differer des Turcs, ne prennent plaiser d'arregarder le cas des dames,
d'autant, disent-ils, comme je viens de dire, qu'ils n'ont nulle forme:
nos Chrestiens au contraire qui en ont, disent-ils, de grands
contentements à les contempler fort et se délecter en telles visions, et
non-seulement se plaisent à les voir, mais à les baiser, comme beaucoup
de dames l'ont dit et descouvert à leurs amants, ainsi que dit une dame
espagnole à son serviteur, qui, la saluant un jour, luy dit: _Bezo las
manos y los pies, senora_[67]; elle luy dit: _Senor, en el medio esta la
mejor station_[68]. Comme voulant dire qu'il pouvoit baiser le mitant
aussi-bien que les pieds et mains. Et, pour ce, disent aucunes dames que
leurs marys et serviteurs y prennent quelque délicatesse et plaisir, et
en ardent davantage: ainsi que j'ay ouy dire d'un très-grand prince,
fils d'un grand roy de par le monde, qui avoit pour maistresse une
très-grande princesse. Jamais il ne la touchoit qu'il ne luy vist cela
et ne le baisast plusieurs fois. Et la première fois qu'il le fit, ce
fut par la persuasion d'une très-grande dame, favorite du roy; laquelle,
tous trois un jour estants ensemble, ainsi que ce prince muguettoit sa
dame, luy demanda s'il n'avoit jamais veu cette belle partie dont il
jouissoit. Il respondit que non: «Vous n'avez donc rien fait, dit-elle,
et ne sçavez ce que vous aimez; vostre plaisir est imparfait, il faut
que vous le voyiés.» Par-quoy, ainsi qu'il s'en vouloit essayer et
qu'elle en faisoit de la revesche, l'autre vint par derrière, et la prit
et renversa sur un lict, et la tint tousjours jusques à ce que le
prince l'eust contemplée à son aise et baisée son saoul, tant qu'il le
trouvoit beau et gentil; et pour ce, continua tousjours.
D'autres y a-t-il qui ont leurs cuisses si mal proportionnées, mal
advenantes et si mal faites en olive, qu'elles ne méritent d'estre
regardées et désirées, comme de leurs jambes, qui en sont de même, dont
aucunes sont si grosses qu'on en diroit le gras estre le ventre d'une
conille qui est pleine.
D'autres les ont si gresles et menues, et si heronnières, qu'on les
prendroit plustost pour des fleutes que pour cuisses et jambes; je vous
laisse à penser que peut estre le reste.
Elles ne ressemblent pas une belle et honneste dame dont j'ay ouy
parler, laquelle estant en bon point; et non trop en extrémité (car en
toutes choses il faut un _medium_), après avoir donné à coucher à son
amy, elle lui demanda le lendemain au matin comment il s'en trouvoit. Il
luy respondit que très-bien, et que sa bonne et grasse chair luy avoit
fait grand bien. «Pour le moins, dit-elle, avez-vous couru la poste sans
emprunter de coissinet.»
D'autres dames y a-t-il qui ont tant d'autres vices cachés, ainsi que
j'en ay ouy parler d'une qui estoit dame de réputation, qui faisoit ses
affaires fécales par le devant; et de ce j'en demanday la raison à un
médecin suffisant, qui me dit parce qu'elle avoit esté percée trop jeune
et d'un homme trop fourny et robuste; dont ce fut grand dommage, car
c'estoit une très-belle femme et veufve, qu'un honneste gentilhomme que
je sçay la vouloit espouser; mais, en sachant tel vice, la quita
soudain, et un autre après la prit aussi-tost.
--J'ay ouy parler d'un gallant gentilhomme qui avoit une des belles
femmes de la Cour et n'en faisoit cas. Un autre, n'estant si scrupuleux
que luy, habitant avec elle, trouva que son cas puoit si fort qu'on ne
pouvoit endurer cette senteur, et, par ainsi, cogneut l'encloüeure du
mary.
J'ay ouy parler d'une autre, laquelle estant l'une des filles d'une
grande princesse, qui petoit de son devant: des médecins m'ont dit que
cela se pouvoit faire à cause des vents et ventositez qui peuvent sortir
par-là, et mesmes quand elles font la fricarelle.
Cette fille estoit avec cette princesse lorsqu'elle vint à Moulins, la
Cour y estant, du temps du roy Charles neuviesme, qui en fut abreuvé,
dont on en rioit bien.
