des propriétés narcotiques très-puissantes et même dangereuses. On en
cultive plusieurs espèces: la plus brillante est le _pavot oriental_,
dont les fleurs, d’un rouge éclatant, atteignent une grandeur
extraordinaire. C’est de cette espèce, ainsi que nous l’avons dit dans
la BOTANIQUE, que l’on tire l’opium, poison d’un grand prix, et dont
les effets sont si singuliers ou si terribles, selon les doses qu’on en
absorbe. Pris à dose modérée, l’opium exalte au plus haut degré toutes
les facultés intellectuelles: sous l’influence de cette substance, on
vit en quelque sorte dans un monde nouveau et tout rempli de prodiges
dont, à l’état normal, il serait impossible de se faire l’idée; l’homme
d’une élocution difficile devient éloquent; le plus illettré est poète;
quelques-uns parlent des langues qu’ils n’ont jamais apprises, qu’ils
possèdent comme par intuition tant que l’influence de l’opium est dans
sa force, et qu’ils oublient entièrement lorsque vient la réaction.
Cette réaction est terrible: le regard s’éteint; une pâleur livide
succède à l’animation du visage; les sens s’affaiblissent d’autant plus
que la surexcitation qu’ils viennent d’éprouver a été plus violente,
et le malheureux mangeur ou fumeur d’opium arrive à un état presque
complet d’idiotisme, qui dure jusqu’à ce qu’une nouvelle dose de ce
poison l’en fasse sortir. L’homme le mieux constitué ne résiste pas
longtemps à ces alternatives d’exaltation et d’anéantissement: il
vieillit vite; ses cheveux blanchissent et ses mains tremblent avant
l’âge, et il touche à la caducité alors que les facultés dont la nature
l’a doué devraient être dans toute leur force...
En vérité, je vous le dis, tout cela est dans une fleur, et j’en
sais d’autres encore dont les propriétés sont plus redoutables...;
mais c’est du pavot qu’il s’agit: cette plante annuelle se sème en
mars.--Terre franche; arrosements modérés.
PENSÉE.--Cette fleur, qui fleurit en mars, n’est qu’une variété de la
violette, et c’est la seule qui se plaise au soleil, où elle étale
avec complaisance sa parure violette et jaune. Il faut bien lui
pardonner cette ostentation, car elle n’a pas, comme sa modeste sœur,
un doux parfum qui puisse faire deviner sa retraite.--Terre franche,
arrosements modérés.--Multiplication par graines.
PERCE-NEIGE.--Jolie petite fleur blanche, la première qui se montre à
travers le manteau glacé qui couvre assez ordinairement la terre au
mois de février. Au banquet de la vie, la pauvrette ne doit apparaître
qu’un instant; penchée mélancoliquement vers la terre, elle semble
regretter l’obscurité d’où elle n’est sortie que pour annoncer le
réveil de la nature. Ce gentil précurseur du printemps se plaît en
terre franche et fraîche.--Multiplication par caïeux que l’on détache
des oignons tous les deux ou trois ans, au mois de juillet.
PERVENCHE.--Si cette plante nous est chère, ce n’est pas la faute à
Voltaire, comme disait Béranger, il y a quelque trente ans; mais nous
devons convenir que c’est un peu la faute de Rousseau. La pervenche
était, en effet, la fleur de prédilection du philosophe de Genève,
auquel elle rappelait quelques jours heureux de sa jeunesse. On en
a fait depuis le symbole du premier amour. C’est, en réalité, une
petite fleur modeste, d’une inocuité parfaite. On en cultive deux
espèces: la grande, dont la fleur, qui s’épanouit en mai, est d’un
bleu d’azur, et la petite, qui est d’un rouge vif.--Terre franche, peu
d’eau.--Multiplication par rejetons et par graines.
