au roi Candaule, qui avait voulu la faire voir à Gygès, toute nue,
sortant du bain.--On n’a qu’à ne pas montrer la tulipe.--J’arrivai
à un tel état de désespoir,--qu’une année je ne plantai pas mes
tulipes,--mes chères tulipes.--Mon jardinier eut pitié d’elles et
peut-être de moi,--et le rustre... je le lui pardonne,--car il les a
sauvées,--les planta au hasard,--dans une terre vulgaire.
--Mais enfin, comment avez-vous eu cette tulipe?
--Voilà la chose... Je n’ai pas tout à fait imité Gygès, quoique mon
ami ne se soit pas montré plus délicat que Candaule, mais cependant
j’ai fait un crime: j’ai fait voler un caïeu.--Candaule a un neveu...
Ce neveu, qui attend tout de son oncle, lequel est fort riche, l’aide
à planter et à déplanter ses tulipes, et affecte pour ces plantes une
admiration qu’il n’a pas, le malheureux! mais sans laquelle son oncle
ne supporterait même pas sa présence.--L’oncle est riche, mais il
n’est pas d’avis que les jeunes gens aient beaucoup d’argent... Le
neveu avait contracté une dette qui le tourmentait beaucoup... Son
créancier menaçait de faire sa déclaration à son oncle.--Il s’adressa à
moi et me supplia de le tirer d’embarras.--Je fus cruel, Monsieur, je
refusai net.--Je me plus à lui exagérer la colère où serait son oncle
quand il aurait appris l’incartade. Je le désespérai bien,--puis je lui
dis: Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.
--Oh! s’écria-t-il, vous me sauvez la vie.
--Oui, mais à une condition.
--A mille, si vous voulez.
--Non, une seule:--tu me donneras un caïeu de la... tulipe en question.
Il recula d’horreur à cette proposition.
--Mon oncle me chassera, s’écria-t-il,--me chassera et me déshéritera!
--Oui, mais il ne le saura pas,--tandis qu’il saura certainement que tu
as fait des dettes.
--Mais s’il le savait jamais!
--A moins que tu ne le lui dises...
--Mais vous...
Enfin, je le pressai, j’effrayai le malheureux jeune homme; il promit
de me donner un caïeu quand on déplanterait les tulipes,--mais il
exigea mon serment sur l’honneur de ne jamais nommer... celle que
j’appelle Rebecca, à personne--et de lui donner un autre nom--jusqu’à
la mort de son oncle.
En échange de cette promesse, je lui donnai l’argent dont il avait
besoin. Depuis, nous avons tenu tous deux nos serments: j’ai eu la
tulipe, et je ne l’ai nommée à personne.--La première fois qu’elle
a fleuri ici,--chez moi,--étant à moi,--l’oncle est venu voir mes
tulipes.--C’est une politesse qu’on échange entre amateurs.--Il l’a
regardée et a pâli.--Comment appelez-vous ceci? m’a-t-il dit d’une voix
altérée.
Ah! Monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu’il m’avait fait
souffrir!--Je pouvais lui dire le nom... que vous ne savez pas... Je me
suis rappelé ma promesse, ma promesse sur l’honneur, et le neveu était
là, il me regardait avec angoisse,--et j’ai dit: Rebecca.
Cependant, il trouvait bien quelque ressemblance;--aussi il est resté
préoccupé;--il a beaucoup loué le reste de ma collection, et n’a rien
dit de celle qui est la perle, le diamant de ma collection.--Il est
revenu le lendemain,--puis le surlendemain,--puis tous les jours tant
qu’elle a été en fleur;--puis il a réussi à se tromper lui-même: il a
cru voir entre Rebecca et... l’autre... des différences imaginaires.
Alors il a dit: Elle ressemble un peu à... vous savez?
Eh bien, Monsieur, j’ai aujourd’hui la tulipe que j’ai tant désirée--et
je ne suis pas heureux.--A quoi cela me sert-il, puisque je ne puis le
dire à personne?
