en hâter la germination en les faisant tremper dans l’eau pendant
vingt-quatre heures avant de les mettre en terre. S’il s’agit d’un
semis de noyaux, il faut les faire stratifier pendant plusieurs mois
avant de les employer. Pour cela, on met dans un baquet un lit de
noyaux sur une couche de sable fin; on les recouvre d’une autre couche
de sable, et ainsi de suite. Cela se fait en automne. Lorsque le froid
commence à se faire sentir, on place le baquet à la cave. On arrose
fréquemment. Au printemps, les noyaux sont germés et on peut les
planter.
Les graines d’un certain nombre de plantes ayant besoin pour germer
d’une chaleur plus grande que celle de la température ordinaire du
printemps, les jardiniers qui cultivent en grand les sèment sur
couches. Dans les petits jardins, sur les terrasses et les balcons,
on pourra remplacer les couches par un procédé très-simple: au milieu
d’une caisse-parterre, on pratiquera un trou de deux mètres de
circonférence; on l’emplira aux deux tiers de fumier de cheval bien
tassé, puis on achèvera de le remplir avec de la terre franche mêlée de
terreau, et on sèmera dessus. C’est ce qu’on appelle _semer sur capot_.
Il faudra arroser peu et souvent. Si la plante est délicate, on la
couvrira d’une cloche qu’on lèvera très-peu d’abord, vers le milieu du
jour, puis successivement un peu plus, jusqu’à ce qu’elle ait acquis
assez de force pour supporter l’air libre. C’est alors seulement qu’on
pourra la transplanter sans danger.
La transplantation ne se supporte pas également bien par toutes les
plantes. Il sera donc nécessaire de semer les plus délicates dans de
petits pots que l’on enterrera ensuite dans le _capot_ jusqu’au niveau
de leur bord supérieur; on les gouvernera comme il est dit ci-dessus
jusqu’à ce qu’elles soient assez fortes pour supporter l’air libre;
alors on déterre le pot, on le casse avec précaution et l’on met la
plante en place avec toute la terre qui l’environne.
Il n’y a pas de règles fixes pour la profondeur à laquelle on doit
mettre les graines dans la terre: ainsi que nous l’avons dit, les
graines fines doivent être simplement jetées sur la terre, que l’on bat
légèrement ensuite et que l’on arrose après l’avoir légèrement couverte
d’un peu de terreau ou de paille hachée; quant aux graines que l’on
enterre, il vaut mieux qu’elles ne le soient pas tout à fait assez
que de l’être trop; car, dans le premier cas, on peut les rechausser,
tandis que, dans le second, elles pourrissent. Pour les graines de la
grosseur du haricot, une profondeur d’un peu moins de deux centimètres
est suffisante.
MULTIPLICATION PAR CAIEUX
_Tout est dans tout_, a dit un philosophe moderne. Le paradoxe est
peut-être un peu bien osé; mais il y a aujourd’hui tant de belles et
grandes vérités qui ont été longtemps à l’état de paradoxe, qu’on peut
bien donner droit de cité à celui-là. _Que sais-je?_ disait Montaigne;
et que savons-nous de plus aujourd’hui? Nous sommes entourés d’assez de
merveilles pour ne pas croire à l’impossible. Voyez cette tulipe parée
des plus riches couleurs; dans quelques jours, sa brillante corolle
tombera, le soleil mûrira la graine qui aura succédé à la fleur;
chacune de ces graines donnera une tulipe semblable à celle qui a
vécu. Mais ce n’est pas tout: arrachez la racine, détachez de l’oignon
principal les petits oignons qui y sont adhérents et qu’on nomme
_caïeux_, et chaque caïeu donnera encore une tulipe, et la fleur qu’il
produira n’en sera pas moins belle.
Toutes les plantes à oignons produisent des caïeux qu’il suffit de
planter à la saison suivante pour en obtenir des sujets qui ne cèdent
en rien à la plante mère; mais il est important de ne séparer les
caïeux de l’oignon qu’au moment de les replanter, car non-seulement ils
se conservent mieux, mais ils s’améliorent tant que dure leur union.
On appelle aussi caïeux les petites pattes ou griffes qui croissent sur
les grosses, comme chez les dahlias, les renoncules, etc.
Les oignons, lorsqu’on les retire de la terre, doivent être
soigneusement étiquetés, afin que, si l’on fait des plates-bandes, il
soit facile d’alterner les nuances de la manière la plus agréable à
l’œil.
