des pièces, et les couvre-lumières à leurs places; les chefs provisoires
du bord qui restent armés, ainsi que les chefs titulaires et provisoires
du bord qui doivent être désarmés, laissent leur équipement sur le
bouton de culasse.
_Action!_
2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit; à gauche, à droite!_
Les servans font _à droite_ et _à gauche_, et les chefs de pièces
_demi-tour à droite_. Si l'on a fait le commandement d'armer à bâbord,
ce sont les chefs titulaires des pièces impaires, qui sont tous à
tribord dans ce moment, qui exécutent ce mouvement.
_Action!_
3e.--_Marche!_
_Explication._ Les chefs de pièces se rendent avec leurs servans aux
pièces correspondantes du bord opposé; les servans de droite marquent le
pas jusqu'à ce que ceux de gauche soient passés; alors ils se rendent
tous à leurs postes, en se formant sur la droite et sur la gauche par
file en bataille.
Les chefs de pièces qui ont changé de bord se munissent de la boîte à
capsules, et les servans chargés du tablier le reprennent.
_Action!_
Si la batterie est armée de caronades ou de pièces de 8 et au-dessous,
leur équipage n'est pas assez nombreux pour se diviser; on suit alors
les mêmes principes pour leur destination de chaque bord, mais on ne
peut y servir que la moitié des pièces. Dans ce cas, lorsqu'il devient
utile de rapprocher le feu de l'avant ou de l'arrière, on ordonne à
chaque équipage de se serrer du côté où on veut le faire, de manière à
ne laisser aucun intervalle. Si parmi les matelots de la manoeuvre il
s'en trouve de disponibles, comme tous doivent connaître l'exercice du
canon, le commandant peut alors les envoyer servir les pièces qui sont
sans équipage; on y met pour chef le chargeur titulaire de ladite pièce,
qui est remplacé à la pièce qu'il quitte par le fournisseur, et celui-ci
par un des matelots provenant de la manoeuvre.
Outre ces passages d'une partie des hommes d'un bord pour armer tout
l'autre bord, ou seulement une portion, il est encore un cas qui peut se
présenter: c'est celui où se battant d'un seul bord, il y a lieu à
cesser entièrement le feu de ce même bord et à se porter de l'autre,
pour se battre sur cet autre bord. Alors on commande:
_Armez l'autre bord!_
_Explication._ Les pièces de la première batterie, chargées ou non, sont
assujetties à la longueur du recul, afin de pouvoir fermer les sabords,
si c'est ordonné. Pour celles qui sont chargées, chaque chef passe
aussitôt avec son équipage à la pièce du bord opposé; et pour les
autres, il y laisse son chargeur et le second et troisième servans de
droite pour la charger; à cet effet, le chef de pièce commande à
_gauche_ et à _droite_, lui-même fait _demi-tour_; il prononce le mot
_marche!_ et il va avec les servans prendre pareil poste à la pièce
opposée. Les servans qu'il a laissés, s'il y avait lieu à recharger,
viennent le joindre dès qu'ils ont fini.
Dans les batteries hautes, les pièces sont amarrées au moyen de leurs
palans de côté.
_Action!_
_Exercice à volonté!_
_Explication._ Chaque chef de pièce fait alors en particulier à ses
servans les commandemens des divers temps; il doit leur en faire
observer toutes les circonstances et ne jamais sacrifier l'exactitude à
la vivacité des mouvemens.
_Action!_
_Observations._ Le feu à volonté est ordinairement celui d'un combat, et
les canonniers doivent y être exercés. Il est pourtant d'autres feux qui
peuvent être désignés par les dénominations suivantes:
_Feu de file ou de salut._ C'est celui où l'on commande à toutes les
pièces de faire feu successivement, suivant un ordre et à intervalles
indiqués. On peut employer ce feu contre un bâtiment plus faible que
l'on chasse, ou à mesure qu'on découvre un navire dans une manoeuvre; il
a l'avantage de vous laisser libre de former et de favoriser le
pointage.
_Feu de section._ C'est celui où l'on commande à un certain nombre de
pièces de faire feu simultanément, suivant un ordre prescrit et à un
intervalle indiqué. On peut employer ce feu quand on veut se ménager un
certain nombre de coups toujours prêts à être envoyés.