--Quelques amateurs,--forts,--la reconnaissent à peu près:--mais
je suis forcé de nier,--et je n’en rencontre pas un assez sûr de
lui pour me dire:--Vous êtes un menteur!--Je souffre tous les jours
d’affreux tourments:--j’entends ici faire l’éloge de la tulipe que
j’ai comme lui.--Quand je suis seul, je m’en régale, je l’appelle de
son vrai nom, auquel je joins les épithètes les plus tendres et les
plus magnifiques.--L’autre jour, j’ai eu un peu de plaisir:--je l’ai
prononcé, ce nom mystérieux,--tout haut, à un homme.--Mais je n’ai pas
manqué à mon serment:--cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.
Eh bien! cela m’a un peu soulagé;--mais c’est incomplet.--On ne sait
pas que je l’ai,--elle...--Tenez... ayez pitié de moi,--mon serment me
pèse... Jurez-moi sur l’honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce
que je vais vous dire... Je vous dirai alors son vrai nom,--le vrai
nom de Rebecca,--de cette reine déguisée en grisette.--Votre serment à
vous ne sera pas difficile à tenir,--vous n’aurez pas à lutter comme
moi, Monsieur. C’est affreux,--mais je désire que cet homme, que ce
Candaule soit mort,--pour dire tout haut que j’ai... Tenez, faites-moi
le serment que je vous demande.
J’eus pitié de lui, et je lui promis solennellement de ne pas répéter
le nom de la fameuse tulipe.
Alors, avec une expression d’orgueil intraduisible,--il toucha la
plante de sa baguette, et me dit:--Voici...
Mais, à mon tour, je suis engagé par un serment:--je ne puis dire le
nom qu’il fut si heureux de prononcer.
--Croyez-vous qu’on invente ces choses-là?
On remarque encore dans cette famille la majestueuse _fritillaire_,
ou couronne impériale, l’un des ornements les plus pittoresques des
jardins; les _hémérocalles_, dont les fleurs sont presque aussi belles
que celles du lis; les _yucca_, charmants arbrisseaux qui ressemblent
un peu au palmier; et une foule d’autres genres qui seuls suffiraient
pour justifier le titre de glorieuse donné à cette si belle et si
nombreuse réunion.
Auprès de cette superbe famille, dont nous n’avons pu dire toutes
les beautés, vient s’en grouper une autre toute petite, celle des
_broméliées_, formée seulement de trois genres, l’_ananas_ ou
_bromelia_, le _pitcairnia_ et la _tillandrie_. L’ananas est le genre
le plus remarquable des trois, et il est assez connu par la délicieuse
saveur de son fruit.
Après cette petite famille en vient une immense et belle, celle des
_narcissées_, qui disputent aux liliacées le prix de la beauté des
fleurs, de l’élégance du port et de la suavité des parfums. En tête de
cette famille se placent les amaryllis, genre si nombreux et si varié,
que nous n’en saurions ici énumérer les espèces. Parlons de la plus
remarquable, de l’amaryllis gigantesque, qui est peut-être la plus
belle des fleurs connues: son oignon, d’une grosseur énorme, pousse,
au milieu d’une touffe de feuilles de la plus grande dimension, une
tige de trois pouces de diamètre et de plus de deux pieds de hauteur,
du sommet de laquelle, et en tous sens, s’étalent au moins soixante
pédicules fort longs, terminés chacun par une fleur d’un rose vif,
rayée d’un rose plus foncé, et de trois pouces de longueur. Qu’on se
figure l’éclat de cette magnifique couronne de plus de six pieds
de circonférence, et dont on chercherait en vain dans tout le règne
végétal un second exemple! Cette plante si belle a fleuri en France
pour la première fois dans le cours de l’année 1820.
C’est à la famille des narcissées qu’appartiennent en outre la
jonquille (fig. 38), le narcisse de Constantinople, celui de Chypre,
le lis des Incas, les hémantes, les galantines, les perce-neige et
l’agavé, dont la floraison est un objet d’admiration: après une
croissance d’un grand nombre d’années, l’agavé, ayant acquis toutes ses
forces, accomplit ce phénomène: du milieu de ses feuilles s’élève, ou
plutôt s’élance, tant son développement est rapide, une tige nue, haute
de quinze à vingt pieds, terminée par une immense quantité de fleurs
jaune verdâtre, disposées en une magnifique pyramide. Cet accroissement
subit s’exécute en quinze jours environ; puis bientôt les fleurs
passent, la tige se flétrit, et la plante meurt en laissant un nombre
infini de graines et quelques rejetons qui offrent un moyen plus prompt
de la propager.
