a faite si belle, ne parvint à cette beauté, ny quelqu'autre dame qu'il
ait veue de son temps ou en ait escrit: et fust sa belle Cassandre qui
je sçay bien qu'elle a esté belle, mais il l'a déguisée d'un faux nom:
ou bien sa Marie, qui n'a jamais autre nom porté que celuy-là, quant à
celle-là; mais il est permis aux poëtes et peintres dire et faire ce
qu'il leur plaist, ainsi que vous avez dans Roland le furieux de
très-belles beautez, descrites par l'Arioste, d'Alcine et autres.
Tout cela est bon; mais, comme je tiens d'un très-grand personnage,
jamais nature ne sçauroit faire une femme si parfaite comme une ame vive
et subtile de quelque bien-disant, ou le crayon et pinceau de quelque
divin peintre la nous pourroient représenter. Baste, les yeux humains se
contentent toujours de voir une belle femme de visage beau, blanc, bien
fait: et encore qu'il soit brunet, c'est tout un; il vaut bien
quelquefois le blanc, comme dit l'Espagnole: _Aunque io sia mormica, no
soy da menos preciar_; «encor que je sois brunette, je ne suis à
mépriser.» Aussi la belle Marfise _era brunetta alquanto_[62]. Mais que
le brun n'efface le blanc par trop: un visage aussi beau, faut qu'il
soit porté par un corps façonné et fait de mesme: je dis autant des
grands que des petits; mais les grandes tailles passent tout.
Or, d'aller chercher des points si exquis de beauté, comme je viens de
dire ou qu'on nous les dépeint, nous nous en passerons bien, et nous
resjoüirons à voir nos beautez communes: non que je les veuille dire
communes autrement, car nous en avons de si rares, que, ma foy, elles
valent bien plus que toutes celles que nos poëtes fantasques, nos
quinteux peintres et nos pindariseurs de beautez, sçauroient
représenter.
Hélas! voicy le pis; telles beautez belles, tels beaux visages, en
voyons-nous aucuns, admirons, desirons leur beau corps, pour l'amour de
leurs belles faces, que néantmoins, quand elles viennent à estre
descouvertes et mises à blanc, nous en font perdre le goust; car ils
sont si laids, tarez, tachez, marquez et si hideux, qu'ils en démentent
bien le visage; et voilà comme souvent nous y sommes trompez.
Nous en avons un bel exemple d'un gentilhomme de l'isle de Mojorque, qui
s'appelloit Raymond Lulle, de fort bonne, riche et ancienne maison, qui,
pour sa noblesse, valeur et vertu, fut appelé en ses plus belles années
au gouvernement de cette isle. Estant en cette charge, comment souvent
arrive aux gouverneurs des provinces et places, il devint amoureux d'une
belle dame de l'isle des plus habilles, belles et mieux disantes de-là.
Il la servit longuement et fort bien; et luy demandant toujours ce bon
point de joüissance, elle, après l'en avoir refusé tant qu'elle put, luy
donna un jour assignation, où il ne manqua ny elle aussi, et comparut
plus belle que jamais et mieux en point. Ainsi qu'il pensoit entrer en
paradis, elle luy vint à descouvrir son sein et sa poitrine toute
couverte d'une douzaine d'emplastres, et, les arrachant l'un après
l'autre, et de dépit les jetant par terre, luy monstra un effroyable
cancer, et, les larmes aux yeux, luy remonstra ses misères et son mal,
luy disant et demandant s'il y avoit tant de quoy en elle qu'il en dust
estre tant espris; et sur ce, lui en fit un si pitoyable discours, que
luy, tout vaincu de pitié du mal de cette belle dame, la laissa; et
l'ayant recommandée à Dieu pour sa santé, se défit de sa charge et se
rendit hermite. Et estant de retour de la guerre sainte, où il avoit
fait voeux, s'en alla estudier à Paris sous Arnaldus de Villanova,
sçavant philosophe, et ayant fait son cours, se retira en Angleterre, où
le Roy pour lors le receut avec tous les bons recueils du monde pour son
grand sçavoir, et qu'il transmua plusieurs lingots et barres de fer, de
cuivre et d'estain, mesprisant cette commune et triviale façon de
transmuer le plomb et le fer en or, parce qu'il sçavoit que plusieurs de
son temps sçavoient faire cette besogne aussi bien que luy, qui sçavoit
faire l'un et l'autre: mais il vouloit faire un pardessus les autres.