D'autres y en a-t-il qui ne peuvent tenir leur urine, qu'il faut
qu'elles ayent toujours la petite esponge entre les jambes, comme j'en
ay cogneu deux grandes, et plus que dames, dont l'une estant fille, fit
l'évasion tout à trac dans la salle du bal, du temps du roy Charles
neuviesme, dont fut fort scandalisée.
D'une autre grande dame ay-je ouy parler, que quand on lui faisoit cela,
elle se compissoit à bon escient, ou sur le fait, ou après, comme une
jument quand elle a esté saillie: à elle falloit-il jetter le seillaud
d'eau comme à la jument, pour la faire retenir.
Tant d'autres y a-t-il qui sont ordinairement en sang et leurs mois, et
autres qui sont viciées, tarottées, marquetées et marquées, tant par
accident de vérolle de leurs marys ou de leurs amys, que par leurs
mauvaises habitudes et humeurs; comme celles qui ont les jambes
louventines et autres fluxions et marques, que par les envies de leurs
mères estant enceintes d'elles, portent sur elles, comme j'en ay ouy
parler d'une qui est toute rouge par une moitié du corps, et l'autre
non, comme un eschevin de ville.
D'autres sont si sujettes à leurs flux menstruaux, que quasi
ordinairement leur nature flue comme un mouton à qui on a coupé la gorge
de frais; dont leurs marys ou amants ne s'en contentent guieres, pour
l'assiduë fréquentation que Vénus ordonne et desire en ces jeux: car, si
elles sont saines et nettes une semaine du mois, c'est tout, et leur
font perdre le reste de l'année: si que des douze mois ils n'en ont cinq
ou six francs, voire moins; c'est beaucoup, à la mode de nos soldats
desbandez, auxquels à la monstre les commissaires et trésoriers font
perdre, de douze mois de l'an, plus de quatre, en leur faisant monter
les mois jusques à quarante et cinquante jours, si que les douze mois de
l'an ne leur reviennent pas à huit. Ainsi s'en trouvent les marys et
amants qui telles femmes ont et se servent, si ce n'est que, du tout,
pour assoupir leur paillardise, se veulent souiller vilainement sans
aucun respect d'impudicité; et leurs enfants qui en sortent s'en
trouvent mal et s'en ressentent.
Si j'en voulois raconter d'autres, je n'aurois jamais fait, et aussi que
les discours en seroient trop sallauds et déplaisants: et ce que j'en
dis et dirois ce ne seroit des femmes petites et communes, mais des
grandes et moyennes dames qui de leurs visages beaux font mourir le
monde, et point le couvert.
Si feray-je encore ce petit conte, qui est plaisant, d'un gentilhomme
qu'il me fit, qui est qu'en couchant avec une fort belle dame, et
d'estoffe, en faisant sa besogne il luy trouva en cette partie quelques
poils si piquants et si aigus, qu'avec toutes les incommodités il la put
achever, tant cela le piquoit et le fiçonnoit. Enfin, ayant fait, il
voulut taster avec la main: il trouva qu'alentour de sa motte il y avoit
une demi-douzaine de certains fils garnis de ces poils si aigus, longs,
roides et piquants, qu'ils en eussent servy aux cordonniers à faire des
rivets comme de ceux de pourceaux, et les voulut voir; ce que la dame
luy permit avec grande difficulté; et trouva que tels fils entournoient
la pièce ny plus ny moins que vous voyez une médaille entournée de
quelques diamants et rubis, pour servir et mettre en enseigne en un
chapeau ou au bonnet.
--Il n'y a pas long-temps qu'en une certaine contrée de Guyenne, une
damoiselle mariée, de fort bon lieu et bonne part, ainsi qu'elle
advisoit estudier ses enfants, leur précepteur, par une certaine manie
et frénésie, ou possible pour rage d'amour qui luy vint soudain, il prit
une espée qui estoit de son mary sur le lict, et luy en donna si bien,
qu'il luy perça les deux cuisses et les deux labies de sa nature de part
en part, dont depuis elle en cuida mourir, sans le secours d'un bon
chirurgien. Son cas pouvoit bien dire qu'il avoit esté en deux diverses
guerres et attaqué fort diversement. Je crois que la veuë après n'en
estoit guères plaisante, pour estre ainsi balafré et ses aisles ainsi
brisées: je les dis aisles, par ce que les Grecs appellent ces labies
_hymenoea_; les Latins les nomment _aloe_, et les François, labies,
lèvres, landrons, landilles et autres mots: mais je trouve qu'à bon
droit les Latins les appellent aisles; car il n'y a ny animal ny oiseau,
soit-il faucon, niais ou sor, comme celuy de nos fillaudes, soit-il de
passage, ou hagard ou bien dressé, de nos femmes mariées ou veufves, qui
aille mieux ny ait l'aisle si viste.