La dernière famille de la classe MONOPÉRIGYNIE se compose des
_iridées_, dont les _iris_ sont le genre principal et le plus nombreux;
les deux autres genres les plus importants sont les _ixia_, dont les
fleurs offrent toutes les couleurs et toutes les nuances imaginables,
et les _glaïeuls_, dont les fleurs, aussi fugaces que belles, ne vivent
que quelques heures.
QUATRIÈME CLASSE
MONOÉPIGYNIE
Quatre familles seulement composent la quatrième classe: la première
est celle des _musacées_, peu nombreuses en genres, mais qui comptent
parmi eux les bananiers, ce qui suffit à son illustration. On croirait
aisément, en voyant ce beau et vigoureux végétal, dont la tige a
communément trois pieds de circonférence et quinze pieds de hauteur,
que c’est un arbre d’une grande solidité et d’une existence durable. Ce
n’est pourtant qu’une plante herbacée dont la vie, dans les contrées
voisines de l’équateur, ne dure jamais une année entière. Dans les
climats tempérés, où, pour la faire croître et fructifier, il faut que
l’art vienne au secours de la nature, sa vie se prolonge pendant une
assez longue suite d’années; elle peut même être d’un siècle; mais il
ne peut éviter sa destinée, qui est de périr dès qu’il a donné ses
fruits.
Tout récemment, alors que la fièvre de la commandite était dans toute
sa violence, des spéculateurs s’en étaient pris au bananier; ils
prétendaient pouvoir faire du papier avec la tige de cette plante.
Vite, la prétendue découverte est mise en actions au capital de
plusieurs millions: les actionnaires vinrent... Où n’en viendrait-il
pas? On fit réellement du papier de bananier; mais il était fort
mauvais, et il revenait à un prix quadruple de celui fabriqué par
les procédés et avec les matières ordinaires. Il est vrai que les
actionnaires avaient le droit d’aller contempler deux bananiers
rabougris, souffreteux, qui s’étiolaient dans les salons du gérant, rue
Montmartre, nº 171, et que ce plaisir ne leur a coûté que quelques
centaines de mille francs!... En vérité, quand on pense au _genre_
actionnaire et à quelques autres, on est forcé de convenir que notre
orgueil seul a pu nous faire placer le règne auquel nous appartenons
au-dessus de celui où se trouvent tant de si belles et si bonnes choses
qui ne mentent pas, qui ne volent pas, et dont le muet et doux langage
ne passe par les yeux que pour réjouir le cœur... Décidément les
fous-tulipiers ne sont pas si fous qu’ils le paraissent!
Les _amomées_, deuxième famille de cette classe, comprennent le
_basilier_, plante d’ornement, haute de quatre pieds, dont les feuilles
sont tournées en cornet avec tant de perfection, que les eaux de la
pluie y séjournent comme dans des vases. Dans cette famille sont rangés
l’amome gingembre, le curcuma, la zédoaire, et quelques autres genres
moins importants.
La bizarrerie est le caractère principal de la famille des _orchidées_.
L’orchis militaire, par exemple, et l’orchis singe présentent, dans
chacune de leurs fleurs, l’apparence d’une figure humaine suspendue.
Il est vrai que l’imagination aide quelque peu à ces ressemblances;
mais elle n’ajoute rien à l’illusion que produisent les fleurs des
autres genres de cette famille, qui figurent, les unes des mouches, les
autres des taons et plusieurs autres insectes. A cette singularité, la
famille des _orchidées_ joint l’avantage de compter parmi ses membres
la vanille, qui fournit le plus suave des parfums du règne végétal.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire la dernière famille de cette
classe, les _hydrocharidées_, herbes aquatiques que quelques auteurs
ont rangées à tort parmi les naïadées.
CINQUIÈME CLASSE
ÉPISTAMINIE
Cette classe ne contient qu’une seule famille, les _aristolochiées_,
plantes qui habitent ordinairement les pays chauds. C’est dans cette
famille que se trouvent les plus grandes fleurs connues: le célèbre
voyageur de Humboldt a vu, dans l’Amérique méridionale, des fleurs
d’aristoloche qui avaient quatre pieds de circonférence.