_Feu de division._ C'est le feu de section lorsque chaque section est
composée de la moitié des pièces consécutives d'un même bord d'une
batterie. On peut employer ce feu quand la fumée empêche de bien juger
la position de l'ennemi, et qu'on veut se réserver des pièces prêtes
pour l'instant où il paraîtra.
_Feu de batterie._ C'est celui que chaque batterie doit faire
alternativement; les gaillards peuvent alors, suivant les ordres reçus,
tirer à volonté ou à leur tour.
_Feu par bordées._ C'est celui où l'on fait des décharges générales de
toute son artillerie; on l'emploie quand, pendant une manoeuvre, on
vient à découvrir son ennemi, et qu'on veut profiter de ce moment pour
l'écraser.
Il y a cependant des inconvéniens dans chacune de ces manières de faire
feu, tandis que le feu à volonté est celui qui en a le moins et qui
réunit le plus d'avantages. Il reste à faire observer que les volées
sont en général plus meurtrières ou plus efficaces, 1º quand elles sont
tirées en _enfilade_, c'est-à-dire dans le sens de la longueur du
bâtiment ennemi, surtout de l'arrière à l'avant; 2º _en écharpe_,
c'est-à-dire obliquement sur sa batterie; les boulets peuvent alors
faire des éclats considérables.
_Remarques._
Outre les devoirs imposés aux chefs de pièces et servans, au
commandement de branle-bas de combat, il en est d'autres qui ont rapport
au service de l'artillerie.
Le commandement de branle-bas de combat fait, ou la générale battue,
pendant que les chefs et servans se rendent à leurs pièces pour les
préparer à faire feu, les soutes à poudre sont ouvertes, et les hommes
affectés à ce service s'y rendent. Les rondiers des batteries démontent
les chandeliers des panneaux, enlèvent les échelles qu'ils font passer
dans l'entre-pont pour éviter les éclats, la communication s'établissant
pendant le combat par les échelles de cordes toujours en place.
Les hommes pour le passage des poudres dans les batteries, mettent en
place les panneaux de combat[7], les manches pour les gargoussiers vides
et les reposoirs pour les gargoussiers pleins[8].
[7] Les panneaux de combat sont des panneaux pleins, garnis de deux
écoutillons pour faire passer, l'un la manche des gargoussiers vides,
et le second les gargoussiers pleins.
[8] Les reposoirs sont des supports en cuivre adaptés au-dessous de
l'écoutillon dont nous venons de parler, sur lesquels on dépose le
gargoussier plein, pour que le pourvoyeur puisse l'y prendre.
Les feux sont éteints, les pompes à incendie garnies et armées.
L'emploi des capsules rend inutile le mouvement du chef de pièce pour
percer la gargousse, il doit s'assurer seulement si la lumière est
dégagée.
Les gargousses délivrées ordinairement à bord des navires de l'état sont
en papier, en serge, en parchemin, ou en papier-parchemin. Depuis
quelque temps cependant les gargousses en serge paraissent abandonnées,
et on ne donne plus que des gargousses en papier pour le salut et
l'exercice, et en papier-parchemin pour le combat.
Les gargousses en papier-parchemin ont l'avantage de ne pas conserver
long-temps le feu, mais elles forment de très-forts culots qui restent
dans la pièce après l'explosion, et il faut écouvillonner avec le plus
grand soin, pour que ces culots ne s'amoncellent pas au
fond de l'âme et n'empêchent pas la gargousse de s'y rendre.
L'apprêté ne se faisant plus à bord depuis l'adoption des caisses à
poudre, on ne se trouve plus dans la nécessité de saigner la gargousse.
On donne pour chaque calibre, un cinquième de gargousse au tiers et
quatre cinquièmes de gargousse au quart; de sorte que lorsque le chef de
la batterie trouve les pièces échauffées, il prend les ordres du
commandant du bâtiment, pour qu'il soit prescrit dans les soutes
d'approvisionner avec des gargousses au quart.
Les valets dont on se sert ordinairement sont cylindriques pour les
canons, et ovoïdes pour les caronades; on commence cependant à les
remplacer par des herseaux, qui, d'après les expériences faites à Toulon
en 1834, ont donné les résultats semblables, sinon préférables aux
valets cylindriques.
