l'ennemi, comme cela arrive quelquefois, mais placés de manière qu'on
puisse les transporter avec la plus grande célérité lorsque le besoin
s'en fait sentir.
Les parcs à boulets pratiqués contre le bord, et autour des hiloires des
panneaux, ne suffisant pas pour contenir les 20 boulets que chaque
pièce doit avoir dans sa batterie, on y supplée par des parcs en corde;
mais comme il est difficile de les maintenir au roulis et que les
crampes qui les fixent endommagent les ponts, on pratique plus
ordinairement deux parcs volans situés dans les batteries basses, le
premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, le second en
arrière du panneau de l'avant. Dans les batteries hautes, le premier
entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, et le second sur
l'arrière des cuisines. Pour les gaillards on peut placer une grande
quantité de projectiles entre les drômes.
Comme il est désirable d'avoir un même nombre de valets que de
projectiles, et que les sacs à valets disposés contre le bord n'en
contiennent pas une assez grande quantité, on peut, sans encombrement, y
suppléer en se servant de valets en herseaux, dont deux ou trois
douzaines, passés dans un bout de filin, sont suspendus contre le bord.
L'appareil nécessaire pour changer un affût brisé doit être disposé dans
l'entre-pont, auprès du grand panneau; ce panneau étant le seul qui
reste ouvert pendant le combat pour le passage des blessés.
CHAPITRE IV.
_Exercice du Canon d'un bord et par temps._
L'exercice du canon est supposé précédé du commandement de branle-bas de
combat.
A ce commandement, les derniers servans de droite vont chercher les
objets qui ne sont pas habituellement dans les batteries, comme sacs,
tabliers, platines de rechange, etc.
Les pourvoyeurs vont chercher (et allumer si c'est l'exercice à feu que
l'on va faire) le boute-feu destiné à être mis dans la baille de combat,
ainsi que les cornes d'amorces qui doivent être suspendues à portée.
Le chef de pièce et les servans se rendent à leurs canons. Le chef
s'équipe de la boîte à capsules qu'il attache devant lui, du doigtier
destiné pour le pouce gauche, de l'épinglette et du dégorgeoir qu'il
suspend à sa ceinture; le dernier servant de droite arrive avec son
tablier, et il prend place ainsi que le pourvoyeur. Enfin chacun se met
à son poste ainsi qu'il est prescrit par le rôle de combat, et suivant
les dispositions et l'ordre établis à bord.
Les deux derniers servans de gauche élongent le palan de retraite; le
dernier l'accroche à la boucle du pont en arrière de la pièce, et
l'autre à la croupière de l'affût. Les autres servans disposent pour
l'exercice le canon, qui est supposé chargé et amarré à garans simples.
Le chargeur qui est le premier servant de droite, place l'écouvillon et
le refouloir sur le pont, la tête tournée du côté de la culasse; les
troisièmes servans de droite et de gauche élongent la pince et l'anspect
dans le sens de la pièce, en dehors des roues et le gros bout tourné du
côté de la muraille.
Le premier servant de gauche met la baille de combat également sur le
pont, ainsi que le seau à incendie, qui sont munis d'eau par les autres
servans, si l'ordre en est donné, et ils disposent le fanal s'il y a
lieu. Enfin le pourvoyeur se saisit du gargoussier.
Le but qu'on se propose en faisant l'exercice est d'enseigner la manière
de procéder avec uniformité pour démarrer, pointer, tirer, recharger le
canon pour le remettre en batterie; et il ne sera question ici que des
moyens mécaniques par lesquels on y parvient. Les règles du pointage
sont fondées sur des considérations trop élevées pour trouver place dans
cette section, qui est principalement destinée à l'instruction des
servans.
La description de l'exercice se divise par commandemens, et chaque
article contient 1º le commandement, 2º l'explication par temps, qui est
donnée par celui qui commande l'exercice et qui est suivie de
l'exécution, laquelle ne commence qu'après le nouveau commandement
d'action; 3º les observations qui indiquent ce qu'il peut être
nécessaire d'ajouter ou de modifier, suivant les circonstances.
