Maintenant, supposons que de la graine soumise à la germination sorte

une plante herbacée, à tige; elle s’élèvera plus ou moins rapidement,

sa tige aura des feuilles, mais aux aisselles de ces feuilles il

n’y aura point de boutons, et la plante ne vivra que de un à trois

ans. De la graine qui doit produire un arbuste, la tige prendra une

consistance ligneuse, mais les aisselles des feuilles seront également

dépourvues de boutons. Elle résistera aux hivers, et produira des

fruits et des fleurs chaque année. La tige de l’arbrisseau sera plus

vigoureuse et portera des boutons; mais elle se divisera, à sa base, en

un certain nombre de rameaux ligneux. Enfin, la tige qui doit devenir

un arbre s’élèvera d’un seul jet à une certaine hauteur. Cette tige,

de la racine à ses premiers rameaux, s’appelle _tronc_ (fig. 4). Les

rameaux sont divisés en quatre ordres, selon leur force.

Examinons maintenant la structure de la tige, et prenons pour cela

celle d’un végétal ligneux qui est le plus complet. En la tranchant

transversalement, nous trouverons d’abord l’_écorce_, recouverte d’un

mince épiderme; sous l’écorce est le _liber_, partie essentiellement

vivante et organique du végétal, et qui doit son nom à la facilité avec

laquelle on peut le séparer en feuillets semblables à ceux d’un livre;

vient ensuite l’_aubier_, puis le _bois_ proprement dit, et ensuite la

_moelle_.

La partie concentrique du bois qui entoure la moelle est composée

de vaisseaux poreux, suivant une direction parallèle dans toute la

longueur des tiges, et dans lesquels circule la séve, principe vital

de tous les végétaux. Une partie de ces vaisseaux se prolongent

latéralement, entraînant une portion de la moelle. Ces vaisseaux,

qu’on nomme prolongements médullaires, ont dans l’écorce leur partie

essentiellement vivante, d’où il résulte que l’on voit souvent des

arbres dont la végétation est encore très-vigoureuse, bien que leur

partie ligneuse soit anéantie, et qu’ils en soient réduits à leur

écorce, ainsi que cela se présente fréquemment dans les saules.

Voici maintenant la marche de l’accroissement: chaque année, les

feuilles déliées du _liber_ se solidifient et s’unissent aux dernières

couches de l’_aubier_, qui n’est encore qu’un bois imparfait, mais

qui passe à l’état de _bois_ au fur et à mesure que le _liber_ passe

à l’état d’_aubier_. Il en résulte que les couches concentriques

se superposant annuellement, elles indiquent parfaitement l’âge du

végétal. Ce n’est pas là toutefois une règle sans exception; cette

règle, qui s’applique aux tiges dicotylédones, la plus nombreuse des

tribus végétales, n’est pas applicable aux monocotylédones, dont la

structure présente un sens inverse. Par exemple, que l’on examine la

coupe transversale d’un palmier, on ne trouve plus d’écorce, d’aubier,

de couches concentriques, de prolongements médullaires; le tissu le

plus solide et le plus ancien dans cette tige est à l’extérieur, par

la raison que l’accroissement vient de l’intérieur. Ainsi, un palmier,

à sa naissance, forme une touffe de feuilles sans tige; un an après,

il naît de nouvelles feuilles du centre des premières, et celles-ci,

repoussées vers la circonférence, tombent en vieillissant; mais leurs

bases se soutiennent et forment un anneau qui est l’origine de la

tige; l’année suivante, un second anneau se forme de la même manière

au-dessus du premier, de telle sorte que l’âge du palmier peut se

calculer par ses anneaux.

BRANCHES ET RAMEAUX.--Les branches et les rameaux ont une organisation

parfaitement semblable aux tiges; ils forment, avec la tige, un angle

qui s’ouvre davantage à mesure que l’arbre vieillit, et les branches

finissent souvent par devenir pendantes.

Les tiges de quelques végétaux croissent avec une grande rapidité et

atteignent une prodigieuse longueur: les chênes, dans nos forêts,

atteignent souvent une hauteur de quarante mètres, et les palmiers des

Cordillères dépassent quelquefois soixante mètres.