Ces derniers ont le grand inconvénient de pouvoir former un coin autour
du boulet, ce qui nécessitant une plus grande force pour le chasser de
l'âme, peut être préjudiciable à la pièce.
Non-seulement lorsqu'on est vergue à vergue, mais dans plusieurs autres
circonstances, il peut être très-utile de tirer à longueur de brague.
Il résulte de plusieurs expériences faites en 1836 à Toulon, que
non-seulement il ne faut pas raidir les palans de côté, comme le dit
l'instruction, mais qu'il faut les décrocher si on ne veut que les
poulies soient brisées aux premiers coups tirés. Après avoir calé les
roues de derrière avec des fauberts mouillés et sablés, on décroche les
palans de côté et on réunit, sans les forcer, par une aiguillette, les
deux portions de la brague en avant de l'affût.
A bord des bâtimens armés de caronades, en désignant d'avance un homme
par pièce pour remplir les fonctions de chargeur, on peut servir toutes
les pièces lorsqu'on se bat des deux bords. Dans ce cas, les chefs
titulaires détachent à la pièce voisine, à droite, leur chargeur pour
chef de pièce, et prennent pour chargeur leur fournisseur. Les chefs
provisoires ont pour chargeur un homme de la manoeuvre désigné d'avance,
et le pourvoyeur de la pièce du chef titulaire approvisionne également
celle du chef provisoire.
CHAPITRE V.
_Noeuds, Amarrages et divers Travaux de Garniture appliqués au
Canonnage._
C'est à bord et dans les ateliers de garniture que l'instruction sur ces
objets, tous de pure pratique, peut être le plus facilement donnée et le
plus promptement acquise; on ne saurait donc entrer ici à cet égard dans
de grands détails, et l'on se contentera de fixer l'attention sur les
points suivans, qui sont distribués par ordre alphabétique pour
faciliter les recherches.
_Aiguilletage, aiguillette._ L'aiguilletage est un amarrage qui sert à
réunir deux cordages ou deux branches du même cordage; il s'exécute le
plus souvent avec un petit filin flexible qu'on nomme _aiguillette_,
qu'on fait passer en tours multipliés dans les anneaux, bagues ou
oeillets dont ces cordages peuvent être pourvus.
On se sert d'aiguillettes pour les amarrages des canons et des
caronades, pour embarquer et débarquer les canons, pour saisir les
chandeliers de pierrier et d'espingole; pour fixer le bout des bragues
des pièces, qu'au besoin on passe aux sabords de chasse ou de retraite,
et pour raidir l'appareil des batteries quand les pièces sont au grelin
par un mauvais temps.
_Brague._ Fort cordage fait de fil de première qualité, commis avec le
plus grand soin et légèrement goudronné, et qui sert à borner le recul
des bouches à feu. La brague est élongée et tendue de force avec des
palans, ou même au cabestan, avant d'être mise en usage, pour qu'elle
soit moins exposée ensuite à prendre du mou. Sa longueur pour les canons
de calibre de 36, de 12 et intermédiaires, varie de 10-1/2 mèt. à 7-3/4
mèt., et sa grosseur de 20 à 16 centimètres. La brague est fixée par ses
deux bouts dans les boucles de la muraille du bâtiment par un amarrage
avec étrive, c'est-à-dire avec changement de direction du cordage
principal, après qu'il a été replié sur lui-même.
_Bridure._ Amarrage qui sert à rapprocher deux ou plusieurs cordages
déjà tendus, ou les tours d'un même cordage, et à les étrangler en un
point, afin qu'ils souquent davantage. Il s'exécute soit avec un cordage
particulier, soit avec le bout même du cordage bridé.
_Brin._ Un cordage est de premier brin quand il ne contient que les
filamens les plus longs et les plus propres qui restent dans les mains
du peigneur. Tous les cordages de l'artillerie sont du premier brin.
_Civière._ Moyen cordage qui sert comme une suspente et qu'on nomme
_herse_; c'est une sorte d'élingue. (Voyez ce mot.)
_Coiffe d'écouvillon._ Sac de toile pour envelopper et préserver la tête
de l'écouvillon; il se fait avec un morceau de toile plié en deux, cousu
sur le côté et adapté ensuite à un fond circulaire; on le termine par
une coulisse au bord, pour y faire passer un lusin goudronné qui sert à
serrer la coulisse sur la hampe; la coiffe est ensuite peinte sur la
face extérieure.