_ÉTAT des hommes nécessaires pour le service d'un canon._
+===============+=======+=======+=======+=======+=======+=======+
| EMPLOIS. |Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|
| | de 36.| de 30.| de 24.| de 18.| de 12.| de 8. |
+---------------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+
| Chef de pièce | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 |
| Servans | 12 | 10 | 10 | 8 | 8 | 4 |
| Pourvoyeurs | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 |
| +-------+-------+-------+-------+-------+-------+
| TOTAUX | 14 | 12 | 12 | 10 | 10 | 6 |
+===============+=======+=======+=======+=======+===============+
_Roulement._
Le roulement indique qu'on va commencer l'exercice et qu'il faut
observer le plus grand silence. Toute parole inutile est sévèrement
interdite, soit pendant l'exercice, soit devant l'ennemi. Les chefs de
pièces font face au sabord; les servans font face à leurs pièces, et
s'alignent sur les deux premiers servans; tous se serrent à bord, de
manière que les coudes s'affleurent, la tête haute, l'oeil dirigé du
côté du chef, les pieds sur le même alignement, le corps d'aplomb, les
bras pendans, les mains dans les rangs, ouvertes et à plat sur les
cuisses. A la fin du roulement, chacun reste immobile.
A défaut de tambour, on y supplée par le commandement de roulement, et
l'on termine le mouvement par celui-ci: fin de roulement.
1er COMMANDEMENT.
_Détapez, démarrez vos canons!_
_Un temps._
_Explication._ Le premier servant de droite détape le canon et place la
tape contre le bord derrière lui. Le chef de pièce, aidé des servans
placés près de lui, démarre le canon et l'assujettit contre le bord, en
passant au collet du bouton de culasse un tour de chaque garant qu'il
fait tenir par les deuxièmes servans de droite et de gauche; puis il ôte
le couvre-lumière et le passe au troisième servant de droite, qui le met
près du bord en arrière des servans.
_Action!_
_Observations._ Si le roulis ou l'inclinaison du bâtiment n'est pas
assez considérable pour déranger l'affût lorsqu'il est au sabord, il est
inutile de le maintenir par les palans de côté; alors les garans restent
élongés sur le pont, hors de la direction des roues. Dans tous les cas,
les bouts sont cueillis par les avant-derniers servans de droite et de
gauche, en dehors des files de servans et par le travers de la culasse;
ils sont ainsi bien parés à se filer d'eux-mêmes au recul.
S'il y a du roulis, ou si l'on est à la bande sur l'autre bord, le chef
fait maintenir la pièce jusqu'au commandement de feu; mais auparavant il
doit avoir l'attention de faire mettre, en dessous, le garant du côté où
il prévoit que la culasse devra être jetée pour pointer.
2me COMMANDEMENT.
_Dégorgez, amorcez!_
_Un temps._
_Explication._ Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la main droite;
il perce la gargousse, et s'assure au mouvement du poignet et à la
longueur de la sonde, que la gargousse est percée; il arme[5] la
platine, ouvre ensuite la boîte à capsules (ou à étoupilles si la
platine est à pierre), en prend une, referme la boîte, et il introduit
cette capsule dans la lumière en la pressant fortement avec le pouce.
[5] On prescrit d'armer avant d'amorcer, de crainte que le marteau en
s'échappant ne fasse partir le coup. Par le même motif, il faut
retirer la capsule, dans le cas où il y aurait lieu à désarmer la
platine.
_Action!_
_Observations._ Si l'on manque de capsules (ou d'étoupilles), ou si la
platine est démontée et qu'elle ne puisse être remplacée, le chef se
fait donner la corne d'amorce par le servant le plus à portée qu'il
désigne, et il amorce la pièce en introduisant de la poudre dans la
lumière avec l'épinglette qu'il tient de la main gauche, ayant soin de
ne pas laisser engorger la lumière; il remplit de poudre le champ de
lumière, et en prolonge une traînée, autant qu'il le peut, du côté où on
doit mettre le feu. Il s'assure ensuite que la corne d'amorce est bien
fermée, et il la prend à deux mains pour écraser la partie de la poudre
qui doit être allumée par le boute-feu; puis il ôte avec le plat de la
main gauche le pulverin (ou poussière de poudre) qui peut s'être attaché
à la corne; il la capelle par-dessus l'épaule gauche, il la place
derrière lui, le petit bout du côté gauche, et il met le couvre-lumière
qu'il se fait donner par le troisième servant de droite.
