If at home, sir,
He's all my exercise, my mirth, my matter:
Now my sworn friend, and then mine enemy;
My parasite, my soldier, statesman, all!
He makes a July's day short as December;
And, with his varying childness, cures in me
Thoughts that would thick my blood.]
[Note 226:
How now! how now, chop-logic? What is this?
Proud,--and I thank you,--and I thank you not;--
And yet not proud:--mistress minion, you,
Thank me no thankings, nor proud me no prouds;
But settle your fine joints 'gainst Thursday next,
To go with Paris to Saint Peter's church,
Or I will drag thee on a hurdle thither.
Out, you green sick carrion! out, you baggage,
You tallow-face!
JULIET.
Good father, I beseech you on my knees,
Hear me with patience but to speak a word.
CAPULET.
Hang thee, young baggage! disobedient wretch!
I tell thee what,--get thee to church o'Thursday,
Or never after look me in the face:
Speak not, reply not, do not answer me;
My fingers itch. . . .
LADY CAPULET.
You are too hot.
CAPULET.
God's bread! it makes me mad. Day, night, early,
At home, abroad, alone, in company,
Waking, or sleeping, still my care hath been
To have her match'd: and having now provided
A gentleman of princely parentage;
Of fair demesnes, youthful, and nobly train'd,
Stuff'd (as they say) with honourable parts,
Proportion'd as one's heart could wish a man,--
And then to have a wretched puling fool,
A whining mammet, in her fortune's tender,
To answer, "I'll not wed,--I cannot love,--
I am too young,--I pray you pardon me;--"
But, an you will not wed, I'll pardon you:
Graze where you will, you shall not house with me;
Look to't, think on 't, I do not use to jest.
Thursday is near; lay hand on heart, advise:
An you be mine, I'll give you to my friend;
An you be not, hang, beg, starve, die i' the streets,
For, by my soul, I'll never acknowledge thee.]
[Note 227: _King Henri VIII_, acte II, scène III, etc.]
[Note 228: _Much ado about nothing_. _Voy._ la façon dont Henri V
fait la cour à Catherine de France.]
[Note 229:
BENEDICT.
I will go to the antipodes... rather than bold three words'
conference with this harpy.... I cannot endure my lady Tongue.
DON PEDRO.
You have put him down, lady, you have put him down.
BEATRICE.
So I would not he should do me, my lord, but I should prove the
mother of fools.]
[Note 230:
He call'd her whore; a beggar, in his drink,
Could not have laid such terms upon his callet.]
[Note 231: _Henri VI_, 2e part., acte IV, scène III.]
[Note 232: JAKE CADE.
There shall be in England seven half-penny loaves sold for a penny....
There shall be no money: all shall eat and drink on my score, and I will
apparel them all in our livery.
And here, sitting upon London-stone, I charge and command, that, of the
city's cost, the pissing-conduit run nothing but claret-wine this first
year of our reign.... Away, burn all the records of the realm; my mouth
shall be the parliament of England.... And henceforth all things shall
be held in common.... What canst thou answer to my majesty for giving up
of Normandy unto Monsieur Basimecu, the dauphin of France?
The proudest peer of the realm shall not wear a head on his shoulders
unless he pays me tribute; there shall not be a maid married, but she
shall pay to me her maidenhead ere they have it. (_Re-enter rebels with
the heads of Lord_ SAY _and his son-in-law._) But is not this braver?
Let them kiss one another, for they loved well when they were alive.]
[Note 233:
Fellows, hold the chair:
Upon these eyes of thine I'll set my foot.
(_Gloster is held down in the chair, while Cornwall plucks out one of
his eyes, and sets his foot on it._)
GLOSTER.
He that will think to live till he be old,
Give me some help:--O cruel! O ye gods!
REGAN.
One side will mock another; the other too.
CORNWALL.
If you see vengeance....
SERVANT.
Hold your hand, my lord.
I have serv'd you ever since I was a child:
But better service have I never done you,
Than now to bid you hold.
CORNWALL.
How now, you dog?
SERVANT.
If you did wear a beard upon your chin,
I'd shake it in this quarrel: What do you mean?
CORNWALL.
My villain! (_Draws, and runs at him._)
SERVANT.
Nay, then come down, and take the chance of anger.
(_Draws; they fight; Cornwall is wounded._)
REGAN.
