CHAPITRE IX

Lettre de Metternich à l'impératrice

Marie-Louise.--Réflexions.--Lettre de la comtesse Brignole à mon

grand-père.--Nouvelles lettres de l'Impératrice au même, dont

plusieurs inédites.--Lettre de M. de la Tour du Pin, ministre de

France à Vienne, au ministre des Affaires étrangères à Paris.

Le 15 août de l'année 1814 est le dernier anniversaire du jour de fête

que l'empereur Napoléon avait choisi, qui avait été célébré si longtemps

par de magnifiques réjouissances, et dont Marie-Louise se souviendra--du

moins ostensiblement--avant d'ensevelir dans l'oubli cette date

fatidique...

Entre les deux lettres datées du même 15 août et que l'Impératrice

écrivit à mon grand-père, elle recevait elle-même du prince Metternich

la réponse qu'elle attendait avec tant d'impatience, réponse ambiguë,

pleine de réticences et d'une franchise plus que problématique, malgré

les protestations et les professions de foi d'entière loyauté de son

auteur.

Voici cette lettre qui a déjà été publiée, mais qu'il ne nous paraît pas

inutile de placer sous les yeux du lecteur:

«Madame!

»Fort des sentiments, de la confiance dont Votre Majesté impériale a

daigné me donner des preuves flatteuses dans plusieurs occasions

décisives, je m'adresse à Elle directement dans une circonstance

infiniment importante pour ses intérêts et ceux du prince son fils.

»Votre Majesté a l'intention de se rendre au commencement de septembre à

Parme. L'Empereur, son auguste père, se propose de lui écrire pour la

dissuader de ce voyage dans le moment actuel. Je prends la liberté

respectueuse de lui en démontrer l'impossibilité.

»La présence de Votre Majesté à Parme, avant la fin du congrès la

mettrait dans un état de compromission perpétuelle. Il serait, d'après

mon intime conviction, même possible qu'elle préjugeât l'état de

possession même du Duché. La branche de la Maison de Bourbon,

anciennement en possession de Parme, se remue beaucoup; elle trouve un

grand appui en France, en Espagne. Le moindre trouble en Italie pourrait

même au delà de ce qu'il est possible de prévoir la favoriser, et la

présence de Votre Majesté dans le moment actuel, et dans la proximité de

provinces provisoirement administrées, peut contribuer à compliquer les

questions d'une manière extrême. Ainsi la cause royaliste et le

jacobinisme peuvent tirer un parti direct d'une démarche qui ne présente

aucune utilité. L'Empereur a donné l'ordre de soulager le Parmesan le

plus possible, en diminuant le nombre de troupes qui pèsent sur lui; il

en faut pour le maintien de l'ordre public, jusqu'à l'époque de

l'organisation définitive, et ce n'est qu'alors que Votre Majesté peut

aller prendre possession de ses domaines.

»Que Votre Majesté se repose sur ma façon de juger dans cette question.

Pénétré du plus vif intérêt pour Elle, je manquerais à un devoir, que je

regarde comme sacré, si je ne lui représentais avec toute la franchise,

qui est dans mon caractère, l'importance qu'Elle daigne revenir ici,

qu'Elle y prenne connaissance de la véritable position des choses chez

Elle, et, qu'à la fin du Congrès qui ne se prolongera pas au delà du

mois de novembre, Elle se rende chez Elle avec une pleine et entière

sécurité.

»Daignez, Madame, agréer l'hommage de mon profond respect.

«Metternich.»

Quand le premier Ministre de l'Empire d'Autriche fait allusion, dans

cette épître, à la franchise bien connue de son caractère, on est tenté

de sourire; mais, quand il affirme à la crédule Marie-Louise qu'au mois

de novembre suivant, le Congrès s'étant dispersé, Elle n'aura plus qu'à

terminer ses préparatifs pour se rendre à Parme et s'y installer, cette

affirmation prend à nos yeux la couleur d'une imposture préméditée. Le

récit des innombrables intrigues dont le Congrès de Vienne devait être

tissé l'a, depuis lors, démontré de la façon la plus évidente, et M. de

Metternich moins que personne, pouvait s'y tromper. La vérité c'est que

les dispositions de Marie-Louise étaient encore hésitantes et douteuses,

et qu'il ne fallait pas lui donner la clé des champs, avant d'avoir

définitivement pris, comme on le dit vulgairement, barre sur elle.