Si la platine était à pierre, il agirait de même, mais il ne devrait pas
oublier de remplir le bassinet de poudre et de le refermer ensuite[6].
[6] D'après les expériences faites sur les platines et moyennant
celles de précaution qui sont dans les batteries, l'emploi du
boute-feu doit être fort rare.
3me COMMANDEMENT.
_Pointez!_
_Trois temps._
_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce se place à droite du
palan de retraite, le pied gauche en avant et à plat, le genou plié, la
jambe droite allongée; la main gauche sur la plate-bande de culasse, et
la main droite à la poignée du coin de mire; les troisièmes servans,
aidés par les quatrièmes pour les gros calibres (ceux de 24 et
au-dessus), prennent les pinces et anspects, les placent sur les adents
de l'affût, et ils élèvent ou abaissent la culasse au commandement du
chef de pièce, jusqu'à ce que le canon soit au point convenable,
c'est-à-dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirigée sur
le point où l'on doit viser lorsque le bâtiment est dans une position
moyenne à ses balancemens de roulis.
_Action!_
_Deuxième temps._ Les mêmes servans embarrent aux flasques pour diriger
la pièce à droite ou à gauche; le chef décapelle les garans, il en
charge les derniers servans aidés par ceux qui ne sont pas occupés au
pointage, pour que tous contiennent la pièce au sabord; puis il prend de
la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en
arrière au-delà du recul du canon. Il vise en s'inclinant et en mettant
dans le même alignement son oeil, le point le plus élevé de la culasse,
et le point le plus élevé de la volée.
_Action!_
_Troisième temps._ Le chef fait le commandement _à postes!_ auquel les
servans, chargés de pinces et anspects, les retirent de dessous les
flasques, viennent reprendre leur alignement, et les tiennent le bout
posé sur le pont, de manière que les roues de l'affût ne puissent passer
dessus en cas de recul de la pièce.
_Action!_
_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice commande de
pointer en belle, le chef de pièce fait endenter la pince et l'anspect
entre les adents de l'affût et la culasse, et il les fait ensuite
embarrer sous l'affût jusqu'à ce que la pièce soit horizontale et
perpendiculaire au seuillet du sabord.
Pour le commandement d'en plein bois, il faut, par les mêmes moyens, que
la pièce soit pointée de telle sorte que le boulet frappe au milieu de
la hauteur de ce qui paraît de la coque de l'ennemi, et le plus possible
dans le voisinage du grand mât.
De même, pour pointer en arrière, il faut porter la culasse en avant;
pour pointer en avant, il faut porter la culasse en arrière; à démâter,
il faut diriger la ligne de mire de manière que le boulet frappe la
mâture, particulièrement celle de misaine, mais pas plus haut que le
trelingage. A couler bas, il faut diriger la ligne de mire de telle
sorte que le boulet frappe la ligne de flottaison. Enfin s'il n'y a pas
d'ordre, les chefs de pièces pointeront tous de manière à frapper à la
position présumée de la roue, ou en cas d'impossibilité, vers le point
qui en est le plus rapproché; il peut en résulter un feu concentré qui
peut être fort efficace.
Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer assez haut,
on a la ressource d'ôter les roues de l'arrière, mais ce ne peut être
sans que le chef de la batterie en ait été averti: lui seul peut en
donner l'ordre, après avoir pris ceux du commandant du bâtiment, qui
pourrait préférer de prendre une autre position.
4me COMMANDEMENT.
_Feu!_
_Deux temps._
_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce attend que les mouvemens
du navire amènent la ligne de mire dans la direction du point où l'on
doit viser; et quand il le voit près d'arriver, il l'indique par un
signal, puis il fait feu en donnant un coup de poignet sec au cordon de
la platine.
