POLYXENES.

If at home, sir,

He's all my exercise, my mirth, my matter:

Now my sworn friend, and then mine enemy;

My parasite, my soldier, statesman, all!

He makes a July's day short as December;

And, with his varying childness, cures in me

Thoughts that would thick my blood.]

[Note 226:

How now! how now, chop-logic? What is this?

Proud,--and I thank you,--and I thank you not;--

And yet not proud:--mistress minion, you,

Thank me no thankings, nor proud me no prouds;

But settle your fine joints 'gainst Thursday next,

To go with Paris to Saint Peter's church,

Or I will drag thee on a hurdle thither.

Out, you green sick carrion! out, you baggage,

You tallow-face!

JULIET.

Good father, I beseech you on my knees,

Hear me with patience but to speak a word.

CAPULET.

Hang thee, young baggage! disobedient wretch!

I tell thee what,--get thee to church o'Thursday,

Or never after look me in the face:

Speak not, reply not, do not answer me;

My fingers itch. . . .

LADY CAPULET.

You are too hot.

CAPULET.

God's bread! it makes me mad. Day, night, early,

At home, abroad, alone, in company,

Waking, or sleeping, still my care hath been

To have her match'd: and having now provided

A gentleman of princely parentage;

Of fair demesnes, youthful, and nobly train'd,

Stuff'd (as they say) with honourable parts,

Proportion'd as one's heart could wish a man,--

And then to have a wretched puling fool,

A whining mammet, in her fortune's tender,

To answer, "I'll not wed,--I cannot love,--

I am too young,--I pray you pardon me;--"

But, an you will not wed, I'll pardon you:

Graze where you will, you shall not house with me;

Look to't, think on 't, I do not use to jest.

Thursday is near; lay hand on heart, advise:

An you be mine, I'll give you to my friend;

An you be not, hang, beg, starve, die i' the streets,

For, by my soul, I'll never acknowledge thee.]

[Note 227: _King Henri VIII_, acte II, scène III, etc.]

[Note 228: _Much ado about nothing_. _Voy._ la façon dont Henri V

fait la cour à Catherine de France.]

[Note 229:

BENEDICT.

I will go to the antipodes... rather than bold three words'

conference with this harpy.... I cannot endure my lady Tongue.

DON PEDRO.

You have put him down, lady, you have put him down.

BEATRICE.

So I would not he should do me, my lord, but I should prove the

mother of fools.]

[Note 230:

He call'd her whore; a beggar, in his drink,

Could not have laid such terms upon his callet.]

[Note 231: _Henri VI_, 2e part., acte IV, scène III.]

[Note 232: JAKE CADE.

There shall be in England seven half-penny loaves sold for a penny....

There shall be no money: all shall eat and drink on my score, and I will

apparel them all in our livery.

And here, sitting upon London-stone, I charge and command, that, of the

city's cost, the pissing-conduit run nothing but claret-wine this first

year of our reign.... Away, burn all the records of the realm; my mouth

shall be the parliament of England.... And henceforth all things shall

be held in common.... What canst thou answer to my majesty for giving up

of Normandy unto Monsieur Basimecu, the dauphin of France?

The proudest peer of the realm shall not wear a head on his shoulders

unless he pays me tribute; there shall not be a maid married, but she

shall pay to me her maidenhead ere they have it. (_Re-enter rebels with

the heads of Lord_ SAY _and his son-in-law._) But is not this braver?

Let them kiss one another, for they loved well when they were alive.]

[Note 233:

Fellows, hold the chair:

Upon these eyes of thine I'll set my foot.

(_Gloster is held down in the chair, while Cornwall plucks out one of

his eyes, and sets his foot on it._)

GLOSTER.

He that will think to live till he be old,

Give me some help:--O cruel! O ye gods!

REGAN.

One side will mock another; the other too.

CORNWALL.

If you see vengeance....

SERVANT.

Hold your hand, my lord.

I have serv'd you ever since I was a child:

But better service have I never done you,

Than now to bid you hold.

CORNWALL.

How now, you dog?

SERVANT.

If you did wear a beard upon your chin,

I'd shake it in this quarrel: What do you mean?

CORNWALL.

My villain! (_Draws, and runs at him._)

SERVANT.

Nay, then come down, and take the chance of anger.

(_Draws; they fight; Cornwall is wounded._)

REGAN.

