Così l'agente misterioso che lungo i nervi è l'intermediario fra il

cervello e le parti del nostro organismo, facendosi il messaggero

delle azioni di senso e di movimento, si rivela a noi come un'onda

di negatività, che percorre i cordoni nervosi; così l'attività di

un muscolo, di una glandola, di un organo di senso danno luogo a

variazioni elettriche negative della parte funzionante. Noi riusciamo

inoltre a raccogliere dalla superficie del nostro corpo cangiamenti

elettrici, variazioni di potenziale, come si dice, che corrispondono

col loro avvicendarsi al ritmico battito del cuore. Per contro,

quest'organo centrale della circolazione, quando sia arrestato da

azioni nervose particolari che ne esagerino gli atti ricostitutivi,

a scapito di quelli che sono la base della sua funzione meccanica,

dimostra questi cangiamenti con variazioni elettriche opposte di

carattere positivo.

Come vedete, le oscillazioni elettriche dei tessuti, raccolte e

registrate coi nostri apparecchi, possono esprimere all'esterno

le intime modificazioni chimiche che si svolgono nei più remoti

recessi del nostro organismo, e possono tracciare dei veri ed

autentici rapporti autografici di esse. Sicchè per mezzo della

elettricità animale ci è concesso di possedere una immagine, per

quanto sfumata e vaga di quel ritmo chimico che forma il sottostrato

delle manifestazioni di un essere vivente; o, se volete, un'eco

assai attenuata, ma pur fedele, dell'armonia della vita. E non è

probabilmente lontano il giorno nel quale indagando le correnti

d'azione dei centri nervosi noi sorprenderemo le cellule cerebrali

nella loro attività elaboratrice della sensazione e del movimento.

Ma non facciamoci troppe illusioni, perchè si capisce che in questo

caso non otterremo che la rappresentazione esteriore di uno dei

sintomi dell'atto mentale, come il sorriso che solleva il labbro della

_Gioconda_ del divino Leonardo non è che il simbolo di uno stato

d'animo di quella vaghissima donna. Ma forse che per questo esso

è meno attraente? Forse che esso non ci affascina tanto più quanto

maggiormente è misterioso ed impenetrabile?

_Signore e Signori!_

Un filosofo tedesco, celebre nella storia della elettrofisiologia,

Emilio Du Bois-Reymond, in un suo discorso, accennando alla scoperta

del Galvani, esclamava: «È con orgoglio che l'investigatore della

natura, osservando i fili telefonici che attraversano le nostre

strade e le nostre piazze, si rende conto di quanto hanno fatto tre

generazioni umane di genio e di diligenza, partendo da un sì oscuro

principio,» e si domanda col Gherardi, pensando al parapetto di ferro

sul quale il Galvani fece la sua osservazione: «Se quel parapetto

fosse stato di legno o di pietra, chi può assicurarci che avremmo un

galvanismo.... e tutto il resto?»

Certo è incommensurabile l'importanza della scoperta del Volta, e ne

fanno fede le innumerevoli applicazioni che sono tanta parte ormai

delle nostre manifestazioni materiali ed intellettuali, e che sotto

forma di luce, di calore, di movimento, di trasmissione di energia a

distanza, di utilizzazione di forze naturali, di azioni terapeutiche,

e più ancora di nuove ed efficaci dottrine che simboleggiano in forma

scientifica i fenomeni della natura, in quanto hanno di più recondito,

danno alla nostra vita individuale e sociale un particolare indirizzo.

Ma pur prescindendo dal fatto che senza la rana del Galvani non vi

sarebbe forse stata la pila del Volta, mi sarà lecito di affermare che

anche la elettricità animale, che serve a rivelare l'intimo meccanismo

nutritivo dei più remoti ingranaggi di un organismo vivente è, nelle

mani del biologo, un istrumento di conquista non meno efficace di

quello che maneggiato dal fisico ha contribuito potentemente a dare

un'impronta nuova al secolo che muore. E ciò dobbiamo soprattutto

a quelli italiani che, in sullo scorcio della prima metà di questo

secolo, mentre si preparavano le armi della riscossa nazionale,

ripresero e rinnovellarono gli studi del Galvani, quasi per affermare,

una volta di più, che l'Italia non è e non sarà mai la terra dei morti,

perchè nel nostro paese anche i morti resuscitano a maggior gloria di

tutti!