Je le puis appeler aussi animal avec Rabelais, d'autant qu'il s'esmeut
de soy-mesme; et, soit à le toucher ou à le voir, on le sent et le void
s'esmouvoir et remuer de luy-mesme, quand il est en appetit.
D'autres, de peur de rhumes et catheres, se couvrent dans le lict de
couvre-chefs alentour de la teste, par Dieu, plus que sorcières: au
partir de-là, bien habillées, elles sont saffrettes comme poupines, et
d'autres fardées et peintrées comme images, belles au jour, et la nuict
dépeintes et très-laides.
Il faudroit visiter telles dames avant les aimer, espouser et en jouir,
ainsi que faisoit Octave César avec ses amis, qui faisoit despouiller
aucunes grandes dames et matrosnes romaines, voire des vierges mûres
d'aage, et les visitoit d'un bout à l'autre, comme si ce fussent
esclaves et serves vendues par un certain maquignon nommé Torane; et
selon qu'il les trouvoit à son gré et son point, ny tarées, il en
joüissoit.
De mesme en font les Turcs en leur bazestan de Constantinople et autres
grandes villes, quand ils achettent des esclaves de l'un et de l'autre
sexe.
Or je n'en parleray plus, encore pensé-je en avoir trop dit; et voilà
comment nous sommes bien trompez en beaucoup de veuës que nous pensons
et croyons très-belles. Mais, si nous y sommes bien autant édifiés et
satisfaits en d'aucunes autres, lesquelles sont si belles, si nettes,
propres, fraisches, caillées, si aimables et si en bon point, bref, si
accomplies en toutes parties du corps, qu'après elles toutes veuës
mondaines sont chétives et vaines; dont il y a des hommes qui, en telles
contemplations, s'y perdent tellement, qu'ils ne songent qu'aux actions:
aussi, bien souvent telles dames se plaisent à se monstrer sans nulle
difficulté, pour ne se sentir taschées d'aucunes macules, pour nous
faire plus entrer en tentation et concupiscence.
Nous estans un jour au siége de La Rochelle, le pauvre feu M. de Guise,
qui me faisoit l'honneur de m'aimer, s'en vint me monstrer des tablettes
qu'il venoit de prendre à Monsieur, frère du Roy, nostre général, dans
la poche de ses chausses, et me dit: «Monsieur me vient de faire un
desplaisir et la guerre pour l'amour d'une dame; mais je veux avoir ma
revanche; voyez ce que j'y ai mis dedans et lisez.» Me donnant les
tablettes, je vis escrits de sa main ces quatre vers qu'il venoit de
faire, mais le mot de f...... y estoit tout à trac.
Si vous ne m'avez coguue
Il n'a pas tenu à moy;
Car vous m'avez bien veu nue,
Et vous ay monstré de quoy.
Puis, me nommant la dame, ou pour mieux dire fille, de laquelle je me
doutois pourtant, je lui dis que je m'estonnois fort qu'il ne l'eust
touchée et cogneue, d'autant que les approches en avoient esté grandes,
et que le bruit en estoit par trop commun; mais il m'asseura que non, et
que ce n'avoit esté que sa faute. Je luy replicquay: «Il falloit donc,
Monsieur, ou qu'alors il fust si las et recreu d'ailleurs, qu'il n'y
pust fournir, ou qu'il fust si ravi en la contemplation de cette beauté
nue, qu'il ne se souciast de l'action!--Possible, me respondit ce
prince, qu'il se pourroit faire; mais tant y a que ce coup il y faillit,
et je luy en fais la guerre, et je luy vais remettre ces tablettes dans
sa poche, qu'il visitera selon sa coustume, et y lira ce qu'il y faut;
et, amprès, me voilà vengé.» Ce qu'il fit, et ne fut amprès sans en rire
tous deux à bon escient, et s'en faire la guerre plaisamment; car, pour
lors, c'estoit une très-grande amitié et privauté entr'eux deux, bien
depuis estrangement changée.
