Parmi les peupliers, qui sont aussi fort nombreux, on distingue le

peuplier d’Italie, celui du Canada, celui d’Athènes, et le peuplier

baumier, dont on tire une substance odorante connue sous le nom de

tacamahaca.

Les bouleaux se trouvent jusque vers le pôle arctique, où ils sont les

derniers vestiges de la végétation ligneuse. Leur séve est, pour les

Kamtschakales, une boisson délicieuse. Dans l’Amérique septentrionale,

les habitants emploient l’écorce du bouleau pour faire des barques et

des pirogues. En France, on en fait des sabots et des balais.

Enfin, c’est aussi aux amentacées qu’appartient le cirier, arbrisseau

originaire de l’Amérique, dont le fruit contient une assez grande

quantité de cire. Il s’est parfaitement naturalisé dans le midi de la

France; mais jusqu’à présent il n’a été considéré que comme plante

d’agrément, et l’on n’a pas tenté d’en tirer un parti avantageux.

La dernière famille est celle des _conifères_, ou arbres toujours

verts, à la tête de laquelle il faut placer le cèdre majestueux qui

élève sa tête dans les nues; le second rang appartient aux sapins, ces

fiers enfants du Nord; le pin se place ensuite, puis les mélèzes, les

cyprès, les ifs et l’éphédra, derniers et humbles enfants de cette

famille de géants.

Ici finit la tâche du botaniste, que nous quittons pour entreprendre

celle de l’horticulteur. Après avoir tenté de faire connaître les

plantes, nous essayerons de dire comment naissent les plus jolies,

l’éducation qui leur convient, les dangers dont il faut les garantir,

les défauts dont il importe de les corriger. Nous ferons de l’hygiène,

de la pathologie, de la thérapeutique de parterre, et là, au moins,

nous ne serons pas forcé d’avoir recours à un langage barbare pour

raconter et faire comprendre de douces et gracieuses choses.

[Illustration]

[Illustration: PLANCHE 1ère]

[Illustration: PLANCHE 2ème]

HORTICULTURE DES DAMES

HORTICULTURE

DES DAMES

INTRODUCTION

PAR

ALPHONSE KARR

N’aurez-vous donc jamais, Mesdames, aucune pitié de ces pauvres

fleurs, le tribut le plus ordinaire que l’on apporte à vos pieds?--Ne

songez-vous jamais qu’on les sépare de leur tige, et qu’on se hâte

de vous les livrer pour que vous les voyiez mourir,--pour que vous

respiriez leur dernier soupir parfumé?

Celles que je plains le plus ne sont pas celles qu’on vous donne en

bouquet: celles-là reçoivent du sécateur une mort assez rapide;--mais

que dirai-je de ces pauvres malheureuses qu’on vous offre en pots ou

en caisses, avec un peu de terre au pied, et dont l’agonie est si

longue et si douloureuse!--Avez-vous donc quelque cruel plaisir à les

voir souffrir ainsi?--Les poètes dont les vers s’enroulent autour des

mirlitons ou se plient en quatre dans les diablotins, à force de vous

dire qu’elles sont vos rivales, vous ont-ils inspiré contre elles de

mauvais sentiments?

Elles, vos rivales! elles ne font qu’ajouter à votre beauté,--elles

qui, en foule, viennent mourir chaque jour dans vos cheveux et sur

votre sein, ou, mort plus cruelle! oubliées sur le marbre d’une

console,--ou sur le velours d’une banquette--au bal ou au théâtre!

Non, il est impossible que vous n’aimiez pas les fleurs, impossible que

vous n’ayez pas quelquefois le désir de soulager celles qui jaunissent,

se fanent et meurent dans vos jardinières;--mais pour cela, il faut

apprendre un peu,--car l’eau qui sauvera l’une en humectant son pied

sera mortelle pour l’autre et la noiera;--celle-ci aime l’air et

celle-là la chaleur.--Le tussilage, l’héliotrope d’hiver, meurt de ce

qui fait fleurir le camélia,--de la chaleur de vos appartements.