SIXIÈME CLASSE
PÉRISTAMINIE
La plupart des genres de la première famille de cette classe, les
_éléagnées_, viennent de l’Inde et de l’Amérique septentrionale. On
remarque parmi ces plantes le grignon de Cayenne, l’argousier, les
badamiers, et, plus particulièrement, le badamier au vernis, d’où
découle la matière résineuse qui forme le célèbre vernis avec lequel
les Chinois recouvrent les meubles connus en Europe sous le nom
d’objets en _laque de Chine_.
Les _daphnoïdes_ ne sont pas une famille bien importante; cependant
c’est au nombre des genres dont elle se compose que se trouve le
_bois-dentelle_. C’est un arbuste de la Jamaïque dont l’écorce
intérieure est formée de fils entrelacés qu’on peut étendre avec un
peu de précaution, et qui offre alors une ressemblance frappante avec
la dentelle la plus belle, à supposer pourtant que la dentelle soit
une jolie chose. On rapportait à une dame de beaucoup d’esprit que cet
arbrisseau pouvait parfaitement s’acclimater en Europe, ce qui serait
un grand bonheur pour les dames, qui pourraient désormais avoir de
très-belle dentelle à bon marché.
--Eh! Monsieur, répondit la dame au nouvelliste mal avisé, ne
comprenez-vous pas que les femmes ne font cas de cette laide chose
qu’on appelle dentelle, que parce qu’elle coûte un prix fou? Viennent
vos arbustes, et personne n’en voudra.
La famille des _protéacées_ se compose de très-beaux arbres qui
croissent naturellement en Afrique; le genre le plus remarquable est
l’arbre d’argent, dont les feuilles en fer de lance, et d’un éclat
presque métallique, reflètent les rayons du soleil d’une manière
éblouissante.
Les espèces du genre laurier, qui a donné son nom à la quatrième
famille de cette classe, les _lauroïdes_, sont fort nombreuses et
trop connues pour que nous en parlions longuement. Le plus important
du genre est le cannellier, espèce de laurier cultivé à Ceylan, et
dont l’écorce, enlevée et exposée au soleil, se roule et forme ce que
nous appelons la _cannelle_. Une autre espèce du même genre est le
muscadier, dont la graine est connue sous le nom de muscade.
Les polygones, les patiences et les rhubarbes sont les principaux
genres de la famille des _polygonées_. Le blé noir ou sarrasin est le
plus important; les patiences et les rhubarbes sont d’une utilité
douteuse.
Les _atriplicées_, sixième et dernière famille de cette classe,
sont des plantes potagères, la bette blanche, la betterave, etc. La
betterave a acquis depuis trente ans une haute importance. En 1812,
on ne connaissait que le sucre de canne, qui valait _quatorze francs_
le kilogramme en France, par suite de la guerre avec l’Angleterre.
Des essais furent faits pour obtenir du sucre de quelques plantes
indigènes. Les Parisiens se moquèrent beaucoup de ces tentatives; on
chansonna le sucre indigène et ses fabricants, et nous nous rappelons
avoir vu aux vitres de Martinet, ce musée en plein vent de la rue du
Coq, une caricature représentant le roi d’Angleterre et Napoléon,
tous deux couronne en tête; l’Anglais lançait à l’Empereur une énorme
betterave, en s’écriant: _Va te faire sucre!_ Et voilà qu’aujourd’hui
le sucre de betterave, aussi beau, aussi bon, aussi et même plus
abondant que le sucre de canne, met en péril les plantations de nos
colonies! Les Anglais, qui ont beaucoup ri du mot, trouveraient sans
doute, en cas de guerre, la chose fort peu plaisante.
SEPTIÈME CLASSE
HYPOSTAMINIE
Les propriétés des _amarantées_, première famille de cette classe, sont
nulles ou inconnues. Les genres les plus remarquables sont l’amarante
tricolore et la queue-de-renard, qu’on cultive dans les jardins.
Les _plantaginées_ sont une petite famille composée des genres plantain
(fig. 39) et littorelle; ce sont des plantes herbacées qui croissent
sous presque toutes les latitudes.
Les _nyctaginées_ sont ainsi nommées parce que, dans la plupart des
espèces de cette famille, les fleurs ne s’épanouissent que pendant
la nuit. L’espèce la plus commune est la belle-de-nuit, qu’on appelle
aussi merveille du Pérou, parce qu’elle est originaire de ce pays.
