tourmentin, de la pouillouse, du foc d'artimon de cape et de l'artimon.
Mais la pouillouse, si elle offre une partie des avantages de la misaine
en rendant les arrivées plus promptes, a aussi une partie de ses
inconvéniens. Elle occasionne de fortes abattées, charge l'avant qu'elle
fait plonger, et fait embarquer beaucoup d'eau. Aussi est-elle souvent
supprimée, et on reste alors sous le petit foc, le foc d'artimon et
l'artimon.
Les navires se comportent en général bien sous cette voilure, et nous en
avons vu un qui, dans cette position, perdit son foc, continua à capeyer
sous son foc d'artimon de cape, et se comporta encore mieux qu'il ne le
faisait son petit foc dehors. C'était cependant un bâtiment à fonds
très-fins, et qui était ordinairement ardent.
La cape à sec ne se prend que rarement, et le plus souvent que lorsqu'on
a perdu les voiles latines qu'on avait appareillées. Il faut toujours
avoir un foc prêt à être hissé si on a besoin d'arriver.
_Observations._
Avant de mettre à la cape, il est une foule de précautions à prendre,
qui importent à la sûreté du navire; nous indiquerons les principales.
Si les bâtimens portent de l'artillerie, on doit s'assurer que toutes
les pièces sont bien amarrées, que les sabords des batteries sont
hermétiquement fermés.
Il faut visiter les amarrages des coffres, cuisines, etc.; assurer les
drômes en les liant entr'elles par de forts palans; doubler les saisines
de la chaloupe et la consolider par des palans qu'on frappe sur son
avant et son arrière, en les crochant sur les serre-gouttière; renforcer
les bosses de bout et serre-bosses des ancres, tant de celles des
bossoirs que de celles qui sont dans les porte-haubans; soulager les
canots de porte-manteaux.
Saisir le gui sur son support; si la corne est amenée, la brider sur le
gui en bien paquetant la voile, pour qu'elle ne puisse se déferler.
Débarrasser les haubans de tout ce qu'on y place dans les temps
ordinaires, tels que vergues de perroquets, de catacois, bonnettes; les
élonger sur les drômes et les y saisir; soulager les hunes des poids
inutiles, comme bonnettes de perroquets, gréement des bonnettes, etc.
Les faux bras, les fausses amures et écoutes de misaine, l'étai de
tangage, ont dû être mis en place dans les premiers momens du mauvais
temps.
On condamne les panneaux, qu'on recouvre d'un prélart cloué sur
l'hiloire, et on n'en laisse qu'un de libre, ouvert sous le vent, pour
communiquer dans l'intérieur du navire.
On dégage la barre de rechange, et on met en place les palans qui
doivent remplacer la drosse si elle cassait. Mais cette précaution doit
toujours être prise en appareillant.
Lorsque le coup de vent mollit, il faut faire de la voile pour appuyer
le navire, car la mer ne tombe pas en même temps, surtout lorsque la
tempête est arrivée subitement, parce qu'alors elle comprime la mer par
sa violence, et la lame n'acquiert tout son développement que lorsque le
vent diminue de force.
C'est en général dans ces circonstances qu'on fait les plus grandes
avaries dans la mâture, si on n'a pas le soin de faire toute la voile
convenable.
_Arriver, ou virer, lorsqu'on est à la Cape._
Si on est sous la misaine, on profite d'une abattée pour dresser
promptement la barre, on hâle-bas le foc d'artimon et l'artimon, et on
met la barre vivement au vent.
Le navire doit nécessairement arriver, car en profitant d'une abattée,
il avait déjà une vitesse acquise; en dressant la barre dans ce moment,
on l'a augmentée; en détruisant l'effet des voiles derrière et mettant
la barre au vent, on a concouru aussi à l'augmenter, et par suite
l'arrivée a dû se prononcer.
Si on veut virer, lorsque le vent est de l'arrière du travers, on choque
à retour l'écoute de misaine, et on largue sa bouline; on brasse au vent
de manière qu'étant vent arrière elle soit carrément; mais en levant ses
lofs, il faut avoir bien soin de ne filer l'amure qu'à retour, de
manière que la voile soit tenue sur l'arrière par ses écoutes, sans cela
elle se collerait sur les étais, et il serait impossible de s'en rendre
maître. On la perdrait probablement.