MULTIPLICATION PAR BULBES
Les bulbes, bulbilles ou saboles, sont de petits corps ronds et charnus
qui, chez les plantes bulbeuses, naissent aux aisselles des feuilles,
au bas de la tige, et quelquefois à la racine. Ces bulbes se détachent,
se conservent, et, traitées comme les caïeux, elles donnent le même
résultat.
MULTIPLICATION PAR ŒILLETONS & REJETONS
Les rejetons et les œilletons sont une seule et même chose; ce sont des
pousses qui naissent de la racine de la plante mère: si ces pousses
se produisent tout près de la plante à laquelle elles appartiennent,
on les nomme _œilletons_, et _rejetons_ si elles naissent à quelque
distance de la tige principale. Rejetons ou œilletons s’enlèvent en
automne, à moins qu’on ne craigne que l’hiver ne les détruise. Dans ce
dernier cas, on les sépare au printemps, et on les transplante aussitôt
dans une terre meuble et bien préparée.
Pour que les racines donnent des œilletons ou rejetons, il faut
qu’elles soient près de la surface de la terre; si elles étaient
enfoncées, il faudrait en mettre à nu quelques parties sur lesquelles
les rejetons ne tarderaient pas à paraître.
MULTIPLICATION PAR ÉCLATS
Ce moyen de multiplication s’emploie pour les plantes vivaces dont les
racines ont beaucoup de chevelu. En automne, on enlève la plante, on
en sépare les racines en plusieurs parties, et l’on replante chaque
partie séparément. Pour le plus grand nombre des plantes à racines
fibreuses, cette séparation peut se faire avec une bêche, une houlette,
des ciseaux, etc.; mais il en est quelques-unes que le contact du
fer suffit pour faire mourir, il est donc plus sûr d’opérer cette
séparation, qui est très-facile d’ailleurs, avec les mains et sans le
secours d’aucun instrument.
MULTIPLICATION PAR MARCOTTES
La multiplication par marcottes est à la fois une des plus faciles
et des plus importantes, en ce que beaucoup de plantes délicates ne
peuvent, dans nos climats, se reproduire d’une manière satisfaisante
que par ce moyen. On marcotte de plusieurs manières; les principales
sont les marcottages par _torsion_, par _incision_, par _circoncision_,
par _strangulation_, par _amputation_ et par _buttes_.
MARCOTTAGE PAR TORSION.--Ce moyen est le plus sage et le plus
généralement employé pour la reproduction des arbustes. On choisit
une des branches les plus voisines du sol, on en ôte les feuilles, et
on la tord à la partie qui doit être enterrée jusqu’à ce que l’écorce
se déchire. Alors on abaisse cette partie de la branche, on la couche
dans la terre, on la couvre, et après l’avoir consolidée dans cette
position au moyen d’un crochet en bois enfoncé dans la terre, on
fait prendre à la portion supérieure de la branche la position la
plus verticale possible. Ce procédé demande une main délicate et une
certaine dextérité; par exemple, il peut arriver qu’en tordant la
branche on la rompe en partie, et alors l’opération est manquée; il
en est de même lorsque la branche, abaissée jusque sur le sol, se
détache en partie de la tige; cela se comprend, car jusqu’à ce que
la portion tordue et enterrée de la branche jette des racines, elle
peut vivre sans le secours de la plante mère; c’est une enfant à la
mamelle qu’il faut sevrer graduellement. Ainsi, lorsque la marcotte
est bien enracinée, alors qu’elle peut prendre facilement dans le sol
toute la nourriture qui lui est nécessaire, il serait encore dangereux
de la séparer brusquement de la plante mère; il faut la couper peu
à peu: aujourd’hui on fait une incision qui enlève l’écorce, dans
deux ou trois jours l’entaille attaquera la partie ligneuse, et
successivement cette entaille deviendra plus profonde jusqu’à ce qu’on
arrive à une amputation complète. La marcotte est alors dans toute sa
vigueur; mais ce sont là de doux enfants qui ne crient point, qui ne
sont ni maussades, ni hargneux; la tendresse qu’on ressent pour eux
peut être poussée sans danger jusqu’à la plus extrême faiblesse; ils
peuvent faire goûter toutes les joies maternelles sans en faire jamais
ressentir les douleurs.
