Cette diversité de formes dans les corolles monopétales se reproduit

dans les polypétales, dont les régulières comprennent: les _rosacées_,

les _caryophyllées_ et les _cruciformes_. Les irrégulières sont nommées

_papillonacées_, à cause de leur ressemblance avec le papillon.

Viennent ensuite la corolle _ligulée_ et la corolle _tubuleuse_, qui

appartiennent aux fleurs composées, et qui, en se combinant, forment

les _floculeuses_, les _semi-floculeuses_ et les _radiées_.

Certains produits minces et colorés se trouvent quelquefois entre la

corolle et les étamines, auxquels Linné a donné le nom de _nectaires_,

à cause du liquide visqueux et sucré qu’ils sécrètent.

Non-seulement la corolle, ainsi que nous l’avons dit, est presque

toujours parée des plus riches couleurs, mais il arrive souvent

qu’elle en change: il y a même des corolles coquettes qui changent

jusqu’à trois fois de parure en un jour; telle est celle du _gladiolus

venicolor_: le matin, sa couleur est brune, c’est un négligé qu’elle

quitte bientôt; à midi, elle revêt une fraîche robe verte, et, vers la

fin du jour, elle étale avec complaisance sa parure d’un admirable

bleu clair...

En vérité, je vous le dis, au risque de paraître trivial à force d’être

vrai, jamais il n’y eut, il n’y aura jamais plus d’analogie entre deux

choses diverses qu’il n’en existe entre les femmes et les fleurs.

Il est vrai que ces dernières sont muettes; mais nous ne disons pas

_heureusement_.

Indépendamment des riches couleurs qui la parent, la corolle a encore

l’avantage d’être un foyer d’émanations délicieuses. Cela est vrai

comme règle, mais nous devons avouer qu’elle souffre d’assez nombreuses

exceptions: d’abord, il est une assez grande quantité de fleurs qui ne

sentent absolument rien, et de ce nombre sont quelques-unes des plus

riches en parure, comme les dahlias, les camélias; il en est, en outre,

dont l’odeur est insupportable, comme certaine espèce de géranium,

l’arum dracunculus, etc.

ÉTAMINES, PISTILS.--Les étamines et les pistils sont les organes de la

fructification; c’est par eux que s’accomplit le grand, l’inexplicable

mystère de la reproduction des plantes: privée de ces organes

essentiels, la fleur est stérile. D’une partie de l’étamine, nommée

_anthère_, s’échappe, dans un temps propice, une poussière fécondante

nommée _pollen_; ce sont de petits corps jaunes, blancs, rouges ou

violets, qui se répandent sur le ou les pistils, et dès lors la plante

est fécondée.

Ce grand secret de la fécondation des plantes a été découvert par

Linné. Nous avons déjà montré que les plantes sentent; Linné dit

qu’elles aiment, et il le prouve, l’audacieux! Nous le répétons, les

savants sont capables de tout!

FRUCTIFICATION

C’est alors que commence cette maturité dont nous avons parlé plus

haut: les pistils et étamines se flétrissent, les pétales tombent, le

fruit se montre soutenu par le calice, ce père nourricier dont la tâche

n’est pas encore entièrement remplie.

FRUIT.--Le fruit se compose toujours de deux parties principales: le

péricarpe et la graine.

Le péricarpe est une enveloppe parfois sèche ou membraneuse, le plus

souvent épaisse et charnue, laquelle contient dans son intérieur une ou

plusieurs graines.