Give me thy sword. (_To another servant._)

A peasant stand up thus!

(_Snatches a sword, comes behind, and stabs him._)

SERVANT.

O, I am slain! My lord! you have one eye left

To see some mischief in him:--O! (_Dies._)

CORNWALL.

Lest it see more, prevent it:--Out, vile jelly:

Where is thy lustre now?

(_Tears out Gloster's other eye, and throws it on the ground._)

GLOSTER.

All dark and comfortless. Where's my son?...

REGAN.

Go, thrust him out at gates, and let him smell

His way to Dover....]

IV

Sur ce fond commun se détache un peuple de figures vivantes et

distinctes, éclairées d'une lumière intense, avec un relief saisissant.

Cette puissance créatrice est le grand don de Shakspeare, et communique

aux mots une vertu extraordinaire. Chaque phrase prononcée par un de ses

personnages nous fait voir, outre l'idée qu'elle renferme et l'émotion

qui la dicte, l'ensemble des qualités et le caractère entier qui la

produisent, le tempérament, l'attitude physique, le geste, le regard du

personnage, tout cela en une seconde, avec une netteté et une force dont

personne n'a approché. Les mots qui frappent nos oreilles ne sont pas la

millième partie de ceux que nous écoutons intérieurement; ils sont comme

des étincelles qui s'échappent de distance en distance; les yeux voient

de rares traits de flamme; l'esprit seul aperçoit le vaste embrasement

dont ils sont l'indice et l'effet. Il y a ici deux drames en un seul:

l'un bizarre, saccadé, écourté, visible; l'autre conséquent, immense,

invisible; celui-ci couvre si bien l'autre, qu'ordinairement on ne croit

plus lire des paroles: on entend le grondement de ces voix terribles, on

voit des traits contractés, des yeux ardents, des visages pâlis, on sent

les bouillonnements, les furieuses résolutions qui montent au cerveau

avec le sang fiévreux, et redescendent dans les nerfs tendus. Cette

propriété qu'a chaque phrase de rendre visible un monde de sentiments et

de formes vient de ce qu'elle est causée par un monde d'émotions et

d'images. Shakspeare, en l'écrivant, a senti tout ce que nous y sentons,

et beaucoup d'autres choses. Il avait la faculté prodigieuse

d'apercevoir en un clin d'oeil tout son personnage, corps, esprit,

passé, présent, dans tous les détails et dans toute la profondeur de son

être, avec l'attitude précise et l'expression de physionomie que la

situation lui imposait. Il y a tel mot d'Hamlet ou d'Othello qui pour

être expliqué demanderait trois pages de commentaires; chacune des

pensées sous-entendues que découvrirait le commentaire laissait sa trace

dans le tour de la phrase, dans l'espèce de la métaphore, dans l'ordre

des mots; aujourd'hui, en comptant ces traces, nous devinons les

pensées. Ces traces innombrables ont été imprimées en une seconde dans

l'espace d'une ligne. À la ligne suivante, il y en a autant, imprimées

aussi vite et dans le même espace. Vous mesurez la concentration et la

vélocité de l'imagination qui crée ainsi.

Ces personnages sont tous de la même famille. Bons ou méchants,

grossiers ou délicats, spirituels ou stupides, Shakspeare leur donne à

tous un même genre d'esprit, qui est le sien. Il en fait des gens

d'imagination dépourvus de volonté et de raison, machines passionnées,

violemment heurtées les unes contre les autres, et qui étaient aux

regards ce qu'il y a de plus naturel et de plus abandonné dans l'homme.

Donnons-nous ce spectacle, et voyons à tous les étages cette parenté des

figures et ce relief des portraits.