Ne s’attacherait-il pas quelque chose qui tiendrait de l’amitié à la

plante qui fleurirait chez vous pour la seconde fois?--à celle qui vous

devrait ses éclatantes couleurs et ses suaves parfums?--On aime ceux à

qui on fait du bien. Les moralistes ont dit cent sottises en exigeant

du dévouement de l’obligé,--c’est le bienfaiteur qui a tout le bonheur

du bienfait, c’est lui qui doit et qui a la reconnaissance.--S’il

l’attend, c’est un fou; s’il l’exige, c’est un usurier.

Cette fleur que j’ai soignée, cette plante qui se penchait faible et

languissante, à laquelle j’ai rendu la vie et la santé,--ce n’est plus

une plante ni une fleur, c’est ma fleur et ma plante à moi.

L’ombre est plus douce sous ces arbres que j’ai plantés

moi-même;--cette belle glycine aux grappes bleues si odorantes qui

tapisse ma maison, je songe que c’est moi qui l’ai rendue si vigoureuse

et si bien portante;--c’est moi qui lui ai mis au pied cette bonne

terre de bruyère qu’elle aime; c’est moi qui l’ai palissadée au

midi;--ses parfums m’appartiennent mieux et j’en jouis davantage; elle

a l’air si heureux, sa végétation est si luxuriante!

Voilà une douce science,--une science permise,--une science que le cœur

cherche.

Ce n’est pas comme la botanique,--qui vous apprend à dessécher les

fleurs et à les injurier en grec.

L’horticulture vous enseigne à les rendre plus belles et plus heureuses.

Reprenez aux hommes ce qu’on appelle encore en province _le sceptre de

Flore_.--Ce n’est pas une femme qui aurait jeté ces pauvres fleurs dans

les agitations politiques et dans les fureurs des partis!

Le lis et la violette ont été tour à tour triomphants et

proscrits;--l’impériale a été guillotinée en 1815.--Ce n’est pas une

femme qui ferait jouer ce rôle ridicule aux œillets rouges,--au moyen

desquels certains hommes réussissent à faire croire, à dix pas, qu’ils

sont décorés, et à faire voir, à trois pas, qu’ils sont des sots.

Créer des fleurs,--c’est le seul ouvrage pour lequel Dieu accepte

des collaborateurs.--L’art a créé des fleurs;--quel doux orgueil

s’il naissait une plante nouvelle semée par vous,--une plante qui

n’existerait que dans votre jardin,--dont personne ne verrait les

couleurs et ne respirerait les parfums que ceux à qui vous les

donneriez, comme Dieu a donné les autres plantes à tout le monde.

Que d’autres savants découvrent une nouvelle planète qui ne nous donne

rien, ni chaleur ni lumière,--mais qu’une femme découvre et crée une

rose inconnue qui nous donnera un parfum nouveau.

J’ai connu deux amants qui, désunis par une triste destinée,--sont

morts tous deux sans se revoir, après une longue séparation. Ils ne

pouvaient s’écrire,--mais je ne sais lequel des deux eut une idée

ingénieuse: sans exciter de soupçons, ils échangeaient de loin les

graines des fleurs qu’ils cultivaient;--ils savaient qu’à deux cents

lieues de distance,--ils prenaient les mêmes soins,--voyaient les mêmes

fleurs s’épanouir dans la même saison et le même jour;--ils respiraient

les mêmes odeurs.--Ç’a été un bonheur, et le seul bonheur de toute leur

vie.

ALPHONSE KARR.

[Illustration]

PREMIÈRE PARTIE

PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES

Cultiver les fleurs, dans un jardin, sur une terrasse, aux balcons

des fenêtres et même dans l’intérieur des appartements; voir naître,

se développer, s’épanouir ces beaux enfants du soleil; guider leurs

premiers mouvements, les soutenir, pourvoir à leurs besoins, à leur

sûreté; être témoin de leurs chastes amours, recueillir et protéger

leur nombreuse postérité, est un des plus doux et des plus innocents

passe-temps qui se puissent imaginer. Il y a là de délicieuses émotions

pour chaque mois de l’année, pour chaque jour du mois, pour chaque

heure du jour. Ce doit être et c’est en effet le délassement des belles

âmes, des cœurs purs et des nobles intelligences.

