Quand Gygès tua Candaule pour avoir sa femme, tout le monde donna tort

au roi Candaule, qui avait voulu la faire voir à Gygès, toute nue,

sortant du bain.--On n’a qu’à ne pas montrer la tulipe.--J’arrivai

à un tel état de désespoir,--qu’une année je ne plantai pas mes

tulipes,--mes chères tulipes.--Mon jardinier eut pitié d’elles et

peut-être de moi,--et le rustre... je le lui pardonne,--car il les a

sauvées,--les planta au hasard,--dans une terre vulgaire.

--Mais enfin, comment avez-vous eu cette tulipe?

--Voilà la chose... Je n’ai pas tout à fait imité Gygès, quoique mon

ami ne se soit pas montré plus délicat que Candaule, mais cependant

j’ai fait un crime: j’ai fait voler un caïeu.--Candaule a un neveu...

Ce neveu, qui attend tout de son oncle, lequel est fort riche, l’aide

à planter et à déplanter ses tulipes, et affecte pour ces plantes une

admiration qu’il n’a pas, le malheureux! mais sans laquelle son oncle

ne supporterait même pas sa présence.--L’oncle est riche, mais il

n’est pas d’avis que les jeunes gens aient beaucoup d’argent... Le

neveu avait contracté une dette qui le tourmentait beaucoup... Son

créancier menaçait de faire sa déclaration à son oncle.--Il s’adressa à

moi et me supplia de le tirer d’embarras.--Je fus cruel, Monsieur, je

refusai net.--Je me plus à lui exagérer la colère où serait son oncle

quand il aurait appris l’incartade. Je le désespérai bien,--puis je lui

dis: Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.

--Oh! s’écria-t-il, vous me sauvez la vie.

--Oui, mais à une condition.

--A mille, si vous voulez.

--Non, une seule:--tu me donneras un caïeu de la... tulipe en question.

Il recula d’horreur à cette proposition.

--Mon oncle me chassera, s’écria-t-il,--me chassera et me déshéritera!

--Oui, mais il ne le saura pas,--tandis qu’il saura certainement que tu

as fait des dettes.

--Mais s’il le savait jamais!

--A moins que tu ne le lui dises...

--Mais vous...

Enfin, je le pressai, j’effrayai le malheureux jeune homme; il promit

de me donner un caïeu quand on déplanterait les tulipes,--mais il

exigea mon serment sur l’honneur de ne jamais nommer... celle que

j’appelle Rebecca, à personne--et de lui donner un autre nom--jusqu’à

la mort de son oncle.

En échange de cette promesse, je lui donnai l’argent dont il avait

besoin. Depuis, nous avons tenu tous deux nos serments: j’ai eu la

tulipe, et je ne l’ai nommée à personne.--La première fois qu’elle

a fleuri ici,--chez moi,--étant à moi,--l’oncle est venu voir mes

tulipes.--C’est une politesse qu’on échange entre amateurs.--Il l’a

regardée et a pâli.--Comment appelez-vous ceci? m’a-t-il dit d’une voix

altérée.

Ah! Monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu’il m’avait fait

souffrir!--Je pouvais lui dire le nom... que vous ne savez pas... Je me

suis rappelé ma promesse, ma promesse sur l’honneur, et le neveu était

là, il me regardait avec angoisse,--et j’ai dit: Rebecca.

Cependant, il trouvait bien quelque ressemblance;--aussi il est resté

préoccupé;--il a beaucoup loué le reste de ma collection, et n’a rien

dit de celle qui est la perle, le diamant de ma collection.--Il est

revenu le lendemain,--puis le surlendemain,--puis tous les jours tant

qu’elle a été en fleur;--puis il a réussi à se tromper lui-même: il a

cru voir entre Rebecca et... l’autre... des différences imaginaires.

Alors il a dit: Elle ressemble un peu à... vous savez?

Eh bien, Monsieur, j’ai aujourd’hui la tulipe que j’ai tant désirée--et

je ne suis pas heureux.--A quoi cela me sert-il, puisque je ne puis le

dire à personne?