Le péricarpe est quelquefois si ténu et semble si bien identifié

avec la graine, qu’on ne l’en distingue que difficilement; aussi

quelques auteurs ont-ils émis l’opinion que, dans certains fruits,

le péricarpe n’existait pas; mais c’est une erreur aujourd’hui bien

reconnue: le péricarpe existe constamment, et il est toujours composé

de trois parties, savoir: une membrane extérieure ou épiderme, nommée

_épicarpe_; une substance charnue (_sarcocarpe_), et une membrane

intérieure (_endocarpe_)... N’avions-nous donc pas trois fois raison

en disant, au commencement de ce traité, que les savants sont des

suppôts de tyrannie! Nous leur accordons l’_épicarpe_, le _sarcocarpe_,

l’_endocarpe_; nous convenons avec eux que, arrivés à l’époque de leur

maturité, les péricarpes ont la complaisance de s’ouvrir pour livrer

passage aux graines; nous voulons même bien que ces complaisants

péricarpes se nomment _déhiscents_, et toujours animés du même esprit

de paix, nous convenons volontiers qu’ils sont bien plus estimables que

les péricarpes _indéhiscents_, qui ne laissent échapper les graines que

lorsqu’ils tombent en pourriture. Alors nous croyons en avoir fini sur

ce point... Hélas! les savants commencent et ne finissent jamais: pour

eux, il y a toujours quelque chose de nouveau sous le soleil... Et les

_valves_, s’il vous plaît?... et les _cloisons_, et les _loges_, et

la _suture_? Nous nous bornerons à dire que ces quatre derniers noms

représentent des choses destinées à retenir les graines prisonnières

jusqu’à ce que l’heure de la liberté ait sonné pour elles.

Les fruits se présentent sous douze formes principales que l’on divise

en deux grandes classes: les fruits à péricarpes secs, qui sont au

nombre de neuf, et les fruits à péricarpes charnus, divisés en quatre

espèces.

Dans les péricarpes secs, le plus commun est la _capsule_, dont la

boîte est d’une forme et d’une capacité très-variables; elle est

elliptique, ou orbiculaire, ou en croissant, ou bien elle offre la

forme d’une silique, comme la grande chélidoine (fig. 26).

Le péricarpe appelé _follicule_ se compose ordinairement de deux

follicules dressées ou divergentes, fusiformes ou cylindriques;

les semences sont contenues dans la follicule, et le plus souvent

enveloppées d’une substance cotonneuse (fig. 27).

Le péricarpe appelé la _samare_ est une espèce de capsule membraneuse,

plus ou moins comprimée, divisée en une ou deux loges.

Le _légume_ ou _gousse_ est un fruit membraneux à deux valves qu’on

nomme cosses, réunies par deux sutures opposées; les graines sont

attachées le long de la suture inférieure, et placées alternativement

sur l’une et l’autre _valve_ ou _cosse_, ainsi que cela se voit dans le

pois, la vesce (fig. 28).

La _silique_ ne diffère de la _gousse_ que par une cloison

longitudinale qui divise les deux valves.

Le _cône_ est composé d’écailles ligneuses, comme la pomme de pin (fig.

29).

La _nucule_ ou _noisette_ est un péricarpe osseux qui ne contient

qu’une graine et ne s’ouvre pas.

La _cariopse_ est un fruit sec à une seule graine, dont le péricarpe

est tellement adhérent à la graine proprement dite, qu’il ne peut s’en

séparer que par l’opération du blutage, comme pour le blé, le seigle,

etc.

Le péricarpe nommé _achaine_ est un peu moins adhérent à la graine que

le précédent. Il est simple ou composé.

Voyons maintenant les péricarpes des fruits charnus; ils sont, comme

nous l’avons dit, au nombre de quatre: la _baie_, le _drupe_, la

_pomme_ et le _pépon_.

La _baie_ ne s’ouvre point naturellement à la maturité; elle renferme

une ou plusieurs semences, et ses graines et ses loges sont disposées

dans un ordre apparent, comme dans la groseille, le raisin (fig. 30).

Le _drupe_ est un péricarpe charnu, composé de deux substances de

différente nature: l’une extérieure, charnue, pulpeuse; l’autre

intérieure, ligneuse, comme dans les pêches, cerises, noix, marrons

(fig. 31).

La _pomme_ est un péricarpe charnu, couronné par le limbe du calice,

partagé en plusieurs loges dont la paroi interne est cartilagineuse.

Exemple: la pomme d’api (fig. 32 et 33).

Le _pépon_ est un fruit charnu, régulier, qui fait corps avec le calice

et renferme plusieurs graines. Ce fruit est particulier à la famille

des cucurbitacées (fig. 34 et 35).

Le volume des fruits est souvent bien disproportionné avec celui

des végétaux qui les produisent: ainsi la courge, plante rampante

et herbacée, porte des fruits énormes, et le chêne n’en a que de

très-petits. Les physiologistes cherchent vainement la raison de

cette anomalie; nous leur conseillons de consulter La Fontaine, fable

IV, livre IX.