La quatrième et dernière famille de cette classe se compose des
_plombaginées_. Ce sont de petites plantes comme le gazon d’Olympe, et
d’autres petits gazons employés en bordure dans les jardins.
HUITIÈME CLASSE
HYPOCOROLLIE
La primevère et l’oreille-d’ours sont les principaux genres de la
famille des _primulacées_, la première de la huitième classe. Ces
fleurs sont fort connues et peu remarquables.
Les _acanthées_, qui forment la deuxième famille, sont surtout
remarquables à cause de l’élégance de leurs feuilles, qui ont été
adoptées pour ornement par les sculpteurs de l’antiquité. Callimaque
fut le premier qui s’en servit pour décorer le chapiteau de l’ordre
corinthien dont il est regardé comme l’inventeur.
Parure élégante des jardins, les espèces composant la famille des
_jasminées_ forment autour d’elles une atmosphère de parfums s’exhalant
du lilas et de toutes les espèces de jasmin. Mais le genre le plus
important de cette famille est l’olivier, source de prospérité pour la
Provence et les contrées méridionales de l’Europe.
On attribuait autrefois aux espèces de la famille des _verbénacées_
des propriétés prodigieuses: ainsi, le genre gattilier passait pour
être le remède le plus efficace contre les tourments de l’amour; et la
verveine, autre genre de la même famille, jouait un grand rôle dans les
enchantements et la sorcellerie. Aujourd’hui il n’y a plus guère que
les médecins qui reconnaissent quelque vertu à cette plante, mais ils
n’en sont pas plus sorciers pour cela.
Les jolies plantes composant la famille des _labiées_, plantes dont
les caractères sont aussi naturels que les propriétés, habitent plus
particulièrement les collines et les lieux exposés au soleil; tels
sont le thym, la sarriette, la sauge, qui forment un si agréable
assaisonnement. Un phénomène curieux s’observe dans une espèce de cette
famille, le dracocephalum variegatum: les fleurs, au nombre de quatre,
sont presque droites et sessiles; elles sont susceptibles d’être mues
horizontalement dans l’espace d’un demi-cercle, et restent immobiles
dans la position qu’on leur a fait prendre.
On a donné le nom de _personnées_ aux plantes composant la sixième
famille de cette classe, parce que la configuration de leurs fleurs
représente assez bien un masque. Elles sont d’un grand usage en
médecine; quelques-unes contiennent un poison très-actif.
Les plantes de la famille des _solanées_ ont en général une teinte
sombre et livide, une odeur fétide, qui semblent indiquer leurs
propriétés dangereuses; telles sont la belladone, la mandragore, la
jusquiame, la pomme épineuse, etc. Mais, par compensation, cette
famille compte au nombre de ses membres la pomme de terre, qui est du
pain tout fait, et grâce à laquelle il ne peut plus y avoir de famine
en Europe. Cette plante fut apportée en 1590 du Pérou en Europe, où
elle s’est multipliée à l’infini, non sans peine pourtant! Pendant
près de deux siècles, le peuple n’en voulait faire d’autre usage que
de la donner pour nourriture aux pourceaux, et il fallut des efforts
inouïs pour déraciner le préjugé qui l’empêchait d’être admise sur
la table du pauvre. Le célèbre Parmentier fut le plus infatigable
propagateur de la pomme de terre. Désespéré pourtant du peu de succès
qu’il obtenait, il s’avisa de s’adresser au roi Louis XVI.--«Sire, lui
dit-il, c’est dans trois jours la fête de Votre Majesté (Saint-Louis,
25 août): si vous consentiez à porter ce jour-là une fleur de pomme de
terre à la boutonnière de votre habit, je suis persuadé que cela ferait
plus que tous les écrits possibles pour faire adopter cette plante.»
Le roi y consentit, et il ordonna en même temps qu’à partir de ce
moment on servît chaque jour sur sa table un plat de pommes de terre.
L’expédient eut un résultat prodigieux: bien en cour, les pommes de
terre firent fureur à la ville, et le peuple accepta enfin un bienfait
qu’il avait si longtemps repoussé.