MARCOTTAGE PAR INCISION.--Ce procédé est à peu près semblable au
précédent; il n’en diffère que par la fente que l’on fait à la partie
de la branche qui doit être enterrée; on maintient cette fente ouverte
en y insérant une petite pierre, et l’on opère du reste comme il est
dit ci-dessus.
MARCOTTAGE PAR CIRCONCISION.--La différence entre ce procédé et ceux
qui le précèdent consiste à enlever un anneau de l’écorce à l’endroit
de la branche qui doit s’enraciner. Quelques horticulteurs prétendent
que cette opération accélère la pousse des racines; mais cela ne paraît
pas bien certain. _Tordre_, _inciser_, sont des opérations bien assez
terribles pour de douces mains; laissons la loi de Moïse aux enfants
d’Israël.
MARCOTTAGE PAR STRANGULATION.--Voilà encore un bien vilain mot pour
une chose si simple, et non-seulement le mot est désagréable, mais il
ne donne pas une idée juste de la chose. La marcotte, en effet, n’est
pas étranglée par ce procédé, car si elle l’était, elle ne pourrait
recevoir aucune nourriture de la plante mère, en attendant qu’elle
ait des racines, et elle mourrait sur-le-champ. Ce qu’on est convenu
d’appeler strangulation consiste à serrer fortement au-dessous d’un œil
la marcotte à l’endroit qui doit être mis en terre, au moyen d’un fil
ciré ou un fil de fer; la marcotte n’est pas étranglée, mais seulement
comprimée de manière à ne recevoir de la plante mère qu’une partie des
substances nécessaires à sa vie, ce qui l’oblige à tirer l’autre partie
du sol. C’est toujours le système du sevrage gradué.
MARCOTTAGE PAR AMPUTATION.--En vérité, les horticulteurs passeraient
pour des gens bien féroces s’il fallait les juger d’après les noms
effrayants qu’ils ont donnés aux opérations les plus simples et les
plus innocentes. Amputation, ici, veut dire une entaille de deux à
trois centimètres de long qui doit enlever l’écorce et entamer un peu
le bois. Au bout de quelque temps, il se forme sur les bords de cette
entaille un bourrelet; c’est ce bourrelet que l’on met et maintient
dans la terre, où il ne tarde pas à s’enraciner.
MARCOTTAGE PAR BUTTES.--Ce marcottage n’est employé que pour multiplier
les plantes en touffes. On forme autour des plus jeunes sujets une
butte de terre grasse, assez élevée pour que ces sujets y soient
emprisonnés jusqu’aux deux tiers de leur hauteur. On coupe ensuite
ces jeunes plantes au-dessus de la butte, et l’on entretient celle-ci
dans un état constant d’humidité. Au bout d’un an, on coupe ces jeunes
sujets sous la butte, au rez du sol. On a ainsi autant de jeunes
plantes nouvelles qu’il y a de jeunes tiges dans la butte; ce qui
n’empêche pas la plante mère de repousser avec vigueur.
RÈGLES GÉNÉRALES.--Dès que l’on a couché la marcotte en terre, il
faut arroser cette terre de manière qu’elle soit toujours humide. En
relevant la marcotte après l’avoir séparée de la plante mère, il faut
enlever avec elle la motte de terre dans laquelle elle a jeté ses
racines, et la transplanter avec cette terre.
Lorsque la branche que l’on veut marcotter est trop éloignée du sol
pour qu’il soit possible de l’y coucher sans risquer de la casser, on
peut faire passer cette branche dans un pot percé, rempli de terre, et
soutenu par une perche. La partie tordue ou incisée doit se trouver au
milieu du pot; on arrose fréquemment, et lorsqu’on sépare le sujet de
la plante mère, il se trouve tout naturellement transplanté.
Beaucoup de fleurs, et particulièrement les œillets, ne se reproduisent
d’ordinaire que par marcottes. Les plantes ainsi reproduites ne
dégénèrent pas, mais restent les mêmes, et ce n’est que par semis qu’on
peut obtenir des variétés.
