On trouve des caméléons dans les pays qui bordent le Sénégal et la

Gambie: cet animal, qui est une espèce de lézard, se nourrit de mouches

et d'insectes. Les anciens naturalistes le faisaient vivre de l'air. Il

darde une langue de sept à huit pouces, c'est-à-dire de la longueur de

son corps. Elle est couverte d'une matière glutineuse qui arrête tout ce

qui la touche. Lorsqu'il est endormi, il paraît presque toujours d'un

jaune luisant. Il a les yeux très-beaux, et placés de manière que de

l'un il peut regarder en haut, et de l'autre en bas. Les caméléons

ordinaires ne sont pas plus gros que la grenouille; et sont généralement

couleur de souris; mais il y en a de beaucoup plus gros.

De Bruyn, dans ses voyages au Levant, a donné la plus parfaite

description qu'on ait encore vue du caméléon, avec une figure de la même

exactitude. Il trouva l'occasion à Smyrne de se procurer quelques-uns de

ces animaux; et, voulant découvrir combien de temps ils peuvent vivre,

il en gardait soigneusement quatre dans une cage. Quelquefois il leur

laissait la liberté de courir dans sa chambre et dans la grande salle de

la maison qu'il habitait. La fraîcheur du vent de mer semblait leur

donner plus de vivacité. Ils ouvraient la bouche pour recevoir l'air

frais. Jamais de Bruyn ne les vit boire ni manger, à la réserve de

quelques mouches, qu'ils semblaient avaler avec plaisir. Dans l'espace

d'une demi-heure, il voyait leur couleur changer trois ou quatre fois,

sans aucune cause extraordinaire à laquelle il pût attribuer cet effet.

Leur couleur habituelle est le gris, ou plutôt un souris pâle; mais les

changemens les plus fréquens sont en un beau vert tacheté de jaune.

Quelquefois le caméléon est marqué de brun sur tout le corps et sur la

queue. D'autres fois, c'est de brun qu'il paraît entièrement couvert. Sa

peau est fort mince, et probablement transparente; mais c'est une erreur

de s'imaginer qu'il prenne toutes les couleurs qui se trouvent près de

lui. Il y a des couleurs qu'il ne prend jamais, telles que le rouge.

Cependant de Bruyn confesse qu'il lui a vu quelquefois recevoir la

teinture des objets les plus proches. Il lui fut impossible de conserver

plus de cinq mois en vie ceux dont il voulait éprouver la durée. La

plupart moururent dès le quatrième mois.

Si le caméléon descend de quelque hauteur, il avance fort soigneusement

un pied après l'autre, en s'attachant de sa queue à tout ce qu'il

rencontre en chemin. Il se soutient de cette manière aussi long-temps

qu'il trouve quelque assistance; mais, lorsqu'elle lui manque, il tombe

aussitôt à plat. Sa marche est fort lente.

Bosman trouva de la différence entre les caméléons de Smyrne et ceux de

Guinée. Dans le second de ces deux pays, ils vivent autant d'années que

de mois dans le premier. À la vérité, ceux qui lui servirent à vérifier

cette expérience étaient souvent mis dans le jardin sur un arbre, où ils

demeuraient quelque temps à l'air. On sait d'ailleurs qu'on en a apporté

de vivans en Europe.

Le même auteur ajoute, sur ses propres observations, que tous les

animaux ovipares, tels que le lézard, le caméléon, le guana, les serpens

et les tortues, n'ont pas leurs oeufs couverts d'une écaille, mais d'une

peau épaisse et pliable.

Les insectes sont en fort grand nombre dans tous les cantons de

l'Afrique. Des armées de sauterelles infestent souvent l'intérieur des

terres, obscurcissent l'air dans leur passage, et détruisent tout ce

qu'il y a de verdure dans les lieux où elles s'arrêtent, sans laisser

une seule feuille aux arbres. Elles sont ordinairement de la grosseur du

doigt, mais plus longues, et leurs dents sont fort pointues. Leur peau

est rouge et jaune, quelquefois tout-à-fait verte. Les Maures et les

Nègres s'en nourrissent: mais cet aliment ne les dédommage pas de la

famine qu'elles apportent souvent dans les pays qu'elles ravagent.

On voit quantité de mouches d'une forme extraordinaire. Dans la saison

des pluies, il en naît des multitudes que les Nègres nomment _ghetle_.

