à cause de leur brillante corolle en forme de clochette; le nombre des
campanules est considérable, et leurs fleurs rivalisent de beauté. Un
autre genre de cette famille, les lobélies, porte un suc vénéneux, et
la lobelia tupa, qu’on trouve au Chili, est un des poisons les plus
actifs que l’on connaisse.
DIXIÈME CLASSE
ÉPICOROLLIE--SYNANTHÉRIE
Cette classe ne se compose que de trois familles; la première est celle
des _chicoracées_, dont les fleurs ne s’épanouissent que par un beau
temps. A cette famille appartient la laitue, la romaine, la chicorée
sauvage, que l’on a si ridiculement essayé de substituer au café, la
scorsonère et le salsifis.
A la famille des _cyranocéphales_ appartiennent les artichauts, les
cardons, le chardon, et au milieu de beaucoup d’autres plantes, la
plus précieuse pour les dames, celle à l’aide de laquelle elles font
disparaître la pâleur produite par l’insomnie, les plaisirs et les
fatigues du bal, le carthame, enfin, qui est la base du rouge végétal,
grâce auquel tant de belles ajoutent l’éclat et la fraîcheur de la
rose à la blancheur du lis (vieux style).
La plus grande partie des plantes appartenant à la famille des
_corymbifères_ produisent de jolies fleurs; tel est le genre aster,
qui comprend l’œil-de-Christ, l’aster en feuilles de cœur, la
reine-marguerite. Viennent ensuite les chrysanthèmes (fig. 40), les
soleils et les immortelles, qui doivent ce nom à leur longue durée.
ONZIÈME CLASSE
ÉPICOROLLIE--CORISANTHÉRIE
Après les _dispacées_, première famille de cette classe, dont les
valérianes sont le genre principal, viennent les _rubiacées_, nombreuse
famille qui doit surtout son importance à l’efficacité des remèdes
produits par quelques-unes de ses espèces; tels sont le quinquina et
l’ipécacuanha. C’est aussi aux rubiacées qu’appartient le végétal qui
fournit le café. Cet arbrisseau, originaire de l’Arabie, fut transporté
par les Hollandais à Batavia, et de là à Amsterdam. Un pied fut
envoyé à Paris, où il prospéra dans les serres du Jardin des Plantes.
Plusieurs pieds furent, de là, envoyés à la Martinique; mais un seul
y arriva vivant. Telle est l’origine de toutes les plantations qui
existent aujourd’hui aux Antilles.
Le principal genre des _caprifoliées_, troisième et dernière famille de
la onzième classe, est le chèvrefeuille, dont les fleurs exhalent un
parfum si délicieux; viennent ensuite le sureau, le gui, le manglier et
quelques autres peu importants.
DOUZIÈME CLASSE
ÉPIPÉTALIE
Deux familles seulement composent cette classe, les _araliées_, petite
famille à laquelle est dû le genseng, dont l’origine a été longtemps
douteuse, et qu’on a confondu avec l’angélique, et la famille des
_ombellifères_, à laquelle appartiennent la carotte, le panais, le
céleri, le persil, l’anis, la coriandre, l’angélique, etc.
TREIZIÈME CLASSE
HYPOPÉTALIE
Cette classe est la plus nombreuse du règne végétal; vingt-trois
familles la composent. La première est celle des _renonculacées_,
famille aussi dangereuse que belle, dont presque tous les individus ont
des propriétés vénéneuses; telles sont la renoncule âcre, la rampante,
appelée bouton-d’or, la renoncule aquatique, la scélérate, la clématite
brûlante, appelée vulgairement _herbe aux gueux_, parce que les
mendiants s’en servent souvent pour se donner des ulcères factices.
