En effet, les dissemblances physiques, intellectuelles et morales des
deux unités du couple humain éclatent à tous les âges de leur existence;
et les différences d'aptitude et de vocation, qui en découlent,
procèdent si bien de l'instinct,--plutôt que de l'éducation,--qu'elles
se marquent, dès la plus tendre enfance, dans les goûts, dans les
attitudes, dans les jeux, le petit homme recherchant le grand air, le
bruit, le mouvement poussé jusqu'à l'exaltation de la vie physique,
tandis que sa petite soeur s'applique doucement, dans un coin, avec de
menus gestes et de patientes précautions, à parer, instruire ou gronder
sa poupée. C'est ainsi que nos garçons se préparent, sans le savoir, aux
luttes et aux labeurs qui attendent le futur chef de famille, et que nos
filles s'exercent inconsciemment à l'activité soigneuse et douce des
tâches maternelles.
Vienne l'âge, et ces dissemblances physiques vont s'accuser avec un
relief de plus en plus saisissant. D'un côté, la rondeur délicate des
formes, la souplesse du corps et la grâce de l'allure, la finesse de la
peau, la caresse du regard, la douceur de la voix, l'adresse des
mains,--tout prédispose la femme à la vie calme du foyer, aux soins de
l'enfance, aux délicates besognes de la maternité. Sa faiblesse est
faite pour attirer, bercer, consoler toutes les faiblesses. D'autre
part, une taille élevée, une structure puissante, une démarche plus
ferme, une force musculaire plus résistante, plus de gravité dans la
parole, plus de sûreté dans le regard,--et aussi, très généralement,
plus de barbe au menton,--prédestinent l'homme aux rudes travaux, aux
longs efforts et aux grandes entreprises. Au lieu que tout ce qui
constitue la femme, en bien ou en mal, procède de l'extrême sensibilité
de son système nerveux et, conséquemment, de la vivacité des impressions
qu'elle reçoit, on remarque chez l'homme plus de vigueur et plus de
calme, plus d'assurance et plus de solidité.
Les intentions de la nature sont évidentes: elle n'a point fait l'homme
et la femme pour les mêmes rôles. Il suffirait presque de comparer le
squelette de l'un avec le squelette de l'autre, pour réfuter le paradoxe
de l'égalité absolue des aptitudes et des fonctions entre les sexes.
Tandis que l'homme est taillé pour la lutte, pour les démarches
extérieures, pour l'action robuste et violente, la femme est faite pour
les douces et patientes occupations du foyer. A lui, les oeuvres de
force; à elle, les oeuvres de tendresse et de bonté. Et ce que la nature
a voulu, l'homme et la femme ne peuvent le contredire sans dommage et
sans souffrance; car, de même que l'homme déchoit par l'imitation de la
femme, il n'est pas possible que la femme ne se nuise gravement, en
s'ingéniant à rivaliser avec l'homme dans tous les domaines de l'esprit
et de la vie.
Nul moyen, d'ailleurs, que cette différenciation des sexes, aperçue et
constatée par les meilleurs esprits de l'antiquité, tels que Platon,
Xénophon, Aristote, Cicéron, Columelle, soit le simple résultat d'une
habitude, d'un artifice d'éducation, puisque, du petit au grand, nous la
retrouvons chez les animaux, courbés plus matériellement que nous sous
le joug des lois naturelles. Et plus on s'élève dans l'échelle des
êtres, plus le contraste s'accentue entre le mâle et la femelle, plus le
sexe de chacun s'accuse par des dissemblances de forme et de fonction.
Là, au contraire, où la femme est assujettie, contre nature, au labeur
écrasant des hommes, cette confusion des tâches engendre la misère et la
barbarie. Point de progrès dans l'espèce humaine sans la division du
travail.