30. Daphnoïdes.
31. Protéacées.
32. Lauroïdées.
33. Polygonées.
34. Atriplicées.
SEPTIÈME CLASSE
HYPOSTAMINIE
35. Amarantées.
36. Plantaginées.
37. Nyctaginées.
38. Plombaginées.
HUITIÈME CLASSE
HYPOCOROLLIE
39. Primulacées.
40. Achantées.
41. Jasminées.
42. Verbénacées.
43. Labiées.
44. Personnées.
45. Solanées.
46. Borraginées.
47. Convolvulacées.
48. Polémoniacées.
49. Bignoniées.
50. Gentianées.
51. Apocynées.
52. Sapotées.
NEUVIÈME CLASSE
PÉRICOROLLIE
53. Diospyrées.
54. Rhodoracées.
55. Ericoïdes.
56. Campanulacées.
DIXIÈME CLASSE
SYNANTHÉRIE
57. Chicoracées.
58. Cyranocéphales.
59. Corymbifères.
ONZIÈME CLASSE
CORISANTHÉRIE
60. Dispacées.
61. Rubiacées.
62. Caprifoliées.
DOUZIÈME CLASSE
ÉPIPÉTALIE
63. Araliées.
64. Ombellifères.
TREIZIÈME CLASSE
HYPOPÉTALIE
65. Renonculacées.
66. Papavéracées.
67. Crucifères.
68. Capparidées.
69. Sapindées.
70. Acéridées.
71. Malpighiacées.
72. Hypéricées.
73. Guttifères.
74. Hespéridées.
75. Méliacées.
76. Sarmentacées.
77. Géraniées.
78. Malvacées.
79. Magnoliers.
80. Anonées.
81. Ménispermées.
82. Berbéridées.
83. Hermanniées.
84. Liliacées.
85. Cistées.
86. Qutacées.
87. Caryophyllées.
QUATORZIÈME CLASSE
PÉRIPÉTALIE
88. Portulacées.
89. Saxifragées.
90. Crassulées.
91. Cactoïdes.
92. Onagrées.
93. Mirtées.
94. Mélastomées.
95. Lythrées.
96. Rosacées.
97. Légumineuses.
98. Térébinthacées.
99. Rhamnides.
QUINZIÈME CLASSE
DICLINIE
100. Euphorbiées.
101. Cucurbitacées.
102. Urticées.
103. Amentacées.
104. Conifères.
Le nombre des familles a été porté par d’autres auteurs à cent douze,
à cent quarante, à cent quatre-vingt-quatre. Ce n’est pas qu’ils aient
trouvé de nouvelles familles, mais ils en ont fractionné quelques-unes,
et ils ont élevé arbitrairement certains genres à la dignité de
familles. Nous ne voyons pas que cela serve beaucoup à la science. Ne
pouvant faire mieux, les derniers venus ont tenté de faire autrement.
Il faut bien trouver quelque aliment à cet insatiable amour-propre qui
tourmente les faiseurs de livres.
La méthode de M. de Jussieu est évidemment la plus rationnelle de
toutes; il n’a fait des plantes acotylédones qu’une seule classe,
par la raison qu’elles ne présentent ni fleurs ni fruits. Les
monocotylédones sont classées selon que les étamines sont disposées.
Les étamines sont nommées épigynes lorsqu’elles sont attachées sur le
pistil; hypogynes, si elles sont placées à la base de l’ovaire, et
périgynes, quand elles sont placées sur le calice; ce qui explique
les noms donnés aux trois classes des plantes monocotylédones:
_monohypogynie_, _monopérigynie_ et _monoépigynie_.
Les onze classes de dicotylédones sont établies sur l’absence, la
présence de la corolle, et sur le nombre de ses pièces: d’où sont
résultées les _dicotylédones apétales_, formant trois classes, d’après
le mode d’insertion des étamines; les _dicotylédones monopétales_,
formant quatre classes, suivant que la corolle staminifère est
hypogyne, périgyne, épigyne à anthères soudées, épigyne à anthères
libres; les _dicotylédones polypétales_, divisées en trois classes
également, d’après leur mode d’insertion. Enfin, la quinzième
classe, _diclinie_, est composée de plantes _diclines_, c’est-à-dire
irrégulières.