Lorsqu'on est vent arrière, on hâle-bas le petit foc et on le borde sur
l'autre bord. Si on filait son écoute, il serait emporté en venant au
vent. On dispose aussi le foc d'artimon qu'on borde.
Si on craint de ranger trop vite au vent, ce qui pourrait arriver
puisque le navire a une grande vitesse, on dresse la barre et on
gouverne largue pour établir la misaine et choisir le moment favorable
pour ranger au vent. Dès qu'on l'a trouvé, on hisse le foc d'artimon et
l'artimon, et on met la barre dessous.
Si on est sous le grand hunier, il faut profiter d'un mouvement
d'abattée, dresser la barre, carguer l'artimon, larguer la bouline du
grand hunier, appuyer les bras du vent, et mettre la barre au vent.
L'abattée déjà commencée se continuera, puisqu'on dresse la barre et
qu'en même temps on détruit l'effet de l'artimon et celui du grand
hunier, en larguant sa bouline et le brassant au vent. On continue de le
brasser à mesure que le navire arrive. Lorsqu'il est vent arrière, on
hâle-bas le petit foc, on borde son écoute à l'autre bord, et on ouvre
le grand hunier. On modère l'aulofée en dressant la barre, si on ne juge
pas le moment favorable pour venir au vent; dans le cas contraire,
lorsqu'il est de la hanche, on établit l'artimon en orientant le grand
hunier, puis on hisse le petit foc.
Il faut avoir le plus grand soin, en manoeuvrant le grand hunier, de ne
filer les bras qu'à retour, d'abraquer à mesure les balancines, les
drosses et les palans de roulis, et d'avoir les galhaubans volans raides
des deux bords, lorsqu'on est vent arrière.
Sous les voiles latines, la voilure étant mieux distribuée, l'arrivée
sera prompte en dressant la barre, se débarrassant du foc d'artimon, de
l'artimon, puis mettant la barre au vent. Lorsqu'on est à peu près vent
arrière, on hâle-bas la pouillouse et le petit foc, qu'on dispose pour
être hissés sur l'autre bord. Le bâtiment est alors sans voiles, mais la
violence du vent lui communique assez de vitesse pour se présenter à
l'autre bord au moyen de sa barre, alors on établit l'artimon et le foc
d'artimon, et quand l'aulofée devient rapide, le petit foc et la
pouillouse.
A sec de voiles, si le navire n'arrive pas avec sa barre, on hisse un
petit foc et on manoeuvre les vergues comme si elles avaient leurs
voiles. Si l'arrivée ne se prononce pas, il faut faire déferler, s'il
est possible, une voile ou un prélart dans les haubans de misaine, y
faire monter les hommes qui se trouvent sur le pont, afin d'offrir une
surface sur laquelle le vent puisse agir. S'il n'arrive pas, il faut
quelquefois sacrifier le mât d'artimon ou le grand mât de hune, pour
soulager l'arrière, diminuer la quantité de vent qui le frappe et qui
s'oppose par conséquent à l'arrivée.
Mais cette question si terrible et qui peut entraîner la perte du
navire, n'a lieu que lorsqu'il est chargé subitement par une
augmentation instantanée dans la violence du vent, qui le couche, le
prive de vitesse et annule l'effet du gouvernail. Elle peut arriver
lorsqu'il capeye sous une des voilures dont nous avons parlé, et peut
avoir des résultats moins funestes, puisqu'en sacrifiant les voiles qui
sont appareillées on peut faire redresser le navire et le faire arriver.
Si le grand hunier est dehors, on file ses écoutes en bande, et comme il
ne tardera pas à être emporté, le navire peut se relever, sentir alors
l'effet du gouvernail, et arriver d'autant mieux que l'artimon a dû être
hâlé-bas, ou éventré si on ne peut le hâler-bas.
Si on est sous la misaine, on choque son écoute en se débarrassant du
foc d'artimon et de l'artimon. En choquant l'écoute de misaine, on
décharge le navire qui se redresse et sent alors l'effet du gouvernail.
Mais si tous ces moyens étaient insuffisans, il faudrait couper le mât
d'artimon.
Il faut toujours avoir des haches sur le pont lorsqu'on est à la cape.
CHAPITRE VIII.
_Mouillages._
La manière dont on vient au mouillage dépend non-seulement du temps et
des localités, mais encore de l'emploi des câbles ou des câbles-chaînes.
