Encore un pas, et ce grand mouvement va passer du dedans au dehors, des

moeurs privées aux institutions publiques. Considérez-les à leur

lecture; ils prennent pour eux les prescriptions imposées aux Juifs, et

les préfaces les y invitent. En tête de la Bible, le traducteur[386] a

mis une table des principaux termes de l'Écriture, chacun avec sa

définition et les textes à l'appui. Ils lisent et pèsent chacune de ces

paroles.--«_Abomination._ L'abomination devant Dieu, ce sont les idoles

et les images devant qui le peuple s'incline.» Le précepte est-il

observé? Sans doute, on a ôté les images, mais la reine garde encore un

crucifix dans sa chapelle, et n'est-ce pas un reste d'idolâtrie que de

s'agenouiller devant le sacrement?--«_Abrogation._ Abroger, c'est abolir

ou réduire à néant; et ainsi la loi des commandements qui consistaient

dans les décrets et les cérémonies est abolie; les sacrifices, repas,

fêtes et toutes les cérémonies extérieures sont abrogés; tout ordre de

clergé est abrogé.» L'est-il, et comment se fait-il que les évêques

s'arrogent encore le droit de prescrire la foi, le culte, et de

tyranniser les consciences chrétiennes? Et n'a-t-on pas conservé dans le

chant des orgues, dans le surplis des prêtres, dans le signe de la

croix, dans cent autres pratiques, tous ces rites sensibles que Dieu a

déclarés profanes?--«_Abus._ Les abus qui sont dans l'Église doivent

être corrigés par le prince; les ministres doivent prêcher contre les

abus, et beaucoup de traditions humaines sont de purs abus.» Que fait

donc le prince, et pourquoi laisse-t-il des abus dans l'Église? Il faut

que le chrétien se lève et proteste; nous devons purger l'Église de la

croûte païenne dont la tradition l'a recouverte[387]. Voilà les idées

qui se lèvent dans ces esprits incultes. Représentons-nous ces hommes

simples et d'autant plus capables de croyances fortes, ces

francs-tenanciers, ces gros marchands qui ont siégé au jury, voté aux

élections, délibéré, discuté en commun sur les affaires privées et

publiques, qui sont habitués à l'examen de la loi, à la confrontation

des précédents, à toute la minutie de la procédure juridique et légale;

qui portent ces habitudes de légistes et de plaideurs dans

l'interprétation de l'Écriture, et qui, une fois leur conviction faite,

mettent à son service la passion froide, l'obstination intraitable, la

roideur héroïque du caractère anglais. L'esprit exact et militant va se

mettre à l'oeuvre. Chacun se croit «tenu d'être prêt, fort et bien muni

pour répondre à tous ceux qui lui demanderont raison de sa foi[388].»

Chacun a ses troubles et ses remords de conscience[389] à propos de

quelque portion de la liturgie ou de la hiérarchie officielle; à propos

des dignités de chanoine ou d'archidiacre, ou de certains passages à

l'office des morts; à propos du pain de la communion ou de la lecture

des livres apocryphes dans l'Église; à propos de la pluralité des

bénéfices ou du bonnet carré des ecclésiastiques. Ils se butent chacun

contre quelque article, tous en masse contre l'établissement épiscopal

et la conservation des cérémonies romaines[390]. Et là-dessus on les

emprisonne, on les taxe, on les met au pilori, on leur coupe les

oreilles, leurs ministres sont destitués, chassés, poursuivis[391]. La

loi déclare que «toute personne au-dessus de seize ans qui, pendant un

mois, refusera d'assister à l'office établi, sera enfermée jusqu'à ce

qu'elle se soumette; que si elle ne se soumet pas au bout de trois

mois, elle sera bannie du royaume, et si elle revient, mise à mort.» Ils

se laissent faire et montrent autant de fermeté pour souffrir que de

scrupule pour croire; sur un iota, pour recevoir la communion assis

plutôt qu'à genoux, ou debout plutôt qu'assis, ils abandonnent leurs

places, leur bien, leur liberté, leur patrie. Un docteur, Leighton, est

emprisonné quinze semaines dans une niche à chien, sans feu, sans toit,

sans lit, aux fers; ses cheveux et sa peau tombent, il est attaché au

pilori parmi les frimas de novembre, puis fouetté, marqué au front, les

oreilles coupées, le nez fendu, enfermé huit ans à la Flotte, et de là

jeté dans la prison commune. Plusieurs se font brûler, et avec joie. La

religion pour eux est un _covenant_, c'est-à-dire un traité fait avec

Dieu qu'il faut observer en dépit de tout, comme un engagement écrit, à

la lettre et jusqu'à la dernière syllabe. Admirable et déplorable

rigidité de la conscience méticuleuse, qui fait des ergoteurs en même

temps que des fidèles, et qui fera des tyrans après avoir fait des

martyrs.