--Quelques amateurs,--forts,--la reconnaissent à peu près:--mais

je suis forcé de nier,--et je n’en rencontre pas un assez sûr de

lui pour me dire:--Vous êtes un menteur!--Je souffre tous les jours

d’affreux tourments:--j’entends ici faire l’éloge de la tulipe que

j’ai comme lui.--Quand je suis seul, je m’en régale, je l’appelle de

son vrai nom, auquel je joins les épithètes les plus tendres et les

plus magnifiques.--L’autre jour, j’ai eu un peu de plaisir:--je l’ai

prononcé, ce nom mystérieux,--tout haut, à un homme.--Mais je n’ai pas

manqué à mon serment:--cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.

Eh bien! cela m’a un peu soulagé;--mais c’est incomplet.--On ne sait

pas que je l’ai,--elle...--Tenez... ayez pitié de moi,--mon serment me

pèse... Jurez-moi sur l’honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce

que je vais vous dire... Je vous dirai alors son vrai nom,--le vrai

nom de Rebecca,--de cette reine déguisée en grisette.--Votre serment à

vous ne sera pas difficile à tenir,--vous n’aurez pas à lutter comme

moi, Monsieur. C’est affreux,--mais je désire que cet homme, que ce

Candaule soit mort,--pour dire tout haut que j’ai... Tenez, faites-moi

le serment que je vous demande.

J’eus pitié de lui, et je lui promis solennellement de ne pas répéter

le nom de la fameuse tulipe.

Alors, avec une expression d’orgueil intraduisible,--il toucha la

plante de sa baguette, et me dit:--Voici...

Mais, à mon tour, je suis engagé par un serment:--je ne puis dire le

nom qu’il fut si heureux de prononcer.

--Croyez-vous qu’on invente ces choses-là?

On remarque encore dans cette famille la majestueuse _fritillaire_,

ou couronne impériale, l’un des ornements les plus pittoresques des

jardins; les _hémérocalles_, dont les fleurs sont presque aussi belles

que celles du lis; les _yucca_, charmants arbrisseaux qui ressemblent

un peu au palmier; et une foule d’autres genres qui seuls suffiraient

pour justifier le titre de glorieuse donné à cette si belle et si

nombreuse réunion.

Auprès de cette superbe famille, dont nous n’avons pu dire toutes

les beautés, vient s’en grouper une autre toute petite, celle des

_broméliées_, formée seulement de trois genres, l’_ananas_ ou

_bromelia_, le _pitcairnia_ et la _tillandrie_. L’ananas est le genre

le plus remarquable des trois, et il est assez connu par la délicieuse

saveur de son fruit.

Après cette petite famille en vient une immense et belle, celle des

_narcissées_, qui disputent aux liliacées le prix de la beauté des

fleurs, de l’élégance du port et de la suavité des parfums. En tête de

cette famille se placent les amaryllis, genre si nombreux et si varié,

que nous n’en saurions ici énumérer les espèces. Parlons de la plus

remarquable, de l’amaryllis gigantesque, qui est peut-être la plus

belle des fleurs connues: son oignon, d’une grosseur énorme, pousse,

au milieu d’une touffe de feuilles de la plus grande dimension, une

tige de trois pouces de diamètre et de plus de deux pieds de hauteur,

du sommet de laquelle, et en tous sens, s’étalent au moins soixante

pédicules fort longs, terminés chacun par une fleur d’un rose vif,

rayée d’un rose plus foncé, et de trois pouces de longueur. Qu’on se

figure l’éclat de cette magnifique couronne de plus de six pieds

de circonférence, et dont on chercherait en vain dans tout le règne

végétal un second exemple! Cette plante si belle a fleuri en France

pour la première fois dans le cours de l’année 1820.

C’est à la famille des narcissées qu’appartiennent en outre la

jonquille (fig. 38), le narcisse de Constantinople, celui de Chypre,

le lis des Incas, les hémantes, les galantines, les perce-neige et

l’agavé, dont la floraison est un objet d’admiration: après une

croissance d’un grand nombre d’années, l’agavé, ayant acquis toutes ses

forces, accomplit ce phénomène: du milieu de ses feuilles s’élève, ou

plutôt s’élance, tant son développement est rapide, une tige nue, haute

de quinze à vingt pieds, terminée par une immense quantité de fleurs

jaune verdâtre, disposées en une magnifique pyramide. Cet accroissement

subit s’exécute en quinze jours environ; puis bientôt les fleurs

passent, la tige se flétrit, et la plante meurt en laissant un nombre

infini de graines et quelques rejetons qui offrent un moyen plus prompt

de la propager.

