dans les polypétales, dont les régulières comprennent: les _rosacées_,
les _caryophyllées_ et les _cruciformes_. Les irrégulières sont nommées
_papillonacées_, à cause de leur ressemblance avec le papillon.
Viennent ensuite la corolle _ligulée_ et la corolle _tubuleuse_, qui
appartiennent aux fleurs composées, et qui, en se combinant, forment
les _floculeuses_, les _semi-floculeuses_ et les _radiées_.
Certains produits minces et colorés se trouvent quelquefois entre la
corolle et les étamines, auxquels Linné a donné le nom de _nectaires_,
à cause du liquide visqueux et sucré qu’ils sécrètent.
Non-seulement la corolle, ainsi que nous l’avons dit, est presque
toujours parée des plus riches couleurs, mais il arrive souvent
qu’elle en change: il y a même des corolles coquettes qui changent
jusqu’à trois fois de parure en un jour; telle est celle du _gladiolus
venicolor_: le matin, sa couleur est brune, c’est un négligé qu’elle
quitte bientôt; à midi, elle revêt une fraîche robe verte, et, vers la
fin du jour, elle étale avec complaisance sa parure d’un admirable
bleu clair...
En vérité, je vous le dis, au risque de paraître trivial à force d’être
vrai, jamais il n’y eut, il n’y aura jamais plus d’analogie entre deux
choses diverses qu’il n’en existe entre les femmes et les fleurs.
Il est vrai que ces dernières sont muettes; mais nous ne disons pas
_heureusement_.
Indépendamment des riches couleurs qui la parent, la corolle a encore
l’avantage d’être un foyer d’émanations délicieuses. Cela est vrai
comme règle, mais nous devons avouer qu’elle souffre d’assez nombreuses
exceptions: d’abord, il est une assez grande quantité de fleurs qui ne
sentent absolument rien, et de ce nombre sont quelques-unes des plus
riches en parure, comme les dahlias, les camélias; il en est, en outre,
dont l’odeur est insupportable, comme certaine espèce de géranium,
l’arum dracunculus, etc.
ÉTAMINES, PISTILS.--Les étamines et les pistils sont les organes de la
fructification; c’est par eux que s’accomplit le grand, l’inexplicable
mystère de la reproduction des plantes: privée de ces organes
essentiels, la fleur est stérile. D’une partie de l’étamine, nommée
_anthère_, s’échappe, dans un temps propice, une poussière fécondante
nommée _pollen_; ce sont de petits corps jaunes, blancs, rouges ou
violets, qui se répandent sur le ou les pistils, et dès lors la plante
est fécondée.
Ce grand secret de la fécondation des plantes a été découvert par
Linné. Nous avons déjà montré que les plantes sentent; Linné dit
qu’elles aiment, et il le prouve, l’audacieux! Nous le répétons, les
savants sont capables de tout!
FRUCTIFICATION
C’est alors que commence cette maturité dont nous avons parlé plus
haut: les pistils et étamines se flétrissent, les pétales tombent, le
fruit se montre soutenu par le calice, ce père nourricier dont la tâche
n’est pas encore entièrement remplie.
FRUIT.--Le fruit se compose toujours de deux parties principales: le
péricarpe et la graine.
Le péricarpe est une enveloppe parfois sèche ou membraneuse, le plus
souvent épaisse et charnue, laquelle contient dans son intérieur une ou
plusieurs graines.
Le péricarpe est quelquefois si ténu et semble si bien identifié
avec la graine, qu’on ne l’en distingue que difficilement; aussi
quelques auteurs ont-ils émis l’opinion que, dans certains fruits,
le péricarpe n’existait pas; mais c’est une erreur aujourd’hui bien
reconnue: le péricarpe existe constamment, et il est toujours composé
de trois parties, savoir: une membrane extérieure ou épiderme, nommée
_épicarpe_; une substance charnue (_sarcocarpe_), et une membrane
intérieure (_endocarpe_)... N’avions-nous donc pas trois fois raison
en disant, au commencement de ce traité, que les savants sont des
suppôts de tyrannie! Nous leur accordons l’_épicarpe_, le _sarcocarpe_,
l’_endocarpe_; nous convenons avec eux que, arrivés à l’époque de leur
maturité, les péricarpes ont la complaisance de s’ouvrir pour livrer
passage aux graines; nous voulons même bien que ces complaisants
péricarpes se nomment _déhiscents_, et toujours animés du même esprit
de paix, nous convenons volontiers qu’ils sont bien plus estimables que
les péricarpes _indéhiscents_, qui ne laissent échapper les graines que
lorsqu’ils tombent en pourriture. Alors nous croyons en avoir fini sur
ce point... Hélas! les savants commencent et ne finissent jamais: pour
eux, il y a toujours quelque chose de nouveau sous le soleil... Et les
_valves_, s’il vous plaît?... et les _cloisons_, et les _loges_, et
la _suture_? Nous nous bornerons à dire que ces quatre derniers noms
représentent des choses destinées à retenir les graines prisonnières
jusqu’à ce que l’heure de la liberté ait sonné pour elles.