MULTIPLICATION PAR BOUTURES
Il est certaines plantes, comme le peuplier, l’osier, etc., dont il
suffit de couper une branche et de la ficher en terre pour qu’elle
reprenne aussitôt; c’est ce qu’on appelle bouture. N’est-il pas
prodigieux qu’un membre ainsi violemment enlevé se métamorphose en un
individu absolument semblable à celui dont il n’était qu’une faible
partie? Mais pourquoi ce qui est si facile pour beaucoup de plantes
est-il excessivement difficile pour un grand nombre et absolument
impossible pour quelques-unes? C’est ce que nul ne sait, et ce que nul
ne saura probablement jamais. Il faut bien en convenir, les savants
les plus justement honorés ne sont que de grands ignorants incapables
de faire suivre de _parce que_ la millième partie des _pourquoi_ qui
peuvent se formuler à chaque instant autour d’eux. Il faut donc se
contenter de voir et d’admirer, et c’est souvent un passe-temps si
doux, qu’il est facile de s’en contenter.
En général, les plantes dont le bois est tendre, la moelle abondante,
se reproduisent aisément par bouture; celles dont le bois est sec et
dur se multiplient très-difficilement par ce procédé.
L’opération, comme on vient de le voir, est très-simple; mais quand
on veut en assurer le succès, il est bon d’y mettre plus de soin.
Ainsi, on coupera la branche dont on veut faire une bouture au-dessous
d’un nœud ou bouton; cette branche doit être coupée horizontalement,
de manière que l’endroit de la section ait la forme d’un sifflet; on
détache ensuite les feuilles de la branche depuis le bas jusqu’aux
deux tiers de sa longueur. Ces diverses opérations doivent être faites
avec un instrument bien tranchant, afin que les coupures soient
nettes et que l’écorce ne soit pas déchirée. Cela terminé, on mettra
immédiatement les boutures dans la terre qu’on aura préparée d’avance
selon la nature des sujets que l’on veut reproduire: aux boutures des
plantes grasses, la terre franche suffit; les boutures d’arbres et
d’arbustes de pleine terre et même d’orangerie s’accommodent mieux
d’une terre moitié franche et moitié légère; les boutures des végétaux
à tige tendre et succulente reprennent facilement dans le sable; enfin
les boutures des plantes les plus délicates doivent être mises en terre
de bruyère pure ou légèrement mélangée de terreau.
Les boutures des arbres et arbustes de pleine terre doivent se faire
vers la fin de février; celles des plantes d’orangerie se font au
printemps.
Bien que la méthode que nous venons d’enseigner pour faire des boutures
soit la plus généralement employée, il en est pourtant d’autres: ainsi,
un an avant de couper la branche, on l’entoure quelquefois d’un fil de
fer serré en anneau à l’endroit où elle doit être mise en terre. Cet
anneau, interceptant une partie de la séve, il se forme à cet endroit
une espèce de bourrelet qui facilite la reprise; c’est ce qu’on nomme
_bouture à bourrelet_.
Il arrive aussi qu’on détache la branche d’une autre branche, en
amputant une partie de cette dernière, qui doit former une sorte de
crochet; c’est la _bouture en crochet_.
Les boutures des plantes dont le bois est dur, sec, se mettent en
pot, rempli de terre de bruyère. Ce pot doit être ensuite enfoncé
jusqu’au niveau de son bord dans une couche ou dans le capot d’une
caisse-parterre (voir plus haut _multiplication par graines_), et l’on
couvre ce pot d’une cloche que l’on soulève de temps en temps, jusqu’à
ce que la bouture soit assez bien reprise pour supporter l’air libre;
c’est ce que les jardiniers appellent _bouture étouffée_.
MULTIPLICATION PAR GREFFE
La greffe est le triomphe de l’art sur la nature, c’est l’opération
d’horticulture la plus utile et la plus merveilleuse. Jusqu’ici nous
avons vu les plantes se reproduire, se multiplier par d’ingénieux
procédés; maintenant nous allons les voir se métamorphoser de
mille manières. C’est là certainement un des plus grands, des plus
inexplicables mystères de la végétation. Par exemple, les personnes
étrangères à l’horticulture croient communément qu’en plantant un noyau
de cerise, on pourra obtenir, avec le temps, un cerisier donnant des
fruits de la même qualité que celui auquel appartient le noyau; cela
est logique, c’est tout ce qu’il y a de plus rationnel. Eh bien, cela
n’est pas vrai: plantez le noyau d’une de ces belles cerises dites
de Montmorency, apportez tous les soins imaginables à l’entretien
de l’arbre qui en résultera, et lorsqu’il donnera des fruits, vous
récolterez de petites merises aigres, n’ayant en quelque sorte qu’un
noyau recouvert d’une pellicule dure et sèche. Il en est de même pour
tous les fruits. Qui dira encore la cause de cela? Cela est, donc
cela doit être; il ne nous est pas permis d’aller plus loin. Mais de
ce qu’on ne connaît pas la cause du mal, ce n’est pas à dire qu’on
ne puisse y remédier, et le remède ici est la greffe, au moyen de
laquelle on reproduit les variétés les plus précieuses. La greffe, en
effet, consiste à faire rapporter à une plante des fleurs et des fruits
absolument différents de ceux qu’elle eût donnés naturellement. Coupez
les branches de ce merisier, dont les fruits sont si aigres; fendez-en
le tronc; insérez dans les fentes quelques petites branches enlevées
au cerisier de Montmorency, et au lieu de merises, il vous donnera des
cerises semblables à celles dont le noyau vous aura produit un si grand
désappointement; et non-seulement vous lui ferez produire des cerises,
mais des prunes, des abricots, des pêches, les uns et les autres, et
même tous ensemble si vous opérez savamment.