PHALANGÈRE.--Belle plante, dont les fleurs en épi, blanches ou roses,
selon la variété, s’épanouissent en juillet. On en cultive de plusieurs
espèces, et les fleurs de quelques-unes ressemblent, en petit, aux
fleurs du lis, ce qui a fait donner à l’une d’elles le nom de _lis de
saint Bruno_.--Terre franche, mêlée de terre de bruyère et de terreau;
arrosements fréquents.--Multiplication par graines.
PHLOX.--Admirable plante vivace qui a souvent plus d’un mètre et demi
de hauteur, et dont les charmantes fleurs, roses, bleues, lilas,
blanches, selon la variété, doivent être mises au nombre des plus
beaux ornements des jardins, de juillet en septembre.--Terre franche;
arrosements abondants.--Multiplication par éclats de racines.
PHLOMIS.--Plante vivace qui fleurit en août. Ses fleurs, d’un rouge
violacé, sont peu remarquables; mais cela fait nombre et jette de la
variété dans un parterre. Les racines de cette plante sont bulbeuses,
et on la multiplie par la séparation de ses bulbes, qu’on opère au mois
d’avril, et qui doivent être replantées aussitôt.
PIED-D’ALOUETTE.--Plante annuelle, dont les fleurs en épi offrent
toutes les variétés de couleurs imaginables. Rien de plus joli au mois
de juin et de juillet qu’une bordure de pied-d’alouette; il n’est pas
de fleur qui ajoute autant à la beauté d’un parterre, surtout lorsque
les graines ayant été recueillies avec soin, on a pu mélanger les
couleurs.--Terre franche mélangée de terreau; arrosements fréquents et
peu abondants.--Multiplication par graines semées fin mars.
On cultive une autre espèce de pied-d’alouette, dont la tige est plus
élevée que celle dont nous venons de parler, et dont les fleurs sont
plus grandes. Cette dernière est vivace et peut se multiplier par
éclats de racines, séparés en octobre.
PIGAMON.--La fleur de cette plante, qui s’épanouit en mai, est surtout
remarquable à cause d’une aigrette de soixante étamines que portent ses
pétales. On en cultive deux variétés, l’une jaune, l’autre lilas. C’est
une plante vivace, à racines fibreuses, qui se plaît en terre franche
et qu’on multiplie par éclats en octobre.
PIMENT.--Ce n’est pas pour ses fleurs qu’on cultive cette plante
annuelle, mais pour ses fruits, qui sont au mois d’août gros comme des
œufs de poule, et d’un beau rouge éclatant, et qui font un très-bel
effet au milieu des fleurs qui s’épanouissent dans le cours de ce mois.
Ce fruit a d’ailleurs l’avantage de pouvoir être employé en cuisine. Il
est plus ardent que le poivre, dont il a, en partie, la saveur et les
propriétés. Sa culture, d’ailleurs, demande peu de soins. On le sème,
au printemps, en terre franche mêlée de terreau, exposition du midi;
peu ou point d’eau.
PIVOINE.--On cultive deux espèces de pivoine, qui fleurissent en mai;
la pivoine _commune_ et la _pivoine en arbre_. La première est une
plante vivace, dont les grandes et belles fleurs sont rouges, blanches
ou roses, selon la variété. Elle se plaît en terre franche, demande peu
de soins, et se multiplie par éclats de racines, faits en octobre.
La pivoine en arbre est un bel arbuste qui a quelquefois deux mètres
de haut. Ses fleurs, grandes et roses, conservent pendant un mois
entier et plus leur fraîcheur, qui est des plus suaves. La culture
de cet arbuste demande quelques soins. D’abord, il doit être en pot
ou en caisse, afin de pouvoir être rentré dès les premiers froids,
et tant que dure l’hiver, il faut qu’il reçoive le plus de lumière
possible.--Terre de bruyère, cinq dixièmes; terre franche, trois
dixièmes; terreau, deux dixièmes.--Multiplication par graines, et
mieux par marcottes, qui prennent très-facilement, mais qu’il ne faut
sevrer que la deuxième année, afin que la plante soit vivace; levée la
première année, la marcotte donnerait des fleurs; mais ce ne serait
qu’une plante annuelle.