La dernière famille de la classe MONOPÉRIGYNIE se compose des

_iridées_, dont les _iris_ sont le genre principal et le plus nombreux;

les deux autres genres les plus importants sont les _ixia_, dont les

fleurs offrent toutes les couleurs et toutes les nuances imaginables,

et les _glaïeuls_, dont les fleurs, aussi fugaces que belles, ne vivent

que quelques heures.

QUATRIÈME CLASSE

MONOÉPIGYNIE

Quatre familles seulement composent la quatrième classe: la première

est celle des _musacées_, peu nombreuses en genres, mais qui comptent

parmi eux les bananiers, ce qui suffit à son illustration. On croirait

aisément, en voyant ce beau et vigoureux végétal, dont la tige a

communément trois pieds de circonférence et quinze pieds de hauteur,

que c’est un arbre d’une grande solidité et d’une existence durable. Ce

n’est pourtant qu’une plante herbacée dont la vie, dans les contrées

voisines de l’équateur, ne dure jamais une année entière. Dans les

climats tempérés, où, pour la faire croître et fructifier, il faut que

l’art vienne au secours de la nature, sa vie se prolonge pendant une

assez longue suite d’années; elle peut même être d’un siècle; mais il

ne peut éviter sa destinée, qui est de périr dès qu’il a donné ses

fruits.

Tout récemment, alors que la fièvre de la commandite était dans toute

sa violence, des spéculateurs s’en étaient pris au bananier; ils

prétendaient pouvoir faire du papier avec la tige de cette plante.

Vite, la prétendue découverte est mise en actions au capital de

plusieurs millions: les actionnaires vinrent... Où n’en viendrait-il

pas? On fit réellement du papier de bananier; mais il était fort

mauvais, et il revenait à un prix quadruple de celui fabriqué par

les procédés et avec les matières ordinaires. Il est vrai que les

actionnaires avaient le droit d’aller contempler deux bananiers

rabougris, souffreteux, qui s’étiolaient dans les salons du gérant, rue

Montmartre, nº 171, et que ce plaisir ne leur a coûté que quelques

centaines de mille francs!... En vérité, quand on pense au _genre_

actionnaire et à quelques autres, on est forcé de convenir que notre

orgueil seul a pu nous faire placer le règne auquel nous appartenons

au-dessus de celui où se trouvent tant de si belles et si bonnes choses

qui ne mentent pas, qui ne volent pas, et dont le muet et doux langage

ne passe par les yeux que pour réjouir le cœur... Décidément les

fous-tulipiers ne sont pas si fous qu’ils le paraissent!

Les _amomées_, deuxième famille de cette classe, comprennent le

_basilier_, plante d’ornement, haute de quatre pieds, dont les feuilles

sont tournées en cornet avec tant de perfection, que les eaux de la

pluie y séjournent comme dans des vases. Dans cette famille sont rangés

l’amome gingembre, le curcuma, la zédoaire, et quelques autres genres

moins importants.

La bizarrerie est le caractère principal de la famille des _orchidées_.

L’orchis militaire, par exemple, et l’orchis singe présentent, dans

chacune de leurs fleurs, l’apparence d’une figure humaine suspendue.

Il est vrai que l’imagination aide quelque peu à ces ressemblances;

mais elle n’ajoute rien à l’illusion que produisent les fleurs des

autres genres de cette famille, qui figurent, les unes des mouches, les

autres des taons et plusieurs autres insectes. A cette singularité, la

famille des _orchidées_ joint l’avantage de compter parmi ses membres

la vanille, qui fournit le plus suave des parfums du règne végétal.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire la dernière famille de cette

classe, les _hydrocharidées_, herbes aquatiques que quelques auteurs

ont rangées à tort parmi les naïadées.

CINQUIÈME CLASSE

ÉPISTAMINIE

Cette classe ne contient qu’une seule famille, les _aristolochiées_,

plantes qui habitent ordinairement les pays chauds. C’est dans cette

famille que se trouvent les plus grandes fleurs connues: le célèbre

voyageur de Humboldt a vu, dans l’Amérique méridionale, des fleurs

d’aristoloche qui avaient quatre pieds de circonférence.