L'Impératrice demeura tout d'abord consternée, mais la langue dorée de

Neipperg contribua bientôt, de tout son pouvoir, à calmer ses alarmes.

C'est ainsi qu'en lui faisant entrevoir, comme la récompense de sa

docilité et de son obéissance aux vues du Cabinet de Vienne, la terre

promise de la Souveraineté de Parme, le général diplomate sut l'amener

insensiblement à tomber dans le piège déshonorant qui lui avait été

tendu.

Sur ces entrefaites la comtesse Brignole adressait, vers la même époque,

à mon grand-père absent, une lettre que nous nous décidons à transcrire

ci-après, pour démontrer que, lorsque Marie-Louise écrivait à ce

dernier, dans les termes d'une confiance et d'un abandon si absolus,

l'Impératrice était sincère et ne jouait pas la comédie.

Lettre de la comtesse Brignole:

«Aix le 18 août 1814 (au soir).

»M. le Baron Corvisart nous quitte et ne me laisse que quelque minutes

pour m'entretenir avec vous, mon aimable ami. Voici une lettre que je

vous prie de remettre à Mme de Montebello qui vous donnera de mes

nouvelles. Rien n'est changé depuis son départ. L'Impératrice paraît

vous désirer beaucoup, et, franchement parlant, je pense que, si vos

intérêts n'en souffrent pas trop, vous ferez bien d'arriver, car vous

pouvez lui être utile. Vous savez que tout se fait à Parme, _sans elle_,

mais en son nom. On lui a même nommé un grand chambellan, qui doit se

rendre à Vienne pour prendre son service auprès de sa nouvelle

Souveraine. Tout bien réfléchi, je suis persuadée qu'elle aura Parme,

mais je ne saurais prévoir quand elle y sera installée. Nous serons

encore à Schönbrunn le 15 octobre; d'ici là nous ferons des courses dans

la belle Suisse. J'avais proposé à Sa Majesté de me laisser attendre son

retour--en Italie--mais elle paraît désirer que je reste auprès d'Elle,

et je n'ai plus de volonté, vous le savez.

»Je n'ai rien à ajouter à ce que M. Corvisart et la Duchesse vous

diront; d'ailleurs le premier me presse et je dois finir. Vous trouverez

des papiers et une lettre qu'on m'a adressés pour vous. Ce pauvre

lapin[42] a été bien malheureux, mais je persiste à ne pas le croire

coupable. La nouvelle organisation exclut, par un article particulier,

tous les étrangers des emplois du Gouvernement de Parme. La douceur

extrême de l'Impératrice pourrait porter cette mesure dans l'intérieur

de sa maison. Dieu fasse au reste qu'une nouvelle guerre ne change la

face de tout; on prétend que le Congrès ne sera pas long.

[42] Nous ignorons totalement quel peut être le personnage

désigné par ce vocable!

»Mille amitiés à Mme de Menval (_sic_). Si vous avez des occasions sûres

écrivez-moi et faites-en prévenir ma bonne Douglas; la meilleure de

toutes serait _vous-même_, mais je crains que cela ne vous paraisse de

l'égoïsme et vous n'auriez pas tort. La personne à laquelle vous avez

écrit, en partant, se porte bien et se conduit sagement; j'ajoute

qu'elle fait beaucoup de cas de vous.

»Adieu bon ami, l'impromptu du docteur ne me laisse que le temps de vous

assurer de mon sincère et tendre attachement.

»A. de B.

»Donnez-moi de vos nouvelles bien détaillées et de vos enfants. Ne

négligez pas vos intérêts à Paris, mais tâchez de nous revenir bien

vite!»