A ces charmants travaux nous nous proposons d’initier les profanes qui

jusqu’ici se sont contentés d’admirer les fleurs, de se laisser éblouir

et embaumer par elles. De blanches mains, de jolis doigts aux ongles

rosés y perdent bien momentanément quelque peu de leur éclat, mais cet

inconvénient passager doit avoir de si nombreuses et de si ravissantes

compensations, que les plus belles mains du monde s’y risqueront.

TERRES

Trois sortes de terres sont employées dans la culture des fleurs,

savoir: la _terre franche_, la _terre légère_ et la _terre de bruyère_.

La terre franche a pour base l’argile. Elle se trouve partout; elle est

parfois jaunâtre, quelquefois grise; mais elle ne s’emploie presque

jamais pour les fleurs sans être mélangée de terreau, car sans mélange

elle serait trop forte, c’est-à-dire trop compacte, et par conséquent

trop froide pour la plupart des fleurs.

La terre légère ou sablonneuse n’est autre chose que la terre franche

ou végétale, mêlée de sable et de détritus de végétaux; le sable

qu’elle contient la rend meuble et poreuse; modifiée par le terreau,

elle est, pour beaucoup de fleurs, d’une grande fécondité.

La terre de bruyère est la plus convenable et la plus généralement

employée pour la culture des fleurs; elle est le résultat du détritus

des masses de bruyères qui végètent sur le sable, s’y mêlent et le

rendent très-fertile. Cette terre convient particulièrement aux fleurs

à racines bulbeuses.

En général, les terres qu’on se propose d’employer à la culture des

fleurs doivent être préalablement ameublies et passées à la claie, afin

qu’il ne s’y trouve ni pierres ni autres corps étrangers.

Le terreau est à peu près le seul engrais nécessaire à la culture

des fleurs; il y en a de deux sortes: celui qui provient de la

décomposition des matières animales, et celui qui résulte de

la décomposition des matières végétales. Le premier convient

particulièrement aux arbustes et aux plantes à racines fibreuses; le

second est excellent pour les plantes à oignons et convient à toutes

les plantes bulbeuses.

Dans un jardin, il ne s’agit toujours que de modifier la terre qui s’y

trouve; mais quand on veut garnir de fleurs une terrasse, un balcon,

une simple fenêtre, tout est à faire. Le meilleur, le plus sûr,

dans ces circonstances, est d’acheter la terre nécessaire chez les

jardiniers fleuristes de profession, où toutes les sortes de terres

et d’engrais se trouvent à profusion. A Paris, les quatre marchés aux

fleurs en sont toujours abondamment approvisionnés, et les marchands

grainiers en réputation, non-seulement en vendent, mais en enseignent

très-volontiers la manipulation.

EXPOSITIONS

L’exposition du midi convient aux plantes et racines bulbeuses ou

à oignons, toutes les plantes de pleine terre à racines fibreuses

se plaisent au levant, quelques-unes de ces dernières réussissent

également au couchant; on ne peut guère cultiver, à l’exposition

du nord, que les arbustes toujours verts, et certaines fleurs qui

craignent le soleil, comme les primevères, les pervenches, les

oreilles-d’ours, etc. Dans tous les cas, l’exposition du midi est la

préférable, parce qu’on peut aisément ajouter aux avantages qu’elle

possède ceux des autres expositions, au moyen des tentes, des abris et

des arrosements.

On ne doit pas oublier que l’air et l’eau sont aussi indispensables

à la végétation que le soleil; ainsi, une plante qui s’étiolera à la

fenêtre d’un premier étage, recouvrera toute sa force, sa vigueur, sa

beauté, deux étages plus haut: c’est ce qui fait que les fenêtres du

pauvre, dans les grandes villes, sont toujours plus brillantes, sous ce

rapport, que celles du riche, de même que les enfants du village sont

plus robustes, plus vigoureux que ceux des villes.

A Paris, il n’est pas rare de voir des maisons de cinq, six, huit, dix

étages (celles traversées par le passage Radziville, par exemple), au

sommet desquelles se trouvent des terrasses plombées, offrant l’aspect

et étant en effet de charmants jardins, ornés des plus belles fleurs et

même d’arbres fruitiers d’une grande fécondité. Et puis, il en est des

plantes comme de certaines jolies personnes: elles ne sont pas exemptes

de caprices, de bizarreries; celle qui, cultivée avec soin, sera

chétive et souffrante, poussera des jets vigoureux dans la fente d’un

mur où le vent aura jeté un peu de poussière et le ciel un peu d’eau.

