«Ce fruit est un objet de commerce. Les Mandingues le portent dans la

partie orientale et méridionale de l'Afrique, tandis que les Maures ou

Arabes le font passer dans le pays de Maroc, d'où il se répand ensuite

en Égypte et dans toute la partie orientale de la Méditerranée. C'est

dans ce dernier pays qu'on en réduit la pulpe en une poudre qu'on

apporte du Levant dans l'Europe occidentale, et qu'on connaît depuis

long-temps sous le nom très-impropre de terre sigillée de Lemnos.

Prosper Alpin est le premier qui ait reconnu que cette poudre, regardée

jusqu'à lui comme une terre de l'Archipel, était une substance purement

végétale, et originaire de l'Éthiopie ou du centre de l'Afrique.

«M. Golberry parle d'un baobab de cent quatre pieds de tour, ou de

trente-quatre pieds de diamètre. La hauteur de son tronc n'excédait pas

trente pieds. À cette élévation, ses branches principales s'étendaient

horizontalement à plus de cinquante pieds autour de l'arbre; leurs

extrémités fléchissaient vers la terre. Le temps avait creusé dans le

tronc une caverne haute de vingt-deux pieds, sur un diamètre de vingt

pieds. Les Nègres en avaient façonné l'intérieur et l'entrée. Le sol

était un sable de couleur orange, que l'on y avait apporté. Suivant une

tradition, une idole avait autrefois orné ce temple d'un genre et d'une

structure admirables; mais les prêtres mahométans l'avaient détruite.

Cette caverne servait de rendez-vous et de salle d'assemblée aux

habitans des villages voisins.

«Les racines du baobab s'étendent extraordinairement loin; elles se

prolongent horizontalement et presqu'à fleur de terre, à la distance de

soixante pieds, et plus. Elles servent de soutien à une énorme racine

pivotante. Cet étonnant végétal appartient particulièrement aux contrées

occidentales de l'Afrique comprises entre le cap Blanc et le cap des

Palmes. Les botanistes l'ont nommé _Adansonia digitata_. Il est de la

famille des malvacées; le coeur du bois est tendre et léger, et abondant

en moelle; elle occupe une partie si considérable de l'intérieur, que,

quand une sorte de moisissure, à laquelle le centre est sujet, s'y

établit, il s'y forme des cavernes telles que celle qui a été décrite

plus haut. L'écorce est fort épaisse, fort lisse, et presque aussi dure

que le bois: l'un et l'autre ont presque la dureté du fer.

«M. Golberry mesura un des baobabs dont parle Adanson, trente-six ans

après ce célèbre naturaliste, et ne le trouva accru que d'un pied et

quelques pouces de circonférence, c'est-à-dire de sept à huit lignes de

diamètre.»

Le plus utile et le plus commun de tous les arbres du pays, comme de

tout le reste de l'Afrique, est le palmier, dont on connaît plusieurs

espèces dans cette partie du monde, où les principales sont le dattier

et le cocotier, l'aouara, le siboa, et le rondier qui porte le vin. Nous

avons déjà parlé de ce dernier. Nous ajouterons ici quelques détails sur

ce don précieux, que la nature a fait aux Nègres.

Le vin de palmier est une liqueur qui distille du rondier par une

incision qu'on fait au sommet. Il a la couleur et la consistance des

vins d'Espagne. Il pétille comme le champagne. Il joint à la douceur

une sorte d'acidité qui le rend fort agréable. Il envoie des vapeurs à

la tête, et les étrangers qui en boivent trop librement, sans en avoir

formé l'habitude, en ressentent de fâcheux effets. Il est trop purgatif,

lorsqu'il est fait nouvellement, quoique ce soit alors qu'il ait plus de

douceur et d'agrément; car, dans l'espace d'un jour ou deux, il fermente

et devient aussi fort que le vin du Rhin. Les habitans ne se l'épargnent

pas dans cette nouveauté, et ne trouvent pas qu'il leur soit fort

nuisible. Il n'est véritablement bon que pendant trente-six heures.

Ensuite il s'aigrit et s'altère par degrés jusqu'à se changer en

vinaigre. À mesure qu'il vieillit, il devient plus capable de

communiquer des vapeurs à la tête. C'est un puissant diurétique; et

cette qualité explique fort bien pourquoi les Nègres ne sont pas sujets

à la gravelle ni à la pierre. Il fermente avec tant de violence, que, si

l'on ne fait beaucoup d'attention aux vases qui le contiennent, il les

agite et les brise. Le vin de palmier paraît délicieux à quantité

d'Européens lorsqu'il sort du tronc de l'arbre. Les Nègres y mêlent

quelquefois de l'eau. Ils assurent que, si l'on en prend à l'excès, il

enflamme les parties naturelles.