C’est encore dans la famille des solanées que se trouve le tabac. Jean
Nicot, ambassadeur de France en Portugal l’apporta en 1559 à la reine
Catherine de Médicis. L’usage du tabac est une lèpre qui va s’étendant
sans cesse; aussi n’a-t-il pas fallu de grands efforts pour le propager.
Dans la famille des _borraginées_, les changements de couleurs
sont presque universels. C’est ainsi, par exemple, que les fleurs
du tournefort, d’un blanc verdâtre d’abord, passent, avant de se
flétrir, à une couleur noire très-foncée: d’autres plantes de la
même famille, telles que la pulmonaire, la consoude, ont les fleurs
rouges à leur épanouissement, et bleues dans leur vieillesse. A cette
famille appartiennent les héliotropes, dont quelques espèces sont
très-recherchées, et l’orcanette, dont la racine contient un principe
colorant d’un rouge plus ou moins foncé, et dont les dames athéniennes
se servaient comme de fard, pensant sans doute qu’il devait leur être
permis d’emprunter quelque chose aux fleurs auxquelles on les comparait.
La famille des _convolvulacées_ se compose de plusieurs genres de
liserons d’une forme élégante. A cette famille appartient la patate,
qui offre un aliment presque aussi substantiel que la pomme de terre.
Presque toutes les plantes de la famille des _polémoniacées_, qui vient
ensuite, sont originaires de l’Amérique septentrionale. L’un des genres
les plus remarquables de cette famille est le phlox, qui présente une
grande variété de couleurs. Le genre des cobæa est aussi fort joli.
A Paris, dans les quartiers populeux, les cobæa tapissent une grande
partie des fenêtres, et la beauté de leurs fleurs fait un contraste
frappant avec la malpropreté des rues. C’est la fleur du pauvre; comme
lui, elle vit de peu, sa jeunesse passe vite et ses joies sont courtes.
Entièrement exotique, la famille des _bignoniées_ porte de très-belles
fleurs. La principale espèce est le catalpa, bel arbre originaire
d’Amérique, qui forme dans quelques-uns de nos jardins de magnifiques
allées. La bignone toujours verte, qu’on nomme aussi jasmin odorant
de la Caroline, et la bignone droite, ou jasmin de la Virginie, sont
aussi de fort belles plantes. A la même famille appartient le sésame
d’Orient; c’était le sésame des anciens: ses graines contiennent un
principe oléagineux dont on tire une huile excellente.
Après la famille des _gentianées_, entièrement composée de plantes
herbacées donnant de très-belles fleurs, vient celle des _apocynées_,
plus nombreuse et plus brillante, qui comprend les lauriers-roses,
les frangipaniers et les pervenches, ces douces et modestes fleurs
que Rousseau affectionnait et qu’il préférait même à la rose. C’est
aussi aux apocynées qu’appartient le genre des asclépias, qui est
très-nombreux, et la plante appelée gobe-mouche, dont nous avons parlé
dans notre première partie.
Les _sapotées_, qui forment la dernière famille de cette classe, sont
toutes plantes exotiques dont plusieurs sont cultivées dans les pays
chauds, tant à cause du parfum de leurs fleurs que pour leurs fruits,
qui ont une saveur très-agréable. Celui du sapotillier est un mets
délicieux pour les habitants des Antilles.
NEUVIÈME CLASSE
PÉRICOROLLIE
Les _diospyrées_, première famille de la neuvième classe, sont
des arbres résineux; le styrax est une de ses espèces les plus
remarquables: la résine qu’on en retire par incision dans quelques
contrées de l’Asie, se nomme storax; le benjoin, résine précieuse, est
produit par un autre arbre de la même famille.
On doit au genre rhododendron, le plus remarquable de la famille
des _rhodoracées_, plusieurs belles espèces qui font l’ornement des
jardins; l’azalée est aussi une fort jolie plante de la même famille.
On assure que le miel des abeilles qui ont butiné sur les fleurs de
cette plante est dangereux.
La famille des _éricoïdes_ diffère peu de la précédente: le genre
bruyère est le principal de cette famille; il renferme un grand nombre
d’espèces originaires du cap de Bonne-Espérance; telles sont la bruyère
en arbre, la bruyère cendrée, la bruyère élégante et celle de la
Méditerranée.