La grosseur des tiges de certains végétaux n’est pas moins remarquable;

on montre, au village d’Allouville, près d’Yvetot, un chêne qui n’a

pas moins de neuf mètres de circonférence, et dans l’intérieur duquel

on a construit une chapelle et une salle assez vaste. Le châtaignier

de l’Etna, qu’on appelle dans le pays l’_albero a centicavalli_, a

près de quatorze mètres de tour, et cent cavaliers peuvent se mettre

à l’abri sous ses rameaux, ce qui n’est rien cependant en comparaison

de quelques baobabs du Sénégal, qui ont jusqu’à trente mètres de

circonférence à la naissance du tronc.

Il est bien dur d’être forcé d’en convenir, mais il faut de la

franchise avant tout: les végétaux, qui n’ont peut-être de moins

que nous que la faculté de la locomotion, nous sont bien supérieurs

sous d’autres rapports: ainsi, ce n’est pas seulement par les graines

que les végétaux se reproduisent, mais encore par la greffe, par les

boutures, le marcottage, les éclats de racines, etc.

BOUTONS.--Ces moyens de reproduction ont démontré que, dans chacun

des _boutons_ espacés sur un rameau, se trouve renfermée une plante

entière, pourvue de tous ses organes. Ces boutons sont de petits corps

entourés d’écailles qui se développent dans l’aisselle des feuilles

et à l’extrémité des rameaux. Ils commencent assez généralement à

se montrer en été, et on leur donne alors le nom d’_yeux_. Pendant

l’automne, ils grossissent: ce sont les _boutons_ proprement dits. Au

retour du printemps, les écailles tombent, les boutons se développent,

et ils prennent le nom de _bourgeons_ (fig. 5).

Il y a trois espèces de boutons: ceux qui produisent des branches,

et qu’on appelle _boutons à bois_; ceux qui produisent des feuilles,

nommés _boutons à feuilles_, et ceux qui produisent des fleurs, qu’on

nomme _boutons à fleurs_ ou _boutons à fruits_. Les racines des plantes

vivaces portent des boutons qui, en se développant, produisent des

tiges annuelles. Ces boutons, qu’on appelle _turions_, se distinguent

des boutons proprement dits en ce que leur origine est constamment

souterraine.

FEUILLES.--La pousse des feuilles, ou la _foliation_, commence

immédiatement après l’apparition du bourgeon. Leur naissance est le

signe d’une vie nouvelle pour tous les êtres de la création: dans les

bois si longtemps silencieux retentissent les chants des oiseaux; les

champs se couvrent de fleurs; les hommes se sentent meilleurs; le cœur

s’épanouit, et de même que la séve, le sang circule plus vite. Les

feuilles contribuent de deux manières à la production de ce sentiment

universel de bien-être: d’abord, en charmant la vue, elles font naître

les plus douces émotions; puis elles versent dans l’espace des flots

d’air vital, en même temps qu’elles absorbent les émanations putrides,

les germes de destruction et de mort.

La plupart des feuilles sont soutenues par une queue mince et légère

nommée _pétiole_, et elles se terminent par une expansion membraniforme

appelée _disque_. Les feuilles qui n’ont point de pétiole s’étendent

en lames dès leur séparation de la tige. On appelle les premières

_feuilles pétiolées_, et les secondes _feuilles sessiles_. Elles

restent attachées à la tige et aux branches jusqu’aux premiers

froids de l’hiver; alors elles tombent, à moins qu’elles ne soient

_vivaces_, et elles rendent avec usure à la terre les sucs qu’elles

en avaient reçus pour se produire et s’étendre; cette chute se nomme

effeuillaison. Dans les arbres qu’on nomme _toujours verts_, les

feuilles périssent en tout temps.

C’est sur le disque que l’on peut observer l’arrangement des nervures

et toutes les subtiles ramifications, _veines_, _veinules_, dont une

substance pulpeuse, appelée _parenchyme_, remplit les intervalles

(fig. 6). Le bord de la feuille opposé au pétiole se nomme _sommet_,

on appelle _côtés_ les deux extrémités latérales; les deux faces de la

feuille sont recouvertes d’un épiderme très-mince: la face supérieure

est ordinairement lisse et brillante, la face inférieure est mate et

moins colorée.