Leur méthode pour le recevoir du tronc est, comme on l'a déjà dit, de

suspendre leur gourde quelques doigts au-dessous de l'incision, pour y

faire couler la séve. Ils coupent une branche, et laissent la gourde

attachée au chicot; mais il ne leur arrive guère d'en couper plus de

deux, dans la crainte d'affaiblir l'arbre. Lorsque la sève a coulé

trente ou quarante jours par différentes incisions, ils couvrent de

terre grasse et les ouvertures du tronc et la place des branches

coupées, pour donner à l'arbre le temps de se rétablir.

Les Nègres n'emploient pas d'échelles pour grimper sur les palmiers,

soit qu'ils en veuillent cueillir le fruit ou tirer du vin. Ils se

servent d'une sorte de sangle d'osier, ou de gros fil de coton, ou de

feuilles sèches de palmier, qui est assez grande dans sa rondeur pour

renfermer l'arbre et le Nègre qui veut y monter, en laissant entre

l'homme et l'arbre l'espace d'un pied et demi. À l'aide de cette

ceinture, contre laquelle un Nègre s'appuie le derrière en pressant

l'arbre des pieds et des genoux, il grimpe au sommet avec une agilité

surprenante. Il choisit l'endroit auquel il veut attacher sa gourde. Il

s'y arrête aussi tranquillement que s'il était assis. On est effrayé de

les voir suspendus si haut avec un secours si faible. Moore, dit qu'ils

montent, à la vérité avec beaucoup de vitesse; mais que, lâchant

quelquefois prise, ils tombent du haut de l'arbre, et se tuent

misérablement.

Le siboa est d'une hauteur extraordinaire. Ses feuilles servent aux

habitans pour couvrir leurs maisons. Ils tirent du tronc une sorte de

vin qui a beaucoup de rapport avec le vin de palmier, quoiqu'il ne soit

pas si doux. Dans sa jeunesse, le tronc est aussi plein de sève que

celui du palmier; mais le nombre des années le rend dur et coriace.

L'aouara croît en abondance sur le Sénégal. Il est droit, haut, et d'une

grosseur égale jusqu'au sommet. On en a vu de la hauteur de cent pieds.

Sa tête est environnée d'une écorce dure et inégale, d'où il sort

trente, quarante, et jusqu'à soixante branches; elle sont toutes fort

droites, vertes, unies, sans noeuds et flexibles, d'une substance qui

tient le milieu entre le roseau dans sa parfaite maturité et le roseau

vert. Ces branches sont longues de trois ou quatre pieds, et creuses au

centre; elles se fendent comme l'osier en fils de toutes sorte de

grosseur, qui peuvent recevoir différentes sortes de teinture. À leur

extrémité, elles produisent une feuille d'un pied de long, qui, venant à

s'ouvrir, forme un éventail naturel d'environ deux pieds de largeur. On

emploie ces branches à divers usages. Les Nègres en font des cribles

pour leurs grains, mais surtout des paniers et des corbeilles qui

portent en Amérique le nom de paniers caraïbes, parce que c'est de ces

sauvages que les Français en ont tiré l'invention. Les feuilles de

l'aouara sont fort commodes, et pourraient être d'une grande utilité, si

les Nègres avaient assez d'industrie pour les rendre molles et pliables.

L'arbre que son utilité doit faire placer après les précédens, et qui

croît fort communément près du Sénégal, est le cotonnier. Il aime les

cantons élevés, ce qui le met à couvert des inondations: peut-être ne

devrait-il être compté qu'au rang des arbrisseaux. Le coton n'en est pas

excellent, parce que les Nègres en négligent la culture. En Amérique, on

a des machines qui portent le nom de moulins à coton, pour séparer le

coton de sa semence; mais les Nègres d'Afrique se servent de leurs

mains. C'est l'ouvrage de leurs femmes, qui le filent ensuite avec un

simple fuseau sans rouet.

L'indigo croît naturellement dans plusieurs cantons du pays, et les

Nègres en font usage pour teindre les pagnes ou leurs étoffes de coton.