--Une dame de par le monde, ou plustost fille, estant fort aimée et
privée d'une très-grande princesse, estoit dans le lict se
rafraischissant, comme estoit la coutume: vint un gentilhomme la voir,
qui pour elle brusloit d'amour; mais il n'en avoit autre chose. Cette
dame fille estant ainsi aimée et privée de sa maistresse, s'approchant
d'elle tout bellement, sans faire semblant de rien, tout-à-coup vint à
tirer toute la couverture de dessus elle, si bien que le gentilhomme,
point paresseux de ses yeux aucunement, les jetta aussi-tost, dessus qui
vid, à ce que depuis il m'a fait le conte, la plus belle chose qu'il vid
ny qu'il verra jamais, qui estoit ce beau corps nud, et ses belles
parties, et cette blanche, jolie et belle charnure, qu'il pensa voir les
beautez du paradis. Mais cela ne dura guieres; car, tout aussi-tost la
couverture fut tournée prendre par la dame, la fille en estant partie de
là, et de bonheur. Cette belle dame, tant plus elle se remuoit à
reprendre la couverture, tant plus elle se faisoit paroistre; ce qui
n'endommageoit nullement la veuë et le plaisir du gentilhomme, qui
autrement ne s'empeschoit à la recouvrir, bien sot fust esté: pourtant,
tellement quellement, elle recouvra sa couverture, se remit, en se
courouçant assez doucement contre la fille, et luy disant qu'elle le
payeroit. La demoiselle luy dit, qui estoit un petit à l'escart:
«Madame, vous m'en aviez fait une; pardonnez-moy si je vous l'ay
rendue;» et, passant la porte, s'en alla. Mais l'accord fut fait
aussi-tost.
Cependant le gentilhomme se trouva si bien de telle veuë, et en telle
extase de plaisir et contentement, que je luy ay ouy dire cent fois
qu'il n'en vouloit d'autre en sa vie, que de vivre au songer de cette
ordinaire contemplation; et certes il avoit raison: car, selon la
monstre de son beau visage, le non-pareil, et sa belle gorge, dont elle
a tant repeu le monde, pouvoit assez monstrer que dessous il y avoit de
caché de plus exquis; et me disoit qu'entre telles beautez, c'estoit la
dame la mieux flanquée et le plus haut qu'il eust jamais veue: ainsi le
pouvoit-elle estre, car elle estoit de très-riche taille; mesme entre
les beautez il faut qu'elle le soit, ny plus ny moins qu'une forteresse
de frontière.
Amprès que ce gentilhomme m'eut tout conté, je ne lui peus que dire:
«Vivez donc, vivez, mon grand amy, avec cette contemplation divine et
cette beatitude que jamais ne puissiez-vous mourir; et moy au moins,
avant mourir, puisse-je avoir une telle veuë!»
Ledit gentilhomme en eut pour jamais cette obligation à la demoiselle,
et tousjours depuis l'honora et l'aima de tout son coeur. Aussy luy
estoit-il serviteur fort; mais il ne l'espousa, car un autre plus riche
que luy la luy embla, ainsi qu'est la coustume à toutes de courir aux
biens.
Telles veuës sont belles et agréables; mais il se faut donner garde
qu'elles ne nuisent, comme celle de la belle Diane nuë au pauvre Actéon,
ou bien une que je vais dire.
--Un Roy de par le monde aima fort en son temps une bien belle, honneste
et grand dame veufve, si bien qu'on l'en tenoit charmé; car peu il se
soucioit des autres, voire de sa femme, si non que par intervalles, car
cette dame emportoit tousjours les plus belles fleurs de son jardin; ce
qui faschoit fort à la Reyne, car elle se sentoit aussi belle et
agréable que serviable, et digne d'avoir d'aussi friands morceaux, dont
elle s'en esbahissoit fort; de quoy en ayant fait sa complainte à une
sienne grand'dame favorite, elle complotta avec elle d'aviser s'il y
avoit tant de quoy, mesmes espier par un trou le jeu que joüeroient son
mary et la dame. Par quoy elle advisa de faire plusieurs trous au-dessus
de la chambre de ladite dame, pour voir le tout et la vie qu'ils
demeneroient tous deux ensemble: dont se mirent à tel spectacle; mais
ils n'y virent rien que très-beau, car elles y apperceurent une femme
très-belle, blanche, délicate et très-fraische, moitié en chemise et
moitié nue, faire des caresses à son amant, des mignardises, des
folastreries bien grandes, et son amant lui rendre la pareille, de sorte
qu'ils sortoient du lict, et tout en chemise se couchoient et
s'esbattoient sur le tapis velu qui estoit auprès du lict, affin
d'éviter la chaleur du lict, et pour mieux en prendre le frais; car
c'estoit aux plus grandes chaleurs.