APPENDICE

LE MONTÉNÉGRO

CONFERENZA DI CHARLES YRIARTE

Quelles que soient les destinées réservées au peuple Monténégrin s'il

garde sa persévérance, sa sagesse et sa valeur; il devra conserver à

jamais un culte et une tendresse profonde pour l'étroite vallée et

le cirque de montagnes où il s'est refugié au moment où les Turcs,

déferlant comme une vague sur les Balkans, ont envahi la vieille

Serbie. Laissez-moi marquer ici à grands traits les étapes de son

histoire.

Dans la grande famille Serbe dispersée par l'invasion, les clans

Monténégrins, dès le moyen-âge avaient déjà eu une sorte d'autonomie,

et sa Dynastie qui régnait sur la Serbie, la famille des Némania, avait

même pris naissance dans la Zéta, qu'ils occupaient alors. Après la

sanglante _Bataille de Kossovo_, d'où date la dispersion, le Prince

Cernovich, incendiant le pays qu'il laissait derrière lui, se retira

avec tout ce peuple en armes dans la montagne noire, la Cernagora. Il

s'arrêta d'abord à Rieka, puis à Cettigné. Les Turcs avancent encore,

ils ont déjà pris Constantinople; la Serbie est à eux toute entière;

ils vont s'efforcer de soumettre ces réfractaires. Ils prendront les

Monténégrins à revers, et après avoir chassé les Vénitiens de Scutari,

Soliman pacha pénétrera jusqu'à Cettigné, qu'il livre aux flammes;

c'est l'apogée de la défaite. Les Monténégrins ont désormais perdu

la riche Zéta, le Brda, le Lac de Scutari, deux cents kilomètres de

rivage sur l'Adriatique; et les quatre montagnes rocheuses où ils ont

transporté leurs foyers sont tout leur domaine. Ce sera leur citadelle,

ils y conserveront toujours vivante la flamme du patriotisme, la

confiance dans leur destinée et une énergie indomptable. Alfieri fait

dire à un peuple qui gémit sous le joug: «_Esclaves.... oui, nous

le sommes, mais esclaves toujours frémissants._» Les Monténégrins

n'accepteront jamais le joug; depuis Kossovo, en 1356, jusqu'à la

prise d'Antivari et de Dulcigno en 1878: ce peuple décimé vivra dans

une alerte continuelle, la main sur le kandjiar. C'est avec le premier

des Pétrovich, Danilo, à la fin du 17^e siècle que commence l'ère des

grandes batailles décisives; jusque là, ce sont des incursions rapides,

des razzias, des surprises; les montagnards fondent sur l'ennemi, ils

l'envahissent, prennent des territoires, les perdent pour les reprendre

encore, et harcèlent sans cesse. Mais tel sera désormais l'effort vers

la rédemption et si terrible l'énergie de ce peuple indomptable, que de

grands empires, la Russie et l'Autriche, voient en eux des auxiliaires

hardis, et lui proposent des alliances.

Pierre-le-Grand s'avance le premier: «L'histoire (dit-il dans son

message), nous a appris que vos anciens rois, vos princes, étaient

hautement révérés comme appartenant au noble sang slave, et que les

triomphes de leurs armes les ont rendus célèbres par toute l'Europe

jusqu'au jour fatal de leur défaite. Rendez vous dignes de cette

gloire, imitez vos illustres ancêtres; combattez pour la foi, la

patrie, la gloire, l'honneur, pour votre liberté, votre indépendance et

celle de vos fils.»

On combat en effet. L'année suivante à Carlevatz trente mille Turcs

restent sur le champ de bataille; le Musulman recule; on respire

pendant quelques années, on organise et on vit sans combattre, mais

sans désarmer. Mais prenant sa revanche, l'éternel ennemi attaque

de trois côtés à la fois avec cent-vingt-mille combattants dont les

Monténégrins vont triompher à la journée de Cevo.

Les Pétrovich ont la vie dure; le premier vient de régner soixante ans,

celui qui lui succédera dans l'histoire, Pierre I^er, est un saint et

un héros. Dès les premières années de son règne, Marie Thérèse, étonnée

à son tour de l'énergie et de la persévérance du peuple Monténégrin,

inaugure vis-à-vis de la Cernagora une politique, que n'ont que trop

bien suivi ses successeurs. Le second Pétrovich reçoit son ambassadeur,

et Radonicht, délégué Monténégrin, ira à Vienne même dicter les

conditions du traité d'alliance que l'Impératrice a proposé. Les

conditions du Monténegro sont fières.

