[Résumé]
De pratiquement anglophone à ses débuts, le web devient multilingue.
Consultant en marketing internet de produits et services de traduction,
Randy Hobler écrit en septembre 1998: "Comme l’internet n’a pas de
frontières nationales, les internautes s’organisent selon d’autres
critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des
communautés virtuelles, par exemple ce que j’appelle les "nations des
langues", tous ces internautes qu’on peut regrouper selon leur langue
maternelle quel que soit leur lieu géographique. Ainsi la nation de la
langue espagnole inclut non seulement les internautes d’Espagne et
d’Amérique latine, mais aussi tous les Hispanophones vivant aux
Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc." Professeur
d’espagnol en entreprise et traductrice, Maria Victoria Marinetti
ajoute en août 1999: «Il est très important de pouvoir communiquer en
différentes langues. Je dirais même que c’est obligatoire, car
l’information donnée sur le net est à destination du monde entier,
alors pourquoi ne l’aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans
la langue que nous souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de
vaste choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?»
[En détail]
De pratiquement anglophone à ses débuts, le web devient multilingue.
Consultant en marketing internet de produits et services de traduction,
Randy Hobler écrit en septembre 1998: "Comme l’internet n’a pas de
frontières nationales, les internautes s’organisent selon d’autres
critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des
communautés virtuelles, par exemple ce que j’appelle les "nations des
langues", tous ces internautes qu’on peut regrouper selon leur langue
maternelle quel que soit leur lieu géographique. Ainsi la nation de la
langue espagnole inclut non seulement les internautes d’Espagne et
d’Amérique latine, mais aussi tous les Hispanophones vivant aux
Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc."
Bruno Didier, webmestre de la Bibliothèque de l’Institut Pasteur, écrit
en août 1999: "Internet n’est une propriété ni nationale, ni
linguistique. C’est un vecteur de culture, et le premier support de la
culture, c’est la langue. Plus il y a de langues représentées dans leur
diversité, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne pense pas
qu’il faille justement céder à la tentation systématique de traduire
ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les échanges
culturels passent par la volonté de se mettre à la portée de celui vers
qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l’appréhension de sa
langue. Bien entendu c’est très utopique comme propos. Concrètement,
lorsque je fais de la veille, je peste dès que je rencontre des sites
norvégiens ou brésiliens sans un minimum d’anglais."
L’anglais reste en effet prépondérant et ceci n’est pas près de
disparaître. Comme indiqué en janvier 1999 par Marcel Grangier,
responsable de la section française des services linguistiques centraux
de l’Administration fédérale suisse, "cette suprématie n’est pas un mal
en soi, dans la mesure où elle résulte de réalités essentiellement
statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette
langue, etc.). La riposte n’est pas de "lutter contre l’anglais" et
encore moins de s’en tenir à des jérémiades, mais de multiplier les
sites en d’autres langues. Notons qu’en qualité de service de
traduction, nous préconisons également le multilinguisme des sites
eux-mêmes. La multiplication des langues présentes sur internet est
inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges multiculturels."
C'est aussi l'avis de Maria Victoria Marinetti, professeur d’espagnol
en entreprise et traductrice, qui écrit en août 1999: "Il est très
important de pouvoir communiquer en différentes langues. Je dirais même
que c’est obligatoire, car l’information donnée sur le net est à
destination du monde entier, alors pourquoi ne l’aurions-nous pas dans
notre propre langue ou dans la langue que nous souhaitons lire?
Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce
serait contradictoire, pas vrai?"
Professeur en technologies de la communication à la Webster University
de Genève, Henri Slettenhaar insiste également sur la nécessité de
sites bilingues, dans la langue originale et en anglais. "Les
communautés locales présentes sur le web devraient en tout premier lieu
utiliser leur langue pour diffuser des informations, écrit-il en
décembre 1998. Si elles veulent également présenter ces informations à
la communauté mondiale, celles-ci doivent être aussi disponibles en
anglais. Je pense qu’il existe un réel besoin de sites bilingues. (...)
Mais je suis enchanté qu’il existe maintenant tant de documents
disponibles dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire
l’original avec difficulté plutôt qu’une traduction médiocre."
En août 1999, il ajoute: "A mon avis, il existe deux types de
recherches sur le web. La première est la recherche globale dans le
domaine des affaires et de l’information. Pour cela, la langue est
d’abord l’anglais, avec des versions locales si nécessaire. La seconde,
ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les
plus reculés. Si l’information est à destination d’une ethnie ou d’un
groupe linguistique, elle doit d’abord être dans la langue de l’ethnie
ou du groupe, avec peut-être un résumé en anglais."
En été 2000, les usagers non anglophones atteignent puis dépassent la
barre des 50%. Ce pourcentage continue ensuite d'augmenter, comme le
montrent les statistiques de la société Global Reach, mises à jour à
intervalles réguliers. Le nombre d’usagers non anglophones est de 52,5%
en été 2001, 57% en décembre 2001, 59,8% en avril 2002, 64,4% en
septembre 2003 (dont 34,9% d’Européens non anglophones et 29,4%
d’Asiatiques) et 64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d’Européens non
anglophones et 33% d’Asiatiques).