Pour s'amarrer avec les câbles, il faut mouiller en culant pour ne pas
surjoualer l'ancre; avec les câbles-chaînes il faut au contraire
mouiller avec de l'aire, sans cela la chaîne filant avec rapidité
pourrait tomber sur l'ancre et la casser, ce que nous avons vu arriver
plusieurs fois. Si on mouillait en culant, il faudrait culer avec une
grande rapidité.
_Mouiller de beau temps._
Si l'on est au plus près, après avoir choisi le point où l'on veut
mouiller, on met le navire sous une voilure maniable, ordinairement les
huniers, les perroquets, le grand foc et la brigantine. On fait route un
peu sous le vent de ce point, lorsqu'on en est à une ou deux encâblures,
suivant les qualités qu'on connaît à son navire, on hâle-bas le foc, on
cargue les huniers et les perroquets, on court ainsi un instant, puis on
met la barre dessous pour venir amortir l'aire au point où on veut
laisser tomber l'ancre, et on mouille aussitôt que le navire cule. La
bitture file, le navire fait tête, et on cargue la brigantine.
Si on se sert de câbles-chaînes, on passe avec de l'aire sur le point où
l'ancre doit tomber, on la mouille et on ne revient au vent que lorsque
la chaîne en filant sur la bitte casse l'aire et force le navire à faire
tête. Le mouvement est assez vif pour qu'il soit inutile de l'augmenter
en conservant la brigantine. On peut la carguer en même temps que les
autres voiles.
Si on vient largue, après s'être mis sous une voilure maniable, on se
dirige sous le vent du point où on veut mouiller, mais de manière à
laisser assez d'espace au navire pour ranger au vent sur son aire.
Parvenu à une distance convenable, on hâle-bas les focs, on cargue les
voiles moins la brigantine, qu'on met dehors si on ne l'a pas, et on met
la barre dessous. Le navire range au vent, et vient s'amortir sur le
point désigné, où on laisse tomber l'ancre aussitôt qu'il cule. Si on a
rangé au vent trop tôt, on coupe l'aire en brassant sur le mât les
voiles carguées.
On voit qu'il est impossible de fixer le moment où on doit carguer et
lancer au vent, puisqu'il dépend de la force du vent, de la vitesse ou
de la dimension des navires qui conservent leur aire d'autant plus que
leur masse est plus considérable.
Pour mouiller avec les câbles-chaînes, comme il est inutile de culer, il
ne s'agit plus que de venir sur le point où on veut mouiller avec une
vitesse convenable, et à moins d'une faible brise, il faut carguer les
voiles avant de laisser tomber l'ancre, ou on pourrait fatiguer la
chaîne et les bittes outre mesure.
Si après avoir mouillé on devait éviter au courant et non au vent, il
faudrait mouiller de manière à ne pas passer sur son ancre en évitant au
courant, dont on connaît la direction, ou garder assez de voiles, après
avoir mouillé, pour faire passer le navire sous le vent de son ancre en
les masquant.
_Mouiller de mauvais temps._
La manoeuvre à faire pour mouiller de mauvais temps ne diffère en rien
de celle qu'on exécute pour mouiller d'un temps maniable; il est
seulement quelques précautions que nécessitent l'état du vent et de la
mer.
Avec des chaînes, la manoeuvre est absolument semblable, puisque tout
consiste à venir sur le lieu où on veut laisser tomber l'ancre avec une
vitesse convenable, et à se débarrasser promptement des voiles pour ne
pas fatiguer les chaînes. On doit serrer immédiatement après avoir
cargué.
Si on mouille vent arrière, il faut, en laissant tomber l'ancre, mettre
un peu de barre du côté opposé à l'ancre, pour détacher la chaîne de la
joue du navire, qui sans cela raguerait le cuivre du doublage.
En mouillant avec des câbles, l'aulofée sera bientôt limitée, surtout si
la mer est forte, et le navire, au lieu de ranger au vent et de culer,
dérivera par le travers et tombera sous le vent; c'est alors qu'il
faudra mouiller, en serrant s'il est possible les voiles, afin que le
navire ne traîne pas son ancre après lui.
Si on vient grand largue ou vent arrière d'un temps forcé, on cargue et
on serre les voiles avant d'arriver au point où l'on veut mouiller.