Il y a trois sortes de feuilles: les _simples_ (fig. 7), les

_composées_ (fig. 8), et les _composées articulées_. La feuille simple

est formée d’une seule expansion; le pétiole n’a point de division

sensible. La feuille composée est un assemblage de petites feuilles

ou folioles fixées au sommet ou sur les parties latérales d’un même

pétiole par un pétiole particulier; lorsque ces folioles sont douées de

certains mouvements, comme dans la sensitive, on dit que la feuille est

articulée.

Le vert est la couleur ordinaire des feuilles; mais la nuance en est

infiniment variée depuis le vert tendre jusqu’au vert brun et presque

noir; quelques plantes portent pourtant des feuilles rouges, jaunes

ou panachées; mais alors on peut les considérer comme n’étant point

dans leur état normal. La lumière est le principe de la coloration

des feuilles, ainsi que l’on peut s’en convaincre en faisant germer

des graines dans une cave: si l’on éclaire quelques-unes des jeunes

plantes qui se produiront au moyen de lampes et de miroirs à réflexion,

les feuilles qui recevront les rayons lumineux se coloreront en vert;

celles qui seront demeurées dans l’obscurité seront blanchâtres.

L’irritabilité des feuilles, leur sommeil, leur réveil, sont des

phénomènes qui ne peuvent manquer d’attirer vivement l’attention; ils

sont extrêmement remarquables dans la sensitive, qui se contracte

rapidement, et en même temps toutes ses feuilles, pour se soustraire

au contact des corps étrangers. L’attrape-mouche, plante de l’Amérique

septentrionale, exécute un mouvement non moins remarquable: chacune

de ses feuilles est divisée à son sommet en deux lobes réunis par

une charnière le long de la nervure médiane; qu’un insecte, attiré

par la liqueur dont elles sont enduites, vienne se placer sur un

de ces lobes, ils se rapprochent aussitôt, et retiennent l’insecte

prisonnier. Les feuilles du _sainfoin oscillant_, plante du Bengale,

sont douées de mouvements plus extraordinaires encore. Ces feuilles

se composent de trois folioles attachées sur un pétiole commun. La

foliole terminale est très-grande, les deux autres sont très-petites.

Ces dernières exécutent un mouvement continuel de torsion, et décrivent

continuellement un arc de cercle. Ce mouvement continue même alors que

l’on a détaché la feuille de la tige, ce qui prouve qu’il appartient

à la feuille, et est tout à fait indépendant de la plante mère. Que

la grande foliole soit agitée par une cause quelconque, aussitôt le

mouvement des deux petites cesse.

On doit l’observation de ce phénomène à Linné, qui lui donna le nom de

sommeil des plantes. Quelques naturalistes en ont cherché la cause dans

l’absence de la lumière, et ils sont parvenus à changer les heures de

sommeil de la sensitive en l’éclairant artificiellement; mais, pour

que cette expérience fût concluante, il faudrait qu’elle eût le même

résultat sur beaucoup d’autres végétaux, et il a été impossible de

l’obtenir sur le plus grand nombre.

Ainsi, les plantes sentent: elles dorment, elles se meuvent; chez

quelques-unes se manifeste un sentiment de crainte: qui oserait

dire que tout cela ne soit que purement mécanique? Le mouvement de

locomotion qui leur manque n’empêche pas qu’elles tiennent dans la

création une place bien supérieure à celle occupée par un grand nombre

d’individus du règne animal.

Le sommeil des plantes se manifeste de quatre manières dans celles

dont les feuilles sont simples: 1º les feuilles s’appliquent face à

face, comme dans l’arroche des jardins; 2º elles enveloppent la tige,

comme dans l’onagre molle, pour protéger les boutons et les fleurs; 3º

étendues horizontalement pendant le jour, elles se roulent en cornet,

et renferment les jeunes pousses, comme la mauve du Pérou; 4º elles

se penchent vers la terre et forment une espèce de voûte au-dessus des

fleurs inférieures, comme la balsamine.

