PIERRE BELVAL, BARDICHON
BARDICHON, à la cantonade
Quel escalier; jamais je ne m'habituerai à cette sacrée machine-là.
Vous grimpez ça comme un écureuil, vous!... Ouf!
BELVAL
Vous aviez hâte de rentrer; vous voyez que nous ne sommes pas en
retard: le couvert n'est pas encore mis.
BARDICHON
Il ne faut pas trop la délaisser, cette pauvre Andrée.
BELVAL, souriant
Comment, Bardichon, c'est vous qui me prêchez l'assiduité au foyer
conjugal? (Lui donnant une tape affectueuse sur l'épaule). Vous
vieillissez, mon cher!
BARDICHON
Mais, oui, je vieillis. Et vous aussi, Belval.
BELVAL, protestant
Ah!
BARDICHON
Un an chaque année, mon ami. Comme tout le monde!... (il s'asseoit) Ca
file très vite. Vous verrez quand nous serez comme moi...
BELVAL, allumant une cigarette
Mais, vous n'êtes pas si vieux, voyons.
BARDICHON
La retraite a sonné... l'heure des inutiles regrets aussi... Ah, si
j'avais votre âge!
BELVAL
Eh bien! qu'est-ce que vous feriez?
BARDICHON
Ce que vous avez fait: Je fonderais un foyer.
BELVAL, riant
Mais si j'en crois la légende il me semble que vous avez pas mal bâti
de foyers.
BARDICHON
Oui, mais je les ai démolis l'un après l'autre.
BELVAL
C'est qu'au moment vous aviez sans doute de bonnes raisons pour le
faire.
BARDICHON
Pour faire des bêtises on trouve toujours d'excellentes raisons.
(Andrée entre)