Ainsi que j'ay cogneu aussi un très-grand prince, qui prenoit de mesme
son déduit avec sa femme, qui estoit la plus belle femme du monde, affin
d'éviter le chaud que produisoient les grandes chaleurs de l'esté, ainsi
que luy-mesme disoit.
Cette princesse donc, ayant veu et apperceu le tout, de dépit s'en mit à
plorer, gémir, souspirer et attrister, luy semblant, et aussi le disant,
que son mary ne luy rendoit le semblable, et ne faisoit les folies
qu'elle luy avoit veu faire avec l'autre.
L'autre dame qui l'accompagnoit se mit à la consoler et luy remonstrer
pourquoy elle s'attristoit ainsi, ou bien, puisqu'elle avoit esté si
curieuse de voir telles choses, quil n'en falloit pas espérer de moins.
La princesse ne respondit autre chose, si non: «Hélas, ouy! j'ay voulu
voir chose que je ne devois avoir voulu voir, puisque la veuë m'en fait
mal.»
Toutesfois, après s'estre consolée et résolue, elle ne s'en soucia plus,
et le plus qu'elle put, continua ce passe-temps de veuë, et le convertit
en risée, et possible en autre chose.
--J'ay ouy parler d'une grande dame de par le monde, mais grandissime,
qui, ne se contentant de la lascivité naturelle, car elle estoit grand
putain, et mariée et veufve, aussi estoit-elle fort belle: pour se
provoquer et exciter davantage, elle faisoit despouiller ses dames et
filles, je dis les plus belles, et se délicatoit fort à les voir; et
puis elle les battoit du plat de la main sur les fesses avec de grandes
claquades et plamussades assez rudes, et les filles qui avoient délinqué
quelque chose, avec de bonnes verges; et alors son contentement estoit
de les voir remüer et faire les mouvements et tordions de leur corps et
fesses, lesquelles, selon les coups qu'elles recevoient, en monstroient
de bien estranges et plaisantes.
Aucunes fois, sans les despouiller, les faisoit trousser en robbe (car
pour lors elles ne portoient pas de calsons), et les claquetoit et
foüettoit sur les fesses, selon le sujet qu'elles luy donnoient, ou pour
les faire rire, ou pour plorer: et, sur ces visions et contemplations, y
aiguisoit si bien ses appetis, qu'après elle les alloit passer bien
souvent à bon escient avec quelque gallant homme bien fort et robuste.
Quelle humeur de femme! Si bien qu'on dit qu'ayant une fois veu par la
fenestre de sont chasteau, qui visoit sur la rue, un grand cordonnier,
estrangement proportionné, pisser contre la muraille dudit chasteau,
elle eut envie d'une si belle et grande proportion; et de peur de
gaster son fruit pour son envie, elle luy manda par un page de la venir
trouver en une allée secrète de son parc, où elle s'estoit retirée, et
là elle se prostitua à luy en telle façon qu'elle en engrossa. Voilà ce
que servit la veuë à cette dame.
Et de plus, j'ay ouy dire qu'outre ses femmes et filles ordinaires qui
estoient à sa suite, les estrangeres qui la venoient voir, dans les deux
ou trois jours, ou toutes les fois qu'elles y venoient, elle les
apprivoisoit aussi-tost à ce jeu, faisant monstrer aux siennes
premierement le chemin, et aller devant elles, et les autres après; si
bien qu'elles estoient estonnées de ce jeu les unes, et les autres non.
Vrayment, voilà un plaisant exercice!
--J'ay ouy parler d'un grand aussi qui prenoit plaisir de voir ainsi sa
femme nue ou habillée, et la fouetter de claquades, et la voir manier de
son corps.
--J'ay ouy dire à une honneste dame qu'estant fille sa mère la fouettoit
tous les jours deux fois, non pour avoir forfait, mais parce qu'elle
pensoit qu'elle prenoit plaisir à la voir ainsi remuer les fesses et le
corps, pour autant d'en prendre d'appetit ailleurs: et tant plus elle
alla sur l'age de quatorze ans, elle persista et s'y acharna de telle
façon, qu'à mode qu'elle l'accostoit elle la contemploit encore plus.
--J'ay bien ouy dire pis d'un grand seigneur et prince, il y a plus de
quatre-vingts ans, qu'avant qu'aller habiter avec sa femme se faisoit
fouetter, ne pouvant s'esmouvoir ny relever sa nature baissante sans ce
sot remede. Je desirerois volontiers qu'un médecin excellent m'en dist
la raison.