PODALYRIA.--Plante vivace, à racines fibreuses, dont les fleurs, d’un
beau bleu, paraissent en juin; elles sont inodores et peu remarquables,
malgré leur couleur; mais elles font nombre dans un parterre, où
il faut avant tout de la variété.--Terre franche; arrosements
modérés.--Multiplication par graines semées fin mars, ou par éclats de
racines, au mois d’octobre.
PODOPHILLE.--Les fleurs de cette plante, à racines fibreuses,
s’épanouissent en mai; elles sont blanches et présentent la forme d’un
bouclier.--Terre franche; arrosements modérés.--Multiplication par
rejetons ou par graines semées en mars.
POIS DE SENTEUR.--C’est encore là une de ces belles, suaves et
modestes fleurs qui prodiguent leurs faveurs à quiconque leur accorde
quelques brins de terre, un peu d’eau, et leur permet de recevoir un
rayon de soleil. Rien de plus joli que ces fleurs veloutées, rouges,
roses, bleues, blanches, qui ressemblent aux ailes des plus beaux
papillons et qui répandent au loin leur enivrant parfum. Et pourtant
cette délicieuse fleur est assez généralement dédaignée; c’est que,
par malheur... par bonheur plutôt, elle ne coûte rien, ce qui la
fait adopter par le pauvre. Elle fait, avec la capucine, le cobæa,
l’ornement des fenêtres-mansardes, et il est peu de chaumières dont les
chétives murailles ne lui accordent protection.
Belle et bonne, c’est aux belles et aux bonnes que nous la
recommandons.--Terre franche.--Multiplication par graines semées fin
mars.
POLÉMOINE.--Plante peu remarquable, donnant en mai des fleurs en
bouquets, d’un rouge nuancé de bleu.--Terre franche.--Multiplication
par graines ou par éclats de racines, en mars.
PRIMEVÈRE.--C’est encore une de ces plantes dont certains amateurs
font des collections, à cause du nombre de variétés qu’on peut en
obtenir. Les primevères offrent près de quatre cents variétés qui
présentent toutes les couleurs et toutes les nuances connues et qui
toutes fleurissent en avril. Cette plante se multiplie parfaitement
par éclats; mais, pour obtenir des variétés, il faut avoir recours au
semis, qui se fait dans les premiers jours de mars.--Terre légère et
franche.
PULMONAIRE.--On cultive deux espèces de cette plante, qui ne diffèrent
entre elles qu’en ce que l’une est vivace: c’est la _pulmonaire de
Virginie_, et l’autre est annuelle: c’est la _pulmonaire de Sibérie_.
Toutes deux donnent, en mars, de petites fleurs. Celles de la première
espèce sont rouges, bleues ou blanches, selon la variété. La seconde
n’a que des fleurs bleues, petites, comme celles de l’autre, mais d’un
éclat plus vif.
La pulmonaire vivace se multiplie par éclats de racines, au mois
d’octobre; on multiplie celle de Sibérie par graines semées aussitôt
après les grands froids.--Terre légère et fraîche pour toutes deux.
PYROLE.--En juin, petites fleurs d’un rose tendre, placées par deux sur
chaque pédoncule. On en cultive deux espèces: l’une odorante et l’autre
inodore. Même culture pour toutes deux.--Terre de bruyère; arrosements
fréquents.--Multiplication par éclats de racines, au printemps.--En
serre pendant l’hiver.
R
REINE-MARGUERITE.--Les fleurs de cette plante, que l’on nomme aussi
_Aster_ de la Chine, rivalisent de beauté avec celles du dahlia,
et ses variétés ne sont pas moins nombreuses. Elles s’épanouissent
en juillet, et l’on en fait de brillantes collections qui offrent
un aspect charmant. La culture en est excessivement facile.--Terre
franche.--Multiplication par graines semées en avril. La meilleure
graine est celle que la tige-mère porte à son extrémité; si on la
garde un an avant de la semer, la fleur n’en est que plus belle.