Entre les deux, elle fait des combattants. Ils se sont enrichis et

accrus extraordinairement en quatre-vingts ans, comme il arrive toujours

aux gens qui travaillent, vivent honnêtement et se tiennent debout à

travers la vie, soutenus par un grand ressort intérieur. Ils peuvent

résister dorénavant, et, poussés à bout, ils résistent; ils aiment mieux

prendre les armes que de se laisser acculer à l'idolâtrie et au péché.

Le Long Parlement s'assemble, défait le roi, épure la religion; l'écluse

est lâchée, les indépendants par-dessus les presbytériens, les exaltés

par-dessus les fervents, tous se précipitent; la foi irrésistible et

envahissante, l'enthousiasme font un torrent, noient, ou troublent les

cerveaux les plus sains, les politiques, les juristes, les capitaines.

La Chambre emploie un jour entier par semaine à délibérer sur

l'avancement de la religion. Sitôt qu'on touche à ses dogmes, elle entre

en fureur. Un pauvre homme, Paul Best, étant accusé de nier la Trinité,

elle veut qu'on dresse une ordonnance pour le punir de mort; James

Naylor ayant cru qu'il était Dieu, elle s'acharne onze jours durant à

son procès avec une animosité et une férocité hébraïques: «Je pense

qu'il n'y a personne plus possédé du diable que cet homme.--C'est notre

Dieu qui est ici supplanté.--Mes oreilles ont tressailli, mon coeur a

frémi en entendant ce rapport.--Je ne parlerai pas davantage. Bouchons

nos oreilles et lapidons-le[392].» Devant la Chambre, publiquement, des

hommes officiels avaient des extases. Après l'expulsion des

presbytériens, le prédicateur Hugh Peters s'écriait au milieu d'un

sermon: «Voici, voici maintenant la révélation; je vais vous en faire

part. Cette armée extirpera la monarchie, non-seulement ici, mais en

France et dans les autres royaumes qui nous entourent. On dit que nous

entrons dans une route jusqu'ici sans exemple; que pensez-vous de la

vierge Marie? Y avait-il auparavant quelque exemple qu'une femme pût

concevoir sans la société d'un homme? Ceci est un temps qui servira

d'exemple aux temps à venir[393].» Cromwell trouve dans la Bible des

prédictions, des conseils pour le temps présent, des justifications

positives de sa politique. «Je crois vraiment que le Seigneur a dessein

de délivrer son peuple de tout fardeau, et qu'il est près d'accomplir

tout ce qui a été prédit au psaume 113. C'est ce psaume qui

m'encourage.» Et il récite et commente pendant une heure le psaume 113.

Il a beau être calculateur, ambitieux par excellence, il est néanmoins

vraiment fanatique et sincère. Son médecin contait qu'il avait été fort

mélancolique pendant des années entières, avec des imaginations

bizarres, et la persuasion fréquente qu'il allait mourir. Deux ans avant

la révolution, il écrivait à son cousin: «Véritablement, aucune pauvre

créature n'a plus de causes que moi de se mettre en avant pour la cause

de son Dieu. Que le Seigneur m'accepte dans son Fils et me donne de

marcher dans la lumière, et nous donne de marcher dans la lumière, comme

il est la lumière. Béni soit son nom pour avoir brillé sur un coeur

aussi obscur que le mien!» Certainement il songeait à devenir saint

autant qu'à devenir roi, et aspirait au salut comme au trône. Au moment

d'entrer en Irlande et d'y massacrer les catholiques, il écrivait à sa

belle-fille une lettre de direction que Baxter ou Taylor eussent

volontiers signée. Du milieu des affaires, en 1651, il exhortait ainsi

sa femme: «Ma très-chère, je ne puis me décider à manquer cette poste,

quoique j'aie beaucoup à écrire. Je me réjouis d'apprendre que ton âme

prospère. Que le Seigneur augmente encore et encore ses faveurs envers

toi. Le plus grand bien que ton âme puisse désirer est que le Seigneur

tourne vers toi la lumière de son visage, qui est meilleure que la vie.