Elle ont la tête grosse et large, sans aucune apparence de bouche. Les

Nègres les mangent, car les Nègres mangent tout.

Les pays qui bordent la Gambie sont infestés d'une sorte de punaises qui

causent de grands ravages. On n'est pas moins incommodé d'une

prodigieuse multitude de fourmis blanches, qui se répandent par des

voies singulières. Elles s'ouvrent sous terre une route imperceptible et

voûtée avec beaucoup d'art, par laquelle des légions entières se rendent

en fort peu de temps au lieu qui renferme leur proie. Il ne leur faut

que douze heures pour faire un conduit de cinq ou six toises de

longueur. Elles dévorent particulièrement les draps et les étoffes; mais

les tables et les coffres ne sont pas plus à l'épreuve de leurs dents;

et ce qu'on aurait peine à croire, si on ne le vérifiait tous les jours,

elles trouvent le moyen de ronger l'intérieur du bois sans en altérer la

superficie: de sorte que l'oeil est trompé aux apparences. Le soleil est

leur ennemi. Non-seulement elles fuient sa lumière, mais elles meurent

lorsqu'elles y sont exposées trop long-temps. La nuit leur rend toute

leur force. Les Européens, pour conserver leurs meubles, sont obligés de

les élever sur des piédestaux, de les enduire de goudron, et de les

faire souvent changer de place.

Il y a dans les bois une grosse mouche verte dont l'aiguillon tire du

sang comme une lancette. Mais la plus grande peste du pays est une

espèce de cousins, que les Portugais nomment _mousquites_, qui se

répandent dans l'air à millions vers le coucher du soleil. Les Nègres

sont obligés d'entretenir constamment du feu dans leurs huttes, pour

chasser ces incommodes animaux par la fumée.

Les bois sont remplis de termès, sorte de fourmis d'une grosseur

extraordinaire. Elles bâtissent leurs nids ou leurs ruches de terre

grasse en forme pyramidale, les élèvent à la hauteur de six ou sept

pieds, et les rendent aussi fermes qu'un mur de plâtre. Ces animaux sont

blancs; ils ont le mouvement fort vif: leur grosseur ordinaire est celle

d'un grain d'avoine, et leur longueur à proportion. La plupart de leurs

édifices ont quatorze ou quinze pieds de circonférence, avec une seule

entrée, qui est à peu près au tiers de sa hauteur. La route pour y

monter est tortueuse. À quelque distance, on les prend pour de petites

cabanes de Nègres. Sur le Sénégal il se trouve de petites fourmis

rouges, d'une nature fort venimeuse.

Il n'y a point de pays, surtout vers la Gambie, qui ne soit peuplé

d'abeilles. Aussi le commerce de la cire est-il considérable parmi les

Nègres. Ils nomment _komobasses_ les mouches qui produisent le miel. Ces

petits animaux habitent le creux des arbres et s'effraient peu de

l'approche des hommes.

Moore dit que les Mandingues, sur la Gambie, ont des ruches de paille

comme celles d'Angleterre; qu'ils y mettent un fond de planches, et

qu'ils les attachent aux branches des arbres. Lorsqu'ils veulent

recueillir ce qu'elles contiennent, ils étouffent les abeilles, ils

prennent les rayons, les pressent pour en tirer le miel, dont ils font

une sorte de vin; font bouillir la cire, et la coulent pour en faire des

pains, qui pèsent ordinairement depuis vingt jusqu'à cent vingt livres.

C'est le pays de Cachao qui en produit la plus grande quantité. Ces

Mandingues, étouffant les abeilles dont ils recueillent la cire, sont

l'image des mauvais rois.

Les grenouilles de la Gambie sont beaucoup plus grosses que celles

d'Angleterre. Dans la saison des pluies, elles font, pendant la nuit, un

bruit qui, dans l'éloignement, ressemble à celui d'une meute de chiens.

On trouve dans les mêmes lieux des scorpions fort gros, dont la blessure

est mortelle, si le remède est différé. En 1733, Moore vit à Brouko un

scorpion long de douze pouces.