Il y a un grand nombre d’espèces d’asters; les plus remarquables après
la reine-marguerite sont: l’_œillet-de-christ_, le _soyeux_, le _géant_
et le _denté_. Ces quatre espèces peuvent se multiplier par éclats de
racines séparées en octobre.
RENONCULE.--C’est encore une des plus belles fleurs qui se puissent
voir. Les faiseurs de collections en comptent près de six cents
variétés qui réunissent toutes les couleurs et toutes les nuances
connues, toutes... excepté le bleu. Certes, nous sommes loin du
temps où les oignons de tulipes se cotaient à la banque d’Amsterdam
et atteignaient des prix fabuleux. Cependant il est certain qu’un
horticulteur qui serait assez heureux pour obtenir une renoncule bleue
pourrait faire une rapide et brillante fortune. Quoi d’extraordinaire?
N’avons-nous pas vu, il y a quelques années, la graine d’une certaine
espèce de chou se vendre, rue de Richelieu, à Paris, cinq francs
l’une... oui, cinq francs une seule graine, ce qui portait le produit
d’un seul chou à cinquante ou soixante mille francs! L’industriel qui
possédait ces graines en vendit pour un demi-million en six mois. Ce
prodigieux résultat bouleversa l’esprit de ce malheureux; il devint fou
et se fit sauter la cervelle.
Donc il n’existe pas de renoncules bleues, mais il en peut naître une,
et c’est là le plus cher espoir de tous les amateurs qui cultivent
exclusivement cette jolie fleur. Au reste, cette culture est des plus
faciles. La graine, que l’on récolte en octobre, doit être gardée dans
un lieu sec pendant un an et même deux ans. On la sème en automne sur
une terre franche, puis on la recouvre d’une légère couche de terreau
et l’on arrose fréquemment. Mais on ne multiplie les renoncules par
graines que pour obtenir de nombreuses et nouvelles variétés. Lorsqu’on
veut s’en tenir à la collection qu’on possède, il est plus simple de
les multiplier par la séparation des griffes, qu’on replante aussitôt,
ou l’année suivante. Dans ce cas, les couleurs de la fleur sont plus
vives. Les renoncules fleurissent en juin; la séparation des griffes se
fait vers la fin de juillet.
RÉSÉDA.--Petite plante vivace, connue de tout le monde. Ses formes
n’ont rien de remarquable, mais son parfum le dispute à celui de la
rose. Le réséda est vivace; on le multiplie par éclats de racines ou
par semis. Toutes les terres lui sont bonnes, pourvu qu’elles ne soient
pas trop sèches.
Le réséda dit en _arbre_ n’est pas une espèce différente de celle dont
nous venons de parler; on fait du réséda un arbuste en retranchant les
branches inférieures, et en soutenant, à l’aide d’un tuteur, la tige
qui s’élève ainsi et devient ligneuse.
RHEXIE.--Plante originaire de la Virginie, dont les grandes fleurs,
d’un rouge vif s’épanouissent en juin.--Terre de bruyère; beaucoup
d’eau.--Multiplication par graines semées au commencement du
printemps.--En terre pendant l’hiver.
RHODODENDRON.--Bel arbrisseau d’Amérique, de deux mètres de hauteur,
dont les grandes fleurs blanches, roses ou rouges, selon la variété,
ont la forme d’un cornet fort évasé.--Terre de bruyère, exposition du
nord; beaucoup d’eau.--Multiplication par marcottes et par graines,
quand elles arrivent à parfaite maturité, ce qui est rare. On en
cultive de plusieurs espèces; le _rhododendron en arbre_ est une des
plus belles, mais elle ne supporte pas le froid; elle doit être rentrée
de bonne heure.