Cela n’empêche pas qu’un grand nombre de _renonculacées_ soient
cultivées dans les jardins à cause de la beauté de leurs fleurs. Les
plus remarquables sont le gant de Notre-Dame, le pied-d’alouette,
toutes les variétés d’anémones, les pivoines, etc. C’est aussi à cette
famille qu’appartiennent les aconits, dont une espèce, l’aconit napel,
servait à empoisonner les flèches dans l’antiquité. Bien que le suc
de cette dernière plante soit encore une substance très-dangereuse de
nos jours, il est permis de penser qu’elle a perdu quelque chose de
sa violence, de même que la ciguë, qui, au témoignage de l’histoire,
était, dans l’antiquité, un poison des plus violents et des plus
infaillibles, et qui est maintenant, dans nos contrées, une plante
presque anodine. Le meilleur est pourtant de ne pas s’y fier.
La famille des _papavéracées_ n’est pas moins remarquable que la
précédente: les sucs de ces plantes offrent des colorations diverses,
à l’aide desquelles les sauvages de l’Amérique se teignent le corps.
Presque tous les genres de papavéracées jouissent de propriétés
narcotiques; mais c’est surtout dans le pavot d’Orient (_papaver
somniferum_), très-cultivé dans nos jardins, que cette propriété se
trouve à un haut degré. La meilleure espèce est celle de Perse; c’est
d’elle qu’on tire l’_opium_, qui est d’un usage si général parmi
les Orientaux, chez lesquels il remplace les liqueurs spiritueuses,
proscrites par la loi de Mahomet. L’opium, dans ces contrées, se
prend en infusion ou il se fume mêlé avec du tabac. Pris à petite
dose de l’une ou de l’autre manière, l’opium excite la gaieté et
plonge dans une douce ivresse; à une dose plus forte, il détermine
l’assoupissement, le délire, la mort. L’abus que font les Orientaux
de cette substance est la seule cause de l’espèce d’engourdissement
moral dans lequel ces peuples sont constamment plongés. Il faut qu’il
soit bien difficile de renoncer à l’usage de l’opium quand on en a
l’habitude, puisque la peine de mort prononcée par la loi, en Chine,
contre tout fumeur, mangeur, vendeur ou acheteur de cette substance,
n’a pu y faire renoncer la population. L’empereur, voulant absolument
détruire ce déplorable usage, a tenté d’interdire l’accès de ses États
aux navires anglais chargés d’opium. Mais les Anglais, marchands avant
tout, lui ont fait la guerre, et le grand souverain du Céleste Empire
a dû se résigner à laisser empoisonner ses sujets. Il y a des gens qui
voient là un progrès de la civilisation!
La famille des _crucifères_ comprend les ravenelles, les giroflées, les
juliennes, charmantes fleurs qui ornent et embaument nos parterres;
le genre raifort, rave, radis, cresson, appartient aussi à la famille
des crucifères, de même que le genre chou, dont les variétés sont
innombrables, le colza, le turneps, le navet, le pastel, dont on
retire l’indigo, la moutarde, etc.
Les _capparidées_ forment une famille beaucoup moins nombreuse et
moins importante; on y remarque pourtant le câprier, dont les fruits
se mangent confits dans du vinaigre, et le réséda, modeste fleur dont
l’odeur est si agréable.
Les _sapindées_ forment la cinquième famille de cette classe. Toutes
les plantes de cette famille sont exotiques; la principale est le
savonnier: ses fruits sont revêtus d’une écorce savonneuse dont on se
sert en Amérique et aux Indes pour blanchir le linge.
La famille des _acéridées_ est aussi fort restreinte, puisqu’elle ne
se compose que des érables, des marronniers et des frênes. L’érable
produit le sucre en assez grande abondance; il suffit, pour obtenir
cette substance, de faire une incision à l’arbre; il en découle un
sirop que l’on cristallise facilement. C’est du frêne à fleurs qu’on
obtient la _manne_. A voir ces énormes marronniers d’Inde qui font
l’ornement de nos plus belles promenades, on pourrait croire que
quelques-uns sont âgés de plusieurs siècles; il n’en est rien pourtant,
car le premier individu de ce genre ne fut apporté en France qu’en
1615; on le planta à l’hôtel Soubise, et ce fut encore bien longtemps
après que la beauté de ses fleurs le fit adopter comme arbre d’ornement.