Ils leur donnent une couleur fort vive; mais l'art de teindre n'est pas

aussi cultivé parmi eux qu'en Amérique. Barbot dit que l'indigo croît en

Afrique sur un arbuste que les Portugais ont nommé _finto_, dont la

hauteur est d'environ trois pieds.

Les îles du Sénégal et les cantons voisins produisent quantité

d'excellent tabac. Cette plante pourrait être fort avantageusement

perfectionnée, si les Nègres avaient assez d'industrie pour la cultiver

et pour la travailler un peu après l'avoir recueillie. Moore observe que

sur la Gambie les Nègres plantent le tabac près de leurs maisons; qu'ils

le sèment aussitôt qu'ils ont fait la moisson du grain; que celui qui

croît près des rivières est très-fort, et qu'à peu de distance des mêmes

lieux il est beaucoup plus faible.

Dans les pays du Sénégal croît le sanara. Les terres humides sont celles

qui conviennent à cet arbre. Il est généralement de la hauteur et de la

grosseur du poirier. Ses feuilles ressemblent à celles du laurier-rose.

Le bois en est dur, et d'autant plus propre à la construction des

vaisseaux et des barques, qu'il acquiert une nouvelle dureté dans l'eau;

mais les Nègres ne souffrent pas volontiers qu'on abatte ces arbres,

parce que les abeilles aiment à s'y réfugier, et qu'ils en tirent

beaucoup de miel et de cire.

On trouve sur toutes les côtes occidentales de l'Afrique le calebassier

d'herbe, _cucurbita lagenaria_, que les Nègres estiment, avec raison,

parce qu'il leur fournit tous leurs vases. Cet arbre a communément trois

ou quatre pieds de circonférence. Il y en a de différentes formes et de

diverses grandeurs. L'écorce en est mince, et ne surpasse pas

l'épaisseur d'un écu; mais elle est dure et coriace. Le bois est doux,

et se polit facilement. Cet arbre porte des fleurs et des fruits deux

fois l'année, ou plutôt il est constamment couvert de fruits et de

fleurs. Lorsque la calebasse est mûre, on le reconnaît à sa tige, qui se

flétrit et devient noire; alors on se hâte de la cueillir pour prévenir

sa chute, qui ne manquerait pas de la briser. Les Nègres en font

diverses sortes d'ustensiles. Il se trouve des calebasses assez grandes

pour contenir vingt-quatre pintes. Leur manière de les préparer est de

les percer à l'extrémité, pour y faire entrer de l'eau chaude qui

amollit et dissout la chair intérieure. Ils la tirent ensuite avec un

petit bâton, et, mêlant du sable avec leur eau, ils continuent de rincer

et de nettoyer le dedans jusqu'à ce que les moindres fibres en soient

sorties. Après cette opération, ils laissent sécher la calebasse, qui

devient propre alors à contenir du vin et d'autres sortes de liqueurs,

sans leur communiquer aucun mauvais goût. Pour couper une calebasse en

deux, et s'en faire des bassins ou des plats, ils la serrent par le

milieu avec une corde, immédiatement après l'avoir cueillie. La coque

est alors si molle, qu'elle se divise aisément.

Le tamarinier croît dans toutes les parties occidentales de l'Afrique.

Ceux qui se trouvent au sud du Sénégal sont d'une hauteur

extraordinaire; mais communément cet arbre n'est pas plus haut que le

noyer, quoiqu'il soit beaucoup plus touffu. C'est la chair et la graine

séparées de la peau extérieure de son fruit, et broyées en consistance,

qu'on transporte en Europe, et qui sont employées dans la médecine. En

Afrique, les Nègres en font une liqueur avec de l'eau, du sucre et du

miel. Ils en composent aussi des confections qu'ils conservent pour

apaiser leur soif.

Le _kahouer_ est une espèce de prunier qui ressemble beaucoup au

cerisier. L'_ape_, ou l'arbre aux singes, est assez grand. Il croît sur

le bord des rivières: c'est sur ses branches que le _koubolos_, ou

martin-pêcheur, fait son nid. Le _bischalo_ est un bois dur et bon pour

la charpente. Il croît sur les rives de la Gambie. Son tronc est droit,

et son feuillage donne beaucoup d'ombre. C'est sous ces arbres que les

Nègres prennent le plaisir de la conversation et de la danse. Près du

lac de Cayor il croît une multitude d'ébéniers qui donnent de l'ébène de

la plus belle espèce. On en trouve aussi à Donaï et dans d'autres

cantons du Sénégal.