Je tiens ce conte d'un gallant homme qui m'a dit le tenir du
jurisconsulte Oldrade, qui parle de Raymond Lulle au commentaire qu'il a
fait sur le code _de falsa Moneta_. Aussi le tenoit-il, ce disoit-il, de
Carolus Bovillus[63], Picard de nation, qui a composé un livre en latin
de la _vie de Raymond de Lulle_[64].
Voilà comment il passa sa fantaisie de l'amour de cette belle dame; si
que possible d'autres n'eussent pas fait, et n'eussent laissé à l'aimer
et fermer les yeux, mesme en tirer ce qu'il vouloit, puisqu'il estoit à
mesme; car la partie où il tendoit n'estoit touchée d'un tel mal.
J'ay cogneu un gentilhomme et une dame veufve de par le monde, qui ne
firent pas ses scrupules; car la dame estant touchée d'un gros vilain
cancer au tetin, il ne laissa de l'espouser, et elle aussi le prendre,
contre l'advis de sa mère, et toute malade et maléficiée qu'elle estoit,
et elle et luy s'esmeurent et se remuèrent tellement toute la nuict,
qu'ils en rompirent et enfoncèrent le fond du chalit.
J'ai cogneu aussi un fort honneste gentilhomme, mon grand amy, qui me
dit qu'un jour estant à Rome, il luy advint d'aimer une dame espagnolle,
et des belles qui fust en la ville jamais. Quand il l'accostoit, elle ne
vouloit permettre qu'il la vist, ny qu'il la touchast par ses cuisses
nues, si-non avec ses callesons; si bien que quand il la vouloit
toucher, elle lui disoit en espagnol: _Ah! no me tocays, hareis me
cosquillas_[65], qui est à dire: «Vous me chatouillez.» Un matin,
passant devant sa maison, trouvant sa porte ouverte, il monte tout
bellement, où estant entré sans rencontrer ny fantesque ny page, ny
personne, et entrant dans sa chambre, la trouva qui dormoit si
profondément, qu'il eut loisir de la voir toute nue sur le lict, et la
contempler à son aise, car il faisoit très-grand chaud; et il dit qu'il
ne vid jamais rien de si beau que ce corps, fors qu'il vit une cuisse
belle, blanche, pollie et refaite, mais l'autre elle l'avoit toute
seiche, atténuée et estiomenée, qui ne paroissoit pas plus grosse que le
bras d'un petit enfant. Qui fust estonné? ce fut le gentilhomme, qui la
plaignit fort, et oncques plus ne la tourna visiter ny avoir à faire
avec elle.
Il se voit force dames qui ne sont pas ainsi estiomenées de catherres;
mais elles sont si maigres, dénuées, asséchées et descharnées, qu'elles
n'en peuvent rien monstrer que le bastiment: comme j'ay cogneu une
très-grande que M. l'evesque de Cisteron, qui disoit le mot mieux
qu'homme de la Conr, en brocardant affermoit qu'il valoit mieux de
coucher avec une ratoire de fil d'archal qu'avec elle; et, comme dit
aussi un honneste gentilhomme de la Cour, auquel nous faisions la guerre
qu'il avoit à faire avec une dame assez grande: «Vous vous trompez,
dit-il, car j'aime trop la chair, et elle n'a que les os;» et pourtant,
à voir ces deux dames, si belles par leurs beaux visages, on les eust
jugées pour des morceaux très-charnus et bien friands.
Un très-grand prince de par le monde vint une fois à estre amoureux de
deux belles dames tout à coup, ainsi que cela arrive souvent aux grands,
qui ayment les variétez. L'une estoit fort blanche, et l'autre brunette,
mais toutes deux très-belles et fort aimables. Ainsi qu'il venoit un
jour de voir la brunette, la blanche jalouse luy dit: «Vous venez de
voller pour corneille.» A quoy lui respondit le prince un peu irrité, et
fasché de ce mot: «Et quand je suis avec vous, pour qui volle-je?» La
dame respondit: «Pour un phénix.» Le prince, qui disoit des mieux,
répliqua: «Mais dites plustost pour l'oiseau de paradis, là où il y a
plus de plume que de chair;» la taxant par là qu'elle estoit maigre
aucunement: aussi estoit-elle fort jovanote pour estre grasse, ne se
logeant coustumièrement que sur celles qui entrent dans l'aage, qu'elles
commencent à se fortifier et renforcer de membres et autres choses.