Hâtons-nous de dire toutefois que c’est là l’exception, et que les

soins donnés aux fleurs et aux femmes sont rarement perdus.

POTS, CAISSES, INSTRUMENTS

Bien que certaines fleurs se plaisent mieux en pleine terre que partout

ailleurs, il n’en est pas cependant qu’on ne puisse cultiver avec

succès en caisses et en pots, pourvu que ces vaisseaux soient bien

construits et d’une capacité suffisante. Le vase peut être plus grand

qu’il ne faut sans danger; mais s’il est trop petit, si la racine est

gênée, la plante souffre et meurt; pour les petites plantes, le vase

doit avoir de quinze à dix-huit centimètres de diamètre. A partir de

là, il faut que la largeur et la profondeur soient graduées selon la

force de la plante. Le pot, comme la caisse, doit être percé au fond

pour faciliter l’écoulement de l’eau, et il est bon, avant d’y mettre

la terre, de placer sur le trou une écaille d’huître ou quelque morceau

de poterie un peu convexe, pour que l’eau s’échappe plus facilement.

Dans les pots ou caisses destinés aux plantes qui craignent l’humidité,

on placera, au fond, une couche de plâtre de sept à huit centimètres

d’épaisseur. C’est une méthode excellente, généralement suivie par les

jardiniers fleuristes de Paris, qui sont les plus habiles du monde,

et c’est la présence de ce plâtre bienfaisant qui a fait croire aux

amateurs peu éclairés de la capitale que ces jardiniers mettaient de

la chaux au pied des plantes qu’ils exposaient en vente, afin qu’elles

périssent promptement, et qu’on fût obligé de revenir plus souvent à la

charge. La chaux morte, au fond d’un pot, serait peu dangereuse, elle

pourrait même avoir quelquefois de bons résultats. Il en est de cette

substance comme du sel: on l’a trop longtemps calomniée. Autrefois,

quand un noble était condamné pour crime de haute trahison, on brûlait

ses armes, on rasait ses châteaux, on coupait par le milieu du tronc

les arbres de ses forêts, et l’on semait du sel sur ses terres afin

de les rendre à jamais stériles. Heureusement _nous avons changé tout

cela_, et le sel est aujourd’hui un des plus puissants engrais qui se

puissent employer.

Il y a des caisses de plusieurs sortes, des caisses mobiles et

des caisses à demeure. Les caisses mobiles sont employées de la

même manière que les pots; c’est-à-dire que la caisse, construite

solidement, revêtue d’une ou de deux couches de peinture à l’huile,

afin d’avoir moins à redouter les effets de l’humidité, doit avoir

une capacité proportionnée à la plante qu’on veut y placer. S’il

s’agit d’une plante vivace de grande dimension, d’un arbuste ou d’un

arbrisseau, la caisse devra être faite à panneaux mobiles, afin qu’il

soit facile d’en changer la terre, lorsque cela est nécessaire, sans

blesser les racines.

Les caisses à demeure, que l’on appelle aussi _caisses-parterres_,

contiennent ordinairement un certain nombre de plantes ou arbustes;

on les construit le plus ordinairement sur les balcons. Ces caisses,

dont la dimension dépend du lieu où on les construit ou de la fantaisie

du constructeur, ne doivent pas avoir moins de cinquante centimètres

de profondeur. Elles offrent, quand elles sont assez vastes, tous les

avantages de la pleine terre.

La caisse construite, ce qui est la chose la plus simple du monde,

on la garnira de la terre la plus convenable aux plantes que l’on

se proposera d’y placer; mais si l’on voulait y mettre des plantes

diverses dont la culture demande des terres différentes, on la

remplirait de terre ainsi mélangée: terre franche, cinq dixièmes; terre

légère, trois dixièmes; terre de bruyère, deux dixièmes; le tout bien

mêlé, et modifié de temps en temps par un peu de terreau.