La greffe embellit les fleurs, améliore les fruits; mais les végétaux
sur lesquels on la pratique perdent beaucoup de leur vigueur et de
leur force, et ils vivent moins longtemps que ceux qui n’ont pas subi
cette opération. Si l’on attend qu’un sujet ait acquis une grande force
pour le greffer, il sera lent à produire des fruits; si, au contraire,
on le greffe alors qu’il est encore faible, il donnera des fruits
promptement; mais il durera moins. La greffe, enfin, est une opération
qui augmente l’activité de la vie des plantes en en diminuant la durée.
On ne peut pas tout avoir: la beauté et la durée sont nécessairement
antipathiques. C’est là, Mesdames, encore une de ces douloureuses
vérités qu’il est permis aux parties intéressées d’appeler des
paradoxes.
La greffe se pratique de plusieurs manières; les principales sont la
_greffe en fente_, la _greffe en écusson_, la _greffe en couronne_, la
_greffe en approche_, la _greffe anglaise_ et la _greffe herbacée_.
GREFFE EN FENTE.--C’est la plus facile, et, par conséquent, la plus
usitée. Il faut d’abord choisir un sujet sain et vigoureux. On entend
par _sujet_ l’arbre que l’on veut greffer; la _greffe_ est une branche
que l’on prend sur l’arbre dont on veut donner les propriétés au sujet.
Supposons qu’il s’agisse de métamorphoser un églantier ou rosier
sauvage en rosier à cent feuilles. Après avoir coupé les branches de
l’églantier, vous pratiquez à la partie supérieure de sa tige une
fente longitudinale dans laquelle vous insérez une branche de l’année
précédente, prise sur le rosier à cent feuilles, et taillée en biseau à
son extrémité inférieure. La greffe doit être plus petite que le sujet;
à la rigueur, elle pourrait être de la même grosseur; mais si elle
était plus grosse, elle ne réussirait pas. Cette branche ou greffe doit
être coupée à son extrémité supérieure de manière qu’elle ne porte que
deux ou trois yeux. Il n’est pas nécessaire que son insertion soit bien
profonde; mais il faut absolument que les parties de l’écorce du sujet
soient en contact parfait avec les parties de l’écorce de la greffe,
c’est par l’écorce que se fait et que se consolide la reprise.
On peut placer plusieurs greffes sur le même sujet lorsqu’il est assez
fort. On peut aussi ne greffer qu’une partie du sujet: ainsi on peut
greffer des roses blanches sur un rosier rose de manière qu’il nous
donne simultanément ces deux variétés, et ces modifications peuvent
s’étendre à l’infini sous une main bien exercée.
Lorsque la greffe est placée dans la fente du sujet, on pratique une
ligature avec de la laine, à la hauteur de la fente, et on entoure le
tout d’un mastic ainsi composé:
Poix de Bourgogne 5/10èmes
Poix noire 2/10
Cire jaune 1/10
Résine 1/10
Suif de mouton 1/10
Le tout fondu à petit feu, bien mélangé et employé pas précisément
chaud, mais avant d’être entièrement refroidi.