_Croupière._ Bout de cordage fixé au corps de l'essieu de l'arrière et
formant une boucle pour accrocher le palan de retraite; il y a souvent
un piton dans cette partie qui rend la croupière inutile.
_Elingue._ Cordage dont on entoure un fardeau pour le soulever. Les deux
bouts en sont réunis par une épissure. On s'en sert pour embarquer et
débarquer les canons. Longueur pour les calibres de 36, de 12 et
intermédiaires, de 7 mètres 1/7 à 6 mètres 1/2; grosseur, de 20 à 16
centimètres.
_Epissure._ Réunions de deux bouts de cordages entés, en quelque sorte,
par l'entrelacement réciproque de leurs torons; l'excédant des torons
est coupé au ras du cordage, et la jonction a lieu solidement sans
noeuds ni bourrelets.
_Estrope._ Cordage fourré, dont on entoure une poulie en le faisant
passer dans les rainures pratiquées sur sa caisse; les deux bouts de
cordage sont joints par une épissure. On y ajoute souvent une cosse pour
pouvoir accrocher la poulie; on applique alors cette cosse dans un pli
de l'estrope sur la tête de la poulie, et l'on approche les deux
branches de l'estrope par un amarrage à plat, entre la poulie et la
cosse, qui empêche l'estrope de se dégager de ses goujures.
_Estrope de culasse._ Cordage employé dans l'amarrage à la serre. Les
deux bouts en sont réunis par une épissure. On y fixe une cosse en fer,
de sorte que l'estrope est divisée en deux parties inégales. De
semblables estropes, mais plus longues, sont employées pour
l'embarquement et le débarquement de l'artillerie, savoir: deux pour la
culasse, et un pour la volée; celle-ci est plus courte que les autres.
_Faubert._ Faisceau de fil de carret lié par une de ses extrémités, et
emmanché d'un petit bâton; les fils en se détordant par le bout forment
une étoupe qui fait éponge.
_Fourrer un cordage._ C'est recouvrir un cordage en bitord; on l'étend
horizontalement à la hauteur de ceinture, on prend une pelote de bitord
dont le bout se fixe sur le cordage, on applique sur celui-ci le maillet
à fourrer, on les saisit par deux ou trois tours de bitord tant sur le
maillet que sur le manche; en faisant tourner le maillet, le bitord se
range en tours serrés et en spirale sur le cordage, qui est ainsi à
l'abri du frottement des corps étrangers. On fourre aussi en basane, en
toile goudronnée. Les anneaux de brague des caronades et la partie des
bragues qui y portent, sont fourrés.
_Garant._ Cordage d'un palan. L'une de ses extrémités se frappe sur le
cul de la poulie simple; l'autre passe sur un des rouets de la double,
de dessous en dessus; on le ramène sur le rouet de la simple, de dessus
en dessous, et de là sur le second rouet de la double, de dessous en
dessus. C'est sur cette extrémité, appelée _courant_, que l'on agit.
Dans les palans de côté, le courant doit se trouver dessus. Pour les
canons de 36, de 12 et intermédiaires, la longueur des garans des palans
de retraite et de côté (qui sont les mêmes) varie de 31 mètres à 24, et
leur grosseur de 9 à 7 centimètres.
_Garcette._ Tresse plate en bitord. La poignée du coussin est une tresse
semblable.
_Garnir une brague._ C'est entourer la partie exposée au frottement
d'une toile goudronnée, maintenue par des tours serrés d'un cordage fin.
On peut se servir encore d'un morceau de basane cousu, suivant la
longueur de la brague.
_Hampe de corde._ Bout de filin de retour, fourré, de même longueur que
la hampe de bois; il a 8 centimètres pour les calibres de 36, 30 et 24;
et 7-1/2 pour les calibres au-dessous.
_Itague._ Cordage tenant à un palan, et ordinairement en double pour en
augmenter l'effet. On s'en sert quand on change un canon d'affût, ou
qu'on l'amène sur le pont. Un bout est garni d'une cosse, l'autre est en
queue de rat. Pour les canons des calibres de 36, 30, 24 et 18, la
longueur de l'itague varie de 6 mètres 1/4 à 5 mètres 2/3, et la
grosseur de 12 à 10 centimètres.
