spirituelle, de plaisante et bonne humeur, laquelle, se faisant un jour
tirer sa chausse à son vallet-de-chambre, elle luy demanda s'il
n'entroit point pour cela en ruth, tentation et concupiscence[69]:
encore dit-elle et franchit le mot tout outre. Le vallet, pensant bien,
pour le respect qu'il luy portoit, respondit que non. Elle soudain,
haussant la main, luy donna un grand soufflet. «Allez, dit-elle, vous ne
me servirez jamais plus; vous estes un sot, je vous donne vostre congé.»
Il y a force vallets de filles aujourd'huy qui ne sont si continents, en
levant, habillant et chaussant leurs maistresses: il y a aussi des
gentilshommes qui n'eussent fait ce trait, voyant un si bel appas.
Ce n'est d'aujourd'huy seulement que l'on a estimé la beauté des belles
jambes et beaux pieds, car c'est une mesme chose; mais, du temps des
Romains, nous lisons que Lucius Vitellius, pere de l'empereur Vitellius,
estant fort amoureux de Messaline, et desirant estre en grace avec son
mary par son moyen, la pria un jour de luy faire cet honneur de luy
accorder un don. L'Emperiere luy demanda: «Et quoy?--C'est, madame,
dit-il, qu'il vous plaise qu'un jour je vous deschausse vos escarpins.»
Messaline, qui estoit toute courtoise pour ses sujets, ne luy voulut
refuser cette grace; et l'ayant deschaussée, en garda un escarpin et le
porta tousjours sur soy entre la chemise et la peau, le baisant le plus
souvent qu'il pouvoit, adorant ainsi le beau pied de sa dame par
l'escarpin, puisqu'il ne pouvoit avoir à sa disposition le pied naturel
ny la belle jambe. Vous avez le Milord d'Angleterre des _Cent Nouvelles
de la Reyne de Navarre_, qui porta de mesme le gand de sa maistresse à
son costé, et si bien enrichy. J'ay cogneu force gentilshommes qui,
premier que porter leurs bas de soye, prioient les dames et maistresses
de les essayer et les porter devant eux quelques huict ou dix jours, du
plus que du moins, et puis les portoient en très-grand vénération et
contentement d'esprit et de corps.
--J'ai cogneu un seigneur de par le monde, qui, estant sur la mer avec
une grande dame des plus belles du monde, qui, voyageant par son pays,
et d'autant que ses femmes estoient malades de la marette, et par ce
très-mal disposées pour la servir, le bonheur fut pour luy qu'il fallut
qu'il la couchast et levast; mais en la couchant et levant, la chaussant
et deschaussant, il en devint si amoureux qu'il s'en cuida desespérer,
encor qu'il luy fust proche: comme certes la tentation en est par trop
extresme, et il n'y a nul si mortifié qui ne s'en esmeust. Nous lisons
de Poppea Sabina, femme de Néron, qui estoit la plus favorite des
siennes, laquelle, outre qu'elle fut la plus profuse en toutes sortes de
superfluïtez, d'ornements, de parures, de pompes et de ses coustrements
d'habits, elle portoit des escarpins et pianelles toutes d'or. Cette
curiosité ne tendoit pas pour cacher sa jambe ny son pied à Néron, son
cocu de mary: luy seul n'en avoit pas tout le plaisir ny la veuë, il y
en avoit bien d'autres. Elle pouvoit bien avoir cette curiosité pour
elle, puisqu'elle faisoit ferrer les pieds de ses juments qui
traisnoient son coche de fers d'argent. M. Saint Jerosme reprend bien
fort une dame de son temps qui estoit trop curieuse de la beauté de sa
jambe, par ces propres mots: «Par la petite botine brunette, et bien
tirée et luisante, elle sert d'appeau aux jeunes gens, et d'amorces par
le son des bouclettes.» Pensez que c'estoit quelque façon de chaussure
qui couroit de ce temps-là, qui estoit par trop affetée, et peu séante
aux prudes femmes. La chaussure de ces botines est encore aujourd'huy en
usage parmy les dames de Turquie, et des plus grandes et plus chastes.
