1974: INTERNET

[Résumé]

Apparu en 1974, l'internet se développe rapidement à partir de 1983.

L'internet est un vaste réseau informatique opérant à l'échelle

mondiale et reliant une multitude de sous-réseaux au moyen d'un même

protocole (IP: internet protocol), ce protocole permettant à des

ordinateurs différents de communiquer entre eux. Le réseau internet

regroupe les réseaux publics, réseaux privés, réseaux commerciaux,

réseaux d’enseignement, réseaux de services, etc., opérant à l’échelle

planétaire pour offrir d’énormes ressources en information,

communication et diffusion. Vinton Cerf est souvent appelé le père de

l’internet parce qu’il crée en 1974 (avec Bob Kahn) le protocole TCP/IP

(transmission control protocol / internet protocol), à la base de tout

échange de données. En 1992, Vinton Cerf fonde l'Internet Society

(ISOC), un organisme international visant à promouvoir le développement

de l'internet. Quelque trente ans après les débuts de l'internet, "ses

trois pouvoirs - l'ubiquité, la variété et l'interactivité - rendent

son potentiel d'usages quasi infini" (Le Monde, 19 août 2005).

[En détail]

Apparu en 1974, l’internet est d’abord un phénomène expérimental

enthousiasmant quelques branchés. A partir de 1983, il relie les

centres de recherche et les universités. Suite à l’apparition du web en

1990 et du premier navigateur en 1993, il envahit notre vie

quotidienne. Les signes cabalistiques des adresses web fleurissent sur

les livres, les journaux, les affiches et les publicités. La presse

s’enflamme pour ce nouveau médium. La majuscule d’origine d’Internet

s’estompe. Internet devient l’internet, avec un "i" minuscule. De nom

propre il devient nom commun, au même titre que l’ordinateur, le

téléphone, le fax et le minitel. La même remarque vaut pour le World

Wide Web, qui devient tout simplement le web.

Mais comment définir l'internet autrement que par ses composantes

techniques? Sur le site de l’Internet Society (ISOC), organisme

international coordonnant le développement du réseau, A Brief History

of the Internet propose une triple définition. L’internet est: (a) un

instrument de diffusion internationale, (b) un mécanisme de diffusion

de l’information, (c) un moyen de collaboration et d’interaction entre

les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation

géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe,

téléphone, radio, ordinateur), l’internet révolutionne de fond en

comble le monde des communications. Il représente l'un des exemples les

plus réussis d’interaction entre un investissement soutenu dans la

recherche et le développement d’une infrastructure de l’information,

dans le cadre d’un réel partenariat entre les gouvernements, les

entreprises et les universités.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), organisme international

de normalisation du web, Bruce Sterling décrit le développement

spectaculaire de l’internet dans Short History of the Internet.

L’internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires et les

télécopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre de

machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control

protocol / internet protocol) a doublé depuis 1988. D’abord présent

dans l’armée et dans les instituts de recherche, l’internet déferle

dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il est

également pris d’assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s’intéresse aux raisons pour lesquelles on se connecte à

l’internet. Une raison majeure lui semble être la liberté. L’internet

est un exemple d’"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n’y a

pas de société régissant l’internet. Il n’y a pas non plus de censeurs

officiels, de patrons, de comités de direction ou d’actionnaires. Toute

personne peut parler d’égale à égale avec une autre, du moment qu’elle

se conforme aux protocoles TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas

sociaux ni politiques mais strictement techniques. Malgré tous les

efforts des "dinosaures" politiques et commerciaux, il est difficile à

quelque organisme que ce soit de mettre la main sur l’internet. C’est

ce qui fait sa force.

On y voit aussi une réelle solidarité. Christiane Jadelot, ingénieur

d’études à l’INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue

française), relate en juin 1998: "J’ai commencé à utiliser vraiment

l’internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s’appelait Mosaic.

J’ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans ses

connaissances en informatique et linguistique, littérature... Tous les

domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en

consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l’on trouve. J’ai

surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers,

de connexion à distance. J’avais à cette époque des problèmes avec un

logiciel qui s’appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées

à ce que je voulais faire. J’ai tenté ma chance et posé la question

dans un groupe de News approprié. J’ai reçu des réponses du monde

entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon

problème!"

En janvier 1998, lors d’un entretien avec Annick Rivoire, journaliste

du quotidien Libération, Pierre Lévy, philosophe, explique que

l'internet ouve la voie à une forme d'intelligence collective: "Les

réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences,

nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que

toutes les différences, les singularités se relancent les unes les

autres, entrent en complémentarité, en synergie."

D’après Timothy Leary, philosophe adepte du cyberespace dès ses débuts,

le 21e siècle verrait l’émergence d’un nouvel humanisme, dont les

idées-force seraient la contestation de l’autorité, la liberté de

pensée et la créativité personnelle, le tout soutenu et encouragé par

la vulgarisation de l’ordinateur et des technologies de la

communication. Dans son livre Chaos et cyberculture (éditions du

Lézard, 1998), il écrit: "Jamais l’individu n’a eu à sa portée un tel

pouvoir. Mais, à l’âge de l’information, il faut saisir les signaux.

Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd’hui, le

rôle du philosophe est de personnaliser, de populariser et d’humaniser

les concepts informatiques, de façon à ce que personne ne se sente

exclu."

Outre ce changement radical dans la relation information-utilisateur,

on assiste à une transformation radicale de la nature même de

l’information. L’information contenue dans les livres reste la même, au

moins pendant une période donnée, alors que l'internet privilégie

l’information la plus récente qui, elle, est en constante mutation.

Vinton Cerf co-invente avec Bob Kahn en 1974 le protocole TCP/IP, à la

base de tout échange de données sur le réseau. Sur le site de

l'Internet Society (ISOC), qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le

développement de l’internet, il explique: "Le réseau fait deux choses

(...): comme les livres, il permet d’accumuler de la connaissance.

Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation

avec d’autres informations. Alors que, dans un livre, l’information est

maintenue isolée."

Les technologies et le livre pour tous · 第 11 / 45 题