Les feuilles composées affectent six positions différentes dans les

heures de sommeil: 1º elles viennent se placer l’une contre l’autre,

comme les feuilles d’un livre: telles sont celles du pois de senteur,

du baguenaudier; 2º en s’écartant à leur partie moyenne, elles forment

un petit pavillon au-dessus des fleurs, comme le lotier pied-d’oiseau,

le trèfle; 3º elles sont réunies à la base et séparées à leur sommet,

comme dans le mélilot commun; 4º les folioles se courbent pour couvrir

les bourgeons, comme dans le lupin blanc; 5º elles s’abaissent en

tournant sur elles-mêmes, tandis que le pétiole commun s’élève, et

elles s’appliquent ensuite l’une sur l’autre par leur face supérieure,

bien qu’elles pendent vers la terre, comme dans les casses, et ce

retournement est d’autant plus remarquable que si l’on voulait l’opérer

artificiellement pendant le jour, on ne pourrait y parvenir sans briser

les vaisseaux des pétioles particuliers; 6º enfin, elles recouvrent

entièrement le pétiole commun à la manière des tuiles d’un toit, comme

la sensitive.

Que d’admirables choses! et à quoi bon chercher au loin des émotions

quand à chaque pas tant de merveilles s’offrent aux regards de qui veut

les voir!

STIPULES, VRILLES, GRIFFES, SUÇOIRS, ÉPINES, AIGUILLONS, POILS,

GLANDES.--Indépendamment des organes principaux, un grand nombre de

végétaux sont pourvus d’organes accessoires que Linné désignait sous

le nom générique de _fulcra_. Les uns, tels que les _aiguillons_ (fig.

9), les _épines_ (fig. 10), ne sont en quelque sorte, pour certaines

plantes, que des armes défensives; d’autres, comme les _poils_ (fig.

11) et les _glandes_, sont chargés de fonctions sécrétoires, et

quelques-uns, comme les _vrilles_ (fig. 12), servent d’auxiliaires aux

végétaux qui en sont armés, pour les aider à quitter le sol sur lequel

la faiblesse de leurs tiges semblait les avoir condamnés à ramper.

Le pétiole est parfois accompagné de deux petites feuilles qui

diffèrent tout à fait de la forme des autres: ce sont les _stipules_;

si on les rencontre à la base d’une fleur, elles prennent le nom de

_bractées_. Leurs fonctions consistent à protéger les feuilles; elles

les enveloppent dans la jeune pousse, elles les accompagnent dans leur

développement, et périssent dès qu’elles sont devenues inutiles.

Les _griffes_ sont des espèces de racines par lesquelles certaines

plantes s’accrochent à d’autres végétaux ou aux corps environnants.

Lorsque ces griffes, indépendamment du soutien qu’elles prêtent aux

plantes, leur procurent les aliments nécessaires à leur nourriture, on

les nomme _suçoirs_.

FLEURS.--Les fleurs sont les organes destinés à accomplir le grand

œuvre de la reproduction: couleurs séduisantes, parfums suaves,

élégance dans les contours, délicatesse dans le tissu, grâces dans le

développement et le port, tous ces attributs, prodigués aux fleurs même

les plus communes, font du temps de la floraison un moment de parure,

de triomphe, et l’époque la plus brillante, la plus éclatante de leur

vie. L’enfance est passée, nous touchons au temps de la jeunesse et de

la beauté.

La fleur se compose de quatre parties principales: le _calice_ (fig.

13), la _corolle_ (fig. 14), les _étamines_ (fig. 15), et les _pistils_

(fig. 16); on appelle fleur _complète_ celle qui possède ces quatre

parties, et fleur _incomplète_ celle à laquelle il en manque une ou

plusieurs. Les fleurs peuvent se composer simplement d’étamines et

de pistils réunis sur le même support, ou placés sur la même plante,

dans des fleurs distinctes, ou situés sur des individus séparés, ce

qui forme les fleurs _hermaphrodites_, _monoïques_ et _dioïques_. Ces

deux derniers genres sont également compris sous la dénomination de

_déclives_ ou d’_unisexuelles_.

Le diamètre des fleurs est très-variable: quelques-unes sont si petites

qu’elles échappent à la vue; d’autres, comme l’aristoloche d’Amérique,

par exemple, ont quelquefois au delà d’un mètre de circonférence. Leur

durée, variable aussi, est également très-courte: nées pour accomplir

les fonctions de la reproduction, bientôt elles perdent leur éclat,

leurs formes s’altèrent, les grâces s’envolent, la jeunesse s’éteint et

la maturité commence.

