Et retenons bien que, devant la conscience et devant la nature, la
paternité ne saurait l'emporter sur la maternité, ni en valeur ni en
vertu. Il est donc impossible d'admettre que le père doive toujours
commander et la mère toujours obéir. Du moment que la paternité ne se
comprend point sans la collaboration de la femme, la loi religieuse et
la loi naturelle sont fondées à nous faire un devoir d'admettre la mère
à un certain partage de l'autorité du père, la fermeté de celui-ci
s'unissant à la tendresse de celle-là pour l'heureuse formation des
enfants.
Mais qui dit partage des pouvoirs, ne dit pas opposition et
contradiction des volontés. Au sein de la famille idéale, trois éléments
concourent à l'éducation de l'enfance: l'autorité qui dirige, l'amour
qui persuade et la piété filiale qui obéit. Plus l'union morale du père
et de la mère est étroite, plus leur entente est parfaite, et plus ils
ont chance de façonner la jeune âme, qu'ils ont mission d'élever, à leur
image et à leur ressemblance.
A un autre point de vue, la science semble admettre, conformément aux
enseignements de la religion, que la masculinité n'est point, par
elle-même et par elle seule, une supériorité décisive. Nous n'ignorons
pas que, parmi les partisans de la sélection sexuelle, les uns voient
dans l'homme une femme qui a poursuivi et consommé son évolution, tandis
que les autres regardent la femme comme un homme inachevé, dont les
fonctions de maternité ont arrêté le développement normal. D'aucuns
tiennent même les femelles pour des exemplaires dégénérés d'une
masculinité primordiale. Mais, Dieu merci pour la femme! de nouvelles
recherches ont mis en lumière l'équipollence physiologique des apports
masculin et féminin dans la transmission du sang et la propagation de
l'espèce. Il y a, semble-t-il, dans les premiers capitaux de vie hérités
du père et de la mère, une parfaite identité de puissance et une égale
part de coopération. D'où il suit que, pour l'oeuvre de reproduction,
pour le soutien de la race, le féminin balance le masculin, et que, dans
le mystère de la génération, le père et la mère se complètent et
s'équivalent.
Ainsi donc, envisagée au point de vue supérieur des destinées de la
famille humaine, et regardée comme la collaboratrice nécessaire de
l'homme dans la transmission des qualités physiques et morales de
l'espèce, la femme ne doit être placée ni au-dessous ni au-dessus de son
compagnon. Il ne saurait plus être question, malgré les déclamations de
quelques misogynes, de la rabaisser à la condition misérable qu'elle
occupa aux premiers âges de l'humanité, de la traiter comme une sorte
d'animal domestique soumis à la pleine propriété de l'homme.
Il ne convient pas davantage de l'ériger en personnalité indépendante,
ayant son but en elle-même et travaillant, sur les conseils d'un
individualisme exalté, à se hausser au-dessus de l'homme. D'où qu'il
vienne, l'égoïsme est haïssable et destructeur des intérêts supérieurs
de la race. Point d'oppression du côté de l'homme, point d'indépendance
du côté de la femme. Les fonctions normales de l'un et de l'autre sont
également nécessaires à la famille et à l'espèce. Ils ne sont point nés
pour vivre séparés comme deux voisins jaloux, comme deux puissances
rivales. Si les sexes ont été créés dissemblables, c'est apparemment
pour se rapprocher, se parfaire et se perpétuer. Que chacun s'enferme
dans son moi solitaire, sous prétexte de liberté, et les fins suprêmes
de la nature seront sacrifiées aux vues étroites et stériles de
l'individu. L'union dans la solidarité de l'amour pour le renouvellement
de la vie, tel est le voeu suprême de la nature. N'oublions pas
l'enfant!