Give me thy sword. (_To another servant._)
A peasant stand up thus!
(_Snatches a sword, comes behind, and stabs him._)
SERVANT.
O, I am slain! My lord! you have one eye left
To see some mischief in him:--O! (_Dies._)
CORNWALL.
Lest it see more, prevent it:--Out, vile jelly:
Where is thy lustre now?
(_Tears out Gloster's other eye, and throws it on the ground._)
GLOSTER.
All dark and comfortless. Where's my son?...
REGAN.
Go, thrust him out at gates, and let him smell
His way to Dover....]
IV
Sur ce fond commun se détache un peuple de figures vivantes et
distinctes, éclairées d'une lumière intense, avec un relief saisissant.
Cette puissance créatrice est le grand don de Shakspeare, et communique
aux mots une vertu extraordinaire. Chaque phrase prononcée par un de ses
personnages nous fait voir, outre l'idée qu'elle renferme et l'émotion
qui la dicte, l'ensemble des qualités et le caractère entier qui la
produisent, le tempérament, l'attitude physique, le geste, le regard du
personnage, tout cela en une seconde, avec une netteté et une force dont
personne n'a approché. Les mots qui frappent nos oreilles ne sont pas la
millième partie de ceux que nous écoutons intérieurement; ils sont comme
des étincelles qui s'échappent de distance en distance; les yeux voient
de rares traits de flamme; l'esprit seul aperçoit le vaste embrasement
dont ils sont l'indice et l'effet. Il y a ici deux drames en un seul:
l'un bizarre, saccadé, écourté, visible; l'autre conséquent, immense,
invisible; celui-ci couvre si bien l'autre, qu'ordinairement on ne croit
plus lire des paroles: on entend le grondement de ces voix terribles, on
voit des traits contractés, des yeux ardents, des visages pâlis, on sent
les bouillonnements, les furieuses résolutions qui montent au cerveau
avec le sang fiévreux, et redescendent dans les nerfs tendus. Cette
propriété qu'a chaque phrase de rendre visible un monde de sentiments et
de formes vient de ce qu'elle est causée par un monde d'émotions et
d'images. Shakspeare, en l'écrivant, a senti tout ce que nous y sentons,
et beaucoup d'autres choses. Il avait la faculté prodigieuse
d'apercevoir en un clin d'oeil tout son personnage, corps, esprit,
passé, présent, dans tous les détails et dans toute la profondeur de son
être, avec l'attitude précise et l'expression de physionomie que la
situation lui imposait. Il y a tel mot d'Hamlet ou d'Othello qui pour
être expliqué demanderait trois pages de commentaires; chacune des
pensées sous-entendues que découvrirait le commentaire laissait sa trace
dans le tour de la phrase, dans l'espèce de la métaphore, dans l'ordre
des mots; aujourd'hui, en comptant ces traces, nous devinons les
pensées. Ces traces innombrables ont été imprimées en une seconde dans
l'espace d'une ligne. À la ligne suivante, il y en a autant, imprimées
aussi vite et dans le même espace. Vous mesurez la concentration et la
vélocité de l'imagination qui crée ainsi.
Ces personnages sont tous de la même famille. Bons ou méchants,
grossiers ou délicats, spirituels ou stupides, Shakspeare leur donne à
tous un même genre d'esprit, qui est le sien. Il en fait des gens
d'imagination dépourvus de volonté et de raison, machines passionnées,
violemment heurtées les unes contre les autres, et qui étaient aux
regards ce qu'il y a de plus naturel et de plus abandonné dans l'homme.
Donnons-nous ce spectacle, et voyons à tous les étages cette parenté des
figures et ce relief des portraits.