Et pourtant, nous osons affirmer que La Fontaine avait très-peu étudié

les péricarpes; il était certainement moins savant, sur ce point, que

M. de Jussieu; mais, d’un autre côté, les fables de M. de Jussieu sont

beaucoup moins amusantes que celles de La Fontaine. Évidemment, il n’y

a pas compensation.

HABITATION DES VÉGÉTAUX

Les climats divers ne conviennent point indistinctement aux végétaux.

Il faut presque à chaque plante un terrain particulier, une atmosphère

différente. Les unes ne se plaisent que dans les champs incultes,

tandis que d’autres ne peuvent germer que dans des terres cultivées.

Plusieurs naissent dans les sables; un certain nombre se plaisent sur

les rochers. Il en est qui ne peuvent vivre qu’au fond des marais,

d’où elles s’étendent à la surface des eaux. Enfin, la mer a aussi sa

végétation, végétation luxuriante, qui ne le cède en puissance à aucun

des terrains les plus favorisés.

Il n’est presque aucune portion de la terre où la végétation ne puisse

s’établir; mais elle présente des différences immenses entre les

contrées équatoriales, les régions tempérées et les régions polaires.

C’est entre les tropiques qu’elle se montre dans toute sa puissance

et sa majesté; c’est là qu’on trouve le baobab, ce colosse du règne

végétal, dont le tronc, ainsi que nous l’avons dit, atteint quelquefois

jusqu’à trente mètres de circonférence; c’est là que vit et se

multiplie cette admirable famille de palmiers avec lesquels nos plus

beaux arbres ne sauraient soutenir la comparaison. Dans ces contrées,

les graminées deviennent arborescentes; les fougères s’élèvent jusqu’à

huit ou neuf mètres: c’est la patrie des fruits les plus exquis, des

parfums les plus suaves. C’est surtout dans les régions équatoriales,

comme aux bords du Gange, où la température, constamment humide et

chaude, est entretenue par les feux du soleil et le débordement des

grands fleuves, que la végétation montre une vigueur prodigieuse.

Mais cette exubérance de vie, qui augmente la puissance des forts,

tuerait les faibles. Que l’on transporte sous ce ciel de feu une frêle

et légère Parisienne, elle s’étiolera promptement, et rien ne pourra

la sauver d’une prompte destruction... C’est toujours cette éternelle

comparaison entre les deux règnes, comparaison née de ce que d’une

seule, unique et admirable chose sortie de la main de Dieu, notre

orgueil a voulu faire trois choses distinctes. Qui donc, en effet,

pourrait dire avec précision où finit l’un des trois règnes et où

commence l’autre?

L’histoire naturelle est une immense chaîne à laquelle il ne manque pas

un anneau, et c’est en vain que les princes de la science y ont cherché

une solution de continuité. Il y a sur les confins du règne minéral

des individus qui végètent, et sur les confins du règne végétal des

individus qui vivent...

L’extrême chaleur sans humidité n’est pas favorable à la végétation.

Aussi, quelle différence entre les contrées dont nous venons de

parler et les déserts sableux de l’Afrique, desséchés par les ardeurs

brûlantes du soleil, où l’homme, en y entrant, semble se dévouer à la

mort! Là, de quelque côté qu’on jette les yeux, on n’aperçoit que des

images de destruction et de néant.

L’excessive chaleur n’est pourtant pas un obstacle à toute végétation;

il est des plantes qui résistent à quatre-vingts et même cent degrés de

chaleur (température de l’eau bouillante). Aux eaux thermales de Dax,

on a vu croître et se développer une tremella dans une fontaine dont

l’eau est constamment chaude de soixante-dix à soixante-douze degrés.

Si la végétation des pays tempérés n’a pas cette beauté, cette

magnificence des plantes des tropiques, elle ne leur cède en rien pour

la grâce des formes et l’abondance des produits. Le Nord lui-même n’est

pas déshérité sous ce rapport; c’est là que les robustes pins et sapins

élèvent vers les nues leurs troncs vigoureux. Mais, au-dessus de deux

mille mètres d’élévation, on ne les trouve plus; ils sont remplacés par

les aliziers, les bouleaux, qui bravent un froid de quarante degrés,

froid capable de faire éclater les sapins les plus vigoureux.