Est-ce à l'Impératrice que madame de Brignole, en terminant sa lettre,

entend délivrer ce certificat de bonne vie et mœurs? Venant de sa part

il ne nous semblerait pas décisif, car la comtesse excellait, en cas de

besoin, dans l'art de fermer les yeux et de ne rien entendre. C'était

d'ailleurs une femme douée d'une intelligence supérieure, une des rares

personnes de son sexe que l'empereur Napoléon ait consenti à employer

dans les négociations--dans celles entre autres avec le Saint-Siège. Mme

de Brignole joignait aux dons de l'esprit un tempérament naturellement

porté vers l'intrigue, tendance qui ne lui aurait pas permis de demeurer

inébranlablement fidèle aux causes que la fortune abandonnait sans

retour. Cette habitude d'intrigue--parfois même innocente, dit mon

grand-père--était devenue un besoin pour cette femme remarquable,

accoutumée à la considération qu'eurent toujours pour elle les hommes

distingués dans tous les partis; mais elle ne trouvait guère d'aliments

auprès d'une princesse qui ne prenait rien sérieusement à cœur.

Aussitôt après avoir reçu du ministre Metternich la lettre décourageante

qui lui fermait, pour un espace de temps encore plus prolongé qu'elle ne

se l'imaginait, l'accès de son duché de Parme, l'impératrice

Marie-Louise écrivait le soir du 15 août, à son fidèle correspondant, la

lettre suivante:

«Aix, ce 15 août 1814 (soir).

»Je viens de recevoir votre lettre du 9 août; je suis vraiment désolée

de la longueur du temps; on reçoit de bien anciennes nouvelles. Je vous

envoie une copie d'une lettre du prince de Metternich qui vous apprendra

la nouvelle que M. Karaczaï m'a rapportée. Je suis bien malheureuse de

l'idée d'être obligée de retourner à Vienne, d'autant plus qu'on ne me

donne _nulle bonne raison_. Je compte donc ne pas aller à Vienne avant

la fin de septembre ou le commencement d'octobre. Je partirai d'ici le 3

ou le 4 septembre, et j'irai à Genève et de là à Berne où je resterai

quinze jours, et une huitaine dans la première ville; après quoi j'irai

à Vienne.

»Si vous venez partager mon exil, je sens tout ce que cela aura de

pénible pour vous; mais en même temps je suis trop égoïste pour ne pas

le désirer. J'ai besoin de vos conseils, de votre conversation; vous

savez toute la confiance que j'ai en vous, et une des idées les plus

douces auxquelles je puisse m'arrêter, dans ce moment, est de vous

garder près de moi.

»Louise.»

Une lettre du 20 août 1814, entièrement de la main de l'impératrice

Marie-Louise, comme toutes celles qui précèdent et celles qui suivront,

a été déjà publiée; elle mérite cependant, croyons-nous, d'être ici

reproduite _in extenso_:

«Aix-en-Savoie, le 20 août 1814 (soir).

»J'ai reçu hier votre lettre du 12 de ce mois, et je vois avec plaisir

que vous en recevez quelques-unes des miennes. Vous aurez déjà sûrement

reçu celle où je vous parlais de la triste réponse que mon père vient de

me faire. Je suis bien touchée de l'offre que vous me faites qu'en toute

circonstance vous êtes décidé à me suivre. J'ai bien besoin de vos bons

conseils, et ils me deviennent, à présent, plus nécessaires que jamais.

Aussi j'espère que j'aurai bientôt le plaisir de vous revoir. Je

voudrais que vous puissiez combiner cela de manière que vous soyez privé

le moins longtemps possible de la société de Mme de M... Je sens comme

cela sera triste, et je crains qu'elle finira par me prendre en grippe.

»J'ai répondu à mon père ainsi qu'au prince Metternich. J'ai fait de

belles phrases à ce dernier sur la confiance que j'avais en lui, et j'ai

surtout appuyé sur la satisfaction que j'éprouvais de la promesse que

l'on me donnait, que je pourrais me rendre à Parme. Il paraît que M.

Magawly y fait des changements sages et réforme bien des abus du

gouvernement provisoire. J'ai reçu là-dessus une longue lettre de M. de

Bausset que je vous communiquerai quand vous reviendrez. Je veux vous

ennuyer de toutes mes affaires, mais il faudra que vous souffriez cet

ennui comme une preuve de la confiance et de l'amitié que j'ai pour

vous.

»J'ai reçu des nouvelles de l'Empereur, du 6 août. Il me dit beaucoup

de bien de vous et me recommande de ne pas croire tout ce que l'on

pourrait me dire contre lui. Il se portait bien, était heureux,

tranquille, et pensait surtout beaucoup à moi et à son fils.