Entre plusieurs espèces de serpens, il y en a dont la morsure est sans

remède: ce ne sont pas les plus gros qui sont les plus dangereux. Dans

le royaume de Cayor, ils vivent si familièrement parmi les Nègres, que,

sans nuire même aux enfans, ils viennent à la chasse des rats et des

poulets jusque dans les rues. S'il arrive qu'un Nègre soit mordu, un peu

de poudre à tirer, brûlée aussitôt sur la blessure, est un remède qui

réussit toujours. On voit des serpens de quinze ou vingt pieds de

longueur, et d'un pied et demi de diamètre. Il y en a de si verts, qu'il

est impossible de les distinguer de l'herbe. D'autres sont tout-à-fait

noirs; ils passent pour les plus venimeux. On en trouve de marquetés.

Les Nègres assurent qu'il y en a de rouges dont la blessure est

mortelle. La nation des Sérères les mange avec quelques précautions. Les

aigles en font aussi leur proie. Sur la rivière de Courbali, on voit des

serpens de trente pieds, qui avalent un boeuf entier. On les décrira

plus bas. Les Nègres de la Gambie parlent de quelques serpens qui ont

une crête sur la tête, et qui chantent comme le coq; d'autres, suivant

eux, ont deux têtes qui sortent du même cou; mais Moore, en décrivant

ces animaux, confesse qu'il n'en parle que sur le témoignage d'autrui.

Les chenilles du pays sont aussi grandes que la main, d'une figure

extrêmement hideuse. On y voit deux sortes de vers, également

incommodes. Les premiers se nomment chiques, et pénètrent ou

s'engendrent dans les mains et dans la plante des pieds. S'ils y font

une fois des oeufs, il devient impossible de les extirper. Les autres

sont produits par le mauvais air, et se logent dans la chair, en divers

endroits du corps. Ils y acquièrent souvent jusqu'à cinq pieds de

longueur. Nous en avons déjà parlé.

L'air, quoique sujet à des chaleurs si excessives, et troublé par tant

de révolutions, n'a pas moins d'habitans en Afrique que la terre et les

rivières. Il n'y a point de pays où les oiseaux soient en plus grand

nombre ni dans une plus grande variété. On a déjà décrit l'autruche, la

spatule, le flamant, le calao, à l'occasion des cantons où chacune de

ces espèces se trouve plus particulièrement. Il reste à parler de ceux

qui sont communs à toutes les parties de cette division, et qu'on n'a

fait que nommer sans aucune description.

Celui qui se présente le premier est le pélican, oiseau assez commun sur

les bords du Sénégal et de la Gambie. C'est l'_onocrotalus_ des anciens.

Les Français du Sénégal lui ont donné le nom de _grand gosier_. Il a la

forme, la grosseur et le port d'une grosse oie, avec les jambes aussi

courtes. Ce qui le distingue le plus est un sac qu'il a sous le cou.

Lorsque ce sac est vide, à peine s'aperçoit-il; mais, lorsque l'animal a

mangé beaucoup de poissons, il s'enfle d'une manière surprenante, et

l'on aurait peine à croire la quantité d'alimens qu'il contient. La

méthode du pélican est de commencer d'abord par la pêche. Il remplit son

sac du poisson qu'il a pris; et, se retirant, il le mange à loisir.

Quelques voyageurs prétendent que ce sac, bien étendu, peut contenir un

seau d'eau. Le Maire lui donne le nom de _jabot_, et raconte que le

pélican avale des poissons entiers de la grosseur d'une carpe moyenne.

On trouve de tous les côtés des faucons aussi gros que nos gerfauts, qui

sont capables, suivant le récit des Nègres, de tuer un daim en

s'attachant sur sa tête, et le battant de leurs ailes jusqu'à ce que

les forces lui manquent. On voit aussi une sorte d'aigles bâtards, et

plusieurs espèces de milans et de buzes. La peau d'une espèce

particulière de buze jette une odeur de musc comme celle du crocodile.

Vers le Sénégal, on donne le nom d'_autruche volante_ à l'outarde. Cet

oiseau est de la taille d'un coq d'Inde; ses jambes et son cou

ressemblent à ceux de l'autruche. Sa tête est grosse et ronde, son bec

court, épais, fort. Il est couvert de plumes brunes et blanches; ses

ailes sont larges et fermes. Il a quelque peine à prendre l'essor; mais,

lorsqu'une fois il s'élève, il vole fort haut et fort long-temps.