Au plus bas sont les êtres stupides, radoteurs ou brutaux. L'imagination

existe déjà là où la raison n'est pas née encore; elle subsiste encore

là où la raison n'est plus. L'idiot et la brute suivent aveuglément les

fantômes qui habitent leur cerveau engourdi ou machinal. Nul poëte n'a

compris ce mécanisme comme Shakspeare. Son Caliban, par exemple, sorte

de sauvage difforme, nourri de racines, gronde comme une bête sous la

main de Prospero, qui l'a dompté. Il hurle incessamment contre son

maître, tout en sachant que chaque injure lui sera payée par une

douleur. C'est un loup à la chaîne, tremblant et féroce, qui essaye de

mordre quand on l'approche, et qui se couche en voyant le fouet levé sur

son dos. Il a la sensualité crue, le gros rire ignoble, la gloutonnerie

de la nature humaine dégradée. Il a voulu violer Miranda endormie. Il

crie après sa pâture et s'en gorge. Un matelot débarqué dans l'île,

Stéphano, lui donne du vin; il lui baise les pieds et le prend pour un

dieu; il lui demande s'il n'est pas tombé du ciel et l'adore. On sent en

lui les passions révoltées et froissées qui ont hâte de se redresser et

de s'assouvir. Stéphano a battu son camarade. «Bats-le bien, dit

Caliban, et, après un peu de temps, j'oserai le battre aussi.» Il

supplie Stéphano de venir avec lui tuer Prospero endormi; il a soif de

l'y mener; il danse de joie, et voit d'avance son maître la gorge coupée

et la cervelle épanchée par terre. «Je t'en prie, mon roi, ne fais pas

de bruit. Vois-tu? ceci est l'ouverture de sa cellule. Va doucement et

entre. Fais ce bon meurtre; tu seras maître de l'île pour toujours, et

moi, ton Caliban, je te lécherai les pieds[234].»--D'autres, comme Ajax

et Cloten, sont plus semblables à l'homme, et pourtant ce que Shakspeare

peint en eux, comme dans Caliban, c'est le pur tempérament. La lourde

machine corporelle, la masse des muscles, l'épaisseur du sang qui se

traîne dans ces membres de lutteurs, oppriment l'intelligence et ne

laissent subsister que les passions de l'animal. Ajax donne des coups de

poing et avale de la viande, c'est là sa vie; s'il est jaloux d'Achille,

c'est à peu près comme un taureau est jaloux d'un taureau. Il se laisse

brider et mener par Ulysse, sans regarder devant lui: la plus grossière

flatterie l'attire comme un appât. On l'a poussé à accepter le défi

d'Hector. Le voilà bouffi d'arrogance, ne daignant plus répondre à

personne, ne sachant plus ce qu'il dit ni ce qu'il fait; Thersite lui

crie: «Bonjour, Ajax,» et il lui répond: «Merci, Agamemnon.» Il ne pense

plus qu'à contempler son énorme personne, et à rouler majestueusement

ses gros yeux stupides. Le jour venu, il frappe sur Hector comme sur une

enclume. Au bout d'un assez long temps, on les sépare. «Je ne suis pas

encore échauffé, dit Ajax, laissez-nous recommencer[235].»--Cloten est

moins massif que ce boeuf flegmatique; mais il est aussi imbécile, aussi

vaniteux et aussi grossier. La belle Imogène, pressée par ses injures et

par son style de cuisinier, lui dit que toute sa personne ne vaut pas le

moindre vêtement de Posthumus. Il est piqué au vif, il répète dix fois

ce mot, il s'aheurte à cette idée, et revient incessamment s'y choquer

tête baissée, à la manière des béliers en colère. «Son vêtement? son

moindre vêtement?... Je me vengerai.... Son moindre vêtement?... Bien.»

Il prend des habits de Posthumus, et s'en va à Milford-Haven, comptant

l'y rencontrer avec Imogène. Chemin faisant, il fait ce monologue: «Avec

ces habits sur mon dos, je la violerai; mais d'abord je le tuerai, et

sous ses yeux. Elle verra ma valeur, qui sera un tourment pour son

insolence. Lui une fois par terre, et mon discours d'insultes achevé sur

son corps.... Puis quand mon appétit se sera soûlé sur elle (et, comme

je le dis, j'exécuterai la chose avec les habits qu'elle louait tant),

je la ramènerai à coups de poing à la cour et à coups de pied à la

maison[236].»--D'autres ne sont que des radoteurs; par exemple Polonius,

le grave conseiller sans cervelle, «vieil enfant qui n'est pas encore

hors des langes,» nigaud solennel qui déverse sur les gens une pluie de

conseils, de compliments et de maximes, sorte de porte-voix de cour

pouvant servir dans les cérémonies d'apparat, ayant l'air de penser, et

ne faisant que réciter des mots.--Mais le plus complet de tous les

caractères est celui de la nourrice[237], bavarde, sale en propos, vrai

pilier de cuisine, sentant la marmite et les vieilles savates, bête,

impudente, immorale, du reste bonne femme et affectionnée à son enfant.