--Un gentilhomme la donna bonne à un grand seigneur que je sçay. Tous
deux avoient belles femmes. Ce grand seigneur trouva celle du
gentilhomme fort belle et bien advenante. Il luy dit un jour: «Un tel,
il faut que je couche avec vostre femme.» Le gentilhomme, sans songer,
car il disoit très-bien le mot, luy respondit: «Je le veux, mais je
couche avec la vostre.» Le seigneur lui répliqua: «Qu'en ferois-tu? car
la mienne est si maigre, que tu n'y prendrois nul goust.» Le gentilhomme
respondit: «Je la larderay si menu, que je la rendray de bon goust.»
--Il s'en voit tant d'autres que leurs visages poupins et gentils font
desirer leurs corps; mais quand on y vient, on les trouve si décharnées,
que le plaisir et la tentation en sont bien-tost passez. Entr'autres,
l'on y trouve l'os _barré_ qu'on appelle, si sec et si décharné, qu'il
foule et masche plus tout nud que le bast d'un mulet qu'il auroit sur
luy. A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumières de s'aider de
petits coussins bien mollets et délicats à soutenir le coup et engarder
de la mascheure; ainsi que j'ay ouy parler d'aucunes, qui s'en sont
aidées souvent, voire de callesons gentiment rembourez et faits de
satin, de sorte que les ignorants, les venants à toucher, n'y trouvent
rien que tout bon, et croyent fermement que c'est leur embonpoint
naturel; car par-dessus ce satin il y avoit des petits callesons de
toile volante et blanche; si bien que l'amant, donnant le coup en robbe,
s'en alloit de sa dame si content et satisfait, qu'il l'a tenoit pour
très-bonne robbe.
D'autres y a-t-il encore qui sont de la peau fort maléficiées et
marquetées comme marbre, ou en oeuvre à la mosaïque, tavellées comme
faons de bische, gratteleuses, et subjectes à dartes farineuses et
fascineuses; bref, gastées tellement, que la veuë n'en est pas guieres
plaisante.
--J'ay ouy parler d'une dame grande, et l'ay cogneue et cognois encore,
qui est pelue, velue sur la poitrine, sur l'estomac, sur les espaules et
le long de l'eschine, et à son bas, comme un sauvage.
Je vous laisse à penser ce que veut dire cela: si le proverbe est vray,
_que personne ainsi velue est ou riche, ou lubrique_, celle-là a l'un et
l'autre, je vous en asseure, et s'en fait fort bien donner, se voir et
desirer.
D'autres ont la chair d'oison ou d'estourneau plumé, harée, brodequinée,
et plus noire qu'un beau diable.
D'autres sont opulentes en tetasses avalées, pendantes plus que d'une
vache allaitant son veau.
Je m'asseure que ce ne sont pas les beaux tetins d'Hélaine, laquelle,
voulant un jour présenter au temple de Diane une coupe gentille par
certain voeu, employant l'orfevre pour la luy faire, luy en fit
prendre le modelle sur un de ses beaux tetins, et en fit la coupe d'or
blanc, qu'on ne sçauroit qu'admirer de plus, ou la coupe ou la
ressemblance du tetin sur quoy il avoit pris le patron, qui se monstroit
si gentil et si poupin, que l'art en pouvoit faire desirer le naturel.
Pline dit cecy par grande spéciauté, où il traite qu'il y a de l'or
blanc. Ce qui est fort estrange est que cette coupe fut faite d'or
blanc.
Qui voudroit faire des coupes d'or sur ces grandes tetasses que je dis
et que je cognois, il faudroit bien fournir de l'or à monsieur
l'orfevre, et ne seroit après sans coust et grand risée, quand on
diroit: «Voilà des coupes faites sur le modelle des testins de telles et
telles dames.»