Ce dernier phénomène a souvent été remarqué par nos soldats pendant la

désastreuse campagne de Russie; alors que ces malheureux s’asseyaient

sur la neige pour y prendre quelque repos, il arrivait que de violentes

explosions se faisaient entendre autour d’eux: «Encore l’ennemi! se

disaient-ils; toujours, toujours sur nos pas! Un ciel de fer sur

nos têtes, et devant nous des déserts de glace sans horizon!» Ils

reprenaient leurs armes avec désespoir et marchaient vers le lieu d’où

l’explosion s’était fait entendre, et ils ne trouvaient rien, rien que

des arbres que l’intensité du froid avait fait éclater avec un bruit

semblable à celui du canon.

Plus on s’approche des pôles, plus le nombre des végétaux diminue;

au Spitzberg, au Groënland, au Kamtschatka, le nombre des espèces ne

dépasse pas trente.

De même qu’elle se montre sur les plus hautes montagnes, la végétation

pénètre aux plus grandes profondeurs, dans les entrailles de la terre,

dans les cavernes, dans les mines les plus profondes; mais à ces deux

extrémités, il n’y a que des champignons et des lichens.

On trouve sur une haute montagne, en la parcourant de sa base à son

sommet, à peu près tous les changements de végétation que l’on pourrait

observer en voyageant de l’équateur au pôle nord. Au pied de la

montagne végètent les plantes des plaines et des contrées méridionales

de l’Europe. Les chênes occupent le premier plan; cinq ou six cents

pieds au-dessus sont les hêtres; plus haut, les ifs, pins et sapins;

puis viennent les aliziers, les bouleaux, les rhododendrons; plus haut

encore, on trouve les daphnés, les globulaires, les cistes ligneux.

Dans la région des glaces se montrent les saxifrages, les primevères;

puis enfin les lichens.

La végétation qui n’existe que faiblement dans un lieu peut y devenir

abondante et vigoureuse; tout se modifie, tout change: les marais

se dessèchent, les rochers que nous voyons nus et arides porteront

peut-être quelque jour des arbres majestueux. Dans les marais, la

surface des eaux se couvre d’abord d’une écume verdâtre; ce sont des

conferves, frêles plantes auxquelles succèdent des carex, des roseaux,

des typhas; puis viennent les sphaignes, qui se multiplient d’une

manière prodigieuse. A mesure que ces plantes végètent, leur détritus

exhausse le fond du marais, qui finit par se dessécher entièrement.

Il en est de même des rochers: des lichens crustacés viennent d’abord

marbrer leur surface; de leur décomposition naissent des lichens

d’un autre ordre sur le détritus desquels paraissent plus tard des

graminées; puis, enfin, la terre végétale augmentant sans cesse, les

végétaux ligneux se montrent.

Ainsi que nous venons de le voir, il est, dans les végétaux, des

familles particulières à certaines contrées; une seule famille, les

céréales, peut s’habituer à tous les climats; œuvre admirable de la

Providence, qui, en donnant la terre à l’homme, a voulu qu’il pût

trouver à chaque pas une preuve de sa paternelle sollicitude!

MALADIES, MORT ET DÉCOMPOSITION DES VÉGÉTAUX

Les maladies des végétaux peuvent être divisées en deux classes:

celles qui n’affectent qu’une partie du végétal, comme les ulcères,

les excroissances qui résultent presque toujours de blessures, et les

maladies générales qui envahissent toute la plante.

Les plaies faites par un instrument tranchant se guérissent plus

facilement que celles produites par un instrument contondant.

Lorsqu’une portion d’écorce a été enlevée à un arbre, la cicatrisation

s’opère par l’extension des bords de l’écorce qui se rapprochent en

bourrelets.

Les plaies contuses doivent être enlevées par le fer, afin que les

lèvres en soient nettes; sans quoi elles donneraient lieu à des

exostoses, des tumeurs, qui deviendraient incurables.

Lorsque les blessures ont pénétré jusqu’au cœur du tronc, il s’ensuit

un écoulement sanieux qui détermine promptement l’ulcère, la carie, la

mort. Ces plaies ne sont pourtant pas absolument incurables, et l’on

parvient quelquefois à les faire disparaître par le fer ou par le feu.

De toutes les maladies générales, la mieux caractérisée est

l’_étiolement_, qui a pour cause ordinaire la privation de la lumière.

Les plantes atteintes de cette maladie sont faibles, grêles, blafardes.