Si la caisse-parterre est placée à l’exposition du midi, il faudra

agencer à un mètre et demi au-dessus une petite tente qui puisse se

déployer facilement, afin de garantir les fleurs des ardeurs du soleil

vers le milieu du jour. Cette tente, faite en toile imperméable, peut

aussi servir à garantir les plantations des pluies trop fréquentes ou

trop abondantes, et des brouillards froids de l’automne.

Aux approches des grandes gelées, on garnira les côtés de la caisse, en

dehors, avec du fumier de cheval, et l’on couvrira la surface de paille

sèche et brisée, en ayant soin d’enlever cette couverture de temps en

temps à l’heure où le froid sera le moins vif, afin que les plantes ne

soient pas entièrement privées d’air.

Les instruments nécessaires à la culture des fleurs dans ces

proportions sont peu nombreux: deux arrosoirs, quelques cloches de

verre, une serpette, un greffoir, un sécateur, instrument à deux lames,

dont on se sert d’une seule main, et qui peut remplacer la serpette; un

transplantoir et une houlette pour faire l’office de bêche: voilà tout,

et cela est trop connu, d’un maniement trop facile, pour qu’il soit

nécessaire d’en donner ici la description.

SERRES

Les plantes en pots ou en caisses mobiles ne pourraient supporter la

gelée comme elles le supporteraient en pleine terre; car, dans ce

dernier cas, la gelée n’a de prise que sur la surface, tandis que les

pots et les caisses en sont frappés de tous les côtés. Il est donc

nécessaire de les placer, pendant la mauvaise saison, dans une serre

froide ou orangerie où la température ne soit jamais moindre de trois

degrés au-dessus de zéro. A défaut de serre, on pourra facilement

disposer une chambre de manière à ce qu’elle en tienne lieu. Il suffira

que cette chambre soit bien éclairée, point humide et assez grande

pour que les plantes y soient à l’aise. La cheminée, s’il y en a une,

sera bouchée, et l’on placera au milieu de cette pièce un poêle, à

l’aide duquel on entretiendra une température à peu près égale, sans

jamais dépasser cinq degrés centigrades au-dessus de zéro. L’eau avec

laquelle on arrosera les plantes de temps en temps devra être au même

degré que l’atmosphère de la chambre. La chambre-serre ne doit pas

être habitée, les personnes et les plantes se trouveraient également

mal d’une cohabitation. L’air de la serre doit être souvent renouvelé,

et l’on choisit pour cela le moment de la journée où le froid est le

moins vif. On ouvre alors les fenêtres, en ayant soin de consulter le

thermomètre. L’expérience apprendra aisément quelles sont les plantes

auxquelles le grand jour est le plus nécessaire, et celles-ci seront

placées près des fenêtres.

On pourrait encore faire construire ce que l’on est convenu d’appeler

des serres-fenêtres; mais cela est dispendieux, dangereux et incommode.

Cependant il est facile de convertir, sans inconvénient, en serres les

fenêtres à doubles croisées entre lesquelles la distance serait assez

grande.

Au reste, il ne saurait y avoir sur ce point des règles particulières;

c’est le cas de prendre conseil des circonstances, des localités, des

dispositions, etc.

MULTIPLICATION DES PLANTES

On a vu dans la botanique que toute graine renferme le germe d’un

végétal aussi complet que celui qui l’a produite, et qu’il suffit de

confier cette graine à la terre pour que la reproduction s’accomplisse;

mais les plantes ne se reproduisent pas seulement par ce moyen: la

vie est si puissante en elles, elles sont si heureusement douées,

que presque chacune de leurs parties est un tout qui ne demande

pour se développer qu’un peu de terre, d’air et de soleil; ainsi,

indépendamment de la reproduction par semis, les plantes se multiplient

par caïeux, par bulbes, œilletons, rejetons, boutures, éclats de

racines, marcottes, greffes, etc.

MULTIPLICATION PAR GRAINES

Ce moyen de reproduction est le plus naturel, mais il est aussi le plus

lent. C’est par semis qu’on obtient des variétés de la même espèce;

les sujets obtenus de cette manière s’acclimatent mieux au lieu qu’on

leur assigne; ils sont plus vigoureux que ceux résultant des autres

procédés; ils vivent de leur vie propre, tandis que la vie des plantes

obtenues de toute autre manière est en quelque sorte entée sur celle

d’autres sujets. Mais il est fort difficile de se procurer de bonnes

graines, même chez les marchands les plus renommés. Le plus sûr est de

les récolter soi-même et de les étiqueter soigneusement, afin de ne pas

éprouver de ces déceptions d’autant plus fâcheuses que le mal est sans

remède. En voici un exemple entre mille.