Les fruits se présentent sous douze formes principales que l’on divise
en deux grandes classes: les fruits à péricarpes secs, qui sont au
nombre de neuf, et les fruits à péricarpes charnus, divisés en quatre
espèces.
Dans les péricarpes secs, le plus commun est la _capsule_, dont la
boîte est d’une forme et d’une capacité très-variables; elle est
elliptique, ou orbiculaire, ou en croissant, ou bien elle offre la
forme d’une silique, comme la grande chélidoine (fig. 26).
Le péricarpe appelé _follicule_ se compose ordinairement de deux
follicules dressées ou divergentes, fusiformes ou cylindriques;
les semences sont contenues dans la follicule, et le plus souvent
enveloppées d’une substance cotonneuse (fig. 27).
Le péricarpe appelé la _samare_ est une espèce de capsule membraneuse,
plus ou moins comprimée, divisée en une ou deux loges.
Le _légume_ ou _gousse_ est un fruit membraneux à deux valves qu’on
nomme cosses, réunies par deux sutures opposées; les graines sont
attachées le long de la suture inférieure, et placées alternativement
sur l’une et l’autre _valve_ ou _cosse_, ainsi que cela se voit dans le
pois, la vesce (fig. 28).
La _silique_ ne diffère de la _gousse_ que par une cloison
longitudinale qui divise les deux valves.
Le _cône_ est composé d’écailles ligneuses, comme la pomme de pin (fig.
29).
La _nucule_ ou _noisette_ est un péricarpe osseux qui ne contient
qu’une graine et ne s’ouvre pas.
La _cariopse_ est un fruit sec à une seule graine, dont le péricarpe
est tellement adhérent à la graine proprement dite, qu’il ne peut s’en
séparer que par l’opération du blutage, comme pour le blé, le seigle,
etc.
Le péricarpe nommé _achaine_ est un peu moins adhérent à la graine que
le précédent. Il est simple ou composé.
Voyons maintenant les péricarpes des fruits charnus; ils sont, comme
nous l’avons dit, au nombre de quatre: la _baie_, le _drupe_, la
_pomme_ et le _pépon_.
La _baie_ ne s’ouvre point naturellement à la maturité; elle renferme
une ou plusieurs semences, et ses graines et ses loges sont disposées
dans un ordre apparent, comme dans la groseille, le raisin (fig. 30).
Le _drupe_ est un péricarpe charnu, composé de deux substances de
différente nature: l’une extérieure, charnue, pulpeuse; l’autre
intérieure, ligneuse, comme dans les pêches, cerises, noix, marrons
(fig. 31).
La _pomme_ est un péricarpe charnu, couronné par le limbe du calice,
partagé en plusieurs loges dont la paroi interne est cartilagineuse.
Exemple: la pomme d’api (fig. 32 et 33).
Le _pépon_ est un fruit charnu, régulier, qui fait corps avec le calice
et renferme plusieurs graines. Ce fruit est particulier à la famille
des cucurbitacées (fig. 34 et 35).
Le volume des fruits est souvent bien disproportionné avec celui
des végétaux qui les produisent: ainsi la courge, plante rampante
et herbacée, porte des fruits énormes, et le chêne n’en a que de
très-petits. Les physiologistes cherchent vainement la raison de
cette anomalie; nous leur conseillons de consulter La Fontaine, fable
IV, livre IX.