J'ay veu discourir et faire question quelle jambe estoit plus tentative
et attrayante, ou la nue ou la couverte et chaussée. Plusieurs croyent
qu'il n'y a que le naturel, mesme quand elle est bien faite au tour de
la perfection et selon la beauté que dit l'Espagnol que j'ay dit
cy-devant, et qu'elle est bien blanche, belle et bien polie, et monstrée
à propos dans un beau lict; car autrement, si une dame la vouloit
monstrer toute nue en marchant ou autrement, et des souliers aux pieds,
quand bien elle seroit la plus pompeusement habillée du monde, elle ne
seroit jamais trouvée bien décente ny belle; comme une qui seroit bien
chaussée d'une belle chaussure de soye de couleur ou de fillet blanc,
comme on fait à Fleurence pour porter l'esté, dont j'ay veu d'autresfois
nos dames en porter avant le grand usage que nous avons eu depuis des
chausses de soye; et après faudroit qu'elle fust tirée et tendue comme
la peau d'un tabourin, et puis attachée ou avec esguillettes ou
autrement, selon la volonté et l'humeur des dames: puis faut accompagner
le pied d'un bel escarpin blanc, et d'une mule de velours noir ou
d'autre couleur, ou bien d'un beau petit patin, tant bien fait que rien
plus, comme j'en ay veu porter à une très-grande dame de par le monde,
des mieux faits et plus mignonnement. En quoy faut adviser aussi la
beauté du pied; car s'il est par trop grand il n'est plus beau; s'il est
par trop petit, il donne mauvaise opinion et signifiance de sa dame,
d'autant qu'on dit _petit pied grand c.._, ce qui est un peu odieux:
mais il faut qu'il soit un peu mediocre, comme j'en ay veu plusieurs qui
en ont porté grandes tentations, et mesmes quand leurs dames le
faisoient sortir et paroistre à demy hors du cotillon, et le faisoient
remüer et fretiller par certains petits tours et remuements lascifs,
estant couverts d'un beau petit patin peu liégé, et d'un escarpin blanc,
pointu et point quarré par le devant, et le blanc est le plus beau. Mais
ces petits patins et escarpins sont pour les grandes et hautes femmes,
non pour les courtaudes et nabottes, qui ont leurs grands chevaux de
patins liégés de deux pieds: autant vaudroit voir remüer cela comme la
massue d'un géant ou la marotte d'un fou. D'une autre chose aussi se
doit bien garder la dame, de ne déguiser son sexe, et ne s'habiller en
garçon, soit pour une mascarade ou autre chose: car encor qu'elle eust
la plus belle jambe du monde, elle s'en monstre difforme, d'autant
qu'il faut que toutes choses ayent leur propriété et leur séance;
tellement qu'en dementant leur sexe, defigurent du tout leur beauté et
gentillesse naturelle. Voylà pourquoy il n'est bien-séant qu'une femme
se garçonne pour se faire monstrer plus belle, si ce n'est pour se
gentiment adoniser d'un beau bonnet avec la plume à la Guelfe ou
Gibeline attachée, ou bien au-devant du front, pour ne trancher ny de
l'un ny de l'autre, comme depuis peu de temps nos dames d'aujourd'huy
l'ont mis en vogue: mais pourtant à toutes il ne sied pas bien; il faut
en avoir le visage poupin et fait exprès, ainsi que l'on a vu à nostre
reyne de Navarre, qui s'en accommodoit si bien, qu'à voir le visage
seulement adonisé, on n'eust sceu juger de quel sexe elle tranchoit, ou
d'un beau jeune enfant, ou d'une très-belle dame qu'elle estoit.