«L'alliance sera offensive et défensive; nul servage en échange.

— Si le territoire Serbe venait à être délivré des Turcs, la

Zéta supérieure, Podgoritza, Spuz, Zabliac, le Piperi, la Brda et

l'Herzégovine seraient réunis au Monténegro qui pourra battre monnaie.

Aussitôt que le Cabinet d'Autriche sera en guerre avec la Porte, S. M.

Impériale enverra la poudre, le plomb et les armes. Si l'Autriche fait

la paix avec la Porte, les Monténégrins seront compris dans le traité.»

Après trois ans de combats et de fortunes diverses, les Autrichiens

acceptent la paix; mais comme le territoire n'a pas été délivré des

Turcs: les concessions promises par l'Autriche au Monténégro sont

lettre morte.

Pierre I^er ne se décourage point, et les Monténégrins vont attaquer

tout seuls; ils défont les Turcs sur le Lac de Scutari, dans un combat

naval et plus tard dans une rude bataille où Mohammed pacha trouve la

mort, et l'impression est telle à Constantinople que l'indépendance

pour laquelle les peuples Monténégrins ont versé tant de sang depuis

Kossovo est enfin reconnue.

Mais un nouvel ennemi, plus puissant encore, s'avance. Les Français

sont en Dalmatie; Pierre va se mesurer avec les lieutenants de

Napoléon: avec Lauriston d'abord qu'il défait, puis avec Marmont duc de

Raguse qu'il tient en échec.

Pris d'enthousiasme, le Czar Paul I^er, reprend la tradition de

Pierre-le-Grand, envoie ses présents et ses insignes à tous les

Voivodes, et alloue au Prince un subside de neuf mille ducats annuels.

Mais en acceptant simplement un appui noblement offert, le Vladika

Pierre n'a abdiqué aucun de ses droits; le gouvernement Russe s'étant

un jour immiscé dans l'administration ecclésiastique de la Principauté,

le gouverneur Vuk Radonitch et tous les serdars, voivodes, kneze,

porte-enseignes, prêtres, nobles et autres autorités protestent

respectueusement, mais avec une singulière fermeté.

«Le peuple du Monténegro et de la Brda (dit Radonitch), n'est

aucunement sujet à l'empire Russe, il se trouve seulement sous sa

protection morale, parce qu'il est de la même race, et parce qu'il a

la même foi; mais par aucune autre raison. Nous avons attachement et

fidélité et nous voulons garder ces sentiments éternellement, mais nous

défendrons de toutes nos forces la liberté dont nous avons hérité de

nos prédécesseurs, et nous mourrons plutôt l'épée à la main, que de

subir une servitude honteuse d'une puissance quelconque.»

Pierre I^er le Saint, pouvait seul faire entendre un tel langage au

Czar de toutes les Russies. Ce Vladika, qui règne pendant quarante-huit

ans, n'a connu que des victoires; il fut aussi un civilisateur, et

reste le vrai héros de la Dynastie. Sur la hauteur qui domine Cettigné,

là où se dresse le monument que la piété d'une Monténégrine devenue

Princesse Italienne a dessiné de sa propre main en souvenir de Danilo,

fondateur de la dynastie des Pétrovich, on voudrait voir s'élever la

statue du vainqueur de Kara Mahmoud et le rival heureux de Marmont duc

de Raguse.

La grande tâche n'est pas achevée; après dix ans du règne de Pierre

II, grand poète, pacificateur, qui s'applique à adoucir les mœurs et à

propager l'instruction tout en tenant l'épée d'une main ferme; un fait

important au point de vue du gouvernement va s'accomplir. Jusqu'ici se

confondent dans la personnalité qui dirige et qui règne, le caractère

sacré du Vladika et celui du Prince. Pour devenir Vladika, évêque, il

faut être moine et renoncer au mariage; Danilo I^er qui devait comme

successeur et neveu de Pierre II assumer ce double caractère, avait

fait ses études à S^t Pétersbourg; il renonça à l'église, et inaugura

le pouvoir séculier. Ce règne est court, il finit par un évènement

lugubre, l'assassinat du souverain, victime d'un fanatique: mais il

reste encore inoubliable, car Danilo a la gloire d'avoir protesté

devant l'Europe contre la Turquie, relevée par la guerre de Crimée,

qui a osé dans un document parler du Monténegro comme d'une province

Turque: et aussi, deux années après son avènement, il conduit ses

troupes à Grahovo et met en déroute l'armée Turque dans une bataille

qui eut de tels résultats, qu'on la regarde encore comme la revanche de

Kossovo.