Ces coupes ressembleroient, non pas coupes, mais de vrayes auges, qu'on
voit de bois toutes rondes, dont on donne à manger aux pourceaux; et
d'autres y a-t-il, que le bout de leur tetin ressemble à une vraye guine
pourrie.
D'autres y a-t-il, pour descendre plus bas, qui ont le ventre si mal
poly et ridé, qu'on les prendroit pour de vieilles gibessières ridées de
sergents ou d'hosteliers; ce qui advient aux femmes qui on eu des
enfants, et qui ne sont esté bien secourues et graissées de graisse de
baleine de leurs sages-femmes. Mais d'autres y a-t-il, qui les ont aussi
beaux et polis, et le sein aussi follet, comme si elles estoient encore
filles.
D'autres il y en a, pour venir encore plus bas, qui ont leurs natures
hideuses et peu agréables. Les unes y ont le poil nullement frisé, mais
si long et pendant, que vous diriez que ce sont les moustaches d'un
Sarrasin; et pourtant n'en ostent jamais la toison, et se plaisent à la
porter telle, d'autant qu'on dit: _Chemin jonchu et c.. velu sont fort
propres pour chevaucher_. J'ay ouy parler de quelqu'une très-grande qui
les porte ainsi.
J'ay ouy parler d'une autre belle et honneste dame qui les avoit ainsi
longues, qu'elle les entortilloit avec des cordons ou rubans de soye
cramoisie ou autre couleur, et se les frisonnoit ainsi comme des frisons
de perruques, et puis se les attachoit à ses cuisses, et en tel estat
quelquefois se les présentoit à son mary et à son amant, ou bien se les
destortoit de son ruban et cordon, si qu'elles paroissoient frisonnées
par après, et plus gentilles qu'elles n'eussent fait autrement.
Il y avoit bien là de la curiosité, et de la paillardise et tout; car,
ne pouvant d'elle-mesme faire et suivre ses frisons, il falloit qu'une
de ses femmes, de ses plus favorites, la servît en cela; en quoy ne peut
estre autrement qu'il n'y ayt de la lubricité en toutes façons qu'on la
pourra imaginer.
Aucunes, au contraire, se plaisent le tenir et porter raz, comme la
barbe d'un prestre.
D'autres femmes y a-t-il, qui n'ont de poil point du tout, ou peu, comme
j'ay ouy parler d'une fort grande et belle dame que j'aye cogneue; ce
qui n'est guières beau, et donne un mauvais soupçon: ainsi qu'il y a des
hommes qui n'ont que de petits boucquets de barbe au menton, et n'en
sont pas plus estimez de bon sang, ainsi que sont les blanquets et
blanquettes[66].
D'autres en ont l'entrée si grande, vague et large, qu'on la prendroit
pour l'antre de la Sibylle.
J'en ay ouy parler d'aucunes, et bien grandes, qui les ont telles qu'une
jument ne les a si amples, encore qu'elles s'aident d'artifice le plus
qu'elles peuvent pour estrecir la porte; mais, dans deux ou trois
fréquentations, la mesme ouverture tourne: et, qui plus est, j'ay ouy
dire que, quand bien on les arregarde le cas d'aucunes, il leur cloise
comme celuy d'une jument quand elle est en chaleur. L'on m'en a conté
trois qui monstrent telles cloyses quand on y prend garde de les voir.
--J'ay ouy parler d'une dame grande, belle et de qualité, à qui un de
nos roys avoit imposé le nom de _Pan de c.._, tant il estoit large et
grand; et non sans raison, car elle se l'est fait en son vivant souvent
mesurer à plusieurs merciers et arpenteurs, et que tant plus elle
s'estudioit le jour de l'estrecir, la nuict en deux heures on le lui
eslargissoit si bien, que ce qu'elle faisoit en une heure, on le
défaisoit en l'autre, comme la toille de Penelope. Enfin, elle en
quitta tous artifices, et en fut quitte pour faire élection des plus
gros moules qu'elle pouvoit trouver.