Mon Dieu! nous savons que cela est peu plaisant, mais nous espérons
l’avoir rendu clair, et c’est en vérité tout ce qu’il est humainement
possible de faire en pareille matière. Qu’on n’oublie pas, de grâce,
qu’il n’est point de plaisir, même parmi les plus petits, qui ne
coûte une peine, et que les mots les plus rudes s’adoucissent sur de
jolies lèvres. Et puis, nous voici tout à l’heure hors de ces ronces;
nous allons visiter ces nombreuses familles, et là nous attendent
les anecdotes de toute nature, les révélations, les épisodes gais ou
terribles, etc.
PREMIÈRE CLASSE
ACOTYLÉDONIE
La famille des _algues_, la première de cette classe, est placée sur la
dernière limite du règne végétal. Ce sont d’abord les _conferves_, ces
filaments verdâtres que l’on voit sur les mares, les eaux stagnantes
en général. Ces filaments, qui semblent au premier aspect une sorte de
limon flottant, sont pourtant doués de certains mouvements spontanés;
ils s’entrelacent et se rapprochent intimement à certaines époques.
Puis viennent les _fucus_ ou varechs, qui peuplent les eaux de la mer,
et parmi lesquels on remarque d’abord le _fucus sacré_, qui se couvre
d’efflorescences blanches et sucrées, que les Irlandais mangent avec
un grand plaisir après les avoir soumises au feu. Mais le genre le
plus remarquable de cette famille est le _fucus géant_ et _nageant_,
immense lanière dont la longueur est souvent de plusieurs centaines
de pieds, et qui, sur les mers équatoriales, arrête quelquefois les
vaisseaux. C’est ce qui arriva à Christophe Colomb, marchant à la
découverte d’un nouveau monde. Déjà ses compagnons épouvantés faisaient
entendre des menaces et voulaient obliger leur chef à revenir en
Europe, Colomb insiste pour aller en avant; il demande quelques jours,
promettant qu’on ne peut tarder à voir la terre qu’il cherche, parce
que son génie l’a devinée. Tout à coup, les caravelles s’arrêtent
au milieu de l’Océan; la sédition va éclater. De toutes parts, on
n’aperçoit qu’une vaste forêt flottante. Mais enfin, le vent qui était
tombé s’élève; les caravelles glissent à travers ces algues immenses;
le nouveau monde est découvert!
Après les algues viennent les _champignons_, qui n’ont guère de
ressemblance avec les familles dont ils sont environnés, mais dont la
place est marquée par les caractères négatifs communs à toute cette
classe. Cette famille, qui n’a ni feuilles, ni fleurs, ni aucun organe
qui y ressemble, présente à la fois des mets délicats et des poisons
terribles: à côté de la truffe parfumée, de la morille, de l’excellent
champignon comestible, croissent les espèces les plus vénéneuses!
Dans la famille des champignons sont comprises ces moisissures, ces
sortes de duvets poudreux, cotonneux, que l’humidité fait naître
sur le vieux bois et les végétaux à demi pourris dont ils hâtent la
destruction. Cette famille nombreuse présente quelques genres d’un
aspect agréable, comme l’oronge, dont le globe, d’un rouge éclatant,
tranche sur les tapis de verdure. Mais quand on pense au venin mortel
que renferment quelques espèces, la beauté des autres disparaît:
qu’importe l’enveloppe, quand le cœur ne recèle que fiel et corruption!
Nous remarquerons encore dans cette classe les _lichens_, qui naissent
partout où l’on pourrait croire la végétation impossible, sur la tête
nue des rochers, sur le sommet des monuments, la surface polie des
pierres. D’abord, les lichens apparaissent chétifs, souffreteux; mais
ce sont de pauvres enfants qui vivent de si peu qu’ils grandissent
partout. A force de persévérance, ils creusent la pierre, s’y font
une demeure; les générations se succèdent, et la végétation devient
vigoureuse là où elle semblait ne pouvoir s’établir. Le lichen est
l’aliment du renne, qui lui-même est la seule ressource du Lapon. Le
lichen d’Islande se transforme, par la cuisson, en une gelée abondante
qui est la nourriture principale de plusieurs peuplades de l’Amérique
du Nord; d’une autre espèce, commune en Suède, on tire une sorte de
cire dont on fait des bougies, et plusieurs autres contiennent des
principes colorants d’un assez grand prix: tant il est vrai qu’il
ne faut pas dédaigner le faible, et que dans l’ordre des choses la
place qu’occupent les infiniment petits est presque toujours la plus
légitimement conquise!