Près de Boucar, sur le Sénégal, on voit l'oiseau royal qui se nomme en

anglais _comb bird_, ou le peigné. Il est de la grosseur d'un coq

d'Inde; son plumage est gris, rayé de noir et de blanc. Il a de fort

longues jambes; sa hauteur est de quatre pieds. Il se nourrit de

poissons. Il marche aussi gravement que les Espagnols, en levant

pompeusement sa tête, qui est couverte, au lieu de plumes, d'une sorte

de poil doux de la longueur de quatre ou cinq doigts. Cette chevelure

descend des deux côtes; la pointe en est frisée; ce qui a fait donner le

nom de _peigné_ à l'animal: mais sa plus grande beauté est dans sa

queue, qui ressemble à celle d'un coq d'Inde. La partie supérieure est

d'un noir de jais fort brillant, et le bas aussi blanc que l'ivoire. On

en fait des éventails naturels.

On trouve deux sortes de perroquets, les uns petits, tout-à-fait verts;

les autres beaucoup plus gros, avec la tête grise, le ventre jaune, les

ailes vertes, et le dos mêlé de gris et de jaune: ceux-ci n'apprennent

jamais à parler; mais les petits ont l'organe clair et agréable, et

prononcent distinctement tout ce qu'on prend la peine de leur répéter.

On trouve au long de la rivière le héron nain, que les Français nomment

_l'aigrette_.

La _nonette_ est un oiseau blanc et noir. Il a la tête revêtue d'une

touffe de plumes qui a l'apparence d'un voile; sa taille est celle d'un

aigle; il se nourrit de poissons; il fréquente les bois, et s'apprivoise

difficilement.

Les cormorans et les vautours sont semblables à ceux de l'Europe. Entre

ces derniers, il s'en trouve d'aussi gros que les aigles; ils dévorent

les enfans, lorsqu'ils peuvent les surprendre à l'écart.

Près du désert, au long du Sénégal, on trouve un oiseau de proie de

l'espèce du milan, auquel les Français ont donné le nom d'_écouffe_.

C'est une espèce d'aigle bâtard, de la forme et de la hauteur d'un coq

ordinaire; sa couleur est brune, avec quelques plumes noires aux ailes

et à la queue; il a le vol rapide, les serres grosses et fortes, le bec

courbé, l'oeil hagard et le cri fort aigu. Sa proie ordinaire est le

serpent, les rats et les oiseaux; mais tout convient à sa faim

dévorante: il n'est point épouvanté des armes à feu. La chair cuite ou

crue le tente si vivement, qu'il enlève les morceaux aux matelots dans

le temps qu'ils les portent à la bouche.

La _demoiselle de Numidie_ est de la taille du coq d'Inde: son plumage

au dos et sur le ventre est d'un violet foncé, et variable comme le

tabis, suivant les différentes réflexions de la lumière; il paraît

quelquefois d'un noir luisant, quelquefois d'un violet clair ou pourpre,

et comme doré. Froger dit que les plumes de la queue de cet oiseau sont

d'un violet ordinaire, et que sur la tête il a deux touffes, l'une sur

le devant, d'un beau noir, l'autre couleur aurore ou de flamme: ses

jambes et son bec sont assez longs, et sa marche est fort grave; il aime

la solitude et fait une guerre mortelle à la volaille. Sa chair est

nourrissante et de bon goût. Cet oiseau, suivant la description que

l'académie royale des sciences de Paris en a donnée sous le nom de

_demoiselle de Numidie_, est remarquable par sa démarche et ses

mouvemens, qui semblent imités de ceux des femmes, et par la beauté de

son plumage. On l'a désigné improprement par le nom de paon d'Afrique ou

de Guinée.

On a vu plusieurs de ces oiseaux dans le parc de Versailles, où l'on

admirait leur figure, leur contenance et leurs mouvemens. On prétendait

trouver dans leurs sauts beaucoup de ressemblance avec la danse

bohémienne. Il semble qu'ils s'applaudissent d'être regardés, et que le

nombre des spectateurs anime leurs chants et leurs danses.

Dans l'île de Bifèche, près de l'embouchure du Sénégal, on trouve un

grand nombre d'oiseaux que les Français appellent pique-boeufs, de la

grosseur d'un merle, noirs comme lui, avec un bec dur et pointu. Cet

oiseau s'attache sur le dos des bestiaux, dans les endroits où leur

queue ne peut le toucher, et de son bec il leur perce la peau pour sucer

leur sang. Si les bergers et les pâtres ne veillent pas soigneusement à

le chasser, il est capable à la fin de tuer l'animal le plus vigoureux.