»Je vous prie de me rappeler au bon souvenir de Mme de M..., j'espère

que j'apprendrai bientôt son heureuse délivrance, et je vous avertis que

je veux être la marraine de son enfant.

»Écrivez-moi, je vous prie, bien exactement et croyez à toute mon

amitié.

»Votre très affectionnée,

»Louise.»

On ne peut s'empêcher de remarquer en relisant la fin de cette lettre,

la tranquille indifférence avec laquelle la femme de Napoléon se plaît à

constater que ce dernier lui semble résigné, heureux même

suppose-t-elle, dans sa retraite forcée de l'île d'Elbe! Non contente de

s'être refusée à y rejoindre son époux, elle ne songe même pas seulement

à le plaindre... Elle s'accommode parfaitement, semble-t-il, de leur

séparation prolongée. Oubliant ses serments d'aller le rejoindre et de

lui ramener son fils, Marie-Louise--sans le dire ouvertement--trouvera

presque choquante, un jour, et déloyale, l'évasion du prisonnier de

l'île d'Elbe, et sa tentative de récupérer sa couronne! Tant

d'inconscience explique, sans les excuser, les défaillances successives

de cette princesse. Comme le prétend avec raison en parlant d'elle la

_Revue historique_: «Marie-Louise _ne pensait pas_»; on peut ajouter à

ce jugement que son cœur n'était point organisé d'une façon plus

heureuse que son cerveau, et qu'il fonctionnait tout à fait

défectueusement.

Mon grand-père a cherché, dans ses écrits, à excuser sa souveraine,

autant qu'il l'a pu, et il ne viendra certainement à personne l'idée de

lui en faire un reproche, car elle avait toujours été--comme on l'a

vu--remplie de bonté pour lui. Il aurait eu mauvaise grâce à l'accabler

d'ailleurs, quand Napoléon, même à son lit de mort, s'est montré si

indulgent pour le caractère véritablement ingrat de sa seconde femme. A

près de cent ans de distance, nous n'avons pas les mêmes ménagements à

garder. Nous ne serons point le détracteur de parti-pris de

l'impératrice Marie-Louise, mais encore moins son apologiste. Nous nous

efforcerons de juger sa conduite avec impartialité, en ne disant de

cette souveraine que ce que nous croyons être l'expression de la vérité.

La série des lettres écrites par Marie-Louise à mon grand-père, pendant

les deux mois de congé qu'il était aller passer dans le sein de sa

famille à Paris, tire à sa fin. Nous n'aurons plus que deux lettres

inédites de l'Impératrice à placer sous les yeux de ceux qui ont trouvé

quelque intérêt à les parcourir. La première est datée du 26 août et la

dernière du 30 août 1814. Le 6 septembre mon grand-père se mettait en

route pour aller retrouver Marie-Louise en Suisse. Voici les deux

dernières lettres de cette correspondance assidue:

«Aix, le 26 août 1814.

»Voilà le moment qui s'approche où j'espère que j'aurai le plaisir de

vous revoir; je l'attends avec impatience--vous savez comme j'ai besoin

de vos conseils. Un pressentiment me dit que ce sera à Genève que je

vous reverrai. J'attends avec impatience le journal de voyage dont vous

me parlez--je ne veux cependant pas le lire avant d'avoir achevé le

mien. Je suis sûre qu'il est si bien fait que je serais tout à fait

dégoûtée dans mon entreprise si je voulais en prendre connaissance tout

de suite. Je suis sûre (aussi) que vous crierez contre ma paresse, en

apprenant que je suis toujours encore au pied du glacier des Bossons. Je

crains qu'un de ses nombreux glaçons ne m'ait gelé l'imagination, car,

quand je veux me mettre à l'ouvrage, je me sens un découragement

complet. Cependant je le terminerai avant que de partir d'ici, parce que

je me propose de faire aussi celui de ma tournée en Suisse. Ma santée

(_sic_) a été un peu altérée depuis quelques jours. J'ai eu cinq accès

de fièvre qui m'ont forcée de suspendre les bains. Je les reprendrai

demain jusqu'au 3 et je partirai le 4. Je ne fais plus de si longues

promenades--j'ai fait le serment à la duchesse de ne plus rester aussi

tard et je tiens scrupuleusement à ma parole. Je vous prierai de dire à

M. Ballouhey que j'ai reçu sa lettre du 16 août. Je vous prierai de dire

aussi à la duchesse qu'elle ne s'inquiète pas si elle ne reçoit pas de

lettre par ce courrier--le temps me manque pour lui écrire.