ROMARIN.--Joli arbrisseau dont la hauteur ne dépasse guère un mètre
et demi, et qui forme ordinairement un buisson touffu. Ses fleurs,
d’un bleu pâle, s’épanouissent au mois de février, dans la saison des
bals, alors que la terre est couverte de neige et de glace. Autrefois,
à cette époque de l’année, la moindre fleur était une merveille;
aujourd’hui que Paris possède des jardins d’hiver où les fleurs sont
aussi abondantes au mois de janvier qu’elles peuvent l’être en juin
dans le plus riche parterre, le romarin est presque dédaigné... Ainsi
passe la gloire de ce monde!
Le romarin, dont toutes les parties sont aromatiques, se plaît dans
une terre légère, peu humide, et il se multiplie par marcottes et par
boutures.
RONCE.--Voilà une pauvre plante bien calomniée par les moralistes,
qui ne cessent de comparer la vie de l’homme à _un sentier parsemé de
ronces et d’épines_! Eh! messieurs, qui savez tout et une infinité
d’autres choses encore, faut-il donc vous apprendre qu’il est des
ronces charmantes qui n’ont point d’épines... Et, quand elles en
auraient! La rose en a bien... Nous le répétons, des ronces charmantes,
sans épines, à feuilles panachées, à fleurs doubles roses et à fruits
blancs. C’est un de nos travers de nous laisser prendre aux mots
qui, la plupart du temps, ne servent qu’à enraciner l’erreur. Par
exemple, il est arrivé qu’un naturaliste obtus a dit, a écrit que
l’écrevisse marchait à reculons; eh bien! quarante siècles ne suffiront
pas à détruire cette erreur. La vérité est que l’écrevisse marche
comme tous les autres animaux doués des organes de la locomotion,
en avant; seulement elle peut nager en arrière... Hélas! il en sera
des ronces comme il en est des écrevisses, et c’est en vain que
nous tentons de les réhabiliter. Mais c’est ici le cas de mettre en
pratique cette belle devise: _Fais ce que dois, advienne que pourra_.
Nous proclamons donc qu’il est des espèces de ronces fort jolies;
telles sont celles à feuilles découpées, le framboisier du Canada,
et quelques autres.--Terre franche et ferme; exposition du nord ou
de l’ouest.--Multiplication par graines, marcottes et rejetons, au
printemps: les fleurs paraissent en juillet.
ROSE D’INDE.--En septembre, grandes fleurs jaunes et blanches, selon la
variété.--Terre franche.--Multiplication par semis, en mars; relever
les plants et les repiquer en mai ou en juin. Beaucoup d’eau.
ROSE DE NOËL.--Plante à racines fibreuses, donnant, en février, de
grandes fleurs d’un rose tendre.--Terre franche, mêlée de terre de
bruyère. En serre.--Multiplication par éclats de racines, en octobre.
ROSE TRÉMIÈRE.--Grande et superbe plante de deux à trois mètres de
haut, dont les larges et admirables fleurs, qui s’épanouissent en
juillet, offrent toutes les couleurs et toutes les nuances. Les
variétés de cette plante sont innombrables, et les collections
qu’on en fait grossissent chaque année.--Terre fraîche; peu
d’eau--Multiplication par graines semées dans les derniers jours
d’avril.
ROSIER.--Hélas! _tarde venientibus_... Pardon, Mesdames, cela veut dire
que les absents ont tort, ou bien que les derniers venus doivent se
contenter de ce qu’ils trouvent. Or, nous venons le dernier vous parler
de la rose... Oh! oui, nous le savons bien, on vous a tout dit sur la
rose: on vous a fait son histoire; on vous a raconté ses qualités, ses
défauts, ses mœurs, ses amours; on vous a initiées à tous ses secrets,
à toutes ses métamorphoses, et vous avez vu la rose, fleur, femme,
reine! Mais il n’est pas de récolte si complétement faite que le pauvre
ne trouve à glaner dans le champ qui l’a produite: essayons de glaner.