Au plus bas sont les êtres stupides, radoteurs ou brutaux. L'imagination
existe déjà là où la raison n'est pas née encore; elle subsiste encore
là où la raison n'est plus. L'idiot et la brute suivent aveuglément les
fantômes qui habitent leur cerveau engourdi ou machinal. Nul poëte n'a
compris ce mécanisme comme Shakspeare. Son Caliban, par exemple, sorte
de sauvage difforme, nourri de racines, gronde comme une bête sous la
main de Prospero, qui l'a dompté. Il hurle incessamment contre son
maître, tout en sachant que chaque injure lui sera payée par une
douleur. C'est un loup à la chaîne, tremblant et féroce, qui essaye de
mordre quand on l'approche, et qui se couche en voyant le fouet levé sur
son dos. Il a la sensualité crue, le gros rire ignoble, la gloutonnerie
de la nature humaine dégradée. Il a voulu violer Miranda endormie. Il
crie après sa pâture et s'en gorge. Un matelot débarqué dans l'île,
Stéphano, lui donne du vin; il lui baise les pieds et le prend pour un
dieu; il lui demande s'il n'est pas tombé du ciel et l'adore. On sent en
lui les passions révoltées et froissées qui ont hâte de se redresser et
de s'assouvir. Stéphano a battu son camarade. «Bats-le bien, dit
Caliban, et, après un peu de temps, j'oserai le battre aussi.» Il
supplie Stéphano de venir avec lui tuer Prospero endormi; il a soif de
l'y mener; il danse de joie, et voit d'avance son maître la gorge coupée
et la cervelle épanchée par terre. «Je t'en prie, mon roi, ne fais pas
de bruit. Vois-tu? ceci est l'ouverture de sa cellule. Va doucement et
entre. Fais ce bon meurtre; tu seras maître de l'île pour toujours, et
moi, ton Caliban, je te lécherai les pieds[234].»--D'autres, comme Ajax
et Cloten, sont plus semblables à l'homme, et pourtant ce que Shakspeare
peint en eux, comme dans Caliban, c'est le pur tempérament. La lourde
machine corporelle, la masse des muscles, l'épaisseur du sang qui se
traîne dans ces membres de lutteurs, oppriment l'intelligence et ne
laissent subsister que les passions de l'animal. Ajax donne des coups de
poing et avale de la viande, c'est là sa vie; s'il est jaloux d'Achille,
c'est à peu près comme un taureau est jaloux d'un taureau. Il se laisse
brider et mener par Ulysse, sans regarder devant lui: la plus grossière
flatterie l'attire comme un appât. On l'a poussé à accepter le défi
d'Hector. Le voilà bouffi d'arrogance, ne daignant plus répondre à
personne, ne sachant plus ce qu'il dit ni ce qu'il fait; Thersite lui
crie: «Bonjour, Ajax,» et il lui répond: «Merci, Agamemnon.» Il ne pense
plus qu'à contempler son énorme personne, et à rouler majestueusement
ses gros yeux stupides. Le jour venu, il frappe sur Hector comme sur une
enclume. Au bout d'un assez long temps, on les sépare. «Je ne suis pas
encore échauffé, dit Ajax, laissez-nous recommencer[235].»--Cloten est
moins massif que ce boeuf flegmatique; mais il est aussi imbécile, aussi
vaniteux et aussi grossier. La belle Imogène, pressée par ses injures et
par son style de cuisinier, lui dit que toute sa personne ne vaut pas le
moindre vêtement de Posthumus. Il est piqué au vif, il répète dix fois
ce mot, il s'aheurte à cette idée, et revient incessamment s'y choquer
tête baissée, à la manière des béliers en colère. «Son vêtement? son
moindre vêtement?... Je me vengerai.... Son moindre vêtement?... Bien.»
Il prend des habits de Posthumus, et s'en va à Milford-Haven, comptant
l'y rencontrer avec Imogène. Chemin faisant, il fait ce monologue: «Avec
ces habits sur mon dos, je la violerai; mais d'abord je le tuerai, et
sous ses yeux. Elle verra ma valeur, qui sera un tourment pour son
insolence. Lui une fois par terre, et mon discours d'insultes achevé sur
son corps.... Puis quand mon appétit se sera soûlé sur elle (et, comme
je le dis, j'exécuterai la chose avec les habits qu'elle louait tant),
je la ramènerai à coups de poing à la cour et à coups de pied à la
maison[236].»--D'autres ne sont que des radoteurs; par exemple Polonius,
le grave conseiller sans cervelle, «vieil enfant qui n'est pas encore
hors des langes,» nigaud solennel qui déverse sur les gens une pluie de
conseils, de compliments et de maximes, sorte de porte-voix de cour
pouvant servir dans les cérémonies d'apparat, ayant l'air de penser, et
ne faisant que réciter des mots.--Mais le plus complet de tous les
caractères est celui de la nourrice[237], bavarde, sale en propos, vrai
pilier de cuisine, sentant la marmite et les vieilles savates, bête,
impudente, immorale, du reste bonne femme et affectionnée à son enfant.
