I.--LE «FÉMINISME MATERNEL».--PHILOSOPHIE
CHRÉTIENNE.--DIVISION DES TACHES ET SÉPARATION DES
POUVOIRS.
II.--QUELLES SONT LES INTENTIONS ET LES INDICATIONS DE LA
NATURE?--DISSEMBLANCES PHYSIQUES ENTRE LE PÈRE ET LA
MÈRE.--DIFFÉRENCIATION DES SEXES.
III.--DISSEMBLANCES PSYCHIQUES ENTRE L'HOMME ET LA
FEMME.--HEUREUSES CONSÉQUENCES DE CES DIFFÉRENCES POUR LES
PARENTS ET POUR LES ENFANTS.--LA PATERNITÉ ET LA MATERNITÉ
SONT INDÉLÉBILES.
IV.--ÉGALITÉ DE CONSCIENCE ENTRE LE PÈRE ET LA MÈRE,
SUIVANT LA RELIGION.--ÉQUIVALENCE DES APPORTS DE L'HOMME ET
DE LA FEMME DANS LA TRANSMISSION DE LA VIE, SELON LA
SCIENCE.--N'OUBLIONS PAS L'ENFANT!
Le «féminisme maternel» soulève une série de questions qui, étroitement
liées à celles qu'agite le «féminisme conjugal», intéressent au premier
chef l'avenir de l'humanité. Convient-il d'émanciper la mère, comme on
veut émanciper l'épouse? Quels sont ses droits vis-à-vis du père? De
quelle autorité doit-elle être investie sur la personne et sur les biens
de ses enfants? Quels pouvoirs lui appartiennent? Quels devoirs lui
incombent? Tous ces points mettent naturellement aux prises le féminisme
chrétien et le féminisme révolutionnaire. Pour éclaircir le débat, il
n'est que d'exposer les doctrines traditionnelles du premier et les
hardiesses novatrices du second; et après avoir confronté, chemin
faisant, leurs solutions respectives, il nous sera plus facile de
conclure.
I
D'après la philosophie chrétienne, l'homme et la femme, appelés aux
mêmes fins dernières, participant aux fruits de la même rédemption, sont
égaux devant Dieu. Séparez-les pourtant: en l'un ou en l'autre,
l'humanité n'est pas complète. C'est le couple qui la constitue. Et même
lorsque l'union est conclue par les époux et bénie par le prêtre, tout
n'est pas fini. L'oeuvre matrimoniale commence.
Dans la pure doctrine catholique, la solution naturelle et le fruit
parfait du mariage, c'est l'enfant. Et cette doctrine remonte aux
premières traditions bibliques. Dieu, ayant tiré la femme de l'homme,
les unit l'un à l'autre et leur dit: «Croissez et multipliez.» Pour un
chrétien, prendre femme ne va point sans le dessein très ferme de fonder
une famille. Saint Jean Chrysostome a donné aux fidèles de son temps
l'explication de cette haute conception du mariage: «Comprenez-vous le
mystère? D'un seul être, Dieu en a fait deux; puis de ces deux moitiés
réunies, il en a tiré un troisième!»
L'enfant est le lien de chair qui, unissant définitivement le père et la
mère, fait de la famille une indissoluble trinité. Et en lui donnant la
vie, les parents continuent et complètent la création primitive; si bien
qu'on peut dire qu'ils collaborent à l'oeuvre divine. Et puisque Ève est
sortie d'Adam, et que l'homme a été promu le chef de la femme, la
puissance du père devra primer logiquement celle de la mère. Ou mieux,
par une sorte de séparation des pouvoirs, l'autorité respective des
parents devra s'exercer, pour le bien des enfants, sans empiétement ni
conflit, dans le domaine propre que la Providence leur a spécialement
assigné. De là un partage d'attributions, une spécialisation des tâches,
qui, loin d'affaiblir le foyer, met chacun des époux à la place qu'il
faut, pour le plus grand profit de la famille.
Cette théorie ne saurait déplaire, ni aux économistes qui regardent la
division du travail comme une loi générale de l'humanité, ni aux hommes
publics, pour qui l'art de balancer et de modérer les pouvoirs, les uns
par les autres, est le dernier mot de la sagesse politique. Ce qui
achèvera peut-être de les satisfaire tout à fait, c'est que
l'organisation théologique des pouvoirs de la famille, telle que nous
venons de l'exposer succinctement, est, de l'aveu même des savants les
moins suspects de partialité cléricale, en parfaite conformité avec les
vues et les indications de la nature.