L'oiseau qui porte le nom de _quatre-ailes_ le tire moins du nombre de

ses ailes, puisqu'il n'en a que deux, que de la disposition de ses

plumes. Mais Jobson en vit un qui a réellement quatre ailes distinctes

et séparées. Cet oiseau ne paraît jamais plus d'une heure avant la nuit.

Ses deux premières ailes sont les plus grandes, les deux autres en sont

à quelque distance; de sorte que le corps se trouve placé entre les deux

paires.

Brue remarqua dans le même pays un oiseau d'une espèce extraordinaire.

Il est plus gros que le merle: son plumage est d'un bleu céleste fort

luisant; sa queue grosse et longue d'environ quinze pouces: il la

déploie quelquefois comme le paon. Un poids si peu proportionné à sa

grosseur rend son vol lent et difficile. Il a la tête bien faite et les

yeux fort vifs: son bec est entouré d'un cercle jaune. Cet oiseau est

fort rare.

Près de la rivière de Paska, au sud de la Gambie, on voit une sorte

d'oiseau à gros bec, qui ressemble beaucoup au merle. Sa chair est fort

bonne; son cri est remarquable par la répétition qu'il fait de la

syllabe _ha_, _ha_, avec une articulation si nette et si distincte,

qu'on prendrait sa voix pour celle d'un homme.

Le kourbalos ou martin-pêcheur se nourrit de poisson. Il est de la

taille du moineau, et son plumage est fort varié; il a le bec aussi long

que le corps entier, fort et pointu, armé au dedans de petites dents qui

ont la forme d'une scie; il se balance dans l'air et sur la surface de

l'eau avec un mouvement si vif et si animé, que les yeux en sont

éblouis. Les deux bords du Sénégal en sont remplis, surtout vers l'île

au Morfil, où il s'en trouve des millions. Leurs nids sont en si grand

nombre sur les arbres, que les Nègres leur donnent le nom de villages.

Il y a quelque chose de fort curieux dans la mécanique de ces nids. Leur

figure est oblongue comme celle d'une poire; leur couleur est grise; ils

sont composés d'une terre dure, mêlée de plumes, de mousse et de paille,

si bien entrelacés, que la pluie n'y trouve aucun passage; ils sont si

forts, qu'étant agités par le vent, ils s'entre-heurtent sans se briser;

car ils sont suspendus par un long fil à l'extrémité des branches qui

donnent sur la rivière. À quelque distance, il n'y a personne qui ne les

prît pour le fruit de l'arbre. Ils n'ont qu'une petite ouverture, qui

est toujours tournée à l'est, et dont la disposition ne laisse point de

passage à la pluie. Les kourbalos sont en sûreté dans ces nids contre

les surprises des singes, leurs ennemis, qui n'osent se risquer sur des

branches si faibles et si mobiles, et contre les attaques des serpens.

Il y a sur la Gambie une sorte de chouettes que les Nègres croient

sorcières, et pour lesquelles ils ont tant d'aversion, que, s'il en

paraît une dans le village, tous les habitans prennent l'alarme et lui

donnent la chasse.

Jobson parle du ouake, oiseau qu'on nomme ainsi parce qu'il exprime ce

bruit en volant. Il aime les champs semés de riz, mais c'est pour y

causer beaucoup de ravage. Il est gros, et d'un fort beau plumage. On

admire surtout la forme de sa tête, et la belle touffe qui lui sert de

couronne. En Angleterre, elle fait quelquefois la parure des plus grands

seigneurs. Il est de la taille du paon: son plumage a la douceur du

velours.

Le plus grand oiseau de ces contrées, si l'on en croit Jobson, se nomme

la cigogne d'Afrique; mais il ne tire cet avantage que de son cou et de

ses jambes, qui le rendent plus grand qu'un homme: son corps a la

grosseur d'un agneau.

Les pintades, les perdrix et les cailles sont très-nombreuses. Ces

dernières sont aussi grosses que les bécasses d'Europe. Jobson suppose

qu'elles sont de l'espèce de celles qui tombèrent dans le désert pour

la nourriture des Israélites.