Les environs de Fatatenda produisent le _pao de sangre_, d'où l'on tire

le sang-de-dragon. Les habitans l'appellent _komo_. Il a si peu de

hauteur et de grosseur, qu'on en trouve peu d'où l'on puisse tirer une

planche de quatorze ou quinze pouces de largeur. Il rend une odeur

agréable lorsqu'il est nouvellement coupé. Son bois est dur, d'un beau

grain, et prend un fort beau poli. On en fait des écritoires et des

ouvrages de marqueterie dont la vermine n'approche jamais. Les habitans

s'en servent pour composer leur balafo, instrument de musique dont on a

donné la description. Cet arbre aime un terroir sec, pierreux, et

surtout le sommet des montagnes.

Les bords de la Gambie et les cantons voisins produisent une abondance

extraordinaire de courbarils, arbre gros et touffu, qui sert en Amérique

à plusieurs usages, mais fort négligé par les Nègres. Chaque fruit a

trois on quatre noyaux de la grosseur et de la forme d'une amande

commune, durs et d'un rouge foncé, remplis d'une noix dont le goût est

à peu près le même que celui de la noisette, mais un peu plus aigre. Les

enfans nègres les aiment passionnément, et les Européens leur trouvent

beaucoup de ressemblance avec le goût du pain d'épice, auquel ils

ressemblent aussi par la couleur. De l'écorce de l'arbre on fait des

tabatières, des boîtes à poudre, etc. Le tronc jette une gomme claire et

transparente qui ne se dissout point aisément, et qui jette au feu une

odeur aromatique peu différente de l'encens. Les Anglais nomme cet arbre

_locust tree_.

Le fromager ou _polou_ croît dans plusieurs cantons, particulièrement

sur la rivière de Cachao et dans les îles de Bissaoots, où les habitans

le plantent autour de leurs maisons. C'est un arbre fort haut et fort

gros. Quand ses feuilles tombent, on voit succéder une cosse verte de la

forme et de la grosseur d'un oeuf de poule, mais un peu plus pointue par

les deux bouts. Elle contient un duvet ou une sorte de coton qui n'est

pas plus tôt mûre qu'elle crève avec quelque bruit; et le coton serait

emporté aussitôt par le moindre vent, s'il n'était recueilli avec

beaucoup de soin. Il est couleur de perle, extrêmement fin, doux et

luisant, plus court que le coton commun, mais aisé à filer, et

très-propre à faire de fort beaux bas.

Le savonnier est de la grosseur d'un noyer, et ressemble à l'arbre qui

porte le même nom en Amérique; aussi est-il de la même espèce. Les

Nègres écrasent le fruit entre deux pierres pour en tirer le noyau, et

font usage de la chair pour en laver leur linge. Elle mousse et nettoie

fort bien; mais elle use le linge beaucoup plus vite que le savon. Le

mischéry n'a guère plus de vingt pieds de hauteur; son tronc est fort

gros. On estime d'autant plus les planches de ce bois, que les vers ne

s'y mettent jamais. Le mischéry est fort commun sur les bords du

Rio-Grande.

Le figuier sauvage de l'Afrique est de vingt ou vingt-deux pieds de

hauteur: ses branches s'étendent au loin, et produisent beaucoup de

feuilles. On en voyait un à Albreda, sur la Gambie qui n'avait pas moins

de trente pieds de circonférence. Le fruit en est insipide. Le bois de

cet arbre n'est pas propre à brûler, ni même à faire des planches, parce

qu'il est fort dur; mais, comme il est fort blanc et fort uni, on ne

laisse pas de l'employer pour les lambris. Par la même raison, les

Nègres en font des plats, des écuelles, des assiettes et des cuillères;

d'autant plus que, lorsqu'on le travaille vert, il n'est pas sujet à se

fendre. Les habitans prennent plaisir à s'assembler sous son feuillage,

pour y tenir leurs caldées ou leurs assemblées.

Toute la côte produit des orangers et des citronniers. À James-Fort, sur

la Gambie, les Anglais en recueillent soigneusement le fruit, et n'en

manquent jamais pour leur punch. Les orangers prospèrent surtout dans

l'île de Bissao. Brue en vit un dans la cour du palais du roi, d'une si

prodigieuse grandeur, qu'il couvrait la cour toute entière. Les

citronniers des bords du Casa-Mansa portent un fruit d'une espèce

singulière, rond, plein de jus, l'écorce de l'épaisseur du parchemin, et

communément sans aucune sorte de pépins.