Voyez ce radotage décousu et intarissable d'une commère:
LA NOURRICE.
Sur ma foi, je pourrais dire son âge à une heure près.
LADY CAPULET.
Elle n'a pas quatorze ans.
LA NOURRICE.
Vienne la Saint-Pierre au soir, elle aura quatorze
ans.--Suzanne et elle (Dieu fasse miséricorde à toutes les
âmes chrétiennes!)--étaient du même âge. Bien! Suzanne est
avec Dieu;--elle était trop bonne pour moi. Mais, comme je
disais,--à la Saint-Pierre au soir, elle aura quatorze
ans.--Elle les aura, ma foi. Je m'en souviens bien.--Cela
fait onze ans aujourd'hui depuis le tremblement de
terre.--De tous les jours de l'année, c'est justement ce
jour-là,--je m'en souviens bien, qu'elle fut
sevrée.--J'avais mis de l'absinthe au bout de mon sein,--et
j'étais assise au soleil contre le mur du
pigeonnier.--Monseigneur et vous, vous étiez alors à
Mantoue.--Oh! j'ai de la cervelle!... Mais comme je
disais,--quand elle eut goûté l'absinthe au bout de mon
téton,--et qu'elle l'eut senti amer, la jolie petite
folle,--il fallait voir comme elle était maussade et comme
elle se rebiffait contre le sein...,--et depuis ce temps, il
y a onze ans de passés.--Car elle se tenait déjà sur ses
jambes. Oui, par la croix!--Elle courait presque, et se
dandinait tout du long.--Même le jour d'avant, elle était
tombée sur le front[238].
Là-dessus, elle enfile une histoire indécente, qu'elle recommence quatre
fois de suite. On la fait taire, n'importe. Elle a son histoire en tête,
et ne cesse pas de la redire et d'en rire toute seule. Les répétitions
sans fin sont la démarche primitive de l'esprit. Les gens du peuple ne
suivent pas la ligne droite du raisonnement et du récit; ils reviennent
sur leurs pas, ils piétinent en place; frappés d'une image, ils la
gardent pendant une heure devant leurs yeux, et ne s'en lassent pas.
S'ils avancent, ils tournent parmi cent idées incidentes avant d'arriver
à la phrase nécessaire. Ils se laissent détourner de leur chemin par
toutes les pensées qui viennent à la traverse. Ainsi fait la nourrice,
et quand elle rapporte à Juliette des nouvelles de son amant, elle la
tourmente et la fait languir, moins par taquinerie que par habitude de
divagation.
Jésus! quelle hâte! Ne pouvez-vous attendre un instant?--Ne
voyez-vous pas que je suis hors d'haleine?
JULIETTE.
Comment es-tu hors d'haleine, quand tu as assez
d'haleine--pour me dire que tu es hors d'haleine?...--Tes
nouvelles sont-elles bonnes ou mauvaises? Réponds à
cela.--Dis l'un ou l'autre. J'attendrai le
détail.--Contente-moi. Sont-elles bonnes ou mauvaises?
LA NOURRICE.
Ah! vous avez fait un choix de novice. Vous ne savez pas
choisir un homme. Roméo! non, pas lui. Quoique ce soit la
plus belle figure, c'est la jambe la mieux faite. Pour sa
main, sa taille et son pied, il n'y a rien à en dire, mais
il n'y en a point de pareils. Ce n'est pas une fleur de
courtoisie, mais je le garantis aussi doux que l'agneau.--Va
ton chemin, fillette. Sers Dieu.--Hein! a-t-on dîné à la
maison?
JULIETTE.
Non, non. Mais je savais déjà tout cela.--Que dit-il de
notre mariage? Qu'en dit-il?
LA NOURRICE.
Seigneur! comme ma tête me fait mal! Quelle tête j'ai!--Elle
bat comme si elle allait se briser en cent pièces.--Mon
dos, de l'autre côté! Oh! mon dos, mon dos!--Maudite soit
votre idée de m'envoyer comme cela--attraper ma mort à force
de trotter par les rues!
JULIETTE.
En bonne foi, je suis fâchée que tu ne sois pas
bien.--Chère, chère, chère nourrice, dis-moi, que répond mon
amour?