Mme la baronne de X..., charmante personne, accoutumée à voir tous les

obstacles disparaître devant sa volonté, s’était tout à coup senti une

vive passion pour l’horticulture. C’était au commencement du printemps,

et devant les appartements de la baronne s’étendait une belle terrasse.

Des caisses-parterres sont construites sous les yeux de la noble et

belle jardinière; elle-même les garnit de terre parfaitement choisie;

puis elle fait acheter des graines, et la voilà manœuvrant la houlette

et le plantoir, et semant serré, sauf à élaguer ensuite. Les graines

lèvent à merveille; la baronne est enchantée; c’est avec la tendresse

d’une mère qu’elle veille sur ces pauvres petites plantes dont elle

attend de si belles fleurs. «Toutes mes bordures, disait-elle, sont

en pieds-d’alouette doubles et variés: au centre l’hortensia, la

digitale, les pivoines, etc... Ce sera charmant... et tout cela me

devra la vie!»

Elle trouvait que les jours passaient trop lentement; mais elle se

disait que tout arrive à point à qui sait attendre, et elle s’efforçait

de faire taire son impatience. Les plantes grandissaient; les caisses

semblaient couvertes d’un tapis de verdure; mais les premiers jours de

juin arrivèrent et les fleurs ne paraissaient pas. Mme de X... reçut à

cette époque la visite d’un savant horticulteur; elle voulut avoir son

avis sur ses plantations, savoir la cause du retard de la floraison, et

elle le conduisit sur sa terrasse. Au premier aspect l’horticulteur ne

peut retenir un éclat de rire.

--Pardon, belle dame, dit-il ensuite; mais, pour Dieu, qu’avez-vous

semé là?

--Du pied-d’alouette qui doit être superbe, des pivoines, de...

--En ce cas, il faut que quelque sorcier ait passé par là, car vos

bordures sont de très-belles carottes; je vois au centre des radis

noirs d’une végétation très-satisfaisante, des oignons de cuisine de la

plus belle espèce, et...

--Mauvais plaisant!

Pour toute réplique, le savant se baissa et arracha de petites carottes

très-bonnes à mettre en ragoût; de petits oignons propres au même

usage, et quelques radis d’une assez belle venue. Le désappointement

de la baronne fut tel, qu’elle renonça à l’horticulture et fit

sur-le-champ enlever les caisses.

Le temps le plus convenable pour semer est le printemps: les graines

nouvelles donnent en général des sujets plus robustes, plus sains,

d’une végétation plus vigoureuse que les vieilles; mais les fleurs de

ces derniers ont plus d’éclat, et l’on en obtient plus facilement des

variétés, pourvu toutefois qu’elles aient été conservées avec soin à

l’abri de l’humidité.

Les graines fines se mêlent avec du sable fin, ce qui aide à les

semer également; on frotte dans ce sable les graines qui sont garnies

de poils et d’aigrettes. La terre étant bien préparée, nettoyée et

ameublie, on sème les graines fines à la surface, puis on appuie

dessus avec la main, le pied ou une planche; ensuite on arrose

légèrement et on recouvre d’une petite couche de terreau. Les graines

grosses, comme les pois, les haricots d’Espagne, etc., se plantent par

une, deux ou trois, dans des trous faits avec le plantoir à quatre ou

cinq centimètres de profondeur; on arrose, puis on remplit le trou

de terre mêlée de terreau. Les semis en terrines et en pots ont cet

avantage qu’on peut les arroser en dessous en plongeant dans l’eau le

vase jusqu’au tiers de sa hauteur; le fond du vase étant percé, l’eau

monte doucement dans la terre et active singulièrement la végétation.

Soit que l’on sème pour rester en place ou pour relever le plant et le

repiquer, les soins à donner sont les mêmes.

Les fleurs animées - Tome 2 · 第 12 / 19 段