Tel remède fut très bon, ainsi que j'ay ouy dire d'une fort belle et
honneste fille de la Cour, laquelle l'eut au contraire si petit et si
estroit, qu'on en désespéroit à jamais le forcement du pucelage; mais
par advis de quelques médecins ou de sages-femmes, ou de ses amys ou
amyes, elle en fit tenter le gué ou le forcement par des plus menus et
petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands, à mode des talus
que l'on fait, ainsi que Rabelais ordonna les murailles de Paris
imprenables; et puis, par tels essays les uns après les autres,
s'accoustuma si bien à tous, que les plus grands ne luy faisoient la
peur que les petits paravant faisoient si grande.
Une grande princesse estrangere que j'ay cogneue, laquelle l'avoit si
petit et estroit, qu'elle aima mieux de n'en taster jamais que de se
faire inciser, comme les médecins le conseilloient. Grande vertu certes
de continence, et rare!...
D'autres en ont les labies longues et pendantes plus qu'une creste de
coq d'Inde quand il est en colere; comme j'ay ouy dire que plusieurs
dames ont, non-seulement elles, mais aussi des filles.
--J'ay ouy faire ce conte à feu M. de Randan, qu'une fois estants de
bons compagnons à la Cour ensemble, comme M. de Nemours, M. le vidame de
Chartres, M. le comte de la Rochefoucault, MM. de Montpezaz, Givry,
Genlis et autres, ne sachants que faire, allèrent voir pisser les filles
un jour, cela s'entend cachés en bas et elles en haut. Il y en eut une
qui pissa contre terre: je ne la nomme point; et d'autant que le
plancher estoit de tables, elle avoit ses lendilles si grandes, qu'elles
passèrent par la fente des tables si avant, qu'elle en monstra la
longueur d'un doigt, si que M. de Randan, par cas fortuit, ayant un
baston qu'il avoit pris à un laquais, où il y avoit un fiçon, en perça
si dextrement ses lendilles, et les cousit si bien contre la table, que
la fille, sentant la piqûre, tout à coup s'esleva si fort, qu'elle les
escarta toutes, et de deux parts qu'il en avoit en fit quatre, et les
dites lendilles en demeurerent decoupées en forme de barbe
d'escrevisses, dont pourtant la fille s'en trouva très-mal, et la
maistresse en fut fort en colere.
M. de Randan et la compagnie en firent conte au roy Henry, qui estoit
bon compagnon, qui en rit pour sa part son saoul, et en apaisa le tout
envers la Reyne sans rien en déguiser.
Ces grandes lendilles sont cause qu'une fois j'en demanday la raison à
un médecin excellent, qui me dit que, quand les filles et femmes
estoient en ruth, elles les touchoient, manioient, viroyent,
contournoient, allongeoient et tiroient si souvent, qu'estants ensemble
s'entredonnoient mieux du plaisir.
Telles filles et femmes seroient bonnes en Perse, non en Turquie,
d'autant qu'en Perse les femmes sont circoncises, parce que leur nature
ressemble de je ne sçay quoy le membre viril (disent-ils): au contraire,
en Turquie, les femmes ne le sont jamais, et pour ce les Perses les
appellent hérétiques, pour n'estre circoncises, d'autant que leur cas,
disent-ils, n'a nulle forme, et ne prennent plaisir de les regarder
comme les Chrestiens. Voilà ce qu'en disent ceux qui ont voyagé en
Levant.
Telles femmes et filles, disoit ce médecin, sont fort sujettes à faire
la fricarelle, _donna con donna_.
J'ay ouy parler d'une très-belle dame, et des plus qui ait esté en la
Cour, qui ne les a si longues; car elles luy sont accourcies pour un mal
que son mary luy donna, voire qu'elle n'a de levre d'un costé pour avoir
esté tout mangé de chancres; si bien qu'elle peut dire son cas estropié
et à demy demembré; et néanmoins cette dame a esté fort recherchée de
plusieurs, mesme elle a esté la moitié d'un grand quelques fois dans son
lict.
Un grand disoit à la Cour un jour qu'il voudroit que sa femme
ressemblast à celle-là, et qu'elle n'en eust qu'à demy, tant elle en
avoit trop.