Quand on est à petite distance, on met la barre dessous, ou du bord
opposé à celui du lieu où on veut mouiller si on est vent arrière, et on
borde l'artimon. Le navire prendra le vent par le travers, perdra sa
vitesse et dérivera, alors on mouillera, en ayant eu le soin de placer
des bosses cassantes sur le câble, pour modérer l'aculée du navire et
diminuer la secousse qu'il imprimera à son câble en faisant tête.
_Mouiller avec embossure._
On mouille en faisant embossure, lorsqu'on veut présenter le travers à
un point déterminé, ce qu'on ne pourrait faire en évitant au vent
régnant ou au courant.
Avant d'aller au mouillage, on étalingue à l'organeau de l'ancre qu'on
doit mouiller, un grelin qu'on dispose de manière à pouvoir filer en
mouillant l'ancre.
Après avoir manoeuvré comme nous l'avons dit et filé la quantité de
câble ou de chaîne nécessaire, on passe le grelin par-dehors dans une
poulie de retour placée dans le sabord de l'arrière ou dans le chaumar
d'embossage du bord qu'on veut présenter au vent ou au courant, et on le
vire au cabestan, où on le tourne lorsque le travers est bien effacé au
point désigné.
Il est inutile de dire que lors même que le vent ou le courant
permettrait de présenter le travers au point désigné, il n'en faudrait
pas moins venir au mouillage avec une embossure pour s'en servir en cas
de changement de vent.
_Observations._
L'adoption à peu près générale des câbles-chaînes a singulièrement
simplifié la manoeuvre à faire pour mouiller avec précision dans un
espace resserré par des dangers ou des navires. L'habitude et la
connaissance parfaite des qualités du navire, l'appréciation exacte de
l'influence que telle ou telle circonstance avait sur la vitesse et la
rapidité de ses mouvemens, pouvaient seules donner au manoeuvrier la
certitude de venir porter son ancre à un point désigné. On en jugera
facilement si on réfléchit à la difficulté qu'on éprouve souvent à
prendre des corps morts sur une rade, sans être obligé de laisser tomber
une ancre.
Les câbles-chaînes qu'on peut mouiller sans se déranger de sa route et
qui n'exigent ainsi pour la manoeuvre qu'un bien moins grand espace,
évitent, dans les rades resserrées et encombrées de navires, des avaries
autrefois très-fréquentes.
On doit toujours venir au mouillage avec les deux ancres des bossoirs
disposées, c'est-à-dire qu'elles sont garnies de leurs bouées et de
leurs orins; que les bittures des câbles sont prises et élongées, ou que
les puits sont ouverts et que les chaînes ont été tournées aux bittes,
après avoir laissé de l'avant un mou de trois à quatre brasses.
Si on mouille de gros temps, l'ancre de veille des porte-haubans de
misaine doit être étalinguée.
En approchant de terre, aussitôt que la profondeur de l'eau rend le
mouillage possible, on débouche les écubiers.
Dès que la sonde à la main peut donner le fond, on place des sondeurs
dans les grands porte-haubans, qui donnent alternativement la profondeur
et la nature.
CHAPITRE IX.
_Affourcher à la voile._
Cette manoeuvre ne peut s'exécuter que lorsque le vent permet de courir
avec au moins un quart de largue sur la ligne où on doit laisser tomber
les ancres. Elle exige de grandes précautions, car si le câble ou la
chaîne était retenu en filant, le navire rappellerait et manquerait sa
manoeuvre.
Supposons qu'on veuille affourcher S. E. et N. O., et qu'on vienne du
sud, la première ancre qu'on laissera tomber sera celle du S. E. On se
met sous une voilure convenable, mais il vaut mieux avoir trop que trop
peu de voiles, car si on n'a pas assez de vitesse, le câble et surtout
la chaîne seront mal élongés; leur poids fera dériver le navire, il
tombera sous le vent, et la deuxième ancre ne sera pas dans le
relèvement voulu.
Venant donc avec une vitesse suffisante, on gouverne au vent de N. O.,
on laisse tomber l'ancre du vent qui sera celle du S. E., puis on arrive
promptement un peu sous le vent du N. O.; on court ainsi jusqu'à ce que
la touée de S. E. soit presque filée, et on lance au vent en carguant
vivement les voiles et mouillant la deuxième ancre.
On vire sur l'amarre du S. E. en filant celle du N. O., jusqu'à ce qu'il
y ait dehors une égale quantité de chacune d'elles.
