Joignez que les dissemblances physiques sont le signe extérieur des
dissemblances psychiques, qui distinguent et individualisent les deux
moitiés de l'humanité.
La femme aperçoit mieux les détails que les ensembles; elle se laisse
diriger par des affections particulières, par les mouvements secrets du
coeur, plutôt qu'elle ne se dirige elle-même d'après un raisonnement
suivi et des maximes générales. Son jugement décèle plus de subtilité
que de profondeur, plus de finesse, plus de vivacité, plus de
précipitation même que de froide et lente raison.
Par contre, ce qui domine surtout au coeur de l'homme, c'est
l'amour-propre, l'ardeur, l'audace, un désir de protection, un besoin de
commandement, un appétit de supériorité qui le porte au courage, à
l'ambition, à l'action ouverte et soutenue, à l'orgueil, à la
domination.
Ces disparités de caractère et de tempérament sont si constantes et si
manifestes, que la grande voix de l'humanité les proclame depuis le
commencement des temps. C'est ainsi que l'art s'est toujours plu à
personnifier le travail par un homme, et à représenter la douce paix
sous les traits d'une vierge. Un mâle visage est devenu dans la
statuaire le symbole du mouvement, de l'effort, de la lutte. C'est ainsi
encore que, dans toutes les langues, les grands fleuves, le Nil, le
Rhin, le Danube, le Rhône, sont du genre masculin, tandis que, par une
allégorie pleine de sens, le langage désigne les villes, les cités,
réunions des familles et des foyers, par des vocables féminins.
Et le mariage de la force virile avec la grâce féminine engendre
l'harmonie conjugale, pour le progrès de l'espèce et le charme des
sociétés humaines. Par l'ascendant qu'elle sait prendre sur le coeur de
l'époux, l'épouse calme en lui l'ardeur de l'action, la fièvre et
l'inquiétude du succès. Elle lui assure la paix au logis et lui procure
la douceur du foyer, sans quoi il n'est pour l'homme ni repos, ni
bonheur, ni moralité. En revanche, par le prestige qu'il exerce sur
l'esprit de l'épouse, l'époux saura la prémunir contre la légèreté et la
mollesse, qui sont les fruits ordinaires de la tendresse et de la
nervosité.
Sans appui masculin, la femme s'abandonnerait souvent à l'exaltation, à
la frivolité; car il est d'évidence que la vivacité de ses impressions
la porte au changement et à l'exagération. Voyez la mode: excentrique et
instable du côté des femmes, elle est plus simple et plus fixe chez les
hommes. Inversement, c'est le propre de l'action des femmes de polir
notre grossièreté, de modérer nos emportements, de colorer d'un vernis
de douceur notre enveloppe dure et sèche. Comme deux compagnons de route
qui s'appuient l'un sur l'autre, les deux sexes échangent, par un
contact journalier, la délicatesse de l'un contre la fermeté de l'autre,
grâce à quoi ils se tempèrent, s'équilibrent et s'améliorent
réciproquement. De même que la tête ne peut vivre sans le coeur, ni le
coeur sans la tête, et qu'intervertir leurs fonctions ou interrompre
leurs relations serait une oeuvre de mort et la pensée d'un fou, ainsi,
dans l'organisation du genre humain, l'homme et la femme ne peuvent
vivre l'un sans l'autre,--sans qu'ils aient besoin d'empiéter l'un sur
l'autre. Ce sont deux êtres complémentaires qui doivent s'associer pour
leur mutuelle perfection. Et comme la grâce de la femme modère et
adoucit l'exagération de force si naturelle au caractère masculin, de
même l'énergie virile soutient et relève l'excès de modestie et de
timidité ordinairement propre au caractère féminin.
Et les enfants, bien entendu, sont les premiers à recueillir les fruits
de cette fusion harmonieuse. Pour les petits, «papa» aurait la main trop
rude; pour les grands, «maman» aurait la main trop faible. L'enfant
a-t-il de bons instincts: la direction paternelle risquerait d'être trop
raide. L'enfant a-t-il de mauvais penchants: la loi de la mère serait
trop douce. Mariez ces deux natures, ces deux tempéraments, et aussitôt
le gouvernement domestique se pondère et se complète.
Mais, pour que les enfants tirent de cette précieuse combinaison tous
les bienfaits qu'elle recèle, encore faut-il qu'elle soit durable et
inviolée. Au risque de nous répéter, nous maintenons que l'union
conjugale n'est point l'union physique d'un moment. A la différence des
animaux, que rapproche accidentellement le hasard d'un caprice ou
l'entraînement de l'instinct, les humains, qui se marient, ont des vues
plus complexes et de plus longs desseins. Ils s'associent pour la vie.
Ils fondent une famille. La protection et l'éducation des enfants ne
peuvent se comprendre sans l'unité et la stabilité du foyer. La
constance et l'indissolubilité du mariage, voilà donc l'idéal pour les
parents et leur descendance. Les fautes ou les infortunes individuelles
ne prouvent rien contre l'excellence de cette loi générale. Bien plus,
en devenant père, en devenant mère, l'homme et la femme revêtent un
caractère indélébile. Confirmé et soutenu par l'enfant, le lien
matrimonial ne peut être dénoué ou rompu que par _fiction_. La famille
ne se compose point d'êtres indépendants les uns des autres. Confondus
dans le mystère de la génération, père, mère, enfant, sont les fractions
inséparables de cette première unité sociale.