A ce signal du chef de pièce, les servans chargés des garans de palans,
les laissent tomber hors de la direction des roues; ceux qui ont en main
la pince et l'anspect, les posent sur le pont; tous les servans, à
l'exception des premiers de droite et de gauche, se portent vivement au
palan de retraite pour l'embraquer au recul, et même le palanquer si le
canon n'est pas assez rentré. Le premier servant de droite prend la
pince par le gros bout pour caler les roues, dès que l'affût n'est plus
au sabord; il doit aussi parer les palans et la brague avec le premier
servant de gauche; et le dernier servant de gauche fait une demi-clef
sur le palan de retraite.
_Action!_
Deuxième temps. Les troisièmes servans de droite et de gauche, aidés par
les quatrièmes pour les gros calibres, prennent la pince et l'anspect,
embarrent sous la culasse qu'ils élèvent pour que le chef place le
coussin et le coin de mire, de manière à mettre la pièce à même d'être
chargée; les autres servans rouent les garans des palans de retraite et
de côté; l'anspect est remis à sa place, la pince en travers des roues,
et chacun reprend son poste.
_Action!_
_Observations._ Si la capsule ne prend pas, le chef la retire et en met
une nouvelle. Si l'on se sert d'une étoupille et que le coup ne parte
pas, il faut laisser éteindre le feu de l'étoupille avant de
s'approcher de la pièce pour la remplacer; il en est de même quand on a
amorcé avec de la poudre. Lorsque la lumière ne fume plus, le chef de
pièce et le servant chargé du vieux linge s'avancent vers la pièce; le
premier pour dégorger, amorcer s'il y a lieu, et l'autre pour nettoyer
la platine. Le chef rectifie toujours son pointage avant de remettre le
feu à sa pièce, et il agit ensuite comme il a été dit au 4me
commandement.
S'il est tombé quelque parcelle d'étoupille, capsule allumée, ou poudre,
sur le pont, il faut les mouiller avec le faubert.
Quand, par la position du vaisseau lors du tir, on craint que la
violence du recul n'aille jusqu'à briser la poulie du palan de retraite,
il faut décrocher ce palan et le parer de manière qu'on puisse le
recrocher aussitôt que le coup est parti.
Lorsque les platines seront démontées et qu'elles ne pourront pas être
remplacées, on mettra le feu à la pièce à l'aide du boute-feu. Alors le
dernier servant de gauche saisit le pied du boute-feu de la main droite,
il en prend la tête de la main gauche, il se place vis-à-vis de la
lumière faisant face au sabord, il se baisse pour souffler la mèche,
bien au-dessous de la hauteur de la lumière; il la porte ensuite à
quatre doigts de la plate-bande de culasse, pour faire feu au
commandement du chef; ce qu'il exécute en portant la mèche à l'amorce,
de manière que le boute-feu ne soit pas au-dessus de la lumière.
5me COMMANDEMENT.
_Bouchez la lumière; écouvillonnez!_
_Deux temps._
_Explication._ Premier temps. Le chef de pièce prend le dégorgeoir de la
main droite et l'enfonce dans la lumière pour voir si elle est dégagée;
il la bouche bien ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu'à ce
que la pièce soit chargée, ne l'ôtant que pendant les momens où il se
sert de son dégorgeoir; le premier servant de droite se porte en même
temps à la volée, en passant par-dessus les palans et brague; le
deuxième servant lui remet l'écouvillon, qu'il enfonce dans la pièce.
_Action!_
Deuxième temps. Le premier servant de droite tourne plusieurs fois
l'écouvillon dans le sens convenable pour faire prendre le tire-bourre,
et il le retire en le tournant du même côté; il le pose sur la volée de
la pièce, et il le secoue trois ou quatre fois en dévirant pour faire
tomber les culots de gargousses et la crasse.
Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer
qu'elle est parée; si elle ne l'est pas, il fait écouvillonner de
nouveau jusqu'à ce qu'elle soit dégagée, et il rebouche la lumière. En
même temps, le servant chargé du tablier nettoie la platine, puis il
reprend son poste.
