M. Lemarquier inclina la tête.

--C’est cela, fit-il. Mais, dites-moi, quel genre de femme, cette

Josine?

--Tout ce qu’il y a de franc et de bon, Monsieur, comme sont les filles

de l’île. Seulement elle avait mis son idée sur ce soldat du continent;

le père en voulait point, la chose qu’il n’était pas marin. Leurs têtes

se sont butées, et ça a fait du vilain.

--Et le fantassin, qui était-ce?

--On l’appelait Chaugereau; je le connaissais bien, vu qu’il racontait

ses peines à l’une de mes sœurs, celle qui tenait une petite buvette

près du fort de Pierre-Levée. Un garçon très sérieux, mais il n’a jamais

voulu renoncer à la culture; il a emmené sa femme à Challans. Ça doit

faire un gentil ménage, on m’a dit qu’ils avaient beaucoup d’enfants...

Ayant épuisé son stock d’informations, la bonne femme se tut, et

s’absorba dans le pétrissement de l’ourlet de son tablier, qu’elle

roulait entre ses doigts maigres. Annie, suivant son idée, s’enquit

alors:

--Vous qui avez connu Josine, Malvina, croyez-vous qu’elle se

réconcilierait volontiers avec son père?

--Dame oui, Mademoiselle, c’est même sûr! Cependant, il ne faut pas y

penser, parce que lui, il ne voudra rien savoir!

--Nous verrons... murmura Mlle Lauroy avec un bref mouvement de tête qui

laissait deviner un plan d’action bien arrêté.

* * * * *

Le lendemain, Annie sauta de bicyclette devant la maison de son tuteur.

--Parrain, demanda-t-elle, avez-vous réfléchi à notre conversation

d’hier?

--Oui, ma chérie; et tu sais qu’en principe nous sommes de ton avis.

--Parfait! Eh bien! voici du nouveau; Armand vient de me prévenir que

son capitaine le mande à Saint-Nazaire d’urgence; c’est une absence de

quatre ou cinq jours.

--Quand part-il, mignonne?

--A midi, petite mère, par le courrier des marchandises, pour gagner du

temps. Il sera là-bas ce soir, après six heures de traversée directe.

Moi j’ai conseillé à grand-père Damase de profiter de ce printemps

magnifique pour faire une grande expédition. Il va immerger ses nasses

tout le long de la côte sauvage, et il croisera cinq ou six jours sur

les lieux de pêche, pour surveiller ses engins. La nuit, il mouillera

dans l’anse des Broches, au refuge des homardiers. Il part demain à

l’aube, je lui confectionne un pâté.

Le braconnier de la mer · 第 31 / 40 题