SIXIÈME CLASSE

PÉRISTAMINIE

La plupart des genres de la première famille de cette classe, les

_éléagnées_, viennent de l’Inde et de l’Amérique septentrionale. On

remarque parmi ces plantes le grignon de Cayenne, l’argousier, les

badamiers, et, plus particulièrement, le badamier au vernis, d’où

découle la matière résineuse qui forme le célèbre vernis avec lequel

les Chinois recouvrent les meubles connus en Europe sous le nom

d’objets en _laque de Chine_.

Les _daphnoïdes_ ne sont pas une famille bien importante; cependant

c’est au nombre des genres dont elle se compose que se trouve le

_bois-dentelle_. C’est un arbuste de la Jamaïque dont l’écorce

intérieure est formée de fils entrelacés qu’on peut étendre avec un

peu de précaution, et qui offre alors une ressemblance frappante avec

la dentelle la plus belle, à supposer pourtant que la dentelle soit

une jolie chose. On rapportait à une dame de beaucoup d’esprit que cet

arbrisseau pouvait parfaitement s’acclimater en Europe, ce qui serait

un grand bonheur pour les dames, qui pourraient désormais avoir de

très-belle dentelle à bon marché.

--Eh! Monsieur, répondit la dame au nouvelliste mal avisé, ne

comprenez-vous pas que les femmes ne font cas de cette laide chose

qu’on appelle dentelle, que parce qu’elle coûte un prix fou? Viennent

vos arbustes, et personne n’en voudra.

La famille des _protéacées_ se compose de très-beaux arbres qui

croissent naturellement en Afrique; le genre le plus remarquable est

l’arbre d’argent, dont les feuilles en fer de lance, et d’un éclat

presque métallique, reflètent les rayons du soleil d’une manière

éblouissante.

Les espèces du genre laurier, qui a donné son nom à la quatrième

famille de cette classe, les _lauroïdes_, sont fort nombreuses et

trop connues pour que nous en parlions longuement. Le plus important

du genre est le cannellier, espèce de laurier cultivé à Ceylan, et

dont l’écorce, enlevée et exposée au soleil, se roule et forme ce que

nous appelons la _cannelle_. Une autre espèce du même genre est le

muscadier, dont la graine est connue sous le nom de muscade.

Les polygones, les patiences et les rhubarbes sont les principaux

genres de la famille des _polygonées_. Le blé noir ou sarrasin est le

plus important; les patiences et les rhubarbes sont d’une utilité

douteuse.

Les _atriplicées_, sixième et dernière famille de cette classe,

sont des plantes potagères, la bette blanche, la betterave, etc. La

betterave a acquis depuis trente ans une haute importance. En 1812,

on ne connaissait que le sucre de canne, qui valait _quatorze francs_

le kilogramme en France, par suite de la guerre avec l’Angleterre.

Des essais furent faits pour obtenir du sucre de quelques plantes

indigènes. Les Parisiens se moquèrent beaucoup de ces tentatives; on

chansonna le sucre indigène et ses fabricants, et nous nous rappelons

avoir vu aux vitres de Martinet, ce musée en plein vent de la rue du

Coq, une caricature représentant le roi d’Angleterre et Napoléon,

tous deux couronne en tête; l’Anglais lançait à l’Empereur une énorme

betterave, en s’écriant: _Va te faire sucre!_ Et voilà qu’aujourd’hui

le sucre de betterave, aussi beau, aussi bon, aussi et même plus

abondant que le sucre de canne, met en péril les plantations de nos

colonies! Les Anglais, qui ont beaucoup ri du mot, trouveraient sans

doute, en cas de guerre, la chose fort peu plaisante.

SEPTIÈME CLASSE

HYPOSTAMINIE

Les propriétés des _amarantées_, première famille de cette classe, sont

nulles ou inconnues. Les genres les plus remarquables sont l’amarante

tricolore et la queue-de-renard, qu’on cultive dans les jardins.

Les _plantaginées_ sont une petite famille composée des genres plantain

(fig. 39) et littorelle; ce sont des plantes herbacées qui croissent

sous presque toutes les latitudes.

Les _nyctaginées_ sont ainsi nommées parce que, dans la plupart des

espèces de cette famille, les fleurs ne s’épanouissent que pendant

la nuit. L’espèce la plus commune est la belle-de-nuit, qu’on appelle

aussi merveille du Pérou, parce qu’elle est originaire de ce pays.

