Depuis quelques années, tous les grands postes de télégraphie sans fil
emploient le système d'émission par étincelles musicales. Nous avons
jadis exposé le mécanisme de cette méthode fort supérieure aux méthodes
antérieures: en produisant, au moyen d'appareils spéciaux, des
étincelles très rapprochées, on obtient une note musicale régulière,
qu'on peut faire varier à volonté et qui permet de réaliser la syntonie
acoustique. La note est, en effet, perçue téléphoniquement par le poste
récepteur qui la distingue aisément des notes émises par d'autres postes
ou des vibrations engendrées par les décharges électriques de
l'atmosphère.
Nombre d'ingénieurs ou de constructeurs, la plupart étrangers, ont
revendiqué l'invention du procédé.
Or, il paraît établi aujourd'hui, sans conteste possible, que l'honneur
de cette invention revient à un ingénieur français qui s'est acquis,
dans le domaine de l'industrie électrique, une autorité mondiale.
Dans la séance du 3 février 1913, l'Académie des sciences a, en effet,
ouvert un pli cacheté déposé sur son bureau le 16 août 1898, par M. A.
Blondel. Sous le titre _Perfectionnements à la télégraphie sans fil_,
l'auteur décrivait le moyen de réaliser la syntonie acoustique, en
produisant des étincelles musicales au moyen d'alternateurs à fréquence
élevée. Un peu plus tard, dans un document de 1900, publié en 1905,
l'éminent ingénieur décrivait complètement le montage d'un poste
émetteur musical. Mais l'emploi des étincelles rares était alors
général; la routine administrative accueillit les propositions
«révolutionnaires» de M. Blondel avec son scepticisme ordinaire.
C'est seulement quelques années plus tard que des Français d'initiative,
comme le commandant Ferrie et M. Béthenod, contribuèrent à la
réalisation pratique du système imaginé d'abord par M. Blondel, et
auquel ils ont apporté de sérieux perfectionnements.