Sur le bord des rivières, on trouve un arbuste qui a la feuille rude, et

qu'on ne peut toucher sans que toute la touffe des feuilles ne se retire

et ne se resserre par une espèce de sympathie: il porte une sorte de

fleur jaune, semblable à nos roses de haies. Cet arbuste est nommé

sensitive par les Européens.

Le quamiay est un arbre grand et touffu, dont le bois est fort dur. Les

Nègres des environs du cap Vert en font des mortiers pour piler le riz

et le maïs, parce qu'il n'est pas sujet à se fendre. L'écorce est

employée dans la médecine.

L'encens se trouve dans les pays au sud d'Arguin et au nord du Sénégal;

ses branches, qui sont en grand nombre, sont menues et flexibles,

couvertes d'une peau mince et serrée. Les feuilles sont longues et

étroites; elles croissent en couple, et ne perdent jamais leur verdure.

La tige qui le soutient est rouge et forte. Elles sont molles et

épaisses; si on les broie dans la main, elles rendent un suc huileux,

d'une odeur aromatique et d'un effet astringent.

Dans le pays du cap Vert, on voit communément un petit arbrisseau qui

porte un fruit semblable à l'abricot, de la grosseur de la noix et d'un

goût fort agréable. Les Nègres l'appellent _mandananza_; il passe pour

malsain. Ses feuilles ressemblent à celles de l'if, et sont d'un vert

léger.

Barbot nomme quantité d'arbres qui se trouvent aux environs de

Sierra-Leone. Le _bissy_ est ordinairement haut de dix-huit ou vingt

pieds. Son écorce est d'un rouge brunâtre et sert à la teinture de la

laine. Les Nègres l'emploient aussi à faire des canots. Le _katy_ est un

grand arbre dont le bois est fort dur, et sert à faire des canots qui

sont à l'épreuve des vers. Ses feuilles et son écorce sont médicinales.

Le _billagoh_, plus grand encore que le katy, communique aussi à ses

feuilles une vertu purgative. Le _bossy_ est un arbre doux au tact, qui

porte une prune longue et jaune, d'un goût fort amer, mais très-saine.

Les Nègres emploient l'écorce à faire des cendres pour leurs lessives.

Le _bonde_ est un arbre gros et touffu, de sept ou huit brasses de tour.

L'écorce en est épineuse et le bois fort doux. On s'en sert pour la

construction des canots; et de sa cendre, mêlée avec de l'huile de

palmier, on fait du savon. Le _millé_ est gros et coriace; c'est le bois

que les Nègres emploient pour leurs conjurations. Le _dombock_ produit

un fruit qui ressemble aux cormes, et dont les Nègres mangent beaucoup.

L'écorce, trempée dans de l'eau, cause le vomissement. Le bois est rouge

et sert à la construction des pirogues. Le _kolack_ est un grand arbre

qui porte une espèce de prune fort bonne à manger. L'écorce en est

purgative. Le _duy_ est fort touffu. Son fruit ressemble à la pomme, et

plaît beaucoup aux Nègres. Ils s'en servent en infusion comme d'un

cordial et d'un restaurant.

L'écorce du _naukony_, lorsqu'elle est coupée, a le goût du poivre. Le

_dongah_ est commun au long des côtes, et produit un fruit qui ressemble

à nos glands. Le _djaadjah_ se trouve en abondance dans tous les

endroits marécageux, aux bords des lacs et sur les rivières. Les

Hollandais lui ont donné le nom de _mangelaer_, et les Français celui de

_manglier_ et de _palétuvier_. Il n'est pas moins commun dans les

cantons marécageux de l'Amérique; et l'on s'y fait un amusement de

monter sur les branches, qui s'étendent sur l'eau, pour y prendre les

huîtres qui s'y attachent en grand nombre. Ces mêmes branches se

courbent vers la terre ou vers l'eau, y prennent facilement racine, et

se mêlent avec si peu d'ordre, qu'il devient impossible de distinguer le

véritable tronc. Un même arbre s'étend ainsi fort loin sur les bords

d'une rivière ou sur le rivage de la mer. Tous les voyageurs conviennent

que c'est un passe-temps fort agréable de manger des huîtres au lieu

même où elles se prennent. Les branches inférieures servent à s'avancer

sur la surface de l'eau; celles du milieu offrent des siéges pour s'y

reposer, et celles d'en haut donnent de l'ombre; ordinairement les

huîtres tiennent si fort aux branches basses, que, sans une hache ou

quelque autre instrument de fer, il est impossible de les arracher.