»Je vous prie de croire à toute mon amitié.

»Votre très affectionnée,

»Louise.»

»P.-S.--Je vous prierai de dire aussi à la duchesse que je me suis

décidée de prendre Aly comme valet de chambre coeffeur (_sic_) et que je

crois qu'elle ferait bien de lui faire prendre des leçons et de me

l'envoyer vers le 20 octobre à Vienne; dites-lui que je lui demande bien

pardon de ne pas lui écrire aujourd'hui--ou ne lui parlez plutôt pas de

cette commission, elle pourrait se fâcher de ce que je ne lui écris pas

directement.»

On reste stupéfait de constater chez une femme placée dans la position

de l'Impératrice, au milieu de tant d'épreuves et d'événements

inquiétants, une futilité aussi complète, une application aussi soutenue

à fermer les yeux, comme l'autruche, devant l'angoissant problème de sa

future destinée!

Dernière lettre de l'Impératrice en l'année 1814:

«Aix, le 30 août 1814.

»J'ai reçu vos lettres par M. Amelin, ce matin, et, hier soir, celle où

vous voulez bien m'adresser des vœux pour ma fête. Je suis persuadée

que ce sont de ceux que l'on a faits le plus sincèrement pour moi. Je

suis bien touchée de ce que vous voulez bien me suivre même à Vienne;

croyez que je vous en ai voué une reconnaissance à toute épreuve, car

vous savez que mon amitié vous était acquise depuis longtemps. Je ne

vous réponds pas au long par cette voie, car la poste n'est pas fort

sûre. J'espère au moins qu'on aura la galanterie d'envoyer mes lettres à

leur destination après les avoir lues. Ma santé est beaucoup meilleure;

je prends toujours des bains qui me réussissent assez bien et j'espère

que vous me trouverez engraissée. Je pars décidément le 4 et j'arriverai

le soir à Genève. Je compte y rester le 5, le 6, le 7, le 8 et peut-être

le 9, et je prendrai après la route de Fribourg pour aller à Berne, mais

j'espère vous voir avant mon arrivée dans cette ville. Je crois que je

ferai, à cause de l'acquisition de la Garenne, comme vous me conseillez.

»Je m'empresserai de lire aujourd'hui votre voyage de Chamouny; je suis

sûre qu'il sera charmant. J'ai un peu travaillé au mien hier, mais pas

encore pour l'avancer beaucoup; je crains qu'il ne soit pas encore

achevé à votre retour; d'ailleurs le vôtre me donnera du découragement.

Mes compliments à Mme de M... Je ne lui écris pas aujourd'hui parce que

je n'en ai pas le temps. Je vous prierai donc de la remercier, en mon

nom, des vœux qu'elle a bien voulu faire pour ma fête. Je vous prie de

croire à tous les sentiments d'estime et d'amitié avec lesquels je suis,

»Votre très affectionnée,

«Louise.»

Environ huit jours après, le baron de la Tour du Pin écrivait de son

côté au Ministère des Affaires étrangères à Paris la dépêche suivante:

«Vienne, le 7 septembre 1814.

»Je ne sais si vous êtes informé que M. le comte Neipperg, général

major, a été donné par l'empereur d'Autriche comme surveillant à

l'archiduchesse Marie-Louise, qu'il devait avertir de ne rien faire de

ce qui pourrait ou nuire ou même déplaire au Roi, mais que, surtout, il

devait soigneusement observer l'archiduchesse pour le cas où

elle voudrait aller trouver son mari, et alors--après des

représentations--passer à la défense absolue, si elle persistait...»

Voilà une mission de geôlier bien nettement caractérisée; mais celui qui

l'avait acceptée allait employer des moyens plus doux, et il ne lui

faudra pas beaucoup de temps pour apprivoiser la princesse dont le

gouvernement de l'Autriche venait de le constituer le surveillant et le

vigilant gardien.

Marie-Louise et la cour d'Autriche entre les deux abdications (1814-1815) · 第 17 / 78 题