La famille des _mousses_ est la plus élégante, la plus jolie de cette
classe. Les mousses sont de charmants petits arbres en miniature qu’on
ne peut se lasser d’admirer; les tapis qu’elles forment à l’ombre des
forêts rivalisent d’éclat avec les plus beaux velours; et non-seulement
elles sont vivaces pour la plupart, mais elles possèdent la singulière
propriété de reverdir et de revivre lorsqu’on les humecte, même après
qu’elles ont été desséchées depuis plusieurs années. Cette famille
contient un grand nombre de genres. Les plus remarquables sont les
_polytrichs_, dont le Lapon, à l’exemple de l’ours, se fait un lit fort
doux; les _bries_, les _hypnes_, les _phasques_, dont on se sert pour
le calfat des bateaux.
Nous ne dirons rien des _hépatiques_, petites plantes herbacées qui
naissent dans les lieux humides, non plus que des _cycadées_, petite
famille qui tient le milieu entre les palmiers et les fougères, et
qu’on ne trouve que dans l’Inde et au Japon; nous passerons également
sur les _rizospermes_, petite plante aquatique à laquelle on ne connaît
aucune propriété.
Quant aux _fougères_, dont les espèces sont assez nombreuses, c’est
dans leurs cendres que l’on a su trouver un produit intéressant:
elles contiennent abondamment de la potasse qu’on en extrait pour la
fabrication du verre, et c’est en faisant allusion à l’origine de
cette potasse, que les poètes ont célébré le _vin qui rit dans la
fougère_.
DEUXIÈME CLASSE
MONOHYPOGYNIE
Cette classe ne renferme que trois familles: celle des _naïadées_
est assez nombreuse; elle se compose, ainsi que l’indique son nom
mythologique, de plantes qui croissent dans l’eau; l’espèce la plus
remarquable est la vallisnère-spirale. Elle est assez commune dans le
Rhône; elle porte ses fleurs sur une longue tige roulée en spirale, qui
reste constamment sous les eaux pendant six mois, après quoi la spirale
se déroule, et la plante s’élève au-dessus de la surface. C’est cette
singularité qui a inspiré ces vers à un poète botaniste:
Le Rhône impétueux, sous son onde écumante,
Durant six mois entiers nous dérobe une plante
Dont la tige s’allonge en la saison d’amour,
Monte au-dessus des flots et brille aux yeux du jour.
Les mâles, dans le fond jusqu’alors immobiles,
De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles,
Volent vers leur amante, et, libres dans leurs feux,
Lui forment sur le fleuve un cortége nombreux:
On dirait une fête où le dieu d’hyménée
Promène sur les flots sa pompe fortunée;
Mais les temps de Vénus une fois accomplis,
La tige se retire en rapprochant ses plis.
Les _aroïdées_, qui forment la deuxième famille de cette classe, ne
sont pas moins remarquables. D’une racine ordinairement charnue et
tuberculeuse s’élèvent de magnifiques feuilles palmées ou en fer de
flèche, d’un vert plus ou moins foncé, quelquefois même diaprées du
plus beau pourpre, et rivalisant alors d’éclat avec les fleurs elles
mêmes. Au milieu de ces feuilles, et sur une hampe élancée, se déroule
une spathe colorée en forme de cornet, enveloppant une colonne
florifère à laquelle succède une belle grappe de baies colorées du plus
brillant vermillon. Du cornet d’une _aroïdée_, la _calle_ d’Ethiopie,
s’échappe une odeur des plus suaves, tandis que des émanations fétides
et cadavéreuses s’exhalent d’une autre espèce, l’_arum serpentaire_. Il
est si rare de trouver réunies la beauté et la bonté!
La famille des _typhacées_ ne se compose que de deux genres: le _typha_
ou _massette_, et le _rubanier_ ou _ruban d’eau_, dont on emploie les
tiges et les feuilles pour tresser des paillassons, et dont le fruit
contient une poudre inflammable.
TROISIÈME CLASSE
MONOPÉRIGYNIE
C’est dans la première famille de cette classe, les _cypéracées_,
plantes herbacées, naissant dans des lieux marécageux, que se trouve
le _souchet papyrier_, qui croît en abondance sur les bords du Nil,
et avec lequel les anciens fabriquaient leur papier appelé _papyrus_.
