SCENE XIII

PIERRE BELVAL, BARDICHON

BARDICHON, à la cantonade

Quel escalier; jamais je ne m'habituerai à cette sacrée machine-là.

Vous grimpez ça comme un écureuil, vous!... Ouf!

BELVAL

Vous aviez hâte de rentrer; vous voyez que nous ne sommes pas en

retard: le couvert n'est pas encore mis.

BARDICHON

Il ne faut pas trop la délaisser, cette pauvre Andrée.

BELVAL, souriant

Comment, Bardichon, c'est vous qui me prêchez l'assiduité au foyer

conjugal? (Lui donnant une tape affectueuse sur l'épaule). Vous

vieillissez, mon cher!

BARDICHON

Mais, oui, je vieillis. Et vous aussi, Belval.

BELVAL, protestant

Ah!

BARDICHON

Un an chaque année, mon ami. Comme tout le monde!... (il s'asseoit) Ca

file très vite. Vous verrez quand nous serez comme moi...

BELVAL, allumant une cigarette

Mais, vous n'êtes pas si vieux, voyons.

BARDICHON

La retraite a sonné... l'heure des inutiles regrets aussi... Ah, si

j'avais votre âge!

BELVAL

Eh bien! qu'est-ce que vous feriez?

BARDICHON

Ce que vous avez fait: Je fonderais un foyer.

BELVAL, riant

Mais si j'en crois la légende il me semble que vous avez pas mal bâti

de foyers.

BARDICHON

Oui, mais je les ai démolis l'un après l'autre.

BELVAL

C'est qu'au moment vous aviez sans doute de bonnes raisons pour le

faire.

BARDICHON

Pour faire des bêtises on trouve toujours d'excellentes raisons.

(Andrée entre)

Le Sentier · 第 13 / 15 章