Voyez ce radotage décousu et intarissable d'une commère:

LA NOURRICE.

Sur ma foi, je pourrais dire son âge à une heure près.

LADY CAPULET.

Elle n'a pas quatorze ans.

LA NOURRICE.

Vienne la Saint-Pierre au soir, elle aura quatorze

ans.--Suzanne et elle (Dieu fasse miséricorde à toutes les

âmes chrétiennes!)--étaient du même âge. Bien! Suzanne est

avec Dieu;--elle était trop bonne pour moi. Mais, comme je

disais,--à la Saint-Pierre au soir, elle aura quatorze

ans.--Elle les aura, ma foi. Je m'en souviens bien.--Cela

fait onze ans aujourd'hui depuis le tremblement de

terre.--De tous les jours de l'année, c'est justement ce

jour-là,--je m'en souviens bien, qu'elle fut

sevrée.--J'avais mis de l'absinthe au bout de mon sein,--et

j'étais assise au soleil contre le mur du

pigeonnier.--Monseigneur et vous, vous étiez alors à

Mantoue.--Oh! j'ai de la cervelle!... Mais comme je

disais,--quand elle eut goûté l'absinthe au bout de mon

téton,--et qu'elle l'eut senti amer, la jolie petite

folle,--il fallait voir comme elle était maussade et comme

elle se rebiffait contre le sein...,--et depuis ce temps, il

y a onze ans de passés.--Car elle se tenait déjà sur ses

jambes. Oui, par la croix!--Elle courait presque, et se

dandinait tout du long.--Même le jour d'avant, elle était

tombée sur le front[238].

Là-dessus, elle enfile une histoire indécente, qu'elle recommence quatre

fois de suite. On la fait taire, n'importe. Elle a son histoire en tête,

et ne cesse pas de la redire et d'en rire toute seule. Les répétitions

sans fin sont la démarche primitive de l'esprit. Les gens du peuple ne

suivent pas la ligne droite du raisonnement et du récit; ils reviennent

sur leurs pas, ils piétinent en place; frappés d'une image, ils la

gardent pendant une heure devant leurs yeux, et ne s'en lassent pas.

S'ils avancent, ils tournent parmi cent idées incidentes avant d'arriver

à la phrase nécessaire. Ils se laissent détourner de leur chemin par

toutes les pensées qui viennent à la traverse. Ainsi fait la nourrice,

et quand elle rapporte à Juliette des nouvelles de son amant, elle la

tourmente et la fait languir, moins par taquinerie que par habitude de

divagation.

Jésus! quelle hâte! Ne pouvez-vous attendre un instant?--Ne

voyez-vous pas que je suis hors d'haleine?

JULIETTE.

Comment es-tu hors d'haleine, quand tu as assez

d'haleine--pour me dire que tu es hors d'haleine?...--Tes

nouvelles sont-elles bonnes ou mauvaises? Réponds à

cela.--Dis l'un ou l'autre. J'attendrai le

détail.--Contente-moi. Sont-elles bonnes ou mauvaises?

LA NOURRICE.

Ah! vous avez fait un choix de novice. Vous ne savez pas

choisir un homme. Roméo! non, pas lui. Quoique ce soit la

plus belle figure, c'est la jambe la mieux faite. Pour sa

main, sa taille et son pied, il n'y a rien à en dire, mais

il n'y en a point de pareils. Ce n'est pas une fleur de

courtoisie, mais je le garantis aussi doux que l'agneau.--Va

ton chemin, fillette. Sers Dieu.--Hein! a-t-on dîné à la

maison?

JULIETTE.

Non, non. Mais je savais déjà tout cela.--Que dit-il de

notre mariage? Qu'en dit-il?

LA NOURRICE.

Seigneur! comme ma tête me fait mal! Quelle tête j'ai!--Elle

bat comme si elle allait se briser en cent pièces.--Mon

dos, de l'autre côté! Oh! mon dos, mon dos!--Maudite soit

votre idée de m'envoyer comme cela--attraper ma mort à force

de trotter par les rues!

JULIETTE.

En bonne foi, je suis fâchée que tu ne sois pas

bien.--Chère, chère, chère nourrice, dis-moi, que répond mon

amour?