LA NOURRICE.
Votre amour répond comme un honnête gentilhomme qu'il
est,--et courtois, et doux, et beau,--et vertueux, j'en suis
caution. Où est votre mère[239]?
Cela ne tarit pas. Son bavardage est pire encore quand elle vient
annoncer à Juliette la mort de son cousin et l'exil de Roméo. Ce sont
les cris perçants et les hoquets d'une grosse pie asthmatique. Elle se
lamente, elle brouille les noms, elle fait des phrases, elle finit par
demander de l'eau-de-vie. Elle maudit Roméo, puis elle l'amène dans la
chambre de Juliette. Le lendemain, on commande à Juliette d'épouser le
comte Paris; Juliette se jette dans les bras de sa nourrice, implorant
consolations, conseil, assistance. Celle-ci trouve le vrai remède:
épousez Paris.
Oh! c'est un aimable gentilhomme!--Roméo est un torchon de
cuisine auprès de lui.... Un aigle, madame,--n'a pas l'oeil
aussi vert, aussi vif, aussi perçant--que Paris. Malédiction
sur moi,--si je ne vous trouve pas heureuse de ce second
mariage,--car il surpasse votre premier[240]!
Cette immoralité naïve, ces raisonnements de girouette, cette façon de
juger l'amour en poissarde, achèvent le portrait.
[Note 234:
CALIBAN.
Beat him enough: after a little time,
I'll beat him too.
Pry thee, my king, be quiet: seest thou here,
This is the mouth o' the cell: no noise, and enter:
Do that good mischief, which may make this island
Thine own for ever, and I, thy Caliban,
For aye thy foot-licker.]
[Note 235: I am not warm yet: let us fight again.
Voyez acte III, scène II, la plaisante façon dont les généraux poussent
en avant cette vaillante brute.]
[Note 236:
CLOTEN.
His garment? Now, the devil,--
IMOGEN.
To Dorothy my woman hie thee presently.
CLOTEN.
You have abus'd me? His meanest garment?
I'll be reveng'd:--his meanest garment, well.
With that suit upon my back, will I ravish her: First, kill him and in
her eyes; there shall she see my valour, which will then be a torment to
her contempt. He, on the ground, my speech of insultment ended on his
dead body,--and when my lust has dined,--(which, as I say, to vex her, I
will execute in the clothes that she so praised) to the court I'll knock
her back, foot her home again.]
[Note 237: _Roméo et Juliette._]
[Note 238:
NURSE.
'Faith, I can tell her age unto an hour.
LADY CAPULET.
She's not fourteen.
NURSE.
Come Lammas eve at night, shall she be fourteen.
Susan and she,--God rest all Christian souls!--
Were of an age. Well, Susan is with God;
She was too good for me: But, as I said,
On Lammas-eve at night shall she be fourteen;
That shall she, marry; I remember it well.
'Tis since the earthquake now eleven years;
And she was wean'd--I never shall forget it,--
Of all the days of the year, upon that day:
For I had then laid wormwood to my dug.
Sitting in the sun under the dove-house wall,
My lord and you were then at Mantua:--
Nay, I do bear a brain:--but, as I said,
When it did taste the wormwood on the nipple
Of my dug, and felt it bitter, pretty fool!
To see it tetchy, and fall out with the dug.
Shake, quoth the dove-house: 'twas no need, I trow,
To bid me trudge.
And since that time it is eleven years:
For then she could stand alone; nay, by the rood,
She could have run and waddled all about.
For even the day before she broke her brow.]
[Note 239:
NURSE.
Jesu! What haste? Can you not stay awhile?
Do you not see that I am out of breath?
JULIET.
How art thou out of breath, when thou hast breath
To say to me that thou art out of breath?
Is thy news good, or bad? Answer to that:
Say either, and I will stay the circumstance:
Let me be satisfied, is it good or bad?
NURSE.
Well, you have made a simple choice; you know not how to choose a man:
Romeo, no, not he; though his face be better than any man's. Yet his leg
excels all men's; and for a hand, and a foot, and a body,--though they
be not to be talked on, yet they are past compare: He is not the flower
of courtesy,--but, I'll warrant him, as gentle as a lamb.--Go thy ways,
wench; serve God:--What, have you dined at home?