On compte aujourd’hui un peu plus de deux mille espèces de roses, et
nous avons entendu un savant horticulteur affirmer que quatre gros
volumes in-folio en petit texte ne suffiraient pas pour rapporter
ce qu’il y a seulement de plus curieux dans la culture de cette
fleur. Nous l’avouerons, toutefois, nous nous défions énormément
de ces prétendues curiosités visibles seulement pour ces amateurs
enthousiastes bien résolus à voir des merveilles partout. Mais les deux
mille et tant d’espèces existent, et c’est un fait que nous constatons,
heureux que nous sommes d’avoir à constater ici quelque chose!
Puisque nous voici entré dans cette voie, nous pourrions bien,
Mesdames, vous donner la nomenclature de ces espèces; mais vous en
seriez quittes pour tourner rapidement le feuillet, et nous en serions
pour nos frais d’érudition horticole; ce serait trop de moitié.
Nous nous contenterons donc de vous dire que les botanistes et les
horticulteurs,--car ces gens-là s’entendent quelquefois,--ont divisé
les rosiers en onze classes, savoir:
Les _rosiers à feuilles simples_,
Les _rosiers_ FÉROCES... Oh!
Les _rosiers_ BRACTÉOLÉS,
Les _rosiers cannelles_,
Les _rosiers pimprenelles_,
Les _rosiers à cent feuilles_,
Les _rosiers velus_,
Les _rosiers rouillés_,
Les _rosiers_ CYNORRHODONS... Ouf!
Les _rosiers à styles soudés_,
Les _rosiers_ BANKSIENS... Ah!
Et cela est tout rose; qui oserait le contester?... Mais cela n’empêche
pas que la rose soit le chef-d’œuvre de la végétation, d’où il résulte
que les rosiers sont indispensables dans un parterre, quelque peu
étendu qu’il soit. Et rien n’est si facile de les y mettre et de les y
faire vivre, la culture de ces arbustes étant des plus simples. Presque
tous les rosiers se plaisent dans une terre franche, légère; ceux du
Bengale seuls s’accommodent mieux de la terre de bruyère. Tous se
multiplient par graines, rejetons, boutures, marcottes, et il n’est pas
d’arbustes plus dociles à la greffe et qui se prêtent plus volontiers
aux caprices de l’horticulteur.
Les plus belles roses fleurissent en juin; mais il en est pour toutes
les saisons, et il n’est pas rare de voir, dans nos jardins, des roses
du Bengale s’épanouir sous des flocons de neige.
RUDBECKIA.--En juillet, grandes fleurs rouges. Cette plante, à
racines fibreuses, demande peu de soins.--Terre franche, arrosements
modérés.--Multiplication par graines semées en avril.
S
SABLINE.--Charmantes petites fleurs blanches qui surgissent en
mai du milieu d’un gazon touffu, et dont on fait de très-jolies
bordures.--Terre franche; arrosements fréquents.--Multiplication par
éclats de racines, en octobre, ou par graines semées fin mars.
SABOT DE VÉNUS.--Fleurs brunes, d’une forme singulière, paraissant en
mai et exhalant absolument le même parfum que les fleurs d’oranger. Les
pétales de cette fleur, au nombre de quatre, ressemblent parfaitement
aux ailes d’un moulin à vent.--Terre de bruyère; exposition de l’ouest;
arrosements fréquents.--Multiplication par graines semées en mars.
SAFRAN.--Plante bulbeuse dont les fleurs jaunes, blanches, grises ou
bleues, selon la variété, s’épanouissent en février.--Terre franche,
mêlée de terre de bruyère; peu d’eau.--Multiplication par caïeux, qu’il
ne faut détacher que tous les trois ou quatre ans en juin et qu’on
replante en juillet, en laissant entre eux une distance de cinq à six
centimètres.