Les _malpighiacées_ ont beaucoup d’analogie avec les _acéridées_. On
doit la découverte de cette famille au célèbre botaniste Malpighi, qui
lui donna son nom. Quelques genres de malpighiacées donnent des fruits
assez estimés dans les îles de l’Amérique et du Pérou.
Les _hypéricées_, dont les genres sont vulgairement appelés
millepertuis, doivent ce nom à la grande quantité de points glanduleux,
transparents, dont leurs feuilles sont souvent parsemées. Plusieurs
genres de cette famille donnent un suc résineux connu sous le nom de
gomme-gutte d’Amérique.
Il en est de même de la plupart des genres de la famille des
_guttifères_.
Les _hespéridées_ sont aussi des végétaux exotiques, dont beaucoup
sont cependant cultivés avec succès en Europe. Ornements majestueux
de nos jardins, les hespéridées séduisent nos yeux par la beauté de
leurs fleurs et de leurs fruits, comme elles charment notre odorat par
les délicieux parfums qu’elles exhalent. C’est à cette belle famille
qu’appartiennent l’oranger, le citronnier, le camélia, le thé, etc.
La famille des _méliacées_ donne aux arts plusieurs bois précieux,
entre autres l’acajou.
Celle des _sarmentacées_, qui vient ensuite, n’a qu’un seul genre
important, la vigne; mais ses innombrables variétés sont une source
immense de richesse. La vigne habite un grand nombre de contrées;
mais c’est dans les pays méridionaux et surtout dans les terroirs
volcaniques qu’elle déploie toute la vigueur et la beauté de sa
végétation.
«Je me rappelle encore, dit un voyageur, l’impression que produisit
sur moi l’aspect enchanteur de l’immense jardin du Vésuve; de toutes
parts s’élevaient de longs sarments de vigne qui, s’entrelaçant de
mille manières différentes, offraient leurs grappes magnifiques au
voyageur brûlé par les ardeurs du soleil. Point d’épiderme ni de
graines coriaces comme dans la plupart des raisins de nos contrées:
peau, pulpes, semences, tout se résolvait en un suc délicieux. Après
avoir franchi ce nouvel Éden et dépassé la demeure de l’ermite, la
végétation, jusqu’alors si brillante, ne s’annonça plus que par
quelques arbres; bientôt elle cessa entièrement, et ma vue n’eut plus à
se reposer que sur de vastes champs de lave. Le chemin devenait roide
et escarpé; mais une fois arrivé au sommet, je fus bien dédommagé de
mes fatigues par l’imposant spectacle qui s’offrit à mes regards. A
gauche, je contemplais le cap Sorrento, les îles de Caprée, de Procita,
Portici, Torre del Greco et la mer. A droite se dessinait le beau
bassin du golfe de Naples, l’immense amphithéâtre formé sur ses bords
par la ville, la côte du Pausilippe, Pouzzoles et le promontoire de
Misène. Derrière moi j’avais les montagnes de la Calabre et la ville
de Pompeïa; enfin les Camaldules terminaient ce magnifique paysage.
L’admiration que me causait ce tableau était souvent interrompue par
les bruits qu’on entendait dans l’intérieur de la montagne, et qui
précédaient les longues colonnes de feu qu’on voyait s’élever dans les
airs, retomber en gerbes immenses, ou se répandre comme un torrent sur
les flancs du Vésuve, qui ressemblait à une mer de feu. Je quittai
ce lieu de merveilles, l’âme pleine de ces grandes émotions qu’un
tel spectacle peut seul faire naître. En descendant la montagne, le
guide me montra plusieurs endroits où la vigne est d’une fertilité
prodigieuse. Lorsque la lave d’une éruption l’a détruite, il suffit du
plus petit rejet pour qu’elle repousse avec la plus grande rapidité, et
dans l’espace d’un an, elle se couvre d’une récolte supérieure à celle
de l’année précédente. Cette extrême fertilité explique l’insouciance
de l’habitant du Vésuve pour les dangers sans cesse renaissants dont il
est entouré.»
