II

En effet, les dissemblances physiques, intellectuelles et morales des

deux unités du couple humain éclatent à tous les âges de leur existence;

et les différences d'aptitude et de vocation, qui en découlent,

procèdent si bien de l'instinct,--plutôt que de l'éducation,--qu'elles

se marquent, dès la plus tendre enfance, dans les goûts, dans les

attitudes, dans les jeux, le petit homme recherchant le grand air, le

bruit, le mouvement poussé jusqu'à l'exaltation de la vie physique,

tandis que sa petite soeur s'applique doucement, dans un coin, avec de

menus gestes et de patientes précautions, à parer, instruire ou gronder

sa poupée. C'est ainsi que nos garçons se préparent, sans le savoir, aux

luttes et aux labeurs qui attendent le futur chef de famille, et que nos

filles s'exercent inconsciemment à l'activité soigneuse et douce des

tâches maternelles.

Vienne l'âge, et ces dissemblances physiques vont s'accuser avec un

relief de plus en plus saisissant. D'un côté, la rondeur délicate des

formes, la souplesse du corps et la grâce de l'allure, la finesse de la

peau, la caresse du regard, la douceur de la voix, l'adresse des

mains,--tout prédispose la femme à la vie calme du foyer, aux soins de

l'enfance, aux délicates besognes de la maternité. Sa faiblesse est

faite pour attirer, bercer, consoler toutes les faiblesses. D'autre

part, une taille élevée, une structure puissante, une démarche plus

ferme, une force musculaire plus résistante, plus de gravité dans la

parole, plus de sûreté dans le regard,--et aussi, très généralement,

plus de barbe au menton,--prédestinent l'homme aux rudes travaux, aux

longs efforts et aux grandes entreprises. Au lieu que tout ce qui

constitue la femme, en bien ou en mal, procède de l'extrême sensibilité

de son système nerveux et, conséquemment, de la vivacité des impressions

qu'elle reçoit, on remarque chez l'homme plus de vigueur et plus de

calme, plus d'assurance et plus de solidité.

Les intentions de la nature sont évidentes: elle n'a point fait l'homme

et la femme pour les mêmes rôles. Il suffirait presque de comparer le

squelette de l'un avec le squelette de l'autre, pour réfuter le paradoxe

de l'égalité absolue des aptitudes et des fonctions entre les sexes.

Tandis que l'homme est taillé pour la lutte, pour les démarches

extérieures, pour l'action robuste et violente, la femme est faite pour

les douces et patientes occupations du foyer. A lui, les oeuvres de

force; à elle, les oeuvres de tendresse et de bonté. Et ce que la nature

a voulu, l'homme et la femme ne peuvent le contredire sans dommage et

sans souffrance; car, de même que l'homme déchoit par l'imitation de la

femme, il n'est pas possible que la femme ne se nuise gravement, en

s'ingéniant à rivaliser avec l'homme dans tous les domaines de l'esprit

et de la vie.

Nul moyen, d'ailleurs, que cette différenciation des sexes, aperçue et

constatée par les meilleurs esprits de l'antiquité, tels que Platon,

Xénophon, Aristote, Cicéron, Columelle, soit le simple résultat d'une

habitude, d'un artifice d'éducation, puisque, du petit au grand, nous la

retrouvons chez les animaux, courbés plus matériellement que nous sous

le joug des lois naturelles. Et plus on s'élève dans l'échelle des

êtres, plus le contraste s'accentue entre le mâle et la femelle, plus le

sexe de chacun s'accuse par des dissemblances de forme et de fonction.

Là, au contraire, où la femme est assujettie, contre nature, au labeur

écrasant des hommes, cette confusion des tâches engendre la misère et la

barbarie. Point de progrès dans l'espèce humaine sans la division du

travail.

Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme · 第 146 / 201 题