GREFFE EN COURONNE.--Elle ne se pratique que sur des sujets très-forts,
sur un tronc coupé aux deux tiers de sa hauteur, par exemple. On
pratique sur ce sujet, à l’aide d’un petit coin de bois, une ouverture
entre le bois et l’écorce sur toute la circonférence; on place ensuite
dans cette ouverture, et en forme de couronne, les greffes préparées
comme pour greffer en fente, en ayant soin que l’écorce du sujet et
celle des greffes se touchent, et on achève l’opération comme pour la
greffe en fente.
GREFFE EN ÉCUSSON.--On ne pratique cette greffe que sur les arbres et
arbrisseaux dont l’écorce se détache facilement. On pourra greffer
de cette manière au printemps pendant la séve et en automne. Faite
en automne, on la nomme _greffe à œil dormant_, parce qu’elle ne
reprend qu’au printemps suivant; faite au printemps, pendant la séve,
on l’appelle _greffe à œil poussant_, parce qu’elle pousse presque
aussitôt: mais en général, celle pratiquée en automne réussit mieux.
Si l’on opère en novembre, on choisira pour prendre la greffe une
branche de cette même année. Avec le tranchant du greffoir on incise
l’écorce de cette branche en forme d’écusson, tout autour d’un œil bien
nourri; puis, glissant le greffoir sous cet écusson, entre l’écorce et
l’aubier, on le détache, on fait aussitôt sur le sujet deux incisions,
l’une horizontale, un peu plus large que l’écusson; l’autre verticale,
de manière que les deux incisions forment cette figure T, si l’on opère
en automne, et celle-ci ⟘, si c’est au printemps. On glisse ensuite le
greffoir sous l’écorce ainsi incisée jusqu’à l’aubier, et on la détache
assez pour pouvoir glisser dessous l’écorce qui est la greffe, puis on
coupe horizontalement la partie supérieure de cet écusson, de manière
que l’écorce de la greffe et celle du sujet soient réunies. On fait
ensuite, avec de la laine ou du chanvre, une ligature qui maintienne
les choses en cet état, et que l’on aura soin de desserrer à mesure que
le sujet grossira.
GREFFE EN APPROCHE.--Ce genre de greffe réussit sur tous les arbres
et arbrisseaux, pourvu que greffe et sujet soient assez voisins pour
pouvoir se toucher. Supposons, par exemple, qu’un lilas et un syringa
soient assez voisins pour que l’on puisse mettre en contact une branche
de l’un avec une branche de l’autre, il sera facile alors d’obtenir du
lilas sur le syringa, et du syringa sur le lilas. Les branches étant
autant que possible de grosseur égale, on incisera jusqu’à la moelle
la branche de lilas et celle de syringa; on les appliquera et on les
maintiendra l’une contre l’autre dans la partie incisée, à l’aide d’une
ligature et du mastic composé comme il est dit plus haut. Si c’est le
lilas qui doit produire du syringa, on coupera à quelques centimètres
au-dessus de la ligature la branche du lilas qui est le sujet, afin de
forcer la séve à monter dans la greffe; on fera la même chose dans le
sens opposé, si l’on veut faire produire du lilas au syringa. Lorsque
la soudure sera complète, on pourra couper la greffe au-dessous de la
reprise, mais non tout d’un coup: on fera d’abord une entaille qu’on
rendra successivement plus profonde jusqu’à ce que la section soit
entière.
La greffe en approche peut se faire de mars en septembre; mais elle
réussit mieux lorsque la séve monte que lorsqu’elle descend.
GREFFE ANGLAISE.--Pour que cette greffe réussisse, il faut que le sujet
soit jeune, et que sujet et greffe soient de la même grosseur: l’un et
l’autre sont coupés en biseau de même longueur et en sens inverse, afin
de s’ajuster parfaitement; mais comme, malgré la ligature, la greffe
pourrait glisser, on pratique à la partie correspondante du biseau de
la tige une entaille ascendante, de manière que la greffe se trouve
accrochée au sujet, et l’on termine comme pour la greffe en fente.
Cette greffe ne réussit bien qu’au printemps.
GREFFE HERBACÉE.--C’est tout simplement la greffe en fente appliquée
aux plantes herbacées ou aux plantes ligneuses alors qu’elles sont
encore jeunes et molles. On l’emploie avec succès lorsque le sujet
est dans toute sa force de végétation, c’est-à-dire un peu avant la
floraison. Le sujet et la greffe étant très-tendres, il faut opérer
avec beaucoup de dextérité; elle est d’ailleurs peu en usage pour les
fleurs.
ÉDUCATION DES PLANTES