Que le Seigneur bénisse tous les bons conseils et exemples que tu donnes

à ceux qui sont autour de toi, et entende toutes tes prières, et

t'accepte toujours.» Il demanda en mourant si la grâce, une fois reçue,

pouvait se perdre, et fut rassuré quand il apprit que non, étant

certain, dit-il, d'avoir été une fois en état de grâce. Il expira sur

cette prière: «Seigneur, quoique je sois une pauvre et misérable

créature, je suis en alliance avec toi par la grâce, et je puis, je dois

venir à toi pour ton peuple. Tu as fait de moi, quoique très-indigne, un

humble instrument pour ton service.... Seigneur, de quelque façon que tu

disposes de moi, continue et achève de leur faire du bien. Et achève

l'oeuvre de réforme, et rends le nom du Christ glorieux dans le

monde[394].» Sous cet esprit pratique, prudent, propre au monde, il y

avait un fonds anglais d'imagination trouble et puissante[395], capable

d'engendrer le calvinisme passionné et les craintes mystiques. Les

mêmes contrastes se heurtaient et se conciliaient chez les autres

indépendants. En 1648, après de fausses manoeuvres, ils se trouvèrent en

danger, placés entre le roi et le Parlement; là-dessus ils

s'assemblèrent plusieurs jours de suite à Windsor pour se confesser

devant Dieu et lui demander son aide, et découvrirent que tout le mal

venait des conférences qu'ils avaient eu la faiblesse de proposer au

roi. «Et dans ce sentier, dit l'adjudant général Allen, le Seigneur nous

mena pour nous montrer non-seulement notre péché, mais notre devoir. Et

cela s'appesantit si unanimement sur chaque coeur, qu'il y eut à peine

un de nous qui fût capable de dire un mot aux autres, à cause des larmes

amères qu'il versait, en partie par le sentiment et la honte de nos

iniquités, de notre peu de foi, de notre lâche crainte des hommes, des

conseils charnels que nous avions tenus avec notre sagesse, et non avec

la parole du Seigneur[396].» Là-dessus, ils résolurent de mettre le roi

en jugement et à mort, et firent comme ils avaient résolu.

Autour d'eux, l'exaltation, la folie gagnent: indépendants,

millénariens, antinomiens, anabaptistes, libertins, familistes, quakers,

enthousiastes, chercheurs, perfectistes, sociniens, ariens,

antitrinitairiens, antiscripturistes, sceptiques, la liste des sectes

ne finit pas. Des femmes, des troupiers montaient subitement en chaire

et prêchaient. Les cérémonies les plus étranges s'étalaient en public.

En 1644, dit le docteur Featly, «les anabaptistes rebaptisèrent cent

hommes et femmes ensemble au crépuscule, dans des ruisseaux, dans des

bras de la Tamise et ailleurs, les plongeant dans l'eau par-dessus la

tête et les oreilles.» Un certain Oates, dans le comté d'Essex, «fut

traduit devant le jury pour le meurtre d'Anne Martin, qui était morte,

quelques jours après son baptême, d'un froid qui l'avait saisie.» Fox

conversait avec le Seigneur, et témoignait à haute voix, dans les rues

et dans les marchés, contre les péchés du siècle. «William Simpson[397]

