LA CULTURE FRANÇAISE ET LA TRIPLE ENTENTE.

A mesure que se resserrent davantage les sympathies de la Triple

Entente, le goût de la culture française, des arts et des lettres de

notre pays, devient plus vif encore en Angleterre et en Russie, non

seulement dans les classes riches et dans le public des universités,

mais dans les classes moyennes et les établissements d'instruction

secondaire. C'est ainsi que nous parviennent des deux pays les échos de

deux manifestations récentes et symptomatiques: l'une fut organisée, à

la fin du mois dernier, par la Société des Langues modernes, à Belfast,

où Molière, Victor Hugo, Gounod, Chaminade, Saint-Saëns, eurent les

honneurs d'une séance musicale et récréative, à laquelle assistaient de

nombreux étudiants anglais et qui se termina aux accents de _la

Marseillaise_, reprise en choeur par l'auditoire. L'autre manifestation

eut lieu à Kieff, au gymnase Naoumenko, dont les jeunes élèves

jouèrent... _le Cid_. La tentative était intéressante, car enfin jouer

une tragédie de Corneille en son texte français, dire en toute leur

beauté, sans accent et sans altération, les vers de notre grand

classique, est chose peu aisée pour des collégiens russes. La petite

troupe cependant, composée d'élèves de seize à dix-huit ans dirigés par

leur professeur de français, M. Maillard, triompha de ces difficultés et

donna une interprétation tout à fait honorable du chef-d'oeuvre devant

les autorités scolaires de l'arrondissement empressées à venir applaudir

les résultats heureux de l'expérience. Quand donc, dans nos lycées

français, sera-t-on en mesure de faire représenter en son texte une

scène d'un drame russe ou bien un acte de Shakespeare?

L'Illustration, No. 3654, 8 Mars 1913 · 第 41 / 45 题