Pour la guérir, il suffit, lorsque le mal n’est pas trop avancé, de

rendre la lumière à la plante qui en est atteinte; mais cela ne doit se

faire que graduellement: le passage trop brusque d’un état à un autre

serait plus nuisible qu’efficace.

La _panachure_, la _jaunisse_, qui atteignent un grand nombre de

végétaux, sont presque toujours causées par l’abondance de la séve et

l’extravasation des sucs.

Le froid exerce une grande influence sur les plantes. Dilatés par

la congélation des liquides, les vaisseaux, les tissus cellulaires

se déchirent, et le végétal meurt. Lorsque le déchirement se fait

du centre à la circonférence, il se nomme _cadron_; s’il s’opère

en séparant l’une de l’autre les couches ligneuses, il s’appelle

_roulure_; si le froid détruit seulement la couche du liber, on nomme

la maladie qui en résulte _gelivure_.

Les pêchers et les abricotiers ont quelquefois leurs feuilles couvertes

d’une substance blanchâtre, mielleuse; c’est le résultat d’une maladie

nommée _meurier_ ou _blanc mielleux_. On opère la guérison de l’arbre

qui en est attaqué en enlevant les feuilles qui ne sont point dans leur

état normal, et changeant la terre au pied de l’arbre.

Les plantes parasites et certains insectes sont très-souvent une cause

de maladie pour les plantes.

Les céréales sont sujettes à plusieurs maladies qui leur sont

particulières: le froment peut être atteint de la _carie_, du

_charbon_, de la _rouille_. La _carie_ attaque l’intérieur du grain;

l’écorce en est sèche, et en la rompant, on trouve à l’intérieur une

poussière fine, noire et fétide.

Une espèce de champignon microscopique, nommé _uredo segetum_,

réduit les semences en une poussière d’un brun verdâtre; c’est la

maladie nommée _charbon_. Un autre champignon microscopique, l’_uredo

linearis_, donne naissance à la _rouille_. Le seul préservatif contre

les diverses maladies des céréales consiste à secouer les plantes

au moyen d’une corde tendue, que deux hommes, séparés par le champ,

promènent sur toute sa superficie. Cette opération suffit pour

détruire, au moins en grande partie, les germes de ces maladies.

La _cloque_ ou _roulure_ des feuilles provient de la piqûre d’insectes;

les _bédéguars_, pelotes filamenteuses qui se trouvent sur les rosiers,

les _galles arrondies_ des chênes, la _laque_, la _cochenille_, n’ont

pas d’autre cause.

Après avoir langui pendant un temps, la vie s’éteint entièrement dans

le végétal; il devient la proie de tous les agents extérieurs, qui le

décomposent entièrement.

Les arbres meurent ordinairement par portions; le plus souvent la mort

commence par le sommet; on dit alors que l’arbre est couronné. La

racine subit la même altération, dans le même temps, à son extrémité.

L’arbre qui est dans cet état peut vivre encore longtemps, mais il ne

croît plus.

La décomposition des plantes est un des phénomènes les plus

intéressants de la nature; elle présente des différences selon qu’elle

s’opère dans le feu, à l’air libre ou dans l’eau.

L’analyse d’un végétal par le feu y démontre la présence de la lumière

et du calorique, qui se dégagent entraînant avec eux des matières

salines, huileuses; dans cet état, ils constituent la fumée; mais si

on les condense dans un tuyau étroit, ils déposent le long des parois

une partie des matières qu’ils enlevaient; celles-ci forment la suie,

qui contient une huile empyreumatique, du carbone, du fer. Il reste une

masse assez considérable qu’on appelle _cendres_, et qui est une des

bases de la terre végétale.

Les plantes exposées à l’air libre se décomposent rapidement: l’eau

et l’air qu’elles contiennent déterminent la fermentation, et, par

suite, le dégagement des fluides gazeux. Les parties non volatiles,

principalement composées de matières salines, forment le _terreau_,

substance très-variable.

Lorsque la décomposition des plantes s’opère dans l’eau, les résultats

ne sont plus les mêmes; on obtient alors des produits auxquels on

donne le nom de _tourbes_: les tourbes des marais, presque entièrement

formées de jeunes plantes herbacées, mêlées à une certaine quantité

de limon, et les tourbes ligneuses, qui constituent la _houille_ ou

_charbon de terre_. Ces dernières sont formées par des masses d’arbres

dont plusieurs sont quelquefois assez bien conservés pour qu’on puisse

en déterminer l’espèce. Dans la production des tourbes, l’eau est le

principal et peut-être le seul agent de la décomposition des plantes,

qui sont garanties par ce fluide du contact immédiat de l’air et du

soleil.