Et pourtant, nous osons affirmer que La Fontaine avait très-peu étudié
les péricarpes; il était certainement moins savant, sur ce point, que
M. de Jussieu; mais, d’un autre côté, les fables de M. de Jussieu sont
beaucoup moins amusantes que celles de La Fontaine. Évidemment, il n’y
a pas compensation.
HABITATION DES VÉGÉTAUX
Les climats divers ne conviennent point indistinctement aux végétaux.
Il faut presque à chaque plante un terrain particulier, une atmosphère
différente. Les unes ne se plaisent que dans les champs incultes,
tandis que d’autres ne peuvent germer que dans des terres cultivées.
Plusieurs naissent dans les sables; un certain nombre se plaisent sur
les rochers. Il en est qui ne peuvent vivre qu’au fond des marais,
d’où elles s’étendent à la surface des eaux. Enfin, la mer a aussi sa
végétation, végétation luxuriante, qui ne le cède en puissance à aucun
des terrains les plus favorisés.
Il n’est presque aucune portion de la terre où la végétation ne puisse
s’établir; mais elle présente des différences immenses entre les
contrées équatoriales, les régions tempérées et les régions polaires.
C’est entre les tropiques qu’elle se montre dans toute sa puissance
et sa majesté; c’est là qu’on trouve le baobab, ce colosse du règne
végétal, dont le tronc, ainsi que nous l’avons dit, atteint quelquefois
jusqu’à trente mètres de circonférence; c’est là que vit et se
multiplie cette admirable famille de palmiers avec lesquels nos plus
beaux arbres ne sauraient soutenir la comparaison. Dans ces contrées,
les graminées deviennent arborescentes; les fougères s’élèvent jusqu’à
huit ou neuf mètres: c’est la patrie des fruits les plus exquis, des
parfums les plus suaves. C’est surtout dans les régions équatoriales,
comme aux bords du Gange, où la température, constamment humide et
chaude, est entretenue par les feux du soleil et le débordement des
grands fleuves, que la végétation montre une vigueur prodigieuse.
Mais cette exubérance de vie, qui augmente la puissance des forts,
tuerait les faibles. Que l’on transporte sous ce ciel de feu une frêle
et légère Parisienne, elle s’étiolera promptement, et rien ne pourra
la sauver d’une prompte destruction... C’est toujours cette éternelle
comparaison entre les deux règnes, comparaison née de ce que d’une
seule, unique et admirable chose sortie de la main de Dieu, notre
orgueil a voulu faire trois choses distinctes. Qui donc, en effet,
pourrait dire avec précision où finit l’un des trois règnes et où
commence l’autre?
L’histoire naturelle est une immense chaîne à laquelle il ne manque pas
un anneau, et c’est en vain que les princes de la science y ont cherché
une solution de continuité. Il y a sur les confins du règne minéral
des individus qui végètent, et sur les confins du règne végétal des
individus qui vivent...
L’extrême chaleur sans humidité n’est pas favorable à la végétation.
Aussi, quelle différence entre les contrées dont nous venons de
parler et les déserts sableux de l’Afrique, desséchés par les ardeurs
brûlantes du soleil, où l’homme, en y entrant, semble se dévouer à la
mort! Là, de quelque côté qu’on jette les yeux, on n’aperçoit que des
images de destruction et de néant.
L’excessive chaleur n’est pourtant pas un obstacle à toute végétation;
il est des plantes qui résistent à quatre-vingts et même cent degrés de
chaleur (température de l’eau bouillante). Aux eaux thermales de Dax,
on a vu croître et se développer une tremella dans une fontaine dont
l’eau est constamment chaude de soixante-dix à soixante-douze degrés.
Si la végétation des pays tempérés n’a pas cette beauté, cette
magnificence des plantes des tropiques, elle ne leur cède en rien pour
la grâce des formes et l’abondance des produits. Le Nord lui-même n’est
pas déshérité sous ce rapport; c’est là que les robustes pins et sapins
élèvent vers les nues leurs troncs vigoureux. Mais, au-dessus de deux
mille mètres d’élévation, on ne les trouve plus; ils sont remplacés par
les aliziers, les bouleaux, qui bravent un froid de quarante degrés,
froid capable de faire éclater les sapins les plus vigoureux.