J'ay aussi ouy parler d'une autre bien plus grande qu'elle cent fois,
qui avoit un boyau qui luy pendilloit long d'un grand doigt au dehors de
sa nature, et, disoit-on, pour n'avoir pas esté bien servie en l'une de
ses couches par sa sage-femme; ce qui arrive souvent aux filles et
femmes qui ont fait des couches à la dérobade, ou qui par accident se
sont gastées et grevées; comme une des belles femmes de par le monde que
j'ay cogneue, qui, estant veufve, ne voulut jamais se remarier, pour
estre descouverte d'un second mary de cecy, qui l'en eust peu prisée, et
possible mal-traitée.
Cette grande que je viens de dire, nonobstant son accident, enfantoit
aussi aisément comme si elle eust pissé; car on disoit sa nature
très-ample; et si pourtant elle a esté bien aimée et bien servie à
couvert; mais mal-aisément se laissoit-elle voir là.
Aussi volontiers, quand une belle et honneste femme se met à l'amour et
à la privauté, si elle ne vous permet de voir ou taster cela, dites
hardiment qu'elle y a quelque tare, ou si que la veue ni le toucher
n'approuvera guières, ainsi que je tiens d'une honneste femme; car s'il
n'y en a point, et qu'il soit beau (comme certes il y en a et de
plaisants à voir et manier), elle est aussi curieuse et contente d'en
faire la monstre et en prester l'attouchement, que de quelqu'autre de
ses beautez qu'elle ait, autant pour son honneur à n'estre soupçonnée de
quelque défaut ou laideur en cet endroit, que pour le plaisir qu'elle y
prend elle-mesme à le contempler et mirer, et surtout aussi pour
accroistre la passion et tentation davantage à son amant.
De plus, les mains et les yeux ne sont pas membres virils pour rendre
les femmes putains et leurs marys cocus, encore qu'après la bouche
aident à faire de grands approches pour gaigner la place.
D'autres femmes y a-t-il qui ont la bouche de là si pasle, qu'on diroit
qu'elles y ont la fievre: et telles ressemblent aucuns yvrognes,
lesquels, encor qu'ils boivent plus de vin qu'une truie de laict, ils
sont pasles comme trespassez: aussi les appelle-t-on traistres au vin,
non pas ceux qui sont rubiconds: aussi telles par ce costé-là on les
peut dire traistraisses à Vénus, si ce n'est que l'on dit _pasle putain
et rouge paillard_. Tant y a que cette partie ainsi pasle et transie
n'est point plaisante à voir, et n'a garde de ressembler à celle d'une
des plus belles dames que l'on voye, et qui tient grand rang, laquelle
j'ay veu qu'on disoit qu'elle portoit là trois belles couleurs
ordinairement ensemble, qui estoient incarnat, blanc et noir: car cette
bouche de là estoit colorée et vermeille comme corail, le poil
d'alentour gentiment frisonné et noir comme ébene; ainsi le faut-il, et
c'est l'une des beautez: la peau estoit blanche comme albastre, qui
estoit ombragée de ce poil noir. Cette veuë est belle de celle-là, et
non des autres que je viens de dire.
D'autres il y en a aussi qui sont si bas ennaturées et fendues jusques
au cul, mesme les petites femmes, que l'on devroit faire scrupule de les
toucher pour beaucoup d'ordes et salles raisons que je n'oserois dire;
car on diroit que, les deux rivières s'assemblant et se touchant quasi
ensemble, il est en danger de laisser l'une et naviguer à l'autre: ce
qui est par trop vilain.
J'ay ouy conter à madame de Fontaine-Chalandray, dite la belle Torcy,
que la reyne Eléonor sa maistresse, estant habillée et vestue,
paroissoit une très-belle princesse, comme il y en a encor plusieurs
qui l'ont veue telle en nostre Cour, et de belle et riche taille; mais,
estant déshabillée, elle paroissoit du corps une géante, tant elle
l'avoit long et grand: mais tirant en bas, elle paroissoit une naine,
tant elle avoit les cuisses et les jambes courtes avec le reste.
D'une autre grande dame ay-je ouy parler qui estoit bien au contraire;
car par le corps elle se monstroit une naine, tant elle l'avoit court et
petit, et du reste en bas une géante ou colosse, tant elle avoit ses
cuisses et jambes grandes, hautes et fendues et pourtant bien
proportionnées et charnues, si qu'elle en couvroit son homme sous elle,
mais qu'il fust petit, fort aisément, comme d'une tirasse de chien
couchant.