Ici se termine l’histoire physiologique des plantes; nous avons vu

comment elles naissent, s’accroissent, vivent, se reproduisent, meurent

et se décomposent; nous les avons vues se mouvoir, veiller, dormir,

sentir, aimer, souffrir. Il nous reste à peindre les mœurs de chaque

tribu, de chaque famille, leurs goûts, leurs usages, leurs lois; ce

sera l’objet de notre seconde partie.

[Illustration]

SECONDE PARTIE

MÉTHODES-FAMILLES

Dieu seul sait quel est le nombre des espèces de plantes qui couvrent

notre globe; quant à nous, chétifs, nous n’en connaissons qu’un peu

plus de vingt mille. Il est vrai que ce nombre augmente tous les jours,

et que, les savants aidant, il continuera à augmenter jusqu’à la fin

des siècles; car, je l’ai déjà dit, les savants commencent et ne

finissent jamais.

En attendant, vingt mille nous paraît un assez joli chiffre, et s’il

nous fallait faire l’histoire de chaque individu, ce ne serait pas

trop de l’assistance de trois ou quatre de ces savants, laborieux et

patients, bénédictins qui ont enfanté tant d’in-folio dont l’aspect

seul suffit pour jeter la terreur dans l’âme du lecteur le plus

intrépide. Heureusement nous avons les méthodes, qui simplifient

singulièrement cette tâche immense.

D’abord la botanique fut le patrimoine de quelques hommes laborieux

qui, recueillant le peu de connaissances acquises sur ce sujet,

en firent un tout s’élevant à peine à sept cents espèces, et ils

considérèrent ce commencement de science comme une branche de la

médecine. Dès les premiers pas, ils sentirent le besoin de classer ces

espèces, et ils eurent recours à l’ordre alphabétique. Vint Conrad

Gesner, qui conçut l’idée de ranger les plantes par classes, selon

les caractères fournis par la fleur et le fruit. A ce dernier succéda

Césalpin, médecin du pape Clément VIII, qui tira la botanique du chaos

en établissant sa méthode sur l’absence, la présence et le nombre des

cotylédons. Plusieurs lui succédèrent jusqu’à Linné, qui fit faire à

la science un pas de géant, et divisa les grandes tribus acotylédone,

monocotylédone et dicotylédone en vingt-quatre classes. Puis, avant et

après beaucoup d’autres, vint de Jussieu, auteur de la méthode dite

_naturelle_, que nous avons adoptée.

M. de Jussieu divise les trois tribus en quinze classes, savoir: les

plantes cotylédones, une classe, huit familles;

Les plantes monocotylédones, trois classes, dix-neuf familles;

Les plantes dicotylédones, onze classes, soixante-dix-sept familles.

En tout, quinze classes et cent quatre familles rangées dans cet ordre:

PLANTES ACOTYLÉDONES

PREMIÈRE CLASSE

ACOTYLÉDONIE

1. Algues.

2. Champignons.

3. Lichénées.

4. Hépatiques.

5. Mousses.

6. Fougères.

7. Cycadées.

8. Rhizospermes.

PLANTES MONOCOTYLÉDONES

DEUXIÈME CLASSE

MONOHYPOGYNIE

9. Naïadées.

10. Aroïdées.

11. Typhacées.

TROISIÈME CLASSE

MONOPÉRIGYNIE

12. Cypéracées.

13. Graminées.

14. Palmiers.

15. Asparagées.

16. Joncées.

17. Commélinées.

18. Alismacées.

19. Colchicacées.

20. Liliacées.

21. Broméliées.

22. Narcissées.

23. Iridées.

QUATRIÈME CLASSE

ÉPISTAMINIE

24. Musacées.

25. Amomées.

26. Orchidées.

27. Hydrocharidées.

PLANTES DICOTYLÉDONES

CINQUIÈME CLASSE

PÉRISTAMINIE

28. Aristolochiées.

SIXIÈME CLASSE

MONOÉPIGYNIE

Les fleurs animées - Tome 2 · 第 7 / 19 段