La famille des _géraniées_ est une de celles qui renferment le plus de
plantes d’agrément; à elle appartiennent les géraniums, dont il existe
plus de deux cents variétés, depuis le géranium écarlate, dont l’odeur
est fétide, jusqu’au géranium triste, qui exhale pendant la nuit un
si délicieux parfum. A cette famille appartiennent également la vive
capucine, la tendre balsamine et la timide violette, ce doux symbole de
discrétion et de modestie.
A la famille des _malvacées_ appartiennent les mauves, ces belles
roses trémières aux mille couleurs dont il se fait maintenant de si
charmantes et si nombreuses collections; le cacaoyer, avec le fruit
duquel se fait le chocolat, et le baobab ou calebassier, ce colosse
du règne végétal, dont le tronc a souvent plus de cent pieds de
circonférence. Le célèbre Adanson a observé en Afrique quelques-uns de
ces arbres dont l’existence, d’après ses calculs, remontait à plus de
quatre mille ans.
Les _magnoliées_ sont une famille dont le genre badiane est le plus
important; c’est à lui que l’on doit ces semences connues sous le nom
d’anis étoilé de la Chine.
Les _anonées_ croissent, pour la plupart, dans l’Amérique
septentrionale; plusieurs fournissent des fruits délicieux, comme la
pomme de cannelle, la cherimoya, qu’on cultive maintenant avec succès
en Espagne.
Les _ménispermées_, qui viennent ensuite, croissent dans l’Inde et sont
peu remarquables.
Les _berbéridées_, auxquelles appartient l’épine-vinette, ne le sont
pas davantage, non plus que les _hermanniées_, dont tous les genres
sont exotiques.
Les _liliacées_ ne forment pas non plus une famille bien nombreuse;
mais elle comprend des arbres remarquables, les tilleuls, dont les
fleurs, les baies, le bois, l’écorce, sont d’une si grande utilité.
Les _cistées_, les _rustacées_ sont deux familles peu importantes de
cette même classe; mais il n’en est pas de même de la vingt-troisième
et dernière famille de l’hypopétalie, celle des _cariophyllées_,
comprenant ces belles et nombreuses variétés d’œillets qui charment les
yeux et embaument les airs: la bourbonnaise, la croix-de-Jérusalem ou
de Malte, les agrostèmes, les béhens, la nielle des blés, et enfin le
lin, si utile à la santé des hommes.
QUATORZIÈME CLASSE
PÉRIPÉTALIE
Les _portulacées_, première famille de cette classe, doivent leur nom
au genre _pourpier_, le principal de cette famille, qui n’offre rien de
remarquable.
Les _saxifragées_ forment une famille nombreuse dont quelques espèces
contribuent à l’embellissement des jardins, comme la mignonnette, le
gazon de Sibérie, deux charmantes petites plantes dont on fait de
jolies bordures, et le rossolis à feuilles rondes, autre petite fleur
dont les feuilles sont si irritables, qu’elles se crispent à l’instant
au contact du corps le plus léger. Malheur à l’insecte qui vient s’y
poser! il périt, retenu par le suc glutineux qui les recouvre.
Les _crassulées_, que Linné appelait _plantes succulentes_, et
auxquelles on a aussi donné le nom de _plantes grasses_, comprennent
les crassules proprement dites et les joubarbes. Le premier genre
n’offre de remarquable et digne des soins de l’horticulteur que la
crassule écarlate, originaire d’Afrique, jolie fleur très-recherchée
des amateurs, et le rhodiola rosea, d’un aspect peu séduisant, mais
dont les racines exhalent une délicieuse odeur de rose. Les joubarbes
forment un genre très-nombreux. On cultive peu cette plante, qui
n’offre rien d’agréable à la vue. Cependant, dans certaines contrées,
on mange les feuilles de plusieurs espèces de joubarbes, et deux
autres espèces, l’orpin et le poivre des murailles, ont été pendant
fort longtemps et sont encore quelque peu de nos jours employées en
médecine; mais quelle est la plante qui n’a pas eu cet avantage ou ce
malheur? Le règne végétal tout entier n’a-t-il pas été la proie de ces
prétendus guérisseurs? Est-il une pauvre petite plante qui ait échappé
à leur barbarie; une contre laquelle ils n’aient employé le fer et le
feu; une seule qu’ils n’aient hachée, disséquée, broyée? Heureusement
cette férocité s’est amoindrie depuis quelques années; les médecins
mutilent moins de plantes et leurs malades meurent un peu moins vite:
que le ciel les fasse persévérer dans cette voie!