Les fleurs sont sessiles ou pédonculées: elles sont sessiles

lorsqu’elles sont posées sur la tige sans intermédiaire; elles sont

pédonculées lorsqu’elles sont soutenues par un support plus ou moins

étendu qu’on nomme pédoncule; c’est le plus grand nombre. C’est au

sommet du pédoncule, qui va s’élargissant, que paraissent les parties

de la fructification. Les formes de cet organe sont très-variées: il

est droit ou incliné, parfois il se roule en spirale; il peut être

simple ou composé de plusieurs parties que l’on nomme pédicelles.

Lorsqu’il part immédiatement de la racine, on le nomme _hampe_. La

partie qui soutient les fleurs sessiles ou pédiculées s’appelle _axe_.

INFLORESCENCE

L’arrangement, la disposition générale des fleurs sur la tige ou les

autres organes qui les supportent se nomment inflorescence. Les fleurs

sont toujours placées à l’aisselle d’une feuille, mais elles affectent

diverses dispositions: les unes sont solitaires, les autres sont

réunies plusieurs ensemble. C’est ce qui constitue l’_inflorescence

simple_ et l’_inflorescence composée_, lesquelles se subdivisent

en inflorescences qui ont reçu des noms particuliers, tels que ceux

de _panicule_, _thyrse_, _grappe_, _épi_, _spadice_, _verticille_,

_ombelle_, _corymbe_, _cyme_, _capitule_. L’inflorescence est panicule

lorsque l’axe commun se ramifie, et que ses divisions secondaires

sont allongées et laissent entre elles une certaine distance, comme

dans les graminées (fig. 17). Le thyrse est une sorte de grappe dont

l’axe est très-allongé et dont les rameaux forment de petites cimes.

Lorsque le pédoncule commun se ramifie plusieurs fois et régulièrement,

l’inflorescence prend le nom de grappe, comme dans le marronnier

d’Inde (fig. 18). Lorsque les fleurs sont disposées sur un axe commun,

simple, non ramifié, elles forment l’épi, comme le blé, l’orge, le

plantin (fig. 19). Dans l’inflorescence spadice, le pédoncule commun

est couvert de fleurs sans calice. L’inflorescence est verticille

lorsque les fleurs naissent à l’aisselle des feuilles, et forment une

espèce d’anneau autour de la tige. Les fleurs sont en ombelle lorsque

tous les pédoncules étant égaux, l’ensemble des fleurs présente

une surface bombée, telle est la carotte (fig. 20). Dans le mode

d’inflorescence appelé corymbe, l’axe central forme une inflorescence

terminée et les rameaux latéraux des inflorescences indéfinies,

comme dans la millefeuille (fig. 21). Lorsque la fleur terminale est

environnée de trois bractées ou plus, et que chaque rameau peut offrir

un développement égal au précédent, on nomme cette inflorescence

cyme; cette inflorescence est celle de la centaurée (fig. 22). Enfin,

on donne le nom de capitule à l’inflorescence qui est particulière

aux plantes de la famille des cynanthérées: tels sont le chardon,

l’artichaut (fig. 23).

L’inflorescence, en général, peut encore être modifiée par des

influences diverses, telles que certains modes de culture: de là

résultent les fleurs _doubles_, _pleines_ et _polifères_. La culture

est aux fleurs ce que l’éducation est aux jeunes filles; elle augmente

leur beauté en les douant de grâces particulières, en les préservant de

mille dangers, en leur conservant le plus longtemps possible tout leur

éclat.

Dans les fleurs doubles, le nombre des pétales est plus considérable

que celui que leur avait primitivement donné la nature. Les fleurs

pleines sont entièrement formées de pétales. Les fleurs polifères sont

celles du centre desquelles naît une seconde fleur semblable à la

première. Tout cela est dû à l’art de l’horticulture, et, pour quelques

amateurs sévères, ces fleurs devenues si belles ne sont que des êtres

monstrueux. C’est là une ridicule exagération, condamnée par la sagesse

des nations qui a formulé ce proverbe:

Et toujours la parure embellit la beauté.

Cela n’est pas très-grammatical, mais cela est vrai.

CALICE.--Nous avons vu plus haut que la fleur se compose de quatre

parties principales; examinons maintenant chacune de ces parties.

Le calice peut être considéré comme le protecteur de la fleur; il se

compose d’une espèce d’épanouissement de l’écorce à l’extrémité du

pédoncule. Sa couleur est toujours verte, à peu d’exceptions près.

