden tree:
Along the crisped shades and bowers
Revels the spruce and jocund spring;
The Graces, and the rosy-bosom'd Hours
Thither all their bounties bring;
There eternal summer dwells,
And west-winds, with musky wing,
About the cedar'n alleys fling
Nard and cassia's balmy smells.
Iris there with humid bow
Waters the odorous banks, that blow
Flowers of more mingled hue
Than her purfled scarf can shew;
And drenches with Elysian dew
(List, mortals, if your ears be true)
Beds of hyacinth and roses,
Where young Adonis oft reposes,
Waxing well of his deep wound
In slumber soft, and on the ground
Sadly sits the Assyrian queen:
But far above in spangled sheen
Celestial Cupid, her fam'd son, advanc'd,
Holds his dear Psyche sweet entranc'd
After her wandering labours long,
Till free consent the gods among
Make her his eternal bride,
And from her fair unspotted side
Two blissful twins are to be born,
Youth and Joy; so Jove hath sworn.
But now my task is smoothly done,
I can fly, or I can run,
Quickly to the green earth's end,
Where the bow'd welkin slow doth bend;
And from thence can soar as soon
To the corners of the moon.
Mortals, that would follow me,
Love Virtue; she alone is free:
She can teach ye how to climb
Higher than the sphery chime;
Or if Virtue feeble were,
Heaven itself would stoop to her.]
[Note 505: Edward King, 1637.]
[Note 506:
"And from that time see,
How beauty is excell'd by manly grace,
And wisdom, which alone is truly fair."
So spoke our general mother, and with eyes
Of conjugal attraction unreproved,
And meek surrender, half-embracing lean'd
On our first father; half her swelling breast
Naked met his, under the flowing gold
Of his loose tresses hid; he in delight
Both of her beauty and submissive charms
Smiled with superior love....
And press'd her matron lip
With kisses pure.
(Liv. IV.)]
[Note 507:
Fair consort, the hour
Of night and all things now retired to rest
Mind us of like repose; since God hath set
Labour and rest, as day and night, to men
Successive; and the timely dew of sleep,
Now falling with soft slumbrous weight, inclines
Our eyelids. Other creatures all day long
Rove idle, unemployed, and less need rest.
Man hath his daily work of body or mind
Appointed, which declares his dignity
And the regard of Heaven on all his ways,
While other animals inactive range,
And of their doings God takes no account.
(_Ibid._)]
[Note 508: Impossible qu'un homme si docte, si raisonneur, s'emploie
pour toute occupation à jardiner, à arranger des bouquets.]
[Note 509:
Know that in the soul
Are many lesser faculties, that serve
Reason as chief; among these Fancy next
Her office holds; of all external things,
Which the five watchful senses represent,
She forms imaginations, aery shapes,
Which Reason joining or disjoining, frames
All what we affirm or we deny, and call
Our knowledge and opinion....
Oft in her absence, mimic Fancy wakes
To imitate her; but, misjoining shapes,
Wild work produces oft, and most in dreams,
Ill matching words and deeds long past or late.
Yet be not sad.
Evil into the mind of God or man
May come and go, so unapproved, and leave
No spot or blame behind.
(Liv. V.)]
[Note 510:
Go with speed,
And what thy stores contain bring forth and pour
Abundance, fit to honour and receive
Our heavenly stranger.]
[Note 511:
He
Beholding shall confess, that here on Earth
God has dispensed his bounties as in Heaven....
What choice to choose for delicacy best,
What order so contrived as not to mix
Tastes not well join'd, inelegant, but bring
Taste after taste upheld with kindliest change?
.... For drink the grape
She crushes, inoffensive must, and meaths
From many a berry, and from sweet kernels press'd
She tempers dulcet creams.]
[Note 512:
Adam.... walks forth, without more train
Accompanied than with his own complete
Perfection, in himself was all his state....]
[Note 513:
No fear lest dinner cool....
So down they sat,
And to their viands fell; not seemingly
The Angel, nor in mist, the common glose
Of theologians, but with keen dispatch
Of real hunger, and concoctive heat
To transsubstantiate. What redounds transpires
Through spirits, with ease....]
[Note 514: