À l'égard du petit millet, ou mil, ou blé de Guinée, on en distingue six

sortes. Il se sème partout après les premières pluies, c'est-à-dire au

mois de juin, pour être cueilli aux mois de novembre et de décembre. On

sème tous ces grains à la main, comme nous semons le froment et l'orge:

il croît à la hauteur de neuf ou dix pieds, sur un petit tuyau. Le grain

est au sommet, dans une assez grande touffe.

Les Nègres font leur moisson avec des instrumens de fer assez semblables

à nos serpes; et, après avoir laissé sécher pendant un mois le millet

dans l'épi, ils le renferment dans des huttes bâties pour cet usage dans

des lieux secs: il se conserve ainsi des années entières. Ils le battent

dans un mortier avec un pilon, pour séparer les grains, puis le broient

dans autre mortier, et le passent dans un crible pour séparer le son.

Le couscous, qui est l'aliment le plus commun des Nègres, est une

composition de farine de millet. Après en avoir fait une pâte, ils la

mettent sur le feu dans un pot de terre ou de bois, percé d'un grand

nombre de trous comme nos passoires; et l'arrosant d'eau bouillante, ils

la remuent continuellement pour l'empêcher de s'épaissir. À force de

mouvement, elle se divise en petites boules sèches et dures, qui se

gardent long-temps, lorsqu'on prend soin de les garantir de l'humidité.

Pour en faire usage, on les arrose d'eau chaude, ce qui les fait enfler

comme le riz. Cette nourriture est saine, du moins s'il en faut juger

par les Nègres, qui sont ordinairement gras et pleins de santé. Le grand

et le petit mil sont connus des naturalistes sous le nom de houlque

sorgho et de houlque à épi.

Le sanglet est la simple farine du maïs. C'est l'aliment le plus commun

des pauvres habitans. Le maïs se plaît dans les terrains frais, et même

marécageux. Il se cultive comme le millet, et se vend en épis ou en

grains.

Le riz croît fort abondamment sur les bords et dans les îles du Sénégal,

sur la Gambie et dans les autres parties de la côte, surtout dans les

lieux qui sont sujets aux inondations des rivières. Le commerce du riz

est considérable sur les côtes voisines de Cachao, et au sud de Bissao.

On sème le riz dans les terres basses. Il croît de la hauteur du

froment. Du sommet de la tige il pousse d'autres petit tuyaux qui

soutiennent les épis. Sa multiplication est si extraordinaire, qu'un

boisseau en produit souvent jusqu'à quatre-vingts. Cependant la paresse

des Nègres les met quelquefois dans le cas d'en manquer.

Il n'y a point de champs ni de bois qui ne soient ornés d'une grande

variété de fleurs sauvages, tout-à-fait différentes de celles de

l'Europe, mais d'une beauté fort médiocre. On en distingue une qui

ressemble, pour la figure, à la belle de nuit. Elle est du plus beau

cramoisi du monde; mais les Nègres n'ont aucun goût pour les fleurs. Ils

ont une sorte de lis qu'ils appellent _bounning_, d'un goût fort âcre,

dont les Anglais se servent dans leurs sauces.

Cette vaste partie du continent de l'Afrique, qui est depuis le cap

Blanc jusqu'à Sierra-Leone, contient des animaux de toutes les espèces,

surtout une infinité de bêtes de proie, qui vivent en sûreté dans cette

retraite. Donnons le premier rang au lion, puisqu'il l'a toujours

obtenu.

Il semble que l'Afrique soit le pays naturel de cette noble créature,

non-seulement parce qu'il n'y a point de régions connues où les lions

soient en si grand nombre, mais encore parce qu'ils y sont d'une taille

et d'une fierté terribles. Cependant on remarque que ceux du mont Atlas

n'approchent point de ceux du Sénégal et de la Gambie pour la hardiesse

et la grosseur.

Quelques naturalistes ont observé que la face du lion a quelque

ressemblance avec le visage humain. Il a la tête grosse et charnue,

couverte de longues boucles d'un crin fort rude. Son front est carré et

comme sillonné par de profondes rides, surtout lorsqu'il est en fureur.

Ses yeux sont vifs et perçans, ombragés d'épais sourcils qu'il fait

mouvoir d'une manière effrayante. Il a le nez long, large et ouvert, la

mâchoire épaisse et garnie de muscles, de tendons et de nerfs d'une

force singulière. Il a, de chaque côté, quatorze dents, quatre

incisives, quatre de l'oeil, et six molaires. Sa langue est fort grosse,

rude et couverte de plusieurs pointes aussi dures que de la corne,

longues de trois ou quatre lignes et tournées vers le gosier. Cette

étrange superficie de sa langue rend ses lèchemens si dangereux, qu'ils

écorchent aussitôt la peau; et pour peu qu'il sente le sang, il ne pense

plus qu'à dévorer. Le domestique d'un Français ayant souffert qu'un lion

privé, qui couchait dans la chambre de son maître, prît l'habitude de le

caresser et de le lécher, fut averti souvent du danger où il s'exposait.

Mais, se fiant à la douceur et à la familiarité de cet animal, il

négligea les avertissemens. Son maître, réveillé par quelque bruit, jeta

les yeux dans sa chambre, et ne fut pas peu effrayé de voir la tête de

son valet entre les griffes du lion, qui avait déjà dévoré le corps. Il

se leva aussitôt, et, gagnant son cabinet, il appela au secours quelques

autres Français, qui tuèrent le monstre à coups de fusil.

Quoique le cou du lion soit d'une bonne longueur, il est d'une raideur

étonnante. Aristote s'est trompé lorsqu'il l'a cru composé d'un seul os;

il consiste en plusieurs vertèbres mobiles, qui ne laissent pas d'être

parfaitement jointes. Celui du mâle est couvert d'une longue et rude

crinière, qui se dresse lorsqu'il est en furie. La femelle est sans

crinière, mais on la croit plus féroce encore et plus terrible que le

mâle.

Le lion a les jambes courtes, osseuses et fort souples. Sa marche est

lente et majestueuse, excepté lorsqu'il poursuit sa proie, car il court

alors avec une vitesse extraordinaire. Il a les pieds gros et larges.

Ceux de devant sont divisés en cinq griffes bien articulées. Ceux de

derrière en quatre, toutes armées d'ongles forts et pointus. Sa queue

est longue, vigoureuse, couverte d'un poil rude et court jusqu'à

l'extrémité, qui est frisée et qui se termine en touffe.

On sait quelle est la fierté et la hardiesse de cet animal formidable.

Son intrépidité est telle, que, soit hommes ou bêtes, il ne paraît

jamais effrayé du nombre de ses ennemis. S'il ne pense point à

l'attaque, il passe dédaigneusement, et continue sa marche avec lenteur.

Si la faim le presse, il se jette indifféremment sur tout ce qui se

présente, et la résistance ne fait qu'augmenter sa rage. Aussi est-il

fort dangereux de le blesser sans l'abattre. Quelque inégal que puisse

être le combat, il ne tourne jamais le dos. S'il est forcé de se

retirer, il recule lentement, jusqu'à ce qu'il ait gagné quelque

retraite assurée.

Un gentilhomme florentin avait une mule si vicieuse, que non-seulement

elle rendait peu de services, mais que, se révoltant contre les valets

et les palefreniers, elle maltraitait des dents et des pieds tous ceux

qui s'approchaient. Son maître, après avoir employé inutilement toutes

sortes de moyens pour la dompter, résolut de l'exposer aux bêtes féroces

de la ménagerie du grand-duc. On lâcha un lion dont le rugissement

aurait d'abord effrayé tout autre animal; mais la mule, sans paraître

alarmée, se retira prudemment dans un coin de la cour, où elle ne

pouvait être attaquée que par derrière, c'est-à-dire du côté de sa

principale force: dans cette situation, elle attendit son ennemi,

l'observant du coin de l'oeil, et lui présentant la croupière. Le lion,

qui parut sentir la difficulté de l'attaque, employa toute son adresse

pour prendre ses avantages. Enfin la mule trouva le moment de lui lancer

une si furieuse ruade, qu'elle lui brisa neuf ou dix dents dont on vit

sauter les fragmens en l'air. Le roi des animaux s'aperçut qu'il n'était

plus en état de combattre; il ne pensa qu'à se retirer en arrière jusque

dans sa loge, en laissant la mule maîtresse du champ de bataille.

La proie ordinaire du lion est une multitude de petits animaux, excepté

lorsque étant pressé par la faim, il n'épargne rien. Il ne faut pas

croire ce que dit Paul Lucas, et Labat après lui, que les lions

respectent les femmes et prennent la fuite à leur vue. Paul Lucas

raconte que, près de Tunis, il a vu les femmes du pays, sans autres

armes que des bâtons et des pierres, poursuivre des lions pour leur

faire quitter leur proie, et ces fiers animaux l'abandonner plutôt que

de se défendre: c'est une chimère. L'empire des femmes ne s'étend pas

sur les monstres.

Le lion supporte long-temps la soif. On prétend qu'il ne boit qu'une

fois en trois ou quatre jours, mais qu'il boit beaucoup lorsqu'il en

trouve l'occasion. C'est une erreur vulgaire que de le croire épouvanté

du chant des coqs. On a vérifié au contraire qu'il fait peu d'attention

à la volaille; mais il n'est pas moins vrai qu'il redoute les serpens.

La ressource des Maures, lorsqu'ils sont poursuivis par un lion, est de

prendre leur turban, et de le remuer devant eux dans la forme d'un

serpent. Cette vue suffit pour obliger l'ennemi à précipiter sa

retraite. Comme il arrive souvent aux mêmes peuples de rencontrer des

lions dans leurs chasses, il est fort remarquable que leurs chevaux,

quoique célèbres par leur vitesse, sont saisis d'une terreur si vive,

qu'ils deviennent immobiles, et que les chiens, non moins timides, se

tiennent rampans aux pieds de leur maître ou de son cheval. Le seul

expédient pour les Maures est de descendre et d'abandonner une proie

qu'ils ne peuvent défendre; mais, si le ravisseur est trop près, et

qu'on n'ait pas le temps d'allumer du feu, seul moyen de l'effrayer, il

ne reste qu'à se coucher par terre dans un profond silence. Le lion,

lorsqu'il n'est pas tourmenté par la faim, passe gravement, comme s'il

était satisfait du respect qu'on à pour sa présence.

Le lion est d'une taille assez haute, souple et bien prise. Ceux

d'Afrique ne sont pas moins gros qu'un cheval barbe. Quoique la lionne

n'ait que deux mamelles, elle porte souvent quatre lionceaux, et

quelquefois davantage. On assure qu'ils naissent les yeux ouverts.

Lorsque les Maures en trouvent dans quelque antre, ils ne manquent

jamais de les porter aux Européens, qui s'empressent ordinairement de

les acheter. Si la lionne revient assez tôt pour courir après les

ravisseurs, ils lui jettent un de ses petits; et tandis qu'elle le porte

à sa caverne, ils ne perdent pas un moment pour s'échapper avec les

autres.

Nos histoires, ainsi que celles des anciens, offrent quantité d'exemples

de la générosité et de la clémence du lion. Labat en rapporte deux qu'il

avait appris de plusieurs témoins. Le père Joseph Colombet, religieux

jacobin, étant dans l'esclavage à Méquinez, résolut, avec un de ses

compagnons, de se mettre en liberté par la fuite. Comme ils

connaissaient assez le pays, ils espéraient de pouvoir se rendre à

Larache, place qui appartient aux Portugais sur cette côte. Ils

trouvèrent le moyen de s'échapper, et, ne marchant que la nuit, ils se

reposaient pendant le jour dans les bois, où ils se couvraient de

feuilles de ronces pour se défendre de l'ardeur du soleil. Après deux

jours de marche, ils arrivèrent près d'un étang, seule eau qu'ils

eussent rencontrée depuis leur départ; et le premier objet qui frappa

leur vue fut un lion qui était fort près d'eux, et qui paraissait garder

le bord de l'eau. Un moment de conseil sur un danger si pressant leur

fit prendre le parti de se mettre à genoux devant ce terrible voisin, et

d'une voix touchante ils lui firent le récit de leur infortune. Le lion

parut touché de leur humiliation: il s'éloigna volontairement à quelque

distance, et leur laissa la liberté de boire. Le plus hardi ne balança

point à s'approcher de l'étang, où il remplit son flacon tandis que

l'autre continuait ses prières. Ils passèrent ensuite à la vue du lion,

sans qu'il fît le moindre mouvement pour leur nuire; et, le jour

d'après, ils arrivèrent heureusement à Larache.

La seconde aventure s'était passée à Florence. Un lion du grand-duc,

étant sorti de la ménagerie, entra dans la ville, et y répandit beaucoup

d'épouvante. Entre les fugitifs il se trouva une femme qui portait son

enfant dans ses bras, et qui, dans l'excès de sa crainte, le laissa

tomber; Le lion s'en saisit et paraissait prêt à le dévorer, lorsque la

mère, transportée du plus tendre mouvement de la nature, retourna sur

ses pas au mépris du danger, se jeta aux pieds du lion, et lui demanda

son enfant. Il la regarda fixement: ses cris et ses pleurs semblèrent le

toucher; enfin il mit l'enfant à terre, et se retira sans lui avoir fait

le moindre mal. Si ces deux histoires sont vraies, comme en effet elles

sont possibles, le malheur et le désespoir ont donc une expression qui

se fait entendre des monstres les plus farouches! Mais ce qu'il y a sans

doute de plus admirable, c'est ce mouvement aveugle et sublime qui

précipite la mère sur les pas de l'animal féroce devant qui tout fuit,

cet oubli de toute raison bien au-dessus de la raison même, et qui fait

recourir cette femme désespérée à la pitié du monstre même qui ne

respire que la mort et le carnage. C'est bien là l'instinct des grandes

douleurs, qui semblent toujours se persuader qu'on ne peut pas être

inflexible.

Les Français du fort Saint-Louis avaient une belle lionne qu'ils

gardaient enchaînée pour l'envoyer en France. Cet animal fut atteint

d'un mal à la mâchoire, qu'on prétend aussi dangereux pour son espèce

que l'hydropisie de poitrine pour la race humaine. N'étant plus capable

de manger, il fut bientôt réduit à l'extrémité, et les gens du fort, qui

le crurent désespéré, lui ôtèrent sa chaîne et jetèrent son corps dans

un champ voisin. Il était dans cet état, lorsque le sieur Compagnon,

auteur du _Voyage de Bambouk_, l'aperçut à son retour de la chasse; ses

yeux étaient fermés, sa gueule ouverte et déjà remplie de fourmis.

Compagnon prit pitié de ce pauvre animal, et, s'imaginant lui trouver

quelque reste de vie, il lui lava le gosier avec de l'eau, et lui fit

avaler un peu de lait. Un remède si simple eut des effets merveilleux.

La lionne fut rapportée au fort. On en prit tant de soin, qu'elle se

rétablit par degrés; mais, n'oubliant pas à qui elle était redevable

d'un si grand service, elle conçut tant d'affection pour son

bienfaiteur, qu'elle ne voulait rien prendre que de sa main; et

lorsqu'elle fut tout-à-fait guérie, elle le suivait dans l'île avec un

cordon au cou comme le chien le plus familier.

Tandis que le sieur Brue était directeur de la compagnie française au

Sénégal, on apporta dans l'île de Saint-Louis un troupeau entier de

chèvres qu'on avait acheté des Maures. Il y avait dans le fort un beau

lion qu'on y nourrissait soigneusement depuis plusieurs années. La vue

de ce terrible animal inspira tant de frayeur aux chèvres, qu'elles

prirent toutes la fuite, à la réserve d'une seule, qui, le regardant

avec audace, fit un pas en arrière, et s'avança vers lui les cornes

baissées. Cette attaqué fut répétée plusieurs fois. Le lion, pour éviter

cet adversaire incommode, se mit comme un chien entre les jambes du

directeur. Mais il pouvait y avoir dans ce mouvement plus de pitié que

de crainte; car comment une chèvre pourrait-elle effrayer un lion?

On nomme quelques animaux qui ne craignent pas de mesurer leurs forces

avec lui, tels que le tigre et le sanglier. L'éléphant, quoique

redoutable par sa grosseur, devient souvent sa proie. En 1695, dans un

marais rempli de roseaux, proche de Maroc, on trouva un lion et un

sanglier expirans des blessures qu'ils avaient reçues l'un de l'autre

dans le même lieu. Les roseaux étaient abattus aux environs et teints

de leur sang.

L'attaque du lion paraît toujours délibérée. Il ne s'avance pas

directement vers sa proie; mais, faisant un circuit, et rampant même

pour s'approcher, il s'élance ensuite lorsqu'il est à portée de fondre

dessus d'un seul saut. Malgré cette férocité naturelle, les lions

s'apprivoisent facilement dans leur jeunesse. Il s'en trouve d'aussi

doux et d'aussi caressans que des chiens.

Les Maures emploient la peau des lions pour faire des couvertures de

lits. En Europe, on s'en sert pour les garnitures de selles et les

siéges de carrosses.

Quelques voyageurs assurent que le lion est ordinairement accompagné

d'un autre animal qui va pour lui à la chasse, et qui lui rapporte sa

proie. Il est du genre du chien. On le nomme aussi chakal. Il est

très-commun entre le cap Boïador et Sierra-Leone, et en général dans

toute l'Afrique.

On rencontre ces animaux en grand nombre dans les dunes qui ferment et

bordent à l'orient le désert qu'on parcourt, en voyageant par terre, du

Sénégal à Gorie. Le chakal est plus petit que le loup; il en a la

férocité. Rusé comme le renard, il a comme lui le museau effilé et

pointu; et, en chassant, il aboie comme un chien. Les chakals ne

marchent qu'en troupes nombreuses pour attaquer les boeufs; et une

vingtaine se réunissent pour chasser les gazelles ou les antilopes. Les

chakals mangent aussi les bêtes mortes. Leur poil est d'un roux sale.

Ils courent fort vite.

Un autre animal que l'on a quelquefois confondu avec le chakal, est

l'hyène. Il est d'une férocité qui ne le cède qu'à celle de la panthère;

il dévore tout ce qui se présente, hommes, animaux, surtout les vaches,

les chevaux et les moutons. Au fort d'Akra, sur la côte d'Or, il vient

pendant la nuit jusque sous les murs, y enlève des porcs, des brebis, et

il pénètre quelquefois jusque dans l'étable. Pour détruire ces bêtes

carnassières, on a trouvé le moyen de disposer plusieurs fusils bien

chargés, de manière qu'une corde qui soutient une pièce de viande ne

peut être ébranlée sans faire partir trois ou quatre coups qui mettent

autant de balles dans la tête de l'animal. Ce piége manque rarement. En

1700, Bosman vit une hyène, qui avait été tuée dans le même lieu, et sa

grosseur était celle d'un mouton; mais elle avait les jambes plus

longues et d'une épaisseur proportionnée. Son poil était court et

marqueté, sa tête grosse et plate, avec des dents dont la moindre était

plus grosse que le doigt; ses griffes n'étaient pas moins terribles; de

sorte que toute sa force paraît consister dans ses griffes et ses dents.

Un de ces animaux étant entré pendant la nuit, près d'Akra, dans la

cabane d'un Nègre, enleva une jeune fille qu'il chargea sur son dos, en

se servant d'une pâte pour la tenir ferme dans cette situation, tandis

qu'il marchait légèrement sur les trois autres; mais les cris de sa

proie ayant éveillé quelques Nègres, elle fut délivrée par ceux qui se

hâtèrent de la secourir. On ne lui trouva qu'une petite meurtrissure

dans l'endroit où l'hyène l'avait serrée de sa pate.

Les tigres, ou plutôt les panthères, sur cette côte d'Afrique, sont de

la taille d'un grand lévrier. On prétend qu'elles sont beaucoup plus

grandes dans l'Abyssinie. Leur peau forme un spectacle agréable pour la

variété de ses taches et de ses couleurs. Le poil en est doux et

luisant: elles ont la tête semblable à celle du chat, les yeux jaunes et

féroces, le regard cruel et malin, les dents fort pointues, la langue

aussi rude qu'une pierre, et les muscles fort longs. Tous leurs

mouvemens sont vifs et agiles comme ceux du chat. Elles ont la queue

longue, couverte d'un poil fort court, les jambes bien proportionnées,

souples et fortes, et les pieds armés de griffes aiguës. Elles sont

très-voraces, et dans leur faim elles attaquent avec adresse les animaux

beaucoup plus gros qu'eux, tels que l'éléphant et le taureau. Les Nègres

mangent sa chair et la trouvent bonne.

Brue, après avoir employé toutes sortes de moyens pour adoucir la

férocité d'une panthère, qu'il avait fait élever au fort Saint-Louis,

eut un jour la curiosité d'éprouver comment un porc serait capable de se

défendre contre cet animal. Il en prit un des plus forts, et la panthère

fut lâchée contre lui. Après une courte escarmouche, le porc se retira

dans un angle des murs du fort, où son ennemi fut long-temps sans

pouvoir prendre sur lui le moindre avantage; enfin, se trouvant serré de

plus près, il se mit à pousser des cris si furieux, que tout le troupeau

de porcs qu'on avait pris soin d'éloigner, accourut à ce bruit, sans que

rien fût capable de l'arrêter; et tous ensemble ils fondirent si

brusquement sur la panthère, qu'elle n'eut pas d'autre ressource, pour

se mettre à couvert, que de sauter dans le fossé du fort, où les porcs

n'osèrent la suivre.

On a remarqué que les panthères d'Afrique n'attaquent jamais les blancs,

c'est-à-dire les Européens, quoiqu'elles dévorent fort avidement les

Nègres. Elles sont plus cruelles et plus voraces que les lionnes.

Lorsqu'elles sont pressées par la faim, elles entrent dans les villages,

elles enlèvent le premier animal qu'elles rencontrent, à la vue même des

habitans, qu'elles dévorent quelquefois eux-mêmes. Il est difficile de

se procurer des panthères vivantes, parce que les Nègres les tuent avec

des flèches empoisonnées, et que dans les piéges mêmes où ils trouvent

quelquefois le moyen de les prendre, ils ne peuvent ou n'osent s'en

saisir qu'après les avoir tuées à coups de flèches. Une panthère

mortellement blessée ne laisse pas de fuir avec beaucoup de vitesse, et

n'expire ordinairement que dans sa fuite.

Il se trouve sur la côte d'Or des panthères aussi grosses que des

buffles. On en distingue de quatre ou cinq sortes, dont la différence

consiste dans leur grandeur et la disposition de leurs taches. Le

nombre de ces animaux est incroyable dans cette contrée. Lorsqu'ils

trouvent assez de bêtes pour rassasier leur faim, ils n'attaquent point

les hommes, sans quoi le pays de la côte d'Or serait bientôt sans

habitans. Avec cette étrange férocité, on ne laisse pas de les

apprivoiser dans leur jeunesse, et l'on en voit d'aussi familiers que

les chiens et les chats de l'Europe. Bosman eu vit six de cette espèce à

Elertina; mais il observe que tôt ou tard ils reviennent à leur

férocité, et qu'il ne faut jamais s'y fier sans précaution.

Le chat tigre ou serval tire son nom de ses taches noires et blanches,

qui lui donnent beaucoup de ressemblance avec le chat. Il est de la

forme des chats d'Europe, mais trois ou quatre fois plus gros, et

naturellement vorace. Il mange les rats, les souris, etc.; et si l'on

excepte la grosseur, il est fort peu différent de la panthère. M. le duc

de Choiseul en avait un enchaîné dans une de ses antichambres.

Le léopard est agile et cruel. Cependant il n'attaque jamais les hommes,

à moins qu'il ne se trouve dans quelque lieu si étroit, qu'il craigne de

ne pouvoir s'échapper. Dans ces occasions, il se jette sur l'ennemi

qu'il redoute, il lui déchire le visage avec ses griffes, et continue de

lui arracher autant de chair qu'il en peut trouver, jusqu'à ce qu'il le

voie mort et sans mouvement. Il porte aux chiens une haine mortelle, et

s'expose à tout pour dévorer ceux qu'il rencontre.

Les loups ressemblent entièrement à ceux de France; mais ils sont un peu

plus gros et beaucoup plus cruels.

Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 2) · 第 17 / 23 段