Ce dernier phénomène a souvent été remarqué par nos soldats pendant la
désastreuse campagne de Russie; alors que ces malheureux s’asseyaient
sur la neige pour y prendre quelque repos, il arrivait que de violentes
explosions se faisaient entendre autour d’eux: «Encore l’ennemi! se
disaient-ils; toujours, toujours sur nos pas! Un ciel de fer sur
nos têtes, et devant nous des déserts de glace sans horizon!» Ils
reprenaient leurs armes avec désespoir et marchaient vers le lieu d’où
l’explosion s’était fait entendre, et ils ne trouvaient rien, rien que
des arbres que l’intensité du froid avait fait éclater avec un bruit
semblable à celui du canon.
Plus on s’approche des pôles, plus le nombre des végétaux diminue;
au Spitzberg, au Groënland, au Kamtschatka, le nombre des espèces ne
dépasse pas trente.
De même qu’elle se montre sur les plus hautes montagnes, la végétation
pénètre aux plus grandes profondeurs, dans les entrailles de la terre,
dans les cavernes, dans les mines les plus profondes; mais à ces deux
extrémités, il n’y a que des champignons et des lichens.
On trouve sur une haute montagne, en la parcourant de sa base à son
sommet, à peu près tous les changements de végétation que l’on pourrait
observer en voyageant de l’équateur au pôle nord. Au pied de la
montagne végètent les plantes des plaines et des contrées méridionales
de l’Europe. Les chênes occupent le premier plan; cinq ou six cents
pieds au-dessus sont les hêtres; plus haut, les ifs, pins et sapins;
puis viennent les aliziers, les bouleaux, les rhododendrons; plus haut
encore, on trouve les daphnés, les globulaires, les cistes ligneux.
Dans la région des glaces se montrent les saxifrages, les primevères;
puis enfin les lichens.
La végétation qui n’existe que faiblement dans un lieu peut y devenir
abondante et vigoureuse; tout se modifie, tout change: les marais
se dessèchent, les rochers que nous voyons nus et arides porteront
peut-être quelque jour des arbres majestueux. Dans les marais, la
surface des eaux se couvre d’abord d’une écume verdâtre; ce sont des
conferves, frêles plantes auxquelles succèdent des carex, des roseaux,
des typhas; puis viennent les sphaignes, qui se multiplient d’une
manière prodigieuse. A mesure que ces plantes végètent, leur détritus
exhausse le fond du marais, qui finit par se dessécher entièrement.
Il en est de même des rochers: des lichens crustacés viennent d’abord
marbrer leur surface; de leur décomposition naissent des lichens
d’un autre ordre sur le détritus desquels paraissent plus tard des
graminées; puis, enfin, la terre végétale augmentant sans cesse, les
végétaux ligneux se montrent.
Ainsi que nous venons de le voir, il est, dans les végétaux, des
familles particulières à certaines contrées; une seule famille, les
céréales, peut s’habituer à tous les climats; œuvre admirable de la
Providence, qui, en donnant la terre à l’homme, a voulu qu’il pût
trouver à chaque pas une preuve de sa paternelle sollicitude!
MALADIES, MORT ET DÉCOMPOSITION DES VÉGÉTAUX
Les maladies des végétaux peuvent être divisées en deux classes:
celles qui n’affectent qu’une partie du végétal, comme les ulcères,
les excroissances qui résultent presque toujours de blessures, et les
maladies générales qui envahissent toute la plante.
Les plaies faites par un instrument tranchant se guérissent plus
facilement que celles produites par un instrument contondant.
Lorsqu’une portion d’écorce a été enlevée à un arbre, la cicatrisation
s’opère par l’extension des bords de l’écorce qui se rapprochent en
bourrelets.
Les plaies contuses doivent être enlevées par le fer, afin que les
lèvres en soient nettes; sans quoi elles donneraient lieu à des
exostoses, des tumeurs, qui deviendraient incurables.
Lorsque les blessures ont pénétré jusqu’au cœur du tronc, il s’ensuit
un écoulement sanieux qui détermine promptement l’ulcère, la carie, la
mort. Ces plaies ne sont pourtant pas absolument incurables, et l’on
parvient quelquefois à les faire disparaître par le fer ou par le feu.
De toutes les maladies générales, la mieux caractérisée est
l’_étiolement_, qui a pour cause ordinaire la privation de la lumière.
Les plantes atteintes de cette maladie sont faibles, grêles, blafardes.