Ainsi elle devient jaune dans la capucine, et rouge dans la grenade,

mais toujours elle est verte d’abord. Quelquefois il est d’une seule

pièce, et quelquefois il est composé de plusieurs qui affectent la

forme de petites écailles, comme dans l’œillet. Le plus ordinairement

il est de forme cylindrique. Lorsqu’il ne renferme qu’une seule fleur,

on le nomme calice _propre_, et calice _commun_ lorsqu’il en renferme

plusieurs; il est _simple_ quand il ne forme qu’une seule enveloppe;

_double_ quand il se compose de plusieurs.

Nous éviterons ici, comme précédemment, les termes scientifiques qui

n’ajoutent rien à la connaissance des choses, et qui n’auraient d’autre

résultat que de faire grimacer de jolies bouches. Qu’importe, en

effet, que l’on sache que les savants nomment _monophylle_ le calice

qui se compose d’une seule pièce, et _polyphylle_ celui qui en a

plusieurs? Qu’importent les _supères_, les _infères_, les _embriqués_,

les _caliculés_, etc., qui n’indiquent que des modifications

insignifiantes?

Le calice a beaucoup d’analogie avec la feuille, non-seulement par sa

forme, mais encore par sa contexture et les fonctions qu’il remplit.

On y remarque des nervures, des trachées, etc., absolument comme dans

la feuille, et dans quelques fleurs même, le calice se transforme en

véritables feuilles; enfin, comme les feuilles, il absorbe et exhale

certains fluides.

COROLLE.--C’est la corolle qui continue la beauté de la fleur: grâce,

coloris, parfum, tout lui est réservé. Comme le calice, elle peut être

formée d’une seule ou de plusieurs pièces; c’est ce qui a fait croire

à plusieurs botanistes qu’elle n’était qu’une modification du calice;

plusieurs ont même confondu le calice et la corolle, grossière erreur,

relevée à bon droit par les savants naturalistes dignes de ce nom.

Chacune des pièces qui composent la corolle se nomme pétale; on dit

qu’elle est _monopétale_ quand elle est formée d’un seul pétale, et

_polypétale_ quand elle se compose de plusieurs. On appelle _onglet_

la partie par laquelle le pétale tient à la fleur, et _lame_ sa partie

supérieure. De la base au sommet, elle forme le tube, divisé en deux

parties: l’_orifice_, qui est la partie supérieure, et le _limbe_, qui

comprend toute la partie dilatée.

Hélas! il est bien douloureux de l’avouer, mais l’analyse de cette

charmante chose, la _corolle_, que la nature a si richement ornée,

est affreusement aride! Nous lisons dans un ouvrage moderne: «Il est

bien fâcheux que l’étude des végétaux nécessite la connaissance d’une

multitude de termes dont l’emploi doit souvent précéder la définition.»

Oh! oui, cela est fâcheux, cela est déplorable! mais Dieu a voulu

qu’il n’y ait pas, sur cette terre périssable, de joie, de plaisir

sans mélange... Encore quelques pas dans ce sentier épineux! S’il faut

souffrir un peu pour être belles, comme on le dit communément, c’est

aussi la condition expresse pour être... non pas savantes, mesdames,

mais instruites, ce qui est bien différent! Donc, nous reprenons

courage, n’est-ce pas? et nous n’aurons pas une trop grande peur des

vilains mots, c’est convenu. Ainsi, j’oserai vous dire qu’il y a six

espèces de corolles régulières, savoir:

La _campanulée_, qui se dilate vers sa base et s’évase en forme de

cloches. Exemple: le liseron des champs (fig. 24);

L’_infundibuliforme_, qui ressemble quelque peu à un entonnoir;

L’_hypocratériforme_, qui a le tube court, la fleur plane, comme le

phlox (fig. 25);

La _corolle en roue_, dont le tube se voit à peine et qui est dentelée;

La _tubulée_, dont le tube est allongé et peu ouvert à son orifice;

L’_urcéolée_, dont le tube est plus resserré à son orifice que dans ses

autres parties.

Les corolles monopétales irrégulières les plus remarquables sont les

_labiées_ et les _personnées_; les premières offrent deux divisions

inégales et ouvertes qu’on nomme _lèvres_, et qui sont placées l’une

au-dessous de l’autre. Dans les _personnées_, les deux lèvres sont

rapprochées, forment une proéminence.

Les fleurs animées - Tome 2 · 第 6 / 19 段