Dont il me souvient qu'une de par le monde que j'ay cogneue qui, la
voulant imiter sur l'age de vingt-cinq ans, et de par trop haute et
grande taille, hommasse et nouvellement venuë à la Cour, pensant faire
de la galante, comparut un jour en la salle du bal, et ne fut sans estre
fort regardée et assez brocardée, jusques au Roy qui en donna aussi-tost
sa sentence, car il disoit des mieux de son royaume, et dit qu'elle
ressembloit fort bien une batteleuse, ou, pour dire plus proprement, de
ces femmes en peinture que l'on porte de Flandres, et que l'on met
au-devant des cheminées d'hostellerie et cabarets avec des fleustes
d'Allemant au bec; si bien qu'il luy fit dire, si elle comparessoit plus
en cet habit et contenance, qu'il luy feroit signifier de porter sa
fleuste pour donner l'aubade et récréation à la noble compagnie. Telle
guerre lui fit-il, autant pour ce que cette coiffure lui séoit mal, que
pour haine qu'il portoit à son mary. Voilà pourquoy tels déguisements ne
siezent bien à toutes dames; car quand bien cette reyne de Navarre, qui
est la plus belle du monde, se fust voulu autrement déguiser de son
bonnet, elle n'eust jamais comparu si belle comme elle est, et n'eust
peu: aussi, qu'auroit-elle sceu prendre forme plus belle que la sienne,
car de plus belle n'en pouvoit-elle prendre n'y emprunter de tout le
monde? Et si elle eust voulu monstrer sa jambe, que j'ay ouy dire à
aucunes de ses femmes, et la peindre pour la plus belle et mieux faite
du monde, autrement qu'en son naturel, ou bien estant chaussée
proprement sous ses beaux habits, on ne l'eust jamais trouvée si belle.
Ainsi faut-il que les belles dames comparoissent et fassent monstre de
leurs beautez.
--J'ay lu dans un livre espagnol, intitulé _el Viage del Principe_[70],
qui fut celui que le roy d'Espagne fit en ses Pays-Bas du temps de
l'empereur Charles son père, entr'autres beaux recueils qu'il receut
parmi ses riches et opulentes villes, ce fut de la reyne d'Hongrie en sa
belle ville de Bains, dont le proverbe dit: _Mas brava que las fiestas
de Bains_[71]. Entre autres magnificences fut que, durant le siége d'un
chasteau qui fut battu en feinte, et assiégé en forme de place de guerre
(je le descris ailleurs), elle fit un jour un festin, sur tous autres, à
l'Empereur son bon frère, à la reyne Eleonor sa soeur, au Roy son
nepveu, et à tous les seigneurs, chevaliers et dames de la Cour. Sur la
fin du festin comparut une dame, accompagnée de six nymphes Oréades,
vestues à l'antique, à la nymphale et mode de la vierge chasseresse,
toutes vestues d'une toille d'argent et vert, et un croissant au front,
tout couvert de diamants, qu'ils sembloient imiter la lueur de la lune,
portant chacune son arc et ses flèches en la main, et leurs carquois
fort riches au costé, leurs botines de mesme toille d'argent, tant bien
tirées que rien plus. Et ainsi entrèrent en la salle, menans leurs
chiens après elles, et présentèrent à l'Empereur, et luy mirent sur sa
table toute sorte de venaison en paste, qu'elles avoient prise en leur
chasse. Et, après, vint Palès, la déesse des pasteurs, avec six nymphes
Napées, vestues toutes de blanc de toille d'argent, avec les garnitures
de mesme en la teste, toutes couvertes de perles; et avoient aussi des
chausses de pareille toille avec l'escarpin blanc, qui portèrent de
toute sorte de laitage, et le posèrent devant l'Empereur. Puis, pour la
troisième bande, vint la déesse Pomona, avec ses nymphes Nayades, qui
portèrent le dernier service du fruict. Cette déesse estoit la fille de
donna Béatrix Pacheco, comtesse d'Autremont, dame d'honneur de la reyne
Eleonor, laquelle pouvoit avoir alors que neuf ans. C'est celle qui est
aujourd'huy madame l'admirale de Chastillon, que M. l'admiral espousa en
secondes nopces; laquelle fille et déesse apporta, avec ses compagnes,
toutes sortes de fruicts qui se pouvoient alors trouver, car c'estoit en
esté, des plus beaux et plus exquis, et les présenta à l'Empereur avec
une harangue si éloquente, si belle, et prononcée de si bonne grace,
qu'elle s'en fit fort aimer et admirer de l'Empereur et de toute
l'assemblée, veu son jeune age, que dès lors on présagea qu'elle seroit
ce qu'elle est aujourd'huy, une belle, sage, honneste, vertueuse, habile
et spirituelle dame. Elle estoit pareillement habillée à la nymphale
comme les autres, vestue de toilles d'argent et blanc, chaussée de