_Observations._
Après avoir mouillé l'ancre du S. E., on gouverne un peu sous le vent du
N. O., parce que si on gouvernait au N. O., en lançant au vent pour
mouiller la deuxième ancre, on dépasserait la ligne du relèvement.
Le câble de la touée de la première ancre doit être entièrement élongé
sur le pont par plis dans toute la longueur, afin de pouvoir filer avec
la plus grande facilité.
Si on affourche avec des chaînes, on ouvre leurs puits et on met sur
l'avant de la bitte de la première ancre, une quantité de chaînes plus
considérable que dans les mouillages ordinaires, afin que le choc
occasionné par la chute de l'ancre imprime une assez grande force pour
faire filer avec rapidité la chaîne sur sa bitte.
Si la brise était faible, on pourrait décapeler le tour de bitte et
laisser filer la chaîne sur son rouleau, ayant bien soin de l'étrangler
à temps pour qu'elle ne file pas jusqu'à l'étalingure de la cale, afin
d'éviter de se servir de la tournevire pour se haler dessus.
Si on avait le vent de l'arrière pour affourcher, on mouillerait sa
première ancre, puis, rappelant au vent, on culerait en mettant les
voiles sur le mât, et on irait ainsi laisser tomber la seconde.
On ne peut affourcher à la voile qu'avec une brise maniable et une belle
mer; il serait dangereux de le tenter avec un vent frais et une grosse
mer, car alors on est moins sûr de la précision des mouvemens du navire,
qui sont dans cette manoeuvre de la plus grande importance, pour ne pas
la manquer.
Il faut aussi se bien rendre compte de l'action des courans, parce que
s'ils sont violens, ils auront une grande influence sur le navire dans
le moment où il ira porter sa deuxième ancre, puisque, bridé par le
câble, il ne sent plus aussi bien l'effet de la voilure et de son
gouvernail.
Si les courans sont sur la perpendiculaire de la ligne du relèvement, on
les neutralise facilement en gouvernant pour mouiller la deuxième ancre
au vent ou sous le vent de la ligne. S'ils suivent la ligne du
relèvement, ils accélèrent ou retardent le mouvement, il n'y a donc qu'à
diminuer ou augmenter de voiles. Enfin s'ils sont sur une ligne oblique,
il faut faire entrer leur appréciation dans la route qu'il faut faire
suivre au navire pour parvenir exactement au point désigné.
CHAPITRE X.
_Des Abordages._
L'abordage est la manoeuvre qui joint d'assez près deux navires ennemis,
pour que, liés entr'eux par les grappins jetés par l'abordeur, son
équipage puisse passer sur le navire abordé, afin de l'enlever.
Celui des deux navires qui juge que l'abordage peut lui être favorable,
doit avoir une marche supérieure à son ennemi; sans cela, celui-ci sera
toujours le maître d'éviter l'abordage, à moins que des avaries dans sa
mâture ne lui aient donné une infériorité de vitesse.
Quelle que soit la supériorité de marche de l'abordeur, si l'abordé est
manoeuvré par un capitaine de sang-froid et expérimenté, il lui sera
souvent facile non-seulement d'éviter l'abordage, mais encore de mettre
son ennemi dans une position dangereuse.
L'abordeur doit veiller non-seulement à sa manoeuvre, mais encore
prévoir, s'il est possible, celle de son ennemi, ou au moins l'imiter
promptement pour paralyser ses tentatives et parer aux inconvéniens et
aux dangers qu'il pourrait courir par une manoeuvre habile du navire
abordé.
_Aborder au vent, en courant au plus près._
L'abordeur ayant une supériorité de marche, se place dans la hanche du
vent de son ennemi; lorsqu'il juge le moment favorable, il fait une
petite arrivée sur la hanche du vent, et le prolonge en revenant
vivement à la même route que lui en lui lançant ses grappins.
Mais si aussitôt que les grappins sont jetés, l'abordé contre-brasse
devant, brasse carré derrière, cargue la brigantine et met la barre
dessous, il culera avec rapidité, fera casser les cartahus des grappins,
et se trouvera bientôt de l'arrière de son ennemi, qu'il pourra
inquiéter en virant lof pour lof sous sa poupe.