_Action!_
_Observations._ Si le chef de pièce ne peut parvenir à parer la lumière,
il en prévient l'officier ou le maître le plus à portée, qui la fait
dégager par les canonniers porteurs des vrilles et vilebrequins.
Il faut écouvillonner avec beaucoup de soin pour décrasser la pièce et
pour en retirer tout ce qui peut s'y trouver d'étranger; il en résulte
encore l'avantage que la lumière ne se trouve pas obstruée, et qu'aucun
culot n'empêche la gargousse de se rendre au fond de l'âme.
Il est bon de rafraîchir une pièce de temps en temps, par exemple quand
elle a tiré huit ou dix coups. C'est à ce commandement qu'on le fait, en
aspergeant l'écouvillon avec la main, avant de l'introduire dans l'âme,
et en frottant en même temps la pièce avec un faubert mouillé.
6me COMMANDEMENT.
_Au refouloir!_
_Un temps._
_Explication._ Le premier servant remet l'écouvillon au second; il
reçoit de lui le refouloir, dont il place le bouton sur la tête de
l'affût, et tient la hampe des deux mains. Si c'est du calibre de 12 et
au-dessous, il change l'écouvillon en refouloir, lequel se trouve sur la
même hampe.
_Action!_
_Observation._ Pour changer l'écouvillon en refouloir, et
réciproquement, il faut appuyer le milieu de la hampe sur la volée, et
diriger le côté de l'écouvillon de manière à passer en dessus.
7me COMMANDEMENT.
_La gargousse dans le canon; à la poudre!_
_Un temps._
_Explication._ Le premier servant de gauche fait un demi à gauche,
reçoit du pourvoyeur la gargousse, qu'il place dans le canon, le culot
le premier, la couture en dessous; le premier servant de droite
l'enfonce jusqu'au fond du canon avec le refouloir. Il allonge le bras
droit de toute sa longueur, en tenant la main gauche sur la volée du
canon et le corps un peu incliné en avant, prêt à refouler. Dès que le
pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le
gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle.
_Action!_
_Observations._ Quand les pièces sont échauffées, ou que les distances
sont très-rapprochées, il peut arriver que l'on donne l'ordre de saigner
les gargousses; mais cette besogne ne regarde nullement ni le chef de
pièce, ni les servans, ni le pourvoyeur, qui doivent employer la
gargousse telle qu'elle leur est donnée. Cet ordre ne peut venir que du
commandant du bâtiment, et alors il s'exécute, soit dans la soute, soit
dans tout autre lieu désigné, mais toujours par les soins de personnes
également désignées, et qui ne font pas partie de l'équipage des pièces.
Si le chargeur s'aperçoit que la gargousse se soit crevée en
l'introduisant, il doit mettre alors un valet après la gargousse pour
ramasser la charge au fond de la pièce.
Le pourvoyeur doit éviter, en allant chercher la gargousse, de mettre
dans ses mouvemens une précipitation qui pourrait le faire trébucher ou
tomber. Quand il remet la gargousse au premier servant de gauche, il ne
tient le gargoussier ouvert que le moins de temps possible, et à l'abri,
s'il y a lieu, du feu de la pièce voisine; en ce moment il doit visiter
son gargoussier, et s'il contient de la poudre échappée de la gargousse,
il la renverse sur la baille.
Si la pièce devait rester long-temps chargée, on mettrait en outre un
valet entre la gargousse et le boulet. Sans cette précaution, si le
boulet prenait du jeu, il pourrait, au roulis, comprimer trop fortement
la poudre de la gargousse.
8me COMMANDEMENT.
_Refoulez!_
_Un temps._
_Explication._ Le premier servant de droite refoule trois coups et
abandonne la hampe du refouloir en effaçant le corps.
Le chef de pièce passe le dégorgeoir dans la lumière pour s'assurer que
la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de
nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier
servant retire le refouloir, et en place le bouton sur la tête de
l'affût; en même temps, le second servant de gauche se baisse vivement
et prend un boulet qu'il remet au premier; il prend ensuite un valet.