On se sert aussi d'un itague pour fermer les mantelets des sabords; il
porte à son milieu, et en dedans du bord, une cosse où passe le croc de
la poulie double du palanquin; les deux bouts de l'itague traversent la
muraille et vont s'amarrer sur le mantelet.
_Ligne d'amarrage._ Menu cordage goudronné, servant à faire certains
amarrages, comme ceux des bouts de brague, ceux qui servent à rapprocher
les côtés des élingues ou des estropes, etc.
_Lusin._ Petit cordage composé de deux fils de carret; il y a du lusin
blanc et du lusin goudronné. Il est employé à serrer les coiffes
d'écouvillon, et pour la confection des grappes de raisin.
_Machine à démonter les canons._ Elle se compose de deux estropes
(garnies chacune de deux poulies simples), de deux civières (garnies de
deux poulies simples), de quatre itagues, et de quatre palans (ceux de
la pièce et de la voisine). On a proposé d'autres machines, mais les
parties de celle-ci sont les plus faciles à se procurer.
_Mèche._ Corde lessivée servant, au besoin, à mettre le feu à une pièce.
La mèche est fabriquée avec des étoupes de lin; elle doit être ferme,
sans trop de dureté, bien pénétrée de lessive salpêtrée, mais sèche,
sans moisissure, et sans être cornue à sa surface.
_Merlin._ Petit cordage de trois fils de carret commis ensemble au moyen
de la roue du siége de commettage. Celui qui s'emploie pour l'artillerie
est composé de fils goudronnés; une pièce de 60 brasses pèse environ 1
livre 1/2.
_Noeuds._ Les noeuds diffèrent suivant leur destination; c'est pour le
marin une étude longue et importante, qui ne peut se graver dans
l'esprit que par la pratique. On doit se borner à dire ici, en général,
que les noeuds et amarrages sont disposés de manière que les frottemens
des tours les uns contre les autres rendent l'enlacement solide, tout en
permettant, au besoin, de pouvoir défaire le noeud.
_Palans de côté et de retraite._ Ils sont composés d'une poulie simple,
d'une poulie double et d'un garant (voyez ce mot). Les poulies sont
estropées et garnies chacune d'un croc. Il y en a pour d'autres objets,
pour embarquer et débarquer les pièces, pour descendre les barils à
poudre dans les soutes, etc.; mais ils sont établis de la même manière,
à peu près.
_Palanquin._ Petit palan croché dans la boucle de l'itague de mantelet
par sa partie double; la poulie simple a une cosse fixée à un piton sur
le pont supérieur, et vis-à-vis le milieu du sabord.
_Quarantainier._ Cordage composé de trois torons commis ensemble; il y
en a de 6 à 9 fils, et de 12 à 15 fils; celui qu'on emploie pour
l'artillerie est goudronné.
_Queue de rat._ Espèce de pointe que l'on fait à l'extrémité des
cordages pour faciliter leur introduction dans une poulie. On l'exécute
en liant le cordage au point où l'on veut commencer la queue de rat; on
défait les torons jusqu'à la ligature; et renversant les fils extérieurs
sur le cordage, on en amincit les intérieurs à l'aide d'un couteau, de
manière que leur volume aille toujours en diminuant; on reprend alors
les fils extérieurs, et on les rabat alternativement par pairs et par
impairs, ayant soin, à chaque fois, de les lier fortement. Une ligature
termine cette espèce de tissu.
_Raban de sabord._ Bout de quarantainier de 4 à 5 mètres de longueur,
et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employé pour fermer solidement les
mantelets. Il y en a deux par sabord.
_Raban de retenue des caronades._ Aiguillette de 20 à 24 mètres de
longueur, et de 5 à 7 centimètres de grosseur, employée pour fortifier
l'amarrage des caronades par un mauvais temps.
_Raban de volée._ Cordage de 11 à 15 mètres de longueur, et de 6 à 8
centimètres de grosseur, employé dans l'amarrage du canon à la serre,
pour assujettir la volée contre la partie supérieure du sabord; ce
cordage porte une ganse à l'une de ses extrémités. On en donne un par
sabord de batterie basse.