LA NOURRICE.

Votre amour répond comme un honnête gentilhomme qu'il

est,--et courtois, et doux, et beau,--et vertueux, j'en suis

caution. Où est votre mère[239]?

Cela ne tarit pas. Son bavardage est pire encore quand elle vient

annoncer à Juliette la mort de son cousin et l'exil de Roméo. Ce sont

les cris perçants et les hoquets d'une grosse pie asthmatique. Elle se

lamente, elle brouille les noms, elle fait des phrases, elle finit par

demander de l'eau-de-vie. Elle maudit Roméo, puis elle l'amène dans la

chambre de Juliette. Le lendemain, on commande à Juliette d'épouser le

comte Paris; Juliette se jette dans les bras de sa nourrice, implorant

consolations, conseil, assistance. Celle-ci trouve le vrai remède:

épousez Paris.

Oh! c'est un aimable gentilhomme!--Roméo est un torchon de

cuisine auprès de lui.... Un aigle, madame,--n'a pas l'oeil

aussi vert, aussi vif, aussi perçant--que Paris. Malédiction

sur moi,--si je ne vous trouve pas heureuse de ce second

mariage,--car il surpasse votre premier[240]!

Cette immoralité naïve, ces raisonnements de girouette, cette façon de

juger l'amour en poissarde, achèvent le portrait.

[Note 234:

CALIBAN.

Beat him enough: after a little time,

I'll beat him too.

Pry thee, my king, be quiet: seest thou here,

This is the mouth o' the cell: no noise, and enter:

Do that good mischief, which may make this island

Thine own for ever, and I, thy Caliban,

For aye thy foot-licker.]

[Note 235: I am not warm yet: let us fight again.

Voyez acte III, scène II, la plaisante façon dont les généraux poussent

en avant cette vaillante brute.]

[Note 236:

CLOTEN.

His garment? Now, the devil,--

IMOGEN.

To Dorothy my woman hie thee presently.

CLOTEN.

You have abus'd me? His meanest garment?

I'll be reveng'd:--his meanest garment, well.

With that suit upon my back, will I ravish her: First, kill him and in

her eyes; there shall she see my valour, which will then be a torment to

her contempt. He, on the ground, my speech of insultment ended on his

dead body,--and when my lust has dined,--(which, as I say, to vex her, I

will execute in the clothes that she so praised) to the court I'll knock

her back, foot her home again.]

[Note 237: _Roméo et Juliette._]

[Note 238:

NURSE.

'Faith, I can tell her age unto an hour.

LADY CAPULET.

She's not fourteen.

NURSE.

Come Lammas eve at night, shall she be fourteen.

Susan and she,--God rest all Christian souls!--

Were of an age. Well, Susan is with God;

She was too good for me: But, as I said,

On Lammas-eve at night shall she be fourteen;

That shall she, marry; I remember it well.

'Tis since the earthquake now eleven years;

And she was wean'd--I never shall forget it,--

Of all the days of the year, upon that day:

For I had then laid wormwood to my dug.

Sitting in the sun under the dove-house wall,

My lord and you were then at Mantua:--

Nay, I do bear a brain:--but, as I said,

When it did taste the wormwood on the nipple

Of my dug, and felt it bitter, pretty fool!

To see it tetchy, and fall out with the dug.

Shake, quoth the dove-house: 'twas no need, I trow,

To bid me trudge.

And since that time it is eleven years:

For then she could stand alone; nay, by the rood,

She could have run and waddled all about.

For even the day before she broke her brow.]

[Note 239:

NURSE.

Jesu! What haste? Can you not stay awhile?

Do you not see that I am out of breath?

JULIET.

How art thou out of breath, when thou hast breath

To say to me that thou art out of breath?

Is thy news good, or bad? Answer to that:

Say either, and I will stay the circumstance:

Let me be satisfied, is it good or bad?

NURSE.

Well, you have made a simple choice; you know not how to choose a man:

Romeo, no, not he; though his face be better than any man's. Yet his leg

excels all men's; and for a hand, and a foot, and a body,--though they

be not to be talked on, yet they are past compare: He is not the flower

of courtesy,--but, I'll warrant him, as gentle as a lamb.--Go thy ways,

wench; serve God:--What, have you dined at home?

JULIET.