SAINFOIN A BOUQUET.--Plante peu remarquable, donnant en juillet des
fleurs rouges en épis.--Terre légère.--Multiplication par graines
semées en avril.
SANGUINAIRE.--Cette plante, originaire du Canada, ne porte qu’une seule
feuille en forme de cœur, dont les nervures sont rouges. Ses fleurs,
blanches et de moyenne grandeur, paraissent en avril.--Terre franche;
arrosements modérés.--Multiplication par éclats de racines, en automne.
SANSÉVIÈRE.--Jolie plante donnant en mai et en août de nombreuses
fleurs roses en épis, très-odorantes.--Deux espèces; même culture:
terre de bruyère, peu d’eau.--Multiplication par graines semées fin
mars ou par œilletons.
SARETTE.--Plante à racines fibreuses, dont les fleurs en épis, rouges
ou lilas, selon la variété, paraissent en septembre et octobre.--Terre
franche.--Multiplication par graines semées fin octobre, on peut aussi
multiplier cette plante par éclats de racines, mais seulement quand
elle a atteint une certaine force, c’est-à-dire la troisième ou la
quatrième année.
SAUGE.--On en cultive plusieurs espèces qui toutes fleurissent
en juillet, août, septembre et octobre. Fleurs roses, bleues ou
d’un beau rouge, selon l’espèce.--même culture pour toutes: terre
franche mêlée de terre de bruyère et de terreau; peu d’eau; en serre
l’hiver.--Multiplication par graines semées en octobre et tenues
chaudement, ou par boutures, au printemps.
SAXIFRAGE.--Très-belle plante dont on cultive plusieurs espèces,
donnant toutes, en mai, de jolies fleurs rouges, blanches ou
roses, selon l’espèce.--Toutes se cultivent de la même manière:
terre de bruyère, en pots, afin de les mettre en serre pendant
l’hiver.--Multiplication par éclats, en avril.
SCABIEUSE OU FLEUR DE VEUVE.--Jolies fleurs d’un rouge foncé, veloutées
et d’un parfum très-agréable.--Terre légère.--Multiplication par
graines, semées en avril. On en cultive plusieurs espèces, dont
quelques-unes sont vivaces, comme la _scabieuse des Alpes_ et la
_scabieuse de Crète_; ces dernières peuvent se multiplier par éclats et
par boutures. Toutes fleurissent en juillet.
SCEAU DE SALOMON.--Plantes à racines fibreuses, donnant, en avril, de
belles fleurs blanches pendantes. Plusieurs espèces.--Même culture
pour toutes: terre franche; arrosements fréquents.--Multiplication par
éclats de racines en automne, ou par graines semées au commencement de
mars.
SCILLE.--On en cultive de plusieurs espèces, qui toutes fleurissent en
avril, mais dont les fleurs ne se ressemblent pas et qui demandent des
soins différents. Plusieurs, comme la _scille du Pérou_, la _scille
maritime_, la _scille à deux feuilles_ doivent être mises en terre
de bruyère et en pots pour être rentrées l’hiver. D’autres, comme la
_scille d’Italie_, la _scille agréable_, qu’on appelle aussi _jacinthe
étoilée_, se plaisent mieux en pleine terre. Les fleurs de presque
toutes les espèces sont bleues; mais elles diffèrent par la forme: les
unes sont en épis, d’autres en grappes, d’autres encore en ombelles,
etc. Plusieurs sont inodores, quelques-unes ont un parfum à peu près
semblable à celui de l’aubépine. Toutes se multiplient par caïeux,
séparés des oignons tous les deux ans.
SEDUM.--Jolies fleurs rouges ou roses, en juin, d’une odeur de
rose très-prononcée, cette odeur s’exhalant soit de la fleur, soit
de la racine, selon la variété. Il y a pourtant quelques variétés
inodores.--Terre de bruyère pour toutes; peu ou point d’eau; exposition
du midi.--Multiplication par boutures, par éclats ou par graines.