mesme, et garnie à la teste de force pierreries; mais c'estoient toutes
esmeraudes, pour représenter en partie la couleur du fruict qu'elles
apportoient; et outre le présent du fruict, elle en fit un à l'Empereur
et au roy d'Espagne d'un rameau de victoire tout esmaillé de verd, les
branches toutes chargées de grosses perles et pierreries, ce qui estoit
fort riche à voir et inestimable; à la reyne Eleonor un esvantail, avec
un mirouer dedans, tout garni de pierreries de grande valeur. Certes
cette princesse et reyne d'Hongrie monstroit bien qu'elle estoit une
honneste dame en tout, et qu'elle savoit son entregent aussi bien que le
mestier de la guerre; et à ce que j'ay ouy dire, l'Empereur son frère
avoit un grand contentement et soulagement d'avoir une si honneste
soeur et digne de luy. Or, l'on me pourroit objecter pourquoy j'ay
fait cette disgression en forme de discours. C'est pour dire que toutes
ces filles, qui avoient joué ces personnages avoient esté choisies et
prises pour les plus belles d'entre toutes celles des reynes de France
et de Hongrie et madame de Lorraine, qui estoient françoises,
italiennes, flamandes, allemandes et lorraines; parmy lesquelles n'y
avoit faute de beauté; et Dieu sait si la reyne d'Hongrie avoit esté
curieuse d'en choisir de plus belles et de meilleure grace. Madame de
Fontaine-Chalandry, qui est encore en vie, en sauroit bien que dire, qui
estoit lors fille de la reyne Eleonor, et des plus belles: on l'appeloit
aussi la belle Torcy, qui m'en a bien conté. Tant il y a que je tiens
d'elle et d'ailleurs, que les seigneurs, gentilshommes et cavaliers de
cette cour, s'amusèrent à regarder et contempler les belles jambes,
greves et beaux petits pieds de ces dames; car, vestues ainsi à la
nymphale, elles estoient courtement habillées et en pouvoient faire une
très belle monstre, plus que de leurs beaux visages qu'ils pouvoient
voir tous les jours, mais non leurs belles jambes; dont aucuns en
vindrent plus amoureux par la veuë et monstre d'icelles belles jambes,
que non pas de leurs belles faces; d'autant qu'au dessus des belles
colonnes, coustumièrement il y a de belles corniches de frize, de beaux
architraves, riches chapiteaux, bien polis et entaillés. Si faut-il que
je fasse encor cette digression et que j'en fasse ma fantaisie, puisque
nous sommes sur les feintes et représentations. Quasi en mesme temps que
ces belles festes se faisoient es Pays-Bas, et surtout à Bains, sur la
réception du roy d'Espagne, se fit l'entrée du roy Henry, tournant de
visiter son pays de Piedmond et ses garnisons à Lyon, qui certes fut des
belles et plus triomphantes, ainsi que j'ay ouy dire à d'honnestes dames
et gentilshommes de la Cour qui y estoient. Or, si cette feinte et
représentation de Diane et de sa chasse fut trouvée belle en ce royal
festin de la reyne d'Hongrie, il s'en fit une à Lyon, qui fut bien autre
et mieux imitée; car, ainsi que le Roy marchoit, venant à rencontrer un
grand obélisque à l'antique, à costé de la main droite, il rencontra de
mesme un préau ceint, sur le grand chemin, d'une muraille de quelque peu
plus de six pieds de hauteur, et ledit préau aussi haut de terre, lequel
avoit esté distinctement remply d'arbres de moyenne fustaye,
entreplantez de taillis espais et à force de touffes d'autres petits
arbrisseaux, avec aussi force arbres fruitiers. Et en cette petite
forest s'esbattoient force petits cerfs tous en vie, biches, chevreuils,
toutefois privez. Et lors Sa Majesté entrouyt aucuns cornets et trompes
sonner, et tout aussitost apperceut venir, au travers ladite forest,
Diane chassant avec ses compagnes et vierges forestières, elle tenant à
la main un riche arc turquois, avec sa trousse pendant au costé,
accoutrée en atours de nymphe, à la mode que l'antiquité nous la
représente encore; son corps estoit vestu avec un demy bas à six grands
lambeaux ronds de toile d'or noire, semée d'estoiles d'argent, les
manches et le demeurant de satin cramoisy, avec profilure d'or, troussée
jusques à demy jambe, decouvrant sa belle jambe et greve, et ses botines
à l'antique de satin cramoisy, couvertes de perles en broderie: ses
cheveux estoient entrelacés de gros cordons de riches perles, avec
quantité de pierreries et joyaux de grand valeur; et au dessus du front
un petit croissant d'argent, brillant de menus petits diamants; car d'or
ne fust esté si beau ny si bien représentant le croissant naturel, qui
est clair et argentin.