C’était en découpant, étalant et collant ensuite côte à côte les lames
desséchées de son tissu, sur lesquelles on collait une autre couche
de lames en croisant les fibres à angles droits, et passant la pierre
ponce sur le tout, qu’on faisait ce grossier papier dont de nombreux
restes ont cependant, malgré leur fragilité, traversé les siècles, et
offrent aujourd’hui à notre curiosité les écritures autographes des
Égyptiens, des Grecs et des Romains.
A cette classe aussi appartient l’immense et abondante famille des
_graminées_. Les formes sveltes et élancées des graminées, qui
permettent à un grand nombre d’occuper très-peu de place, s’harmonient
si bien avec les formes variées des autres végétaux, que ce contraste
et cette opposition ne lassent jamais. Mais des qualités plus
précieuses rendent cette famille bien autrement intéressante: ces
frêles végétaux portent la nourriture du monde; dans toutes les
contrées, sous tous les climats, des semences de graminées forment
l’aliment principal des hommes. C’est ainsi qu’en Europe, les céréales,
le blé (fig. 36), le seigle, l’orge, ces antiques compagnons du genre
humain, ces plantes si anciennement domestiques, qu’on ne les retrouve
presque plus dans l’état sauvage, et qu’elles ne peuvent plus vivre
loin de la tutelle de l’homme, sont la base de sa nourriture. Dans
l’Inde, et dans tous les pays facilement submergés, le riz les remplace
et suffit presque seul à la substantation de nations entières. Enfin,
c’est encore dans la famille des graminées que se trouve la canne à
sucre, originaire de la Chine, et qui, transportée à Saint-Domingue
en 1506, fut ensuite répandue dans une grande partie de la région
équatoriale de l’Amérique. Il est remarquable qu’elle a perdu la
faculté de donner des graines; c’est par les rejetons qu’on la perpétue
maintenant. La matière sucrée est contenue dans la tige. Pour l’en
retirer on écrase les tiges, on met sur le feu la liqueur qu’on en
obtient, et on l’épure par une série de procédés, jusqu’à en faire du
beau sucre blanc et cristallisé, source de si nombreuses jouissances
gastronomiques.
Après la famille des graminées, il n’en est pas de plus importante
que celle des _palmiers_. Presque tous les palmiers sont de grands et
admirables arbres dont la tige, qu’on appelle stipe, égale dans toute
sa longueur, et ne se ramifiant point, forme une colonne élancée,
terminée par une couronne toujours verdoyante de feuilles ailées ou
en éventail. Les fleurs, qui se changent en grappes appelées régimes,
sortent, entre les feuilles, d’une enveloppe particulière qu’on nomme
_spathe_. Les palmiers sont tous habitants des contrées chaudes du
globe et étrangers à l’Europe, à l’exception d’une seule espèce. C’est
parmi eux que se trouvent les plus élevés des végétaux, comme le
palmier cirier des Cordillères, qui produit une cire abondante propre
à l’éclairage, et dont la hauteur dépasse souvent deux cents pieds:
mais cette grandeur n’est rien en comparaison de leur utilité, des
bienfaits qu’ils répandent autour d’eux, et qui en font un objet de
respect et d’admiration. C’est parmi eux qu’un seul arbre, comme le
cocotier, le sagoutier, suffit à tous les besoins de l’homme qui vit
à ses pieds. Il n’est aucune des parties du palmier, à quelque espèce
qu’il appartienne, qui ne serve à la nourriture ou à la conservation
de la santé de l’homme. La tige de plusieurs, particulièrement celle
du sagoutier, offre dans sa moelle, convertie par la vieillesse en une
espèce de farine, un aliment éminemment nutritif, appelé _sagou_. Dans
plusieurs autres, les feuilles non encore développées, rassemblées
en bourgeon terminal, se mangent sous le nom de chou-palmiste. Leur
séve, que l’on recueille au moyen d’incisions faites aux spathes, et
qui fermente aisément à cause de la grande quantité de sucre qu’elle
contient, fournit une liqueur excellente qu’on appelle vin de palmier,
et dont on tire, par la distillation, une espèce d’eau-de-vie appelée
rack. Mais c’est surtout à cause de leurs fruits que les palmiers sont
éminemment précieux pour l’homme, et ces fruits délicieux, ils les
portent en abondance. Le dattier offre aux habitants de la Syrie et
de plusieurs autres contrées ses longs régimes de dattes savoureuses,
nourriture tellement indispensable pour un grand nombre de tribus
arabes, que ces peuples ne peuvent croire qu’il y ait au monde des
pays habités où l’on ne trouve point de dattier. Le cocotier fournit
aux Indiens une nourriture aussi agréable qu’abondante, et le lontar
des Sechelles abandonne tous les ans aux flots ses fruits d’une forme
bizarre, les plus gros qui soient portés par un arbre. Cette espèce de
flotte vient aborder régulièrement aux îles Maldives. La singulière
apparition de ces fruits, dont on ignorait autrefois l’origine, avait
fait penser qu’ils étaient produits par des plantes sous-marines.