La famille des _cactoïdes_ est aussi presque entièrement composée de
plantes grasses. Rien n’est plus bizarre que les différents genres de
cette famille. C’est à elle qu’appartiennent les cierges ou cactiers,
plantes admirables par la diversité de leurs formes, l’éclat, la
beauté de leurs fleurs, l’abondance de leurs sucs rafraîchissants, qui
leur a fait donner, par Bernardin de Saint-Pierre, le nom de _sources
végétales du désert_. Le nopal est l’espèce la plus intéressante
de cette famille: c’est sur lui qu’habite et qu’on recueille la
cochenille, insecte précieux à cause de la belle couleur écarlate
qu’on en tire. La tige du cierge du Pérou qu’on cultive au Jardin des
Plantes, à Paris, est ronde, droite, et s’élève à quarante pieds
de haut; dans le cierge à grandes fleurs, la tige est rampante,
disposition qui lui a fait donner par les amateurs le nom de grand
cierge serpentaire. Enfin, c’est dans cette famille que se trouve
la plante appelée glaciale, ou licoïde cristallin, nom qu’elle doit
à la transparence des vésicules dont elle est couverte, qui la font
ressembler à de la glace.
Un des principaux genres des _onagrées_, cinquième famille de la
quatorzième classe, sont les épilobes, remarquables par le mouvement
de leurs étamines à l’époque de la fécondation. C’est à ce genre
qu’appartiennent le laurier de saint Antoine et l’épilobe à feuilles
étroites, dont les racines sont un mets fort recherché dans certaines
contrées. Un autre genre de cette famille, l’onagre bisannuelle,
concourt à l’ornement des jardins par deux belles fleurs, l’onagre à
fleur rose, originaire du Pérou, et l’onagre à grandes fleurs, qui
vient de l’Amérique septentrionale. Enfin, à cette famille importante
appartiennent encore le santal, dont le bois aromatique est employé
dans les parfums, et la macre, connue en France sous le nom de
châtaigne d’eau, fruit d’un goût très-agréable.
Les _myrtées_, sixième famille de cette classe, comprennent quelques
arbres et arbrisseaux dont les fruits sont délicieux; le grenadier, le
goyavier-poivre, le jambosier, sont de ce nombre. Le grenadier, qui
croît naturellement en Afrique, a été cultivé avec succès dans le midi
de l’Europe, où il s’est parfaitement naturalisé, particulièrement
dans les contrées méridionales de la France. Il faut mettre aussi au
nombre de ces précieux végétaux l’angolan du Malabar, qui atteint
souvent plus de trente mètres de hauteur, et dont les fruits sont
des plus savoureux; et puis encore le giroflier, dont les fleurs non
écloses, connues sous le nom de _clous de girofle_, tiennent un rang
si honorable dans les laboratoires du distillateur, du confiseur et de
l’artiste culinaire. Enfin, à cette famille appartiennent le syringa,
dont on cultive deux espèces, l’odorante et l’inodore, et le myrte,
pauvre petit arbrisseau bien inoffensif, bien modeste, dont on a fait
le symbole de l’amour heureux, pour exprimer apparemment que l’amour
satisfait est une chose assez triste, maussade, à laquelle conviennent
l’ombre et le sommeil.