JULIET.
No, no: but all this did I know before:
What says he of our marriage? What of that?
NURSE.
Lord! how my head aches,--what a head have I!
It beats as it would fall in twenty pieces.
My back, o' t'other side,--O my back, my back!--
Beshrew your heart, for sending me about,
To catch my death with jaunting up and down!
JULIET.
I' faith, I am sorry that thou art not well,--
Sweet, sweet, sweet nurse, tell me, what says my love?
NURSE.
Your love says like an honest gentleman,
And a courteous, and a kind, and a handsome,
And, I warrant, a virtuous:--Where is your mother?]
[Note 240:
NURSE.
O, he's a lovely gentleman!
Romeo's a dishclout to him; an eagle, Madam,
Hath not so green, so quick, so fair an eye,
As Paris hath. Beshrew my very heart,
I think you are happy in this second match,
For it excels your first.]
V
L'imagination machinale fait les personnages bêtes de Shakspeare;
l'imagination rapide, hasardeuse, éblouissante, tourmentée, fait ses
gens d'esprit. Il y a plusieurs genres d'esprit. L'un, tout français,
qui n'est que la raison même, ennemi du paradoxe, railleur contre la
sottise, sorte de bon sens incisif, n'ayant d'autre emploi que de rendre
la vérité amusante et visible, la plus perçante des armes chez un peuple
intelligent et vaniteux: c'est celui de Voltaire et des salons. L'autre,
qui est celui des improvisateurs et des artistes, n'est autre chose que
la verve inventive, paradoxale, effrénée, exubérante, sorte de fête que
l'on se donne à soi-même, fantasmagorie d'images, de pointes, d'idées
bizarres, qui étourdit et qui enivre comme le mouvement et
l'illumination d'un bal. Tel est l'esprit de Mercutio, des clowns, de
Béatrice, de Rosalinde et de Bénédict. Ils rient, non par sentiment du
ridicule, mais par envie de rire. Cherchez ailleurs les campagnes que la
raison agressive entreprend contre la folie humaine. Ici la folie est
dans toute sa fleur. Nos gens songent à s'amuser, rien de plus. Ils sont
de bonne humeur, ils font faire des cavalcades à leur esprit à travers
le possible et l'impossible. Ils jouent sur les mots, ils en tourmentent
le sens, ils en tirent des conséquences absurdes et risibles, ils se les
renvoient comme avec des raquettes, coup sur coup, en faisant assaut de
singularité et d'invention. Ils habillent toutes leurs idées de
métaphores, étranges ou éclatantes. Le goût du temps était aux
mascarades; leur entretien est une mascarade d'idées. Ils ne disent rien
en style simple; ils ne cherchent qu'à entasser des choses subtiles,
recherchées, difficiles à inventer et à comprendre; toutes leurs
expressions sont raffinées, imprévues, extraordinaires; ils outrent leur
pensée et la changent en caricature. «Ah! pauvre Roméo, dit Mercutio, il
est déjà mort, poignardé par l'oeil noir d'une blanche beauté!
transpercé à travers l'oreille par une chanson d'amour, le coeur crevé
juste au centre par la flèche du petit archer aveugle[241]!»--Bénédict
raconte une conversation qu'il vient d'avoir avec sa maîtresse: «Oh!
elle m'a maltraité de façon à mettre à bout la patience d'une souche. Un
chêne, avec une seule feuille verte pour tout feuillage, lui aurait
répondu. Mon masque lui-même commençait à prendre vie et à quereller
avec elle[242]!» Ces extravagances gaies et perpétuelles indiquent
l'attitude des interlocuteurs. Ils ne restent pas tranquillement assis
sur leurs chaises, comme les marquis du _Misanthrope_; ils pirouettent,
ils sautent, ils se griment, ils jouent hardiment la pantomime de leurs
idées; leurs fusées d'esprit se terminent en chansons. Jeunes gens,
soldats et artistes, ils tirent un feu d'artifice de phrases et
gambadent tout à l'entour. «Quand je suis née, une étoile dansait.» Ce
mot de Béatrice peint ce genre d'esprit poétique, scintillant,
déraisonnable, charmant, plus voisin de la musique que de la
littérature, sorte de rêve qu'on fait tout haut et tout éveillé, et dans
lequel celui de Mercutio se trouve à sa place.