Ses compagnes estoient accoutrées de diverses façons d'habits et de
taffetas rayez d'or, tant plein que vuide, le tout à l'antique, et de
plusieurs autres couleurs à l'antique, entremeslées tant pour la
bizarreté que pour la gayté; les chausses et botines de satin; leurs
testes adornées de mesme à la nymphale, avec force perles et
pierreries. Aucunes conduisoient des limiers et petits levriers,
espaigneuls et autres chiens, en laisse avec des cordons de soye blanche
et noire, couleurs du Roy pour l'amour d'une dame du nom de Diane qu'il
aimoit: les autres accompagnoient et faisoient courre les chiens
courants qui faisoient grand bruit. Les autres portoient de petits dards
de bresil, le fer doré avec de petites et gentilles houppes pendantes,
de soye blanche et noire, les cornets et trompes mornées d'or et
d'argent pendantes en escharpes à cordons de fil d'argent et soye noire.
Et ainsi qu'elles apperceurent le Roy, un lion sortit du bois, qui
estoit privé et fait de longue main à cela, qui se vint jetter aux pieds
de la dite déesse, lui faisant feste; laquelle, le voyant ainsi doux et
privé, le prit avec un gros cordon d'argent et de soye noire, et sur
l'heure le présenta au Roy; et s'approchant avec le lion jusque sur le
bord du mur du préau joignant le chemin, et à un pas près de Sa Majesté,
lui offrit ce lion par un dixain en rime, tel qu'il se faisoit de ce
temps, mais non pourtant trop mal limée et sonnante; et par icelle rime,
qu'elle prononça de fort bonne grace, sous ce lion doux et gracieux luy
offroit sa ville de Lyon, toute douce, gracieuse, et humiliée à ses loix
et commandements. Cela dit et fait de fort bonne grace, Diane et toutes
ses compagnes lui firent une humble révérence, qui, les ayant toutes
regardées et saluées de bon oeil, monstrant qu'il avoit très-agréable
leur chasse, et les en remerciant de bon coeur, se partit d'elles et
suivit son chemin de son entrée. Or notez que cette Diane et toutes ses
belles compagnes estoient les plus apparentes et belles femmes mariées,
veufves et filles de Lyon, où il n'y en a point de faute, qui joüerent
leurs mystères si bien et de si bonne sorte, que la pluspart des
princes, seigneurs, gentilhommes et courtisans, en demeurèrent fort
ravis. Je vous laisse à penser s'ils en avoient raison. Madame de
Valentinois, dite Diane de Poictiers, que le Roy servoit, au nom de
laquelle cette chasse se faisoit, n'en fut pas moins contente, et en
aima toute sa vie fort la ville de Lyon; aussi estoit-elle leur voisine,
à cause de la duché de Valentinois qui en est fort proche. Or, puis que
nous sommes sur le plaisir qu'il y a de voir une belle jambe, il faut
croire, comme j'ay ouy dire, que non le Roy seulement, mais tous ces
gallants de la Cour, prirent un beau et merveilleux plaisir à contempler
et mirer celles de ces belles nymphes si folastrement accoutrées et
retroussées, qu'elles en donnoient autant ou plus de tentation pour
monter au second estage, que d'admiration et de sujet à loüer une si
gentille invention.