La quatrième et dernière famille de cette classe se compose des

_plombaginées_. Ce sont de petites plantes comme le gazon d’Olympe, et

d’autres petits gazons employés en bordure dans les jardins.

HUITIÈME CLASSE

HYPOCOROLLIE

La primevère et l’oreille-d’ours sont les principaux genres de la

famille des _primulacées_, la première de la huitième classe. Ces

fleurs sont fort connues et peu remarquables.

Les _acanthées_, qui forment la deuxième famille, sont surtout

remarquables à cause de l’élégance de leurs feuilles, qui ont été

adoptées pour ornement par les sculpteurs de l’antiquité. Callimaque

fut le premier qui s’en servit pour décorer le chapiteau de l’ordre

corinthien dont il est regardé comme l’inventeur.

Parure élégante des jardins, les espèces composant la famille des

_jasminées_ forment autour d’elles une atmosphère de parfums s’exhalant

du lilas et de toutes les espèces de jasmin. Mais le genre le plus

important de cette famille est l’olivier, source de prospérité pour la

Provence et les contrées méridionales de l’Europe.

On attribuait autrefois aux espèces de la famille des _verbénacées_

des propriétés prodigieuses: ainsi, le genre gattilier passait pour

être le remède le plus efficace contre les tourments de l’amour; et la

verveine, autre genre de la même famille, jouait un grand rôle dans les

enchantements et la sorcellerie. Aujourd’hui il n’y a plus guère que

les médecins qui reconnaissent quelque vertu à cette plante, mais ils

n’en sont pas plus sorciers pour cela.

Les jolies plantes composant la famille des _labiées_, plantes dont

les caractères sont aussi naturels que les propriétés, habitent plus

particulièrement les collines et les lieux exposés au soleil; tels

sont le thym, la sarriette, la sauge, qui forment un si agréable

assaisonnement. Un phénomène curieux s’observe dans une espèce de cette

famille, le dracocephalum variegatum: les fleurs, au nombre de quatre,

sont presque droites et sessiles; elles sont susceptibles d’être mues

horizontalement dans l’espace d’un demi-cercle, et restent immobiles

dans la position qu’on leur a fait prendre.

On a donné le nom de _personnées_ aux plantes composant la sixième

famille de cette classe, parce que la configuration de leurs fleurs

représente assez bien un masque. Elles sont d’un grand usage en

médecine; quelques-unes contiennent un poison très-actif.

Les plantes de la famille des _solanées_ ont en général une teinte

sombre et livide, une odeur fétide, qui semblent indiquer leurs

propriétés dangereuses; telles sont la belladone, la mandragore, la

jusquiame, la pomme épineuse, etc. Mais, par compensation, cette

famille compte au nombre de ses membres la pomme de terre, qui est du

pain tout fait, et grâce à laquelle il ne peut plus y avoir de famine

en Europe. Cette plante fut apportée en 1590 du Pérou en Europe, où

elle s’est multipliée à l’infini, non sans peine pourtant! Pendant

près de deux siècles, le peuple n’en voulait faire d’autre usage que

de la donner pour nourriture aux pourceaux, et il fallut des efforts

inouïs pour déraciner le préjugé qui l’empêchait d’être admise sur

la table du pauvre. Le célèbre Parmentier fut le plus infatigable

propagateur de la pomme de terre. Désespéré pourtant du peu de succès

qu’il obtenait, il s’avisa de s’adresser au roi Louis XVI.--«Sire, lui

dit-il, c’est dans trois jours la fête de Votre Majesté (Saint-Louis,

25 août): si vous consentiez à porter ce jour-là une fleur de pomme de

terre à la boutonnière de votre habit, je suis persuadé que cela ferait

plus que tous les écrits possibles pour faire adopter cette plante.»

Le roi y consentit, et il ordonna en même temps qu’à partir de ce

moment on servît chaque jour sur sa table un plat de pommes de terre.

L’expédient eut un résultat prodigieux: bien en cour, les pommes de

terre firent fureur à la ville, et le peuple accepta enfin un bienfait

qu’il avait si longtemps repoussé.