_Surliure._ Amarrage fait sur les bouts d'un cordage pour empêcher les
torons de se séparer; la surliure s'exécute avec du fil à voile, ou de
la petite ligne qui sert à faire plusieurs tours bien serrés, et dont on
engage les bouts sous les tours.
_Valet._ Bouchon de corde servant à maintenir la charge dans l'âme de la
pièce, et à donner, par quelque résistance, le temps à la poudre de
s'enflammer en plus grande partie. L'influence du valet sur la charge,
sur la portée du projectile, sur la pièce même, a été envisagée sous
plusieurs faces, et diverses propositions ont été faites pour sa
configuration, ou pour en altérer la composition. On doit ici se borner
à dire comment se confectionnent ceux qui sont adoptés à bord de nos
bâtimens.
Le valet est cylindrique, son diamètre doit passer avec frottement dans
l'âme de la pièce, et sa hauteur a quelques lignes de plus que son
diamètre. Il se fait avec du vieux fil de carret dont on forme un
faisceau que l'on serre par le milieu avec du fil de carret neuf.
Dans les ateliers on se sert pour faire les valets, d'un banc garni
d'une paille à bitte à un bout, et d'un morceau de filin à oeillet de
l'autre; on a une petite planche appelée _moule_, qui a pour longueur la
hauteur du valet, mais un peu plus étroite à son extrémité. On charge le
moule pour le placer sur le bout de filin à oeillet, et en le retirant
on fait faire au filin un tour complet autour des fils de carret, puis
on amarre ce filin sur la paille à bitte; enfin on roule le valet et on
le souque au moyen d'une gournable qu'on introduit dans l'oeillet du
filin, et sur laquelle on trévire. Il ne reste plus qu'à amarrer le
valet par le milieu.
Si on veut faire un valet ovoïde, ou en forme d'oeuf, on enfonce une
poignée de vieux fils de carret dans le trou de fusée d'une roue d'affût
de calibre inférieur; on forme ainsi un noyau solide qu'on serre par le
milieu; on le recouvre dans le sens de la longueur de plusieurs tours de
fil de carret neuf, et l'on incline ensuite ces tours. On le serre enfin
comme le valet cylindrique.
Dans les deux cas on fait une poignée ou deux au valet, en y
introduisant pendant sa confection une ou deux petites bagues en fil de
carret, qu'on a toujours soin de laisser déborder.
CHAPITRE VI.
_Différentes manières d'amarrer les canons à bord._
Les amarrages employés pour contenir les bouches à feu à bord, dépendent
de la place qu'elles occupent et des craintes que peut donner le mauvais
temps.
_Amarrage à garans simples._ Cet amarrage est usité dans les beaux
temps.
La pièce étant en batterie, maintenue par un tour de chaque garant passé
autour du collet du bouton, le troisième servant de droite remet le
couvre-lumière au chef de pièce qui l'amarre sur la culasse, et qui
ensuite décapelle les palans, et les fait tenir par les derniers
servans; il fixe, entre les flasques et les garans le mou de la brague
qui est soutenue par les deuxièmes servans; il les arrête par un tour
mort au collet du bouton, en passant le double de chaque garant entre ce
garant et la plate-bande de culasse de dessus en dessous. Le reste des
garans se love et s'amarre le long des flasques; le dernier servant de
gauche décroche le palan de retraite, le love et le place sur le canon.
_Amarrage à garans doublés._ Cet amarrage est usité pour les batteries
hautes dans les mauvais temps.
La poulie double des palans de côté s'accroche à la boucle de la brague,
et la simple au piton contre l'affût; on fait avec un garant deux tours
du bouton de culasse aux crocs, et trois tours de bridure sur la
culasse, d'abord du côté où est le garant, puis de l'autre côté du
canon; on passe ensuite son bout dans une boucle placée sur le pont, et
il vient faire croupière en passant par-dessous la culasse, en dedans de
la partie du garant qui s'y trouve; il est arrêté par une bridure sur la
croupière.
L'autre palan s'amarre à l'ordinaire en faisant passer le garant
par-dessus celui qui est doublé, afin de l'avoir toujours à sa
disposition, si les circonstances exigeaient un amarrage plus solide.
Les bragues sont repliées le long des flasques, et le palan de retraite
est placé sur le canon.