Quand Danilo tombe sous le coup d'un assassin, le prince qui règne

aujourd'hui, Nicolas I^er, son neveu, fils de ce Mirko, le héros de

Giahovo, quitte à la hâte Paris où il achève ses études au Collège

Louis-le-Grand et assume le pouvoir. Il n'a pas encore vingt ans,

mais les Monténégrins, mûris par l'exemple, avant vingt ans sont des

hommes. Chacune des étapes de ce règne, auquel il faut souhaiter la

durée de celui du premier Pétrovich, est marqué par un effort pour

l'indépendance, un progrès dans la culture, une négociation heureuse,

en même temps que Medun, Danilograd, Martinch, Rasina-Clavica,

Nicksich, Antivari et Dulcigno; sont autant de noms de victoires coup

sur coup remportées, qui forcent l'Europe à compter avec le Monténégro.

Le pays ne sera plus réduit à sa plaine étroite et aux quatre

montagnes; vers la vieille Servie il a des plaines fertiles; la Zéta,

la Brda lui appartiennent, il a pris de l'essor du côté de Scutari, et

les princes aux longs règnes ont fini par tailler à coup d'épée dans la

terre Serbe une principauté nouvelle. Cette principauté cependant n'est

point encore le prix du sang, ni le territoire sur lequel on régnait

cinq siècles auparavant. Berlin a effacé San Stefano. Depuis lors on

s'est réfugié dans le travail sans sacrifier ses espérances: l'ère

de la paix est celle des progrès, et une grande œuvre est accomplie.

Le Soldat s'est fait Législateur, le code monténégrin est promulgué.

Un juriste fameux, Bogisïc, sous l'inspiration du Prince, a recueilli

les règles du Droit coutumier, appliquées naïvement jusque là par le

peuple. Cette sagesse du Prince, cette prudence alliées à une énergie

qui n'abdique point; ont eu leur récompense dans de grandes alliances

qui n'ont pas eu seulement la politique et l'intérêt pour base, mais

qui se trouvaient d'accord avec les raisons du cœur.

*

* *

Quelles seront les habitudes, les tendances, l'aspect, le caractère

d'un peuple dont l'histoire n'est qu'une longue «vendetta» et une

perpétuelle revendication?

Le voyageur qui aborde le Monténégro par les bouches de Cattaro, après

avoir gravi les soixante lacets taillés dans le roc qui donnent accès à

la Montagne Rocheuse, s'avance désormais vers Niégouz et Cettigné sans

rouler comme autrefois sur sa selle avec les pierres du chemin. L'homme

a dompté la nature; des routes nouvelles donnent un accès facile

jusqu'à la frontière de Serbie; l'extension de la carte du pays a fait

la vie moins rude. Si la montagne est aride de Cattaro à la plaine,

le pays frontière de la vieille Serbie est fertile: quelques parties

sont même riantes comme une petite Brianza. La Zéta, Vassoacwitz,

Kolaschi, Niksich, et les bords du lac de Scutari, sont des lieux

pleins d'aménité, qui contrastent avec la montagne.

On sait que la terre donne peu de blé, mais le maïs abonde, comme la

pomme de terre, et la sécheresse est toujours le grand ennemi. Au fond

le pays est surtout pastoral et partout où la montagne est verte, le

grand et le petit bétail abondent; aux temps héroïques les clans se

disputaient tel ou tel revers de montagne, où la verdure était grasse

et épaisse.

C'est par le bétail que le Monténégrin vit et s'enrichit; par le tabac,

par le sumak, cet arbuste dont la feuille sert à la tannerie tandis que

son bois est utile à la teinture, par les pêcheries de Stekline au lac

de Scutari, qui produit une sorte de sardine très demandée en Albanie

et qui s'écoule aussi dans l'Italie méridionale et en Serbie.