Enfin, des tiges souples du palmier on fait des cordages, des nattes,
des siéges, des cannes, etc.; et telle est la beauté de ce végétal, les
bienfaits qu’il répand ont éveillé dans le cœur de l’homme un si vif
sentiment de reconnaissance, que l’on a fait des feuilles du palmier
l’emblème des plus hautes récompenses et le symbole de la victoire.
La quatrième famille de cette classe est celle des _asparagées_,
famille composée de genres qui paraissent bien divers. Ainsi, elle
comprend les asperges, le muguet, le fragon épineux, les ignames, etc.
Après cette dernière se placent les _joncées_, qui ont beaucoup de
rapports avec les _cypéracées_ (voir plus haut); puis les _commélinées_
et les _alismacées_, qui sont peu importantes, bien qu’elles offrent
quelque ressemblance avec les liliacées; les _colchicacées_, parmi
lesquelles se trouvent quelques plantes magnifiques, telles que
les méthoniques, vulgairement appelées _superbes du Malabar_; les
_érithrones_, les _hélanias_, la _mérendère_ des Pyrénées. En automne,
nos prairies se couvrent d’une grande quantité de fleurs roses
charmantes: c’est le colchique, qui donne son nom à la famille.
Nous voici arrivés à la famille des _liliacées_, une des plus
nombreuses et des plus brillantes du règne végétal, famille
_glorieuse_, ainsi que l’appelait le célèbre botaniste Ventenat, qui
la considérait comme la _plus grande gloire de l’empire de Flore_,
appréciation mythologique qui, pour être bien vieille, n’en est pas
moins juste. Nulle autre famille, en effet, n’égale celle des liliacées
en richesse de couleurs, en élégance de formes, en suavité de parfums.
Nommer quelques-unes des plantes qui la composent, suffit pour faire
naître les pensées les plus riantes et les plus poétiques que le
spectacle de la nature puisse inspirer. A la tête de cette splendide
famille, il est juste de placer le lis blanc; puis, aux premiers rangs,
le lis turban, dont les fleurs du plus beau rouge écarlate ou d’un
jaune admirable ont la forme d’un turban; le lis martagon; le lis de
Chalcédoine, aux couleurs purpurines éclatantes; le lis superbe (fig.
37), dont la magnifique girandole est portée sur une tige de près de
cinq pieds de hauteur.
Plus humble dans son port, mais non moins riche de coloris, la tulipe
suit immédiatement; elle est, sans contredit, un des plus beaux
ornements de nos jardins par l’inépuisable variété de ses couleurs; du
blanc le plus pur au brun le plus sombre, du rose tendre au violet, du
jaune d’or au rouge le plus éclatant, il n’est aucune nuance qu’elle
ne puisse offrir, et lorsque, pour la première fois, on jette un
coup d’œil sur une plate-bande de tulipes bien choisies, on est tenté
de pardonner les folies qu’on a faites, il y a un siècle, pour s’en
procurer: à cette époque, certains oignons de tulipes furent payés
jusqu’à vingt mille francs; on appela les amateurs exagérés qui
faisaient de tels sacrifices des _fous-tulipiers_. Les _fous-tulipiers_
ne sont pas encore rares de nos jours, et nous devons à M. Alphonse
Karr, auteur de l’introduction de nos _Fleurs animées_, cette charmante
anecdote qu’il a publiée ailleurs sous ce titre:
HISTOIRE VÉRITABLE D’UNE TULIPE
Un amateur de tulipes faisait l’exhibition de ses fleurs:--il s’était
livré à tous les exercices usités en pareil cas,--entre autres,
l’exercice de la baguette, qui consiste à appuyer la baguette de
démonstration sur la tige de la tulipe, en feignant d’employer toutes
ses forces, sans pouvoir réussir à la courber,--et à dire: «Je vous
recommande la _tenue_ de celle-ci: c’est une _tringle_, messieurs,
c’est une _barre de fer_.»
