IV

Et retenons bien que, devant la conscience et devant la nature, la

paternité ne saurait l'emporter sur la maternité, ni en valeur ni en

vertu. Il est donc impossible d'admettre que le père doive toujours

commander et la mère toujours obéir. Du moment que la paternité ne se

comprend point sans la collaboration de la femme, la loi religieuse et

la loi naturelle sont fondées à nous faire un devoir d'admettre la mère

à un certain partage de l'autorité du père, la fermeté de celui-ci

s'unissant à la tendresse de celle-là pour l'heureuse formation des

enfants.

Mais qui dit partage des pouvoirs, ne dit pas opposition et

contradiction des volontés. Au sein de la famille idéale, trois éléments

concourent à l'éducation de l'enfance: l'autorité qui dirige, l'amour

qui persuade et la piété filiale qui obéit. Plus l'union morale du père

et de la mère est étroite, plus leur entente est parfaite, et plus ils

ont chance de façonner la jeune âme, qu'ils ont mission d'élever, à leur

image et à leur ressemblance.

A un autre point de vue, la science semble admettre, conformément aux

enseignements de la religion, que la masculinité n'est point, par

elle-même et par elle seule, une supériorité décisive. Nous n'ignorons

pas que, parmi les partisans de la sélection sexuelle, les uns voient

dans l'homme une femme qui a poursuivi et consommé son évolution, tandis

que les autres regardent la femme comme un homme inachevé, dont les

fonctions de maternité ont arrêté le développement normal. D'aucuns

tiennent même les femelles pour des exemplaires dégénérés d'une

masculinité primordiale. Mais, Dieu merci pour la femme! de nouvelles

recherches ont mis en lumière l'équipollence physiologique des apports

masculin et féminin dans la transmission du sang et la propagation de

l'espèce. Il y a, semble-t-il, dans les premiers capitaux de vie hérités

du père et de la mère, une parfaite identité de puissance et une égale

part de coopération. D'où il suit que, pour l'oeuvre de reproduction,

pour le soutien de la race, le féminin balance le masculin, et que, dans

le mystère de la génération, le père et la mère se complètent et

s'équivalent.

Ainsi donc, envisagée au point de vue supérieur des destinées de la

famille humaine, et regardée comme la collaboratrice nécessaire de

l'homme dans la transmission des qualités physiques et morales de

l'espèce, la femme ne doit être placée ni au-dessous ni au-dessus de son

compagnon. Il ne saurait plus être question, malgré les déclamations de

quelques misogynes, de la rabaisser à la condition misérable qu'elle

occupa aux premiers âges de l'humanité, de la traiter comme une sorte

d'animal domestique soumis à la pleine propriété de l'homme.

Il ne convient pas davantage de l'ériger en personnalité indépendante,

ayant son but en elle-même et travaillant, sur les conseils d'un

individualisme exalté, à se hausser au-dessus de l'homme. D'où qu'il

vienne, l'égoïsme est haïssable et destructeur des intérêts supérieurs

de la race. Point d'oppression du côté de l'homme, point d'indépendance

du côté de la femme. Les fonctions normales de l'un et de l'autre sont

également nécessaires à la famille et à l'espèce. Ils ne sont point nés

pour vivre séparés comme deux voisins jaloux, comme deux puissances

rivales. Si les sexes ont été créés dissemblables, c'est apparemment

pour se rapprocher, se parfaire et se perpétuer. Que chacun s'enferme

dans son moi solitaire, sous prétexte de liberté, et les fins suprêmes

de la nature seront sacrifiées aux vues étroites et stériles de

l'individu. L'union dans la solidarité de l'amour pour le renouvellement

de la vie, tel est le voeu suprême de la nature. N'oublions pas

l'enfant!

Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme · 第 148 / 201 题