Pour la guérir, il suffit, lorsque le mal n’est pas trop avancé, de
rendre la lumière à la plante qui en est atteinte; mais cela ne doit se
faire que graduellement: le passage trop brusque d’un état à un autre
serait plus nuisible qu’efficace.
La _panachure_, la _jaunisse_, qui atteignent un grand nombre de
végétaux, sont presque toujours causées par l’abondance de la séve et
l’extravasation des sucs.
Le froid exerce une grande influence sur les plantes. Dilatés par
la congélation des liquides, les vaisseaux, les tissus cellulaires
se déchirent, et le végétal meurt. Lorsque le déchirement se fait
du centre à la circonférence, il se nomme _cadron_; s’il s’opère
en séparant l’une de l’autre les couches ligneuses, il s’appelle
_roulure_; si le froid détruit seulement la couche du liber, on nomme
la maladie qui en résulte _gelivure_.
Les pêchers et les abricotiers ont quelquefois leurs feuilles couvertes
d’une substance blanchâtre, mielleuse; c’est le résultat d’une maladie
nommée _meurier_ ou _blanc mielleux_. On opère la guérison de l’arbre
qui en est attaqué en enlevant les feuilles qui ne sont point dans leur
état normal, et changeant la terre au pied de l’arbre.
Les plantes parasites et certains insectes sont très-souvent une cause
de maladie pour les plantes.
Les céréales sont sujettes à plusieurs maladies qui leur sont
particulières: le froment peut être atteint de la _carie_, du
_charbon_, de la _rouille_. La _carie_ attaque l’intérieur du grain;
l’écorce en est sèche, et en la rompant, on trouve à l’intérieur une
poussière fine, noire et fétide.
Une espèce de champignon microscopique, nommé _uredo segetum_,
réduit les semences en une poussière d’un brun verdâtre; c’est la
maladie nommée _charbon_. Un autre champignon microscopique, l’_uredo
linearis_, donne naissance à la _rouille_. Le seul préservatif contre
les diverses maladies des céréales consiste à secouer les plantes
au moyen d’une corde tendue, que deux hommes, séparés par le champ,
promènent sur toute sa superficie. Cette opération suffit pour
détruire, au moins en grande partie, les germes de ces maladies.
La _cloque_ ou _roulure_ des feuilles provient de la piqûre d’insectes;
les _bédéguars_, pelotes filamenteuses qui se trouvent sur les rosiers,
les _galles arrondies_ des chênes, la _laque_, la _cochenille_, n’ont
pas d’autre cause.
Après avoir langui pendant un temps, la vie s’éteint entièrement dans
le végétal; il devient la proie de tous les agents extérieurs, qui le
décomposent entièrement.
Les arbres meurent ordinairement par portions; le plus souvent la mort
commence par le sommet; on dit alors que l’arbre est couronné. La
racine subit la même altération, dans le même temps, à son extrémité.
L’arbre qui est dans cet état peut vivre encore longtemps, mais il ne
croît plus.
La décomposition des plantes est un des phénomènes les plus
intéressants de la nature; elle présente des différences selon qu’elle
s’opère dans le feu, à l’air libre ou dans l’eau.
L’analyse d’un végétal par le feu y démontre la présence de la lumière
et du calorique, qui se dégagent entraînant avec eux des matières
salines, huileuses; dans cet état, ils constituent la fumée; mais si
on les condense dans un tuyau étroit, ils déposent le long des parois
une partie des matières qu’ils enlevaient; celles-ci forment la suie,
qui contient une huile empyreumatique, du carbone, du fer. Il reste une
masse assez considérable qu’on appelle _cendres_, et qui est une des
bases de la terre végétale.
Les plantes exposées à l’air libre se décomposent rapidement: l’eau
et l’air qu’elles contiennent déterminent la fermentation, et, par
suite, le dégagement des fluides gazeux. Les parties non volatiles,
principalement composées de matières salines, forment le _terreau_,
substance très-variable.
Lorsque la décomposition des plantes s’opère dans l’eau, les résultats
ne sont plus les mêmes; on obtient alors des produits auxquels on
donne le nom de _tourbes_: les tourbes des marais, presque entièrement
formées de jeunes plantes herbacées, mêlées à une certaine quantité
de limon, et les tourbes ligneuses, qui constituent la _houille_ ou
_charbon de terre_. Ces dernières sont formées par des masses d’arbres
dont plusieurs sont quelquefois assez bien conservés pour qu’on puisse
en déterminer l’espèce. Dans la production des tourbes, l’eau est le
principal et peut-être le seul agent de la décomposition des plantes,
qui sont garanties par ce fluide du contact immédiat de l’air et du
soleil.