De ces divers produits, le tabac est le plus avantageux, régulièrement

vendu par le gouvernement à la régie autrichienne qui y trouve son

compte. Mais l'empire d'Autriche a fermé sa nouvelle frontière au

bétail Monténégrin, et établi des cordons infranchissables, il fait

une guerre de tarifs à outrance. Tout bœuf qui passe la frontière paie

dix-huit florins de droits — c'est-à-dire — presque autant que le

prix de l'animal même. Il a fallu s'ingénier, chercher des nouveaux

débouchés. En Italie, à Brindisi et Bari; à Marseille, où s'est créé

une Chambre de commerce.

Au point de vue industriel, les scieries mécaniques fonctionnent là où

l'eau abonde, comme aussi la meunerie, pour la farine. Une fabrique

d'armes pourvoit sinon à l'armement au moins à son entretien, et

les routes, sans parler de la grande voie qui de Cattaro se continue

jusqu'à Pogdoritza, sont amorcées partout à la fois, en même temps que

les anciens forts turcs des Iles de Scutari, démantelés, permettent

un service régulier entre Rieka et Scutari. Un service de poste, très

sérieusement établi, sévèrement surveillé, et d'une parfaite régularité

facilite les relations et les échanges.

*

* *

Voyons l'homme dans le Pays. Toujours soldat au fond, le Monténégrin

est resté fier et d'aspect réservé; riche ou pauvre, il a de la dignité

dans l'accueil et exerce l'hospitalité avec simplicité, son type est

noble et grave. Comme nous nous étonnions de voir dans un clan tant

d'hommes de belle allure, un chirurgien militaire nous fit observer que

la nature ici, fait sa sélection l'hiver, dans la montagne; les faibles

s'en vont, les forts restent seuls et grandissent. Le peuple est

pasteur, agriculteur, éleveur et la culture de la terre ennoblit: il a

horreur du petit commerce, et des petits métiers assis, les brodeurs,

les vendeurs. Il fait fi de certains travaux manuels, ne porte pas

volontiers de fardeaux et laisse les petits négoces aux Albanais venus

de Scutari. Il aime passionnément la musique, les récits faits à voix

basse, il murmure d'une voix gutturale des chants épiques d'un rhytme

triste et d'un ton voilé.

On connait le costume du Pays, élégant, de couleur claire avec quelques

taches sonores, et complété par des armes brillantes.

L'arme exerce sur le Monténégrin une séduction irrésistible, il ne

se sépare jamais de son arsenal. Un fusil, un revolver nouveau modèle

l'enchante, il les convoite et les admire. L'enfant lui-même dès qu'il

est armé se redresse plus fier. Quand j'étais là, on s'efforçait de

recruter une bande de petits musiciens; mais souffler sans gloire

dans un turlututu, et marcher sans fusil à l'épaule ou sans pistolet

à la ceinture répugnait à ces adolescents. On les arma d'un Martini,

et le clairon retentit bientôt dans la montagne. Il est singulier que

toujours armé ainsi, le sang ne coule presque jamais, et les prisons

soient presque vides. Le Pays n'a pas de pauvres, la sobriété est la

règle, l'ivresse est très rare, la porte du logis peut toujours rester

ouverte, car le vol est honteux et impossible par l'absence absolue du

réceleur.

Avec le temps, grâce aux princes qui s'y sont tous appliqué, une

certaine férocité native — reste d'atavisme des époque épiques,

et des combats des ancêtres, qui se développait par les luttes

nouvelles soutenues par chaque génération — peu à peu s'est apaisée et

attendrie. La _Vendetta_, cette plaie des familles, passe au domaine de

l'histoire, comme aussi cette habitude chez les Monténégrins, à l'âge

où on croit à l'amitié éternelle, de se choisir un frère de sang, un

_Pobratim_, union touchante de deux jeunes hommes, qu'aucun lien de

famille unit, qui échangent leur sang et leurs armes en récitant la

prière «_l'Adelfo poisio_» devant le prêtre, et jurent de périr l'un

pour l'autre, et de s'entr'aider même au péril de leur vie. Quand

le pouvoir central existe, c'est la loi qui doit venger l'injure, la

_Vendetta_ est donc devenu un crime. Quant au _Pobratimat_ un voyageur

poète peut le regretter. Mais il faut considérer que contracté entre

deux Monténégrins de deux clans différents entraînait souvent deux

levées de boucliers et déchaînait les luttes fratricides. La vengeance

aujourd'hui est l'œuvre de la justice.