(un de ses disciples) reçut l'ordre du Seigneur d'aller à plusieurs

reprises, pendant trois ans, nu et sans chaussures devant eux, comme un

signe pour eux, dans les marchés, dans les cours, dans les villes, dans

les cités, dans les maisons des prêtres, dans les maisons des hommes

puissants, leur disant: Vous serez tous dépouillés et mis à nu, comme je

suis dépouillé et mis à nu.--Et d'autres fois il reçut l'ordre de mettre

un sac sur sa tête, et de barbouiller sa figure, et de leur dire: Le

Seigneur barbouillera votre religion, tout comme je suis barbouillé

moi-même.» Une femme entra dans la chapelle de White-Hall complétement

nue, au milieu du service, le lord Protecteur étant présent. Un quaker

vint à la porte du Parlement avec une épée tirée, et blessa plusieurs

personnes présentes, disant que le Saint-Esprit lui avait inspiré de

tuer tous ceux qui siégeaient à la Chambre. Les hommes de la cinquième

monarchie croyaient que le Christ allait descendre pour régner en

personne sur la terre, pendant mille ans, avec les saints pour

ministres. Les _ranters_ reconnaissaient comme signe principal de la foi

les vociférations furieuses et les contorsions. Les chercheurs pensaient

que la vérité religieuse ne doit être saisie que dans une sorte de

brouillard mystique, avec doute et appréhension. Les muggletoniens

décidaient que «John Reeve et Ludovick Muggleton étaient les deux

derniers prophètes et messagers de Dieu;» ils déclaraient les quakers

possédés du diable, exorcisaient le diable et prophétisaient que William

Penn serait damné. J'ai cité tout à l'heure James Naylor, ancien

quartier-maître du général Lambert, adoré comme un Dieu par ses

sectateurs. Plusieurs femmes conduisaient son cheval, d'autres jetaient

devant lui des mouchoirs et des écharpes, chantant: Saint, Saint,

Seigneur Dieu. Elles l'appelaient le plus beau des dix mille, le Fils

unique de Dieu, le prophète du Dieu très-haut, le Roi d'Israël, le Fils

éternel de la justice, le Prince de la paix, Jésus, celui en qui

l'espoir d'Israël réside. L'une d'elles, Dorcas Erbury, déclara, qu'elle

était restée morte deux jours entiers dans sa prison d'Exeter, et que

Naylor l'avait ressuscitée en lui imposant les mains. Sarah Blackbury le

trouvant prisonnier, le prit par la main, et lui dit: «Lève-toi, mon

amour, ma colombe, ma beauté, et viens-t'en. Pourquoi restes-tu assis

parmi les pots?--» Puis elle lui baisa la main et se prosterna devant

lui. Lorsqu'on le mit au pilori, quelques-uns de ses disciples se mirent

à chanter, à pleurer, à frapper leur poitrine; d'autres baisaient ses

mains, se couchaient sur son sein et baisaient ses blessures[398].

Bedlam déchaîné n'aurait pas fait mieux.

Au-dessous de ces bouillonnements désordonnés de la surface, les

couches saines et profondes de la nation s'étaient prises, et la foi

nouvelle y faisait son oeuvre, oeuvre pratique et positive, politique

et morale. Tandis que la réforme allemande, selon l'usage allemand,

aboutissait aux gros livres et à une scolastique, la réforme anglaise,

selon l'usage anglais, aboutissait à des actions et à des

établissements. «Comment sera gouvernée l'Église de Christ:» voilà la

grande question qui s'agite entre les sectes. La Chambre des communes

demande à l'assemblée des théologiens «si les assemblées locales[399],

provinciales et nationales sont de droit divin et instituées par la

volonté et le commandement de J. C.? Si elles le sont toutes? S'il n'y

en a que quelques-unes, et lesquelles? Si les appels portés des

anciens d'une congrégation aux assemblées provinciales,

départementales et nationales sont de droit divin et par la volonté et

le commandement de J. C.? Si quelques-unes seulement sont de droit

divin? Lesquelles? Si le pouvoir des assemblées en de tels appels est

de droit divin et par la volonté et le commandement de J. C.?» et cent

autres questions du même genre. Le Parlement déclare que[400], d'après

l'Écriture, les dignités de prêtre et d'évêque sont égales, règle les

ordinations, les convocations, les excommunications, les juridictions,

les élections, dépense la moitié de son temps et use toute sa force à

fonder l'Église presbytérienne.--Pareillement chez les indépendants,

la ferveur engendre le courage et la discipline. Les _côtes de fer_ de

Cromwell «sont la plupart[401] des fils de francs-tenanciers qui

s'engagent dans la guerre par un principe de conscience, et qui, étant

bien armés au dedans par la satisfaction de leur conscience et au

dehors par de bonnes armes de fer, font ferme ou chargent en

désespérés comme un seul homme.» Cette armée où des caporaux inspirés

prêchent des colonels tièdes, opère avec la solidité et la précision

d'un régiment russe; c'est un devoir, un devoir envers Dieu que de

tirer juste et de marcher en ligne, et le parfait chrétien produit le

parfait soldat. Nulle séparation ici entre la spéculation et la

pratique, entre la vie privée et la vie publique, entre le spirituel

et le temporel. Ils veulent appliquer l'Écriture, établir «le royaume

de Dieu sur la terre,» instituer non-seulement une Église chrétienne,

mais encore une société chrétienne, changer la loi en gardienne des

moeurs, imposer la piété et la vertu; et pour un temps ils y

réussissent. «Quoique la discipline de l'Église fût renversée[402],

dit Neal, il y avait un esprit extraordinaire de dévotion parmi le

peuple dans le parti du Parlement. Le jour du Seigneur était gardé

avec une exactitude remarquable, les églises étant remplies

d'auditeurs attentifs et nombreux; trois et quatre fois par jour les

officiers de paix faisaient des patrouilles dans les rues, et

fermaient toutes les maisons publiques. Personne ne voyageait sur les

routes et ne se promenait dans les champs, excepté en cas de nécessité

absolue. Des exercices religieux étaient établis dans les familles

privées, comme lire l'Écriture, prier en famille, répéter des sermons,

chanter des psaumes; et cela était si universel que vous auriez pu

parcourir toute la ville de Londres, le dimanche soir, sans voir une

personne oisive ou sans entendre autre chose que le son des prières ou

des cantiques qui sortait des églises et des maisons publiques[403].

