M. de Marcis ferma la lettre, et tout de go se mit, comme eût dit le
braconnier de la mer, «en route pour la Meule». Il se sentait
positivement des ailes, malgré son gilet bedonnant; en vérité, la
solution n’était-elle pas la meilleure qui se pût présenter? Ce
boulanger avait du bon sens.
Laissant l’anse des Bains à sa gauche, le médecin s’engagea dans
l’intérieur de l’île. Comme il arrivait aux champs bordés d’éclats de
roche fichés debout, et qui, pour la plupart incultes, ne donnent pas
une haute idée de l’activité agricole des Islais, le maire aperçut
L’abbé Parand qui marchait en lisant son bréviaire. Il s’écria gaiement:
--Ah! ah! mon cher Curé, je vous y prends! vous flânez! C’est
fichtrement rare!
--Flânerie... occupée, si j’ose dire, répondit l’abbé en montrant son
livre. Et puis, je vais à la Meule.
--Comme cela se trouve! Chez les Lemarquier?
--_Dixisti._
--Nous ferons donc route ensemble. Il faut que je voie le professeur au
sujet de cette enfant.
--Vous avez une réponse?
--Je la reçois à l’instant. Voyez, Monsieur le Curé.
Tout en marchant, l’abbé lut avec une satisfaction évidente l’épître de
l’honnête Lauroy; il la rendit à son vieil ami en constatant:
--Eh bien! tout s’arrange, me semble-t-il.