*

* *

La Monténégrina, montagne ou plaine, est-elle belle? ou simplement

jolie? — Un Français répondrait: elle est bien pire. Elle a de l'Orient

l'expression grave qui inspire le respect, une grâce touchante, une

absence complète d'affeterie ou de manière, un teint mat, qui chez la

femme riche ou aisée que la bise et le hâle n'ont pas flétri, garde

souvent une belle pâleur d'ivoire, souvent frêle et délicate, sous des

apparences de faiblesse son énergie a fait de la femme l'auxiliaire de

l'homme dans les combats.

Chez les paysannes de nos champs la démarche est souvent lourde, le

geste gauche, l'expression dénuée de pensée et les yeux sans flamme:

la Monténégrine a souvent dans le regard comme un reflet de la poésie

des légendes de sa patrie, de la tristesse d'une race qui a longtemps

lutté et souffert. Cermak, l'artiste serbe, un patriote qui chaque fois

le Monténégrin passait la frontière et se soulevait contre le joug,

abandonnait Paris pour courir au danger, nous revint un jour mutilé de

la Cernagora, a bien fixé son image et l'a associée aux actes virils de

revendication dans des toiles pleines de talent.

Ferogio, un Italien qui vivait aussi parmi nous, a recueilli tous les

types et illustré tous les actes de la vie du peuple, et mieux que

personne a montré la beauté de la silhouette, les fières attitudes, le

geste simple et toujours noble de la population rurale ou montagnarde.

La femme monténégrine cependant, est douce, résignée, fidèle; tout son

horizon est au foyer, on ne la voit au bras de l'époux que les jours

de fête, elle attend un mot ou un signe, elle le devine et ose à peine

le prévenir. Si on s'en tenait aux apparences on dirait que l'homme, à

côté du respect, lui inspire la crainte, et dans le recueil des dictons

Monténégrins d'un autre âge, qui s'appliquent à la femme, quelques

uns ne sont pas à la louange de l'homme. On reproche aux Monténégrins

du peuple son indolence aux durs travaux, sa tendance à laisser à sa

compagne ceux qui sont les plus pénibles; et les yeux du voyageur au

détour de la route, dans la montagne ou dans la plaine, sont parfois

attristés en les voyant plier sous de lourds fardeaux.

Mais cette femme est respectée et protégée par le droit coutumier,

devenu code civil, plus qu'en aucun pays de l'Europe. Le voyageur

de la Ballade de Schubert, celui «qui passe en chantant et qui part

sans regret», s'il pénétrait dans la famille rurale, assisterait à un

spectacle vraiment touchant. Qui n'a vu chez les peuples qui se piquent

de tenir la tête de la civilisation, à la mort du chef de la famille,

sous la loi du Majorat, ou même dans les maisons moins fortunées, la

veuve en cheveux blancs s'en aller solitaire, et laisser à son fils

et à sa jeune épouse le foyer où sa vie s'est écoulée, dans un luxe

devenu une habitude, dans une affection devenue un besoin? Qui n'a

rencontré sur sa route, surtout dans votre beau pays, où ceux dont

la vie est solitaire essaient de combler par la vue des chefs-d'œuvre

et la clemence du climat, le vide d'une existence, sans amour et sans

hyménée, — une sœur qui a quitté elle aussi le foyer de son frère?

Ici, la loi est la communauté; le père est le chef, chacun doit son

travail à la famille toute entière et la part de chacun est la même.

Tout appartenant à tous, chacun a droit à tout son entretien, et puise

par part égale au bien commun. Si l'un des membres commet un délit

et une faute, tous le réparent, et paient l'amende — sauf à mettre au

compte du coupable, au jour du partage, le dommage qu'il a causé.

Cependant le _Pécule_ est personnel à l'individu, et nous entendons,

par pécule, tout résultat d'un travail fait à moments perdus et

autorisé par tous, comme aussi tout profit qui est acquis sans travail,

c'est-à-dire, un don du père retiré de la communauté après avoir pris

ce qui lui revient en partage et dont il dispose à son gré, un don du

Prince, une arme, une étoffe, une somme d'argent, tout gain enfin qui

est le résultat soit de hasard, soit de la sympathie inspirée, soit

d'une action méritoire et personnelle.

La vita Italiana nel Risorgimento (1831-1846), parte 3 Seconda serie - Lettere, scienze e arti · 第 5 / 6 段