Ici se termine l’histoire physiologique des plantes; nous avons vu
comment elles naissent, s’accroissent, vivent, se reproduisent, meurent
et se décomposent; nous les avons vues se mouvoir, veiller, dormir,
sentir, aimer, souffrir. Il nous reste à peindre les mœurs de chaque
tribu, de chaque famille, leurs goûts, leurs usages, leurs lois; ce
sera l’objet de notre seconde partie.
[Illustration]
SECONDE PARTIE
MÉTHODES-FAMILLES
Dieu seul sait quel est le nombre des espèces de plantes qui couvrent
notre globe; quant à nous, chétifs, nous n’en connaissons qu’un peu
plus de vingt mille. Il est vrai que ce nombre augmente tous les jours,
et que, les savants aidant, il continuera à augmenter jusqu’à la fin
des siècles; car, je l’ai déjà dit, les savants commencent et ne
finissent jamais.
En attendant, vingt mille nous paraît un assez joli chiffre, et s’il
nous fallait faire l’histoire de chaque individu, ce ne serait pas
trop de l’assistance de trois ou quatre de ces savants, laborieux et
patients, bénédictins qui ont enfanté tant d’in-folio dont l’aspect
seul suffit pour jeter la terreur dans l’âme du lecteur le plus
intrépide. Heureusement nous avons les méthodes, qui simplifient
singulièrement cette tâche immense.
D’abord la botanique fut le patrimoine de quelques hommes laborieux
qui, recueillant le peu de connaissances acquises sur ce sujet,
en firent un tout s’élevant à peine à sept cents espèces, et ils
considérèrent ce commencement de science comme une branche de la
médecine. Dès les premiers pas, ils sentirent le besoin de classer ces
espèces, et ils eurent recours à l’ordre alphabétique. Vint Conrad
Gesner, qui conçut l’idée de ranger les plantes par classes, selon
les caractères fournis par la fleur et le fruit. A ce dernier succéda
Césalpin, médecin du pape Clément VIII, qui tira la botanique du chaos
en établissant sa méthode sur l’absence, la présence et le nombre des
cotylédons. Plusieurs lui succédèrent jusqu’à Linné, qui fit faire à
la science un pas de géant, et divisa les grandes tribus acotylédone,
monocotylédone et dicotylédone en vingt-quatre classes. Puis, avant et
après beaucoup d’autres, vint de Jussieu, auteur de la méthode dite
_naturelle_, que nous avons adoptée.
M. de Jussieu divise les trois tribus en quinze classes, savoir: les
plantes cotylédones, une classe, huit familles;
Les plantes monocotylédones, trois classes, dix-neuf familles;
Les plantes dicotylédones, onze classes, soixante-dix-sept familles.
En tout, quinze classes et cent quatre familles rangées dans cet ordre:
PLANTES ACOTYLÉDONES
PREMIÈRE CLASSE
ACOTYLÉDONIE
1. Algues.
2. Champignons.
3. Lichénées.
4. Hépatiques.
5. Mousses.
6. Fougères.
7. Cycadées.
8. Rhizospermes.
PLANTES MONOCOTYLÉDONES
DEUXIÈME CLASSE
MONOHYPOGYNIE
9. Naïadées.
10. Aroïdées.
11. Typhacées.
TROISIÈME CLASSE
MONOPÉRIGYNIE
12. Cypéracées.
13. Graminées.
14. Palmiers.
15. Asparagées.
16. Joncées.
17. Commélinées.
18. Alismacées.
19. Colchicacées.
20. Liliacées.
21. Broméliées.
22. Narcissées.
23. Iridées.
QUATRIÈME CLASSE
ÉPISTAMINIE
24. Musacées.
25. Amomées.
26. Orchidées.
27. Hydrocharidées.
PLANTES DICOTYLÉDONES
CINQUIÈME CLASSE
PÉRISTAMINIE
28. Aristolochiées.
SIXIÈME CLASSE
MONOÉPIGYNIE