No, no: but all this did I know before:

What says he of our marriage? What of that?

NURSE.

Lord! how my head aches,--what a head have I!

It beats as it would fall in twenty pieces.

My back, o' t'other side,--O my back, my back!--

Beshrew your heart, for sending me about,

To catch my death with jaunting up and down!

JULIET.

I' faith, I am sorry that thou art not well,--

Sweet, sweet, sweet nurse, tell me, what says my love?

NURSE.

Your love says like an honest gentleman,

And a courteous, and a kind, and a handsome,

And, I warrant, a virtuous:--Where is your mother?]

[Note 240:

NURSE.

O, he's a lovely gentleman!

Romeo's a dishclout to him; an eagle, Madam,

Hath not so green, so quick, so fair an eye,

As Paris hath. Beshrew my very heart,

I think you are happy in this second match,

For it excels your first.]

V

L'imagination machinale fait les personnages bêtes de Shakspeare;

l'imagination rapide, hasardeuse, éblouissante, tourmentée, fait ses

gens d'esprit. Il y a plusieurs genres d'esprit. L'un, tout français,

qui n'est que la raison même, ennemi du paradoxe, railleur contre la

sottise, sorte de bon sens incisif, n'ayant d'autre emploi que de rendre

la vérité amusante et visible, la plus perçante des armes chez un peuple

intelligent et vaniteux: c'est celui de Voltaire et des salons. L'autre,

qui est celui des improvisateurs et des artistes, n'est autre chose que

la verve inventive, paradoxale, effrénée, exubérante, sorte de fête que

l'on se donne à soi-même, fantasmagorie d'images, de pointes, d'idées

bizarres, qui étourdit et qui enivre comme le mouvement et

l'illumination d'un bal. Tel est l'esprit de Mercutio, des clowns, de

Béatrice, de Rosalinde et de Bénédict. Ils rient, non par sentiment du

ridicule, mais par envie de rire. Cherchez ailleurs les campagnes que la

raison agressive entreprend contre la folie humaine. Ici la folie est

dans toute sa fleur. Nos gens songent à s'amuser, rien de plus. Ils sont

de bonne humeur, ils font faire des cavalcades à leur esprit à travers

le possible et l'impossible. Ils jouent sur les mots, ils en tourmentent

le sens, ils en tirent des conséquences absurdes et risibles, ils se les

renvoient comme avec des raquettes, coup sur coup, en faisant assaut de

singularité et d'invention. Ils habillent toutes leurs idées de

métaphores, étranges ou éclatantes. Le goût du temps était aux

mascarades; leur entretien est une mascarade d'idées. Ils ne disent rien

en style simple; ils ne cherchent qu'à entasser des choses subtiles,

recherchées, difficiles à inventer et à comprendre; toutes leurs

expressions sont raffinées, imprévues, extraordinaires; ils outrent leur

pensée et la changent en caricature. «Ah! pauvre Roméo, dit Mercutio, il

est déjà mort, poignardé par l'oeil noir d'une blanche beauté!

transpercé à travers l'oreille par une chanson d'amour, le coeur crevé

juste au centre par la flèche du petit archer aveugle[241]!»--Bénédict

raconte une conversation qu'il vient d'avoir avec sa maîtresse: «Oh!

elle m'a maltraité de façon à mettre à bout la patience d'une souche. Un

chêne, avec une seule feuille verte pour tout feuillage, lui aurait

répondu. Mon masque lui-même commençait à prendre vie et à quereller

avec elle[242]!» Ces extravagances gaies et perpétuelles indiquent

l'attitude des interlocuteurs. Ils ne restent pas tranquillement assis

sur leurs chaises, comme les marquis du _Misanthrope_; ils pirouettent,

ils sautent, ils se griment, ils jouent hardiment la pantomime de leurs

idées; leurs fusées d'esprit se terminent en chansons. Jeunes gens,

soldats et artistes, ils tirent un feu d'artifice de phrases et

gambadent tout à l'entour. «Quand je suis née, une étoile dansait.» Ce

mot de Béatrice peint ce genre d'esprit poétique, scintillant,

déraisonnable, charmant, plus voisin de la musique que de la

littérature, sorte de rêve qu'on fait tout haut et tout éveillé, et dans

lequel celui de Mercutio se trouve à sa place.

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 2 de 5) · 第 13 / 34 段