Ce grand personnage, Picus Mirandula, raconte avoir veu un certain
gallant en son temps, qui, d'autant plus qu'on l'estrilloit à grandes
sanglades d'estrivieres, c'estoit lors qu'il estoit le plus enragé après
les femmes; et n'estoit jamais si vaillant après elles s'il n'estoit
ainsi estrillé: après il faisoit rage. Voilà de terribles humeurs de
personnes!
Encore celle de la veuë des autres est plus agréable que la derniere.
--Moy estant à Milan, un jour on me fit un conte de bonne part, que feu
M. le marquis de Pescaire, dernier mort, vice-roy en Sicile, vint
grandement amoureux d'une fort belle dame; si-bien qu'un matin, pensant
que son mary fust allé dehors, l'alla visiter qu'il la trouva encores au
lict; et, en devisant avec elle, n'en obtint rien que la voir et la
contempler à son aise sous le linge, et la toucher de la main.
Sur ces entrefaites survint le mary, qui n'estoit du calibre du marquis
en rien, et les surprit de telle sorte, que le marquis n'eut loisir de
retirer son gand, qui s'estoit perdu, je ne sçai comment, parmy les
draps, comme il arrive souvent. Puis, luy ayant dit quelques mots, il
sortit de la chambre, conduit pourtant du gentilhomme, qui amprès estre
retourné, par cas fortuit trouva le gand du marquis perdu dans les
draps, dont la dame ne s'en estoit pas apperceue. Il le prit et le
serra, et puis faisant la mine froide à sa femme, demeura long-temps
sans coucher avec elle, ny la toucher: parquoy un jour elle seule dans
sa chambre, mettant la main à la plume, se mit à faire ce quatrain:
_Vigna era, vigna son._
_Era podata, or più non son;_
_E son sò per qual cagion_
_Non mi poda il mio patron._
Et puis laissant ce quatrain escrit sur la table, le mary vint, qui vid
ces vers sur la table, prend la plume et fait response:
_Vigna eri, vigna sei,_
_Eri podata, e più non sei,_
_Per la granfa del leon,_
_Non ti poda il tuo patron._
Et puis les laissa aussi sur la table. Le tout fut appporté au marquis,
qui fit response:
_A la vigna che voi dicete_
_Io fui, e qui restete;_
_Alzai il pamparo, guardas la vite;_
_Mà non toccai, si Dio m' ajute._
Cela fut rapporté au mary, qui, se contentant d'une si honorable réponse
et juste satisfaction, reprit sa vigne et la cultiva aussi-bien que
devant; et jamais mary et femme ne furent mieux.
Je m'en vais les traduire en françois, afin que chacun l'entende.
Je suis esté une belle vigne et le suis encore,
Je suis esté d'autrefois très-bien cultivée;
Ast heure je ne le suis point; et si ne sçay
Pourquoi mon patron ne me cultive plus.
_Response._
Ouy, vous avez esté vigne telle, et l'estes encore
Et d'autrefois bien cultivée, ast heure plus;
Pour l'amour de la griffe du lyon,
Vostre mary ne vous cultive plus.
_Response du marquis._
A la vigne que vous autres dites
Je suis esté certes, et y restay un peu;
J'en haussay le pampre et en regardai la vis et le reasin.
Mais Dieu ne me puisse aider si jamais j'y ay touché!
Par cette griffe de lion il veut dire le gand qu'il avoit trouvé esgare
entre les linceuls. Voylà encor un bon mary qui ne sombragea pas trop,
et se despouillant de soubçon, pardonna ainsi à sa femme: et certes il y
a des dames, lesquelles se plaisent tant en elles-mesmes, qu'elles se
contemplent et se regardent nues, de sorte qu'elles se ravissent se
voyans si belles, comme Narcissus. Que pouvons-nous donc faire les
voyant et arregardant?
--Marianne, femme d'Hérode, belle et honneste femme, son mary voulant un
jour coucher avec elle en plein midy et voir à plein ce qu'elle portoit,
lui refusa à plat, ce dit Josephe. Il n'usa pas de puissance de mary,
comme un grand seigneur que j'ay cogneu, à l'endroit de sa femme, qui
estoit des belles, qu'il assaillit ainsi en plein jour, et la mit toute
nue, elle le déniant fort. Après il luy renvoya ses femmes pour
l'habiller, qui la trouverent toute honteuse et esplorée.