_Action!_
_Observations._ Il est très-important que le chef de pièce ne débouche
jamais la lumière sans s'être positivement assuré que le chargeur s'est
effacé, et qu'il n'est plus devant la pièce, afin d'éviter, pendant ce
temps, que l'explosion possible de la charge n'enlève le chargeur.
Lorsque la mer est assez grosse pour obliger de fermer les sabords de la
première batterie, aussitôt que le coup de canon est tiré, on doit
mettre la volée à hauteur du hublot, afin de pouvoir y passer les hampes
d'écouvillon et de refouloir, et charger par ce moyen.
Si l'on est abordé par un vaisseau, de manière que les mouvemens des
hampes de bois ne puissent avoir lieu, il faut y substituer des
écouvillons et refouloirs à hampes de corde, lesquels sont réunis pour
tous les calibres.
On ne doit pas refouler plus de trois coups, parce que la gargousse doit
être confectionnée de manière à se rendre assez facilement; que la
poudre trop refoulée donnerait moins de portée au projectile, et qu'on
pourrait faire adhérer au fond de l'âme le culot, qui, en y séjournant,
nuirait à la charge suivante. Si la gargousse éprouvait d'ailleurs
quelque difficulté à entrer, il faudrait, soit la retirer avec le
tire-bourre, et la faire changer par le pourvoyeur dans le cas où elle
serait défectueuse, soit écouvillonner et nettoyer de nouveau le canon,
si l'obstacle provenait de son intérieur. La hampe du refouloir doit
avoir une marque qui indique quand la gargousse est rendue.
9me COMMANDEMENT.
_Le boulet et le valet dans le canon!_
_Explication._ Le premier servant de gauche met le boulet dans le canon,
et l'empêche de tomber en plaçant la main droite devant la bouche de la
pièce; il reçoit du second servant le valet, qu'il prend de la main
gauche et qu'il place sur le boulet.
Le premier servant de droite enfonce aussitôt le valet sur le boulet
avec le refouloir; il s'assure qu'il est rendu par la longueur de la
hampe, et il en rend compte au chef, par ces mots: _rendu, chef!_ Il
allonge le bras droit de toute sa longueur, il tient la main gauche sur
la volée et le corps incliné en avant prêt à refouler; le premier et
second servant de gauche reprennent leur poste.
_Action!_
_Observations._ On ne met qu'un projectile dans le canon, à moins que le
commandant n'en ordonne autrement; il donne l'ordre en même temps de
saigner la gargousse ou d'employer celles qui sont préparées à l'avance
et qui ne contiennent de poudre que le quart du poids du boulet. Les
chefs de la batterie font bien connaître alors quel est l'ordre dans
lequel les projectiles seront placés. Le valet ne se met qu'après le
dernier de ces projectiles.
Le premier servant de droite est spécialement chargé de veiller à ce que
le boulet qui doit être introduit par le premier servant de gauche, ne
tombe pas à la mer; ce n'est qu'autant qu'il en est sûr qu'il doit
lui-même introduire le valet.
Si le boulet ne peut pas entrer dans la pièce, il doit être remplacé et
mis de côté pour être nettoyé par la suite; s'il s'arrête dans
l'intérieur avant d'être rendu, on ne doit pas le forcer, mais le
retirer, ce qui s'effectue en levant la culasse et lui donnant quelques
secousses contre le seuillet du sabord, ou au moyen de la cuiller. On
enlève ensuite avec l'écouvillon les culots ou débris qui s'opposent à
son introduction. Si le valet éprouve trop de difficulté à entrer dans
la pièce, on le remplace aussitôt, et le premier est donné aux autres
servans pour qu'ils l'amoindrissent en le roulant sous les pieds, ou en
le battant avec l'anspect en le roulant de nouveau pour l'arrondir. Les
marques des hampes doivent être susceptibles d'être reconnues la nuit
comme le jour.
10me COMMANDEMENT.
_Refoulez!_
_Un temps._
_Explication._ Le premier servant de droite refoule deux coups; il
retire le refouloir et le passe au second, qui le pose sur le pont; le
premier et second servant de droite reprennent leur poste.
_Action!_
11me COMMANDEMENT.
_En batterie!_
_Deux temps._