La famille des _mélastomées_, celle des _lythrées_ sont peu
remarquables; mais après elles viennent les _rosacées_. Un volume ne
suffirait pas pour faire l’histoire de la rose, et nous serions bien
pâle auprès de l’artiste et du biographe qui ont si heureusement réuni
leurs efforts pour donner une âme à cette belle reine. Mais, pour être
moins brillante, notre tâche n’en est pas moins douce: s’ils ont fait
un délicieux portrait du plus bel enfant de la famille, ils n’ont
rien dit des autres: ils ont usé de leur esprit, de leur admirable
talent; ils ont fait de l’art et dédaigné la science; ils ont laissé au
savant les miettes de leur table; mais ce sont des miettes abondantes
et savoureuses, car les rosacées comprennent les fraisiers, les
framboisiers, les pêchers, pruniers, abricotiers, amandiers, cerisiers,
pommiers, poiriers. Ainsi, les rosacées ne sont pas seulement l’honneur
de nos jardins, elles sont aussi l’honneur de nos tables; c’est la
beauté et l’abondance: nulle part le parfum et la saveur ne sont plus
délicieusement et plus intimement unis. N’est-il pas vrai que les
couleurs veloutées de la pêche le disputent à la rose pour l’éclat?
Que de charmes, de volupté dans ces formes arrondies!... Et la pêche
n’a point d’épines; et la framboise fait pardonner les siennes,
non-seulement par son parfum, mais aussi par sa délicieuse saveur...
Ah! roses, que ne devez-vous pas au savant qui vous a mises en si bonne
compagnie! Vous voyez bien, mes belles, que la science est bonne à
quelque chose: grâce à elle, nul n’a le droit de vous exclure de cette
brillante et somptueuse réunion; vous êtes, comme la pêche, comme la
cerise, comme la fraise, etc., de jolies dicotylédones polypétales
périgynes. Vos titres de noblesse sont palpables, authentiques, nul
ne peut les contester. Allez, soyez flattées, vantées, chantées, et
surtout ne faites pas fi de vos sœurs dont les traits sont moins
brillants que les vôtres, mais dont le cœur est plus doux!
Après les rosacées se placent immédiatement les _légumineuses_,
nombreuse et bienfaisante famille qui comprend les pois, les fèves, les
haricots, les lentilles, le caroubier, les bois de teinture dits du
Brésil, l’acacia, les genêts, les tamariniers, la pistache de terre,
dont les gousses, après la fécondation, s’enfoncent dans le sol pour y
mûrir.
L’indigotier, membre de la même famille, mérite une mention
particulière; c’est de lui qu’on obtient cette belle couleur bleue
qui donne aux vêtements des dames une grâce, une élégance que ne
comporte aucune autre couleur. L’indigotier est un charmant petit
arbuste, originaire des Indes orientales, et qu’on cultive avec succès
aux Antilles et dans l’Amérique méridionale. Lorsque les fleurs de
l’indigotier commencent à paraître, ce qui arrive trois mois après
qu’on l’a semé, on en coupe les feuilles; quarante ou cinquante jours
après on en fait une seconde récolte, puis une troisième, qui est
ordinairement la dernière, et alors on coupe tiges et feuilles. De ces
feuilles et tiges on obtient, par le lavage, une fécule qu’on laisse
fermenter, puis on la fait sécher, et elle forme ce beau bleu auquel la
plante a donné son nom.
Napoléon, ce génie universel, voulant, par tous les moyens, ruiner le
commerce anglais, tenta de faire remplacer l’indigo par le pastel,
comme il avait remplacé la canne à sucre par la betterave. Le pastel
donne en effet une belle couleur bleue, mais elle ne saurait être
comparée à l’indigo: il n’est pas donné, même aux plus grands génies,
de faire tous les jours des miracles.
D’autres plantes de cette famille fournissent d’excellents fourrages;
tels sont les sainfoins, les trèfles, les luzernes, etc., qui ont en
outre la propriété de végéter sans altérer la terre qui les nourrit.