L'abordeur sera obligé d'imiter cette manoeuvre, et s'il la fait en
temps opportun, il virera en même temps que son ennemi, et ils se
trouveront encore abordés quoique ayant changé d'amures.
Mais comme l'abordé a primé de manoeuvre, qu'il entraîne avec lui son
adversaire, que ses voiles seront plutôt orientées à l'autre bord, il
lui sera facile, en forçant de voiles, d'acquérir une vitesse plus
grande, de faire casser les cartahus des grappins, et de se détacher.
_Aborder sous le vent, en courant au plus près._
L'abordeur se place dans les eaux de son ennemi, et même un peu au vent;
à une demi-encâblure environ, il arrive de manière à raser sa bouteille
avec la civadière, puis redresse sa route et élonge sous le vent en
jetant les grappins.
Mais cette manoeuvre dont la réussite est assurée par l'avantage de
marche, peut avoir les conséquences les plus terribles pour l'abordeur.
Si l'abordé a bien jugé la manoeuvre de son adversaire, il a tout
disposé pour évoluer avec célérité, et au moment où il voit son ennemi
faire une arrivée pour le prolonger sous le vent, il contre-brasse
devant, brasse à culer derrière, cargue la brigantine et met la barre
dessous. Amortissant son aire ainsi promptement, et arrivant avec
célérité par l'effet de ses voiles de l'avant contre-brassées, il tombe
en travers sur le beaupré de son ennemi, l'engage dans ses haubans, et
dans cette position l'enfile avec toute son artillerie.
Les rôles peuvent alors changer, et l'abordé devenir abordeur, s'il
manoeuvre avec habileté et sang-froid. Protégé par son artillerie, il
peut lancer son équipage sur le pont de son ennemi, que cette manoeuvre
a dû étonner, et peut-être décourager. Il profite du moment où le
beaupré est engagé pour en hacher toutes les manoeuvres, surtout les
sous-barbes et les étais, et s'il y a réussi et que son équipage soit
numériquement trop faible pour lutter avec avantage, il évente force de
voiles pour se dégager et se fait chasser au plus près, en virant
fréquemment de bord vent devant, manoeuvre que son ennemi ne pourra
imiter si ses étais ont été coupés.
Si cette manoeuvre est bien exécutée, elle mettra toujours l'abordeur
dans une position critique, ou au moins le fera renoncer à son projet;
car quelle que soit sa promptitude à imiter les mouvemens de son ennemi,
il sera dans cette circonstance trop primé de manoeuvre pour pouvoir en
paralyser les résultats par une évolution semblable. Le seul parti à
prendre, peut-être, serait, s'il en était temps encore, de lancer au
vent pour prendre à l'autre bord.
_Aborder sur l'avant, en courant au plus près._
L'abordeur passe au vent de son ennemi, à petite distance, et parvenu à
une ou deux longueurs de sa joue du vent, il arrête son aire en brassant
carré derrière; contre-brasse de vent et cargue la brigantine pour
abattre; met la barre dessous aussitôt que l'aire est amorti, et tombe
ainsi en travers sur le beaupré de son adversaire, qui ne peut trouver
d'autres moyens de l'éviter qu'en imitant sa manoeuvre, mais qui étant
primé dans le mouvement, pourra difficilement se soustraire à un
abordage dangereux.
Cependant, s'il a prévu le mouvement à temps, il peut mettre tout à
culer, hâler-bas les focs; mettre la barre dessous, puis la dresser, et
la changer lorsque le navire cule. Il est possible que si l'aculée se
prononce promptement, l'abordeur dépasse le beaupré et soit alors obligé
de manoeuvrer pour prolonger sous le vent.
Cet abordage est sans contredit le plus terrible pour l'abordé, celui
auquel il se soustrait le plus difficilement, et dont la non-réussite
offre le moins de désavantage à l'abordeur.
_Aborder en courant largue._
Si on veut aborder en courant largue, la manoeuvre ne diffère pas
essentiellement de celles que nous avons décrites pour aborder au vent
ou sous le vent, courant au plus près.
Pour aborder au vent, l'abordeur se placera dans la hanche du vent, et
par sa supériorité de marche prolongera son adversaire d'aussi près
qu'il voudra pour lui lancer ses grappins. Mais celui-ci qui court
largue, peut en rangeant vivement au vent, ce à quoi il doit être
préparé, ou dépasser l'abordeur, ou mieux encore engager son beaupré.