Les gens n'hésitaient pas à se lever avant le jour et à franchir une

grande distance pour avoir le bonheur d'entendre la parole de

Dieu.--Il n'y avait point de maisons de jeu, ni de maisons de filles.

On ne voyait et on n'entendait dans les rues ni jurons profanes, ni

ivrognerie, ni aucune sorte de débauche.... Les soldats du Parlement

accouraient en foule aux sermons, parlaient de religion, priaient et

chantaient des psaumes ensemble en montant la garde.» En 1644, le

Parlement défendit de vendre des denrées le dimanche, «de voyager, de

transporter des fardeaux, de faire aucun travail mondain, sous peine

de dix schillings d'amende pour le voyageur, et de cinq schillings

pour chaque charge,» de «prendre part ou d'assister à aucune lutte,

sonnerie de cloches, tir, marché, buvette, danse, jeu, sous peine

d'une amende de cinq schillings pour chaque personne au-dessus de

quatorze ans. Si des enfants sont trouvés coupables d'une de ces

fautes, les parents ou tuteurs payeront douze pence pour chaque faute.

Si les diverses amendes ci-dessus mentionnées ne peuvent être payées,

les coupables seront mis dans les _stocks_ pendant l'espace de trois

heures.» Quand les indépendants furent au pouvoir, la sévérité fut

plus âpre encore. Les officiers de l'armée ayant convaincu de

blasphème un de leurs quartier-maîtres, «le condamnèrent à avoir la

langue percée d'un fer rouge, son épée brisée au-dessus de sa tête, et

à être chassé de l'armée.» Pendant l'expédition de Cromwell en

Irlande, «on n'entendait pas un blasphème dans tout le camp, les

soldats employant leurs heures de loisir à lire leurs Bibles, à

chanter des psaumes et à tenir des conférences religieuses[404].» En

1650, les peines infligées aux profanateurs du dimanche furent

doublées. Des lois violentes furent portées contre les paris, la

galanterie fut taxée de crime, les théâtres furent démolis, les

spectateurs mis à l'amende, les acteurs fouettés à la queue de la

charrette, l'adultère puni de mort: pour mieux frapper le vice, ils

persécutaient le plaisir. Mais s'ils étaient austères envers autrui,

ils l'étaient envers eux-mêmes, et pratiquaient les vertus qu'ils

imposaient. Après la Restauration, deux mille ministres, pour ne pas

se conformer à la nouvelle liturgie, renoncèrent à leurs cures, sauf à

mourir de faim avec leurs familles. «Beaucoup d'entre eux, ne croyant

pas avoir le droit de quitter leur ministère après y avoir été

destinés par l'ordination, prêchèrent à ceux qui voulurent les

entendre dans les champs et dans les maisons particulières, jusqu'à ce

qu'ils fussent saisis et jetés dans des prisons où un grand nombre

d'entre eux périrent[405].» Les cinquante mille vétérans de Cromwell,

licenciés tout d'un coup et sans ressources, ne fournirent pas une

seule recrue aux vagabonds et aux bandits. «Les royalistes eux-mêmes

confessèrent que dans toutes les branches d'industrie honnête, ils

prospéraient au delà des autres hommes, que nul d'entre eux n'était

accusé de larcin ou de brigandage, qu'on n'en voyait pas un demander

l'aumône, et que si un boulanger, un maçon ou un charretier se faisait

remarquer par sa sobriété et son activité, il était très-probablement

un des vieux soldats d'Olivier[406].» Purifiés par la persécution et

ennoblis par la patience, ils finiront par conquérir la tolérance de

la loi comme le respect du public, et relèveront la morale nationale

comme ils ont sauvé la liberté nationale. Cependant les autres,

fugitifs en Amérique, poussent jusqu'au bout ce grand esprit religieux

et stoïque, avec ses faiblesses et ses forces, avec ses vices et ses

vertus. Leur volonté, tendue par une foi fervente, tout employée à la

vie politique et pratique, invente l'émigration, supporte l'exil,

repousse les Indiens, fertilise le désert, érige la morale rigide en

loi civile, institue et arme l'Église, et sur la Bible fonde

l'État[407].

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5) · 第 24 / 34 段