C’est encore dans la famille des solanées que se trouve le tabac. Jean

Nicot, ambassadeur de France en Portugal l’apporta en 1559 à la reine

Catherine de Médicis. L’usage du tabac est une lèpre qui va s’étendant

sans cesse; aussi n’a-t-il pas fallu de grands efforts pour le propager.

Dans la famille des _borraginées_, les changements de couleurs

sont presque universels. C’est ainsi, par exemple, que les fleurs

du tournefort, d’un blanc verdâtre d’abord, passent, avant de se

flétrir, à une couleur noire très-foncée: d’autres plantes de la

même famille, telles que la pulmonaire, la consoude, ont les fleurs

rouges à leur épanouissement, et bleues dans leur vieillesse. A cette

famille appartiennent les héliotropes, dont quelques espèces sont

très-recherchées, et l’orcanette, dont la racine contient un principe

colorant d’un rouge plus ou moins foncé, et dont les dames athéniennes

se servaient comme de fard, pensant sans doute qu’il devait leur être

permis d’emprunter quelque chose aux fleurs auxquelles on les comparait.

La famille des _convolvulacées_ se compose de plusieurs genres de

liserons d’une forme élégante. A cette famille appartient la patate,

qui offre un aliment presque aussi substantiel que la pomme de terre.

Presque toutes les plantes de la famille des _polémoniacées_, qui vient

ensuite, sont originaires de l’Amérique septentrionale. L’un des genres

les plus remarquables de cette famille est le phlox, qui présente une

grande variété de couleurs. Le genre des cobæa est aussi fort joli.

A Paris, dans les quartiers populeux, les cobæa tapissent une grande

partie des fenêtres, et la beauté de leurs fleurs fait un contraste

frappant avec la malpropreté des rues. C’est la fleur du pauvre; comme

lui, elle vit de peu, sa jeunesse passe vite et ses joies sont courtes.

Entièrement exotique, la famille des _bignoniées_ porte de très-belles

fleurs. La principale espèce est le catalpa, bel arbre originaire

d’Amérique, qui forme dans quelques-uns de nos jardins de magnifiques

allées. La bignone toujours verte, qu’on nomme aussi jasmin odorant

de la Caroline, et la bignone droite, ou jasmin de la Virginie, sont

aussi de fort belles plantes. A la même famille appartient le sésame

d’Orient; c’était le sésame des anciens: ses graines contiennent un

principe oléagineux dont on tire une huile excellente.

Après la famille des _gentianées_, entièrement composée de plantes

herbacées donnant de très-belles fleurs, vient celle des _apocynées_,

plus nombreuse et plus brillante, qui comprend les lauriers-roses,

les frangipaniers et les pervenches, ces douces et modestes fleurs

que Rousseau affectionnait et qu’il préférait même à la rose. C’est

aussi aux apocynées qu’appartient le genre des asclépias, qui est

très-nombreux, et la plante appelée gobe-mouche, dont nous avons parlé

dans notre première partie.

Les _sapotées_, qui forment la dernière famille de cette classe, sont

toutes plantes exotiques dont plusieurs sont cultivées dans les pays

chauds, tant à cause du parfum de leurs fleurs que pour leurs fruits,

qui ont une saveur très-agréable. Celui du sapotillier est un mets

délicieux pour les habitants des Antilles.

NEUVIÈME CLASSE

PÉRICOROLLIE

Les _diospyrées_, première famille de la neuvième classe, sont

des arbres résineux; le styrax est une de ses espèces les plus

remarquables: la résine qu’on en retire par incision dans quelques

contrées de l’Asie, se nomme storax; le benjoin, résine précieuse, est

produit par un autre arbre de la même famille.

On doit au genre rhododendron, le plus remarquable de la famille

des _rhodoracées_, plusieurs belles espèces qui font l’ornement des

jardins; l’azalée est aussi une fort jolie plante de la même famille.

On assure que le miel des abeilles qui ont butiné sur les fleurs de

cette plante est dangereux.

La famille des _éricoïdes_ diffère peu de la précédente: le genre

bruyère est le principal de cette famille; il renferme un grand nombre

d’espèces originaires du cap de Bonne-Espérance; telles sont la bruyère

en arbre, la bruyère cendrée, la bruyère élégante et celle de la

Méditerranée.

Les fleurs animées - Tome 2 · 第 9 / 19 段