Elles sont plates, grandes comme la main, et d'un goût assez amer; mais

on les trouve bonnes dans le pays, parce qu'il n'y en a pas de

meilleures.

Nous avons déjà parlé du bananier; il abonde dans le pays qui est entre

Gorée et le Sénégal. On se sert des feuilles pour couvrir les maisons.

Lorsque le rejeton commence à sortir de la terre, il a l'apparence de

deux feuilles roulées ensemble, qui, venant à s'ouvrir, donnent passage

à deux autres, et celle-ci aux suivantes, jusqu'à ce que l'arbre ou la

plante ait atteint l'âge de neuf mois; alors elle pousse de son centre

une tige d'un pouce et demi de diamètre, et longue de trois ou quatre

pieds. Les bourgeons dont elle est chargée sont remplacés par des fruits

qui s'inclinent vers la terre par leur propre poids. Il sont mûrs quatre

mois après que les bourgeons ont commencé à se faire voir, et continuent

depuis trente jusqu'à cinquante ou soixante bananes, suivant la bonté de

la plante et du terroir; ces pelotons sont assez lourds. Comme ils

croissent en cercle autour de la tige, et que leur nombre est

ordinairement de cinq, les Nègres les appellent dans leur langue une

_pate de bananes_.

Chaque banane peut avoir un pouce et demi de diamètre sur dix ou douze

pouces de longueur. La chair ressemble parfaitement à du beurre. Le

goût de la banane est un mélange de celui du coin et de la poire de

bon-chrétien: elle est saine et nourrissante.

Lorsque le fruit est cueilli, on coupe aussitôt la plante, pour ne

laisser que la racine, qui, dans l'espace d'un mois, produit un nouvel

individu et de nouveaux fruits; de sorte que le bananier porte du fruit

chaque mois de l'année. On trouve l'ananas en abondance près du Sénégal

et sur toute la côte, jusqu'au sud du Congo.

Les melons d'eau, que les Français appellent pastèques, sont fort

communs dans les mêmes parties de l'Afrique. Nous en avons déjà parlé.

La chair est d'un rouge luisant, et le jus fort doux et fort

rafraîchissant. On reconnaît le temps de leur maturité en les touchant

avec une petite baguette, qui les fait retentir comme un arbre creux.

L'igname est une plante qui ressemble à la betterave, et qui demande un

terrain gras et profond. La racine en est grosse, rude, inégale et

pleine de petits cordons. Au dehors, sa couleur est un violet foncé. Le

dedans a la consistance d'une betterave, et, soit cuit ou cru, il est

d'un blanc sale tirant sur la couleur de chair. L'igname est fade avant

d'être bouilli; mais le feu lui donne du goût, le rend nourrissant et

facile à digérer; il peut servir de pain, si on le mange avec de la

chair.

Le manioc croît fort abondamment en Guinée. Mais, comme c'est une

production particulière de l'Amérique, nous en remettrons la description

à l'endroit de notre abrégé qui regarde cette partie du monde.

On distingue ici trois sortes de patates, les rouges, les blanches et

les jaunes: elles s'entretiennent par les rejetons. Les unes mûrissent

dans l'espace de six semaines; d'autres, qui passent pour les

meilleures, ont besoin de quatre mois. Ce légume est bon, sain et

nourrissant. La couleur de la chair est la même que celle de la peau,

c'est-à-dire rouge, blanche ou jaune: le goût est délicieux.

Au commencement de la saison des pluies, le pourpier croît

naturellement; et, sur les bords de la Gambie, il est non-seulement fort

bon, mais tout-à-fait semblable au nôtre. On trouve aussi une herbe

nommée calalou, qui ressemble à l'épinard, et qui sert aux mêmes usages.

Le pays produit une variété infinie d'autres bonnes herbes; mais les

Nègres ont peu de goût pour les salades, et s'étonnent de voir manger de

l'herbe aux Européens comme aux chevaux et aux vaches; ils n'ont pas

plus d'inclination ni de curiosité pour les fleurs.

Dans le pays des Foulas, le grand millet se sème à la fin d'octobre, et

se recueille aux mois de mars et d'avril. Dans le royaume d'Oualo, le

temps de semer est la fin de décembre, et celui de la moisson est aux

mois de mai et de juin.

Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages (Tome 2) · 第 16 / 23 段