Enfin on voit une infinité de petits oiseaux dont la couleur est

charmante et le chant délicieux; il en est un qui n'a, dit-on, pour

jambes, comme l'oiseau d'Arabie, que deux filets, par lesquels il

s'attache aux arbres, la tête pendante, et le corps sans mouvement: sa

couleur est si pâle et si semblable à la feuille morte, qu'il est fort

difficile à distinguer dans le repos. On a fait le même conte sur

l'oiseau de paradis.

Le marsouin d'Afrique est de la grosseur du requin; on vante la bonté de

sa chair: on en fait du lard, mais d'assez mauvais goût.

Les baleines sont d'une grandeur prodigieuse dans toutes leurs

dimensions; elles paraissent quelquefois plus grosses qu'un bâtiment de

vingt-six tonneaux: cependant on n'a point d'exemple qu'elles aient

jamais renversé un vaisseau, ni même une barque ou une chaloupe; mais,

pour les nacelles des pêcheurs, on n'y est point avec la même sûreté.

Le souffleur ou cachalot a beaucoup de ressemblance avec la baleine,

mais il est beaucoup plus petit; s'il lance de l'eau comme la baleine,

c'est par un seul passage qui est au-dessus du museau, au lieu que la

baleine en a deux.

Les requins, que les Portugais nomment _tuberones_, paraissent

ordinairement dans les temps calmes. Ils nagent lentement à l'aide

d'une haute nageoire qu'ils ont sur la tête; leur principale force

consiste dans leur queue, avec laquelle ils frappent violemment; et dans

leurs scies tranchantes (car on ne peut donner d'autre nom à leurs

dents) qui coupent la jambe ou le bras d'un homme aussi nettement que la

meilleure hache. Ces terribles animaux sont toujours affamés. Ils

avalent tout ce qui se présente; de sorte qu'on leur a trouvé souvent

des crochets et d'autres instrumens de fer dans les entrailles. Leur

chair est coriace et de mauvais goût.

On regarde le requin comme le plus vorace de tous les animaux de mer.

Labat paraît persuadé que c'est un véritable chien de mer, qui ne

diffère de ceux des mers de l'Europe que par la grandeur. On en a vu sur

les côtes d'Afrique, où il est fort commun, et même dans les rivières,

de la longueur de vingt-cinq pieds et de quatre pieds de diamètre,

couverts d'une peau forte et rude. Le requin a la tête longue, les yeux

grands, ronds, fort ouverts et d'un rouge enflammé; la gueule large,

armée de trois rangées de dents à chaque mâchoire. Elles sont toutes si

courtes, si serrées et si fermes, que rien ne peut leur résister.

Heureusement cette affreuse gueule est presque éloignée d'un pied de

l'extrémité du museau, de sorte que le monstre pousse d'abord sa proie

devant lui avant de la mordre. Il la poursuit avec tant d'avidité, qu'il

s'élance quelquefois jusque sur le sable. Sans la difficulté qu'il a

pour avaler, il dépeuplerait l'Océan. Avec quelque légèreté qu'il se

tourne, il donne le temps aux autres poissons de s'échapper. Les Nègres

prennent ce moment pour le frapper. Ils plongent sous lui, et lui

ouvrent le ventre. Il est d'ailleurs assez facile à tromper, parce que

sa voracité lui fait saisir toutes sortes d'amorces. On le prend

ordinairement avec un crochet attaché au bout d'une chaîne, auquel on

lie un morceau de lard ou d'autre viande.

Il est fort dangereux de se baigner dans les rivières qui portent des

requins. En 1731, une petite esclave de James-Fort, sur la Gambie, fut

emportée tandis qu'elle était à se laver les pieds. Une barque remontant

la même rivière en 1731, il y eut un requin assez affamé pour s'en

approcher, malgré le bruit qui s'y faisait, et pour se saisir d'une rame

qu'il brisa d'un seul coup de dents.

Sur la côte de Juida, où la mer est toujours fort grosse, un canot fut

renversé en allant au rivage avec quelques marchandises. Un des matelots

fut saisi par un requin, et la violence des flots les jeta tous deux sur

le sable; mais le monstre, sans lâcher un moment sa proie, attendit le

retour de la vague, et regagna la mer avec le matelot qu'il emporta.

Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 2) · 第 19 / 23 段