En effet, il est convenu entre ces messieurs qu’une tulipe qui ne pèse
pas le quart d’une once doit être portée par une barre de fer,--de même
que, vers 1812, je crois,--il a été défendu aux tulipes d’être jaunes.
Il avait montré _Gluck_, cette _plante si méritante_,--à fond blanc
strié de violet;--et _Joseph Deschiens_,--_un vrai diamant_, également
blanc et violet;--et _Vandaël, cette perle du genre_, toujours blanche
et violette;--et _Czartoriski, fleur de 5e ligne_, blanche et rose,
remarquable par l’extrême _blancheur des onglets_;--et _Napoléon Ier_,
et le _Pourpre incomparable_, et seize cents autres,--lorsqu’il arriva
à une tulipe devant laquelle il s’arrêta avec un sourire ineffable, la
désignant du geste,--mais sans parler;--un des visiteurs demanda si
cette tulipe n’avait pas un nom comme les autres.
Le maître des tulipes mit un doigt sur sa bouche,--comme eût fait
Harpocrate, le dieu du silence,--puis il dit: Voyez quelle magnificence
de coloris,--quelle forme,--quels onglets, quelle tenue, quelle
pureté de dessin,--quelle netteté dans les stries,--comme c’est
découpé,--comme c’est proportionné!--C’est une tulipe sans défaut.
--Et vous l’appelez?
--Chut! c’est une tulipe qui, à elle seule, vaut tout le reste de ma
collection; il n’y en a que deux au monde, Messieurs.
--Mais son nom?
-Chut!... son nom... je ne puis le prononcer sans forfaire à
l’honneur...--Je serais bien fier et bien malheureux de dire son nom,
de le dire à haute voix,--de l’écrire en lettres d’or au-dessus de sa
magnifique corolle; c’est un nom connu et respecté.
--Pardon, Monsieur, je n’insiste pas,--cela paraît tenir à la
politique; peut-être est-ce le nom de quelque fameux proscrit;--je
ne veux pas me compromettre... D’ailleurs, nous ne partageons pas
peut-être les mêmes opinions...
--Nullement, Monsieur, ce nom n’a rien de politique; mais j’ai juré sur
l’honneur de ne pas la faire voir sous son _vrai nom_;--elle est ici
_incognito_, sous l’incognito le plus sévère;--peut-être même en ai-je
trop dit... Mais avec tout le monde, avec les gens pour qui je n’ai pas
l’estime que vous m’inspirez,--je ne vais pas aussi loin;--je n’avoue
même pas que c’est une tulipe, la reine des tulipes; je passe devant
avec une indifférence,--une indifférence jouée,--comprenez bien.--Je la
désigne sous le nom de _Rebecca_, mais ce n’est pas son nom...
Les amateurs partirent et moi avec eux; mais je retournai le lendemain,
et je lui dis:
--Mais, enfin, c’est donc un mystère bien terrible?
--Vous allez en juger. Cette tulipe... que nous continuerons à appeler
Rebecca... était en la possession d’un homme qui l’avait payée fort
cher,--surtout parce que, sachant qu’il y en avait une autre en
Hollande, il était allé l’acheter, et l’avait écrasée sous les pieds
pour rendre la sienne unique.--Tous les ans elle excitait l’envie des
nombreux amateurs qui vont voir sa collection; tous les ans, il avait
soin de détruire les caïeux qui se formaient autour de l’oignon et qui
auraient pu la reproduire.--Pour moi, Monsieur, je n’ose pas vous dire
ce que je lui avais offert pour l’un de ces caïeux qu’il pile tous les
ans dans un mortier; j’aurais engagé mon bien, compromis l’avenir de
mes enfants!
Je ne regardais plus ma collection; mes plus belles tulipes ne
pouvaient me consoler de ne pas avoir celle... que je ne dois pas
nommer. En vain mon ami...--dois-je appeler ainsi un homme qui me
laissait dépérir sans pitié?--en vain mon ami me disait: Venez la voir
tant que vous voudrez. J’y allais,--je m’asseyais devant des heures
entières; on ne me laissait jamais seul avec elle,--on eût craint
sans doute ma passion.--En effet... je l’aurais peut-être volée,--je
l’aurais peut-être arrosée d’une substance délétère pour la faire
périr; au moins, elle n’aurait pas existé, et je n’aurais pas eu de
remords!