--Elle a raison, répétèrent toutes ses compagnes, plus de danse; allons

supplier la Fée de mettre fin à notre métamorphose, et de nous rendre

au doux balancement du Zéphire.

La Reine-Marguerite présidait en ce moment un immense galop; il fallut

le rompre et se joindre aux autres Fleurs qui s’avançaient vers la Fée.

En reconnaissant leur ancien asile, le premier sentiment qu’elles

éprouvèrent fut un sentiment de joie auquel succéda bientôt la crainte.

Quel accueil allait leur faire la Fée?

Elles étaient parties malgré elle, sans vouloir écouter ses sages

avertissements. Maintenant, les trouverait-elle assez punies?

consentirait-elle à les recevoir?

Aucune d’elles n’osait s’avancer pour sonner et se faire ouvrir la

grille du jardin.

Tout à coup la porte s’ouvrit comme d’elle-même à deux battants, et

l’on vit paraître la Fée. Les Fleurs tombèrent à ses genoux en versant

des larmes, mais elle les releva avec bonté.

--Entrez, leur dit-elle, pauvres enfants; venez reprendre auprès de moi

la place que vous n’auriez jamais dû quitter.

L’Oiseau bleu était perché sur l’épaule de la Fée.

--Va, reprit-elle, gentil messager, retourne sur la terre, et guide

vers moi les pauvres égarées qui ne savent plus retrouver le chemin de

la patrie.

L’Oiseau bleu agita ses ailes de turquoise et prit son essor.

Pendant toute la journée, la grille du jardin s’ouvrit et se referma

plus de vingt fois. Les Fleurs rentraient par bandes nombreuses. Le

soir, deux ou trois retardataires seulement manquaient à l’appel.

Le Bleuet et le Coquelicot se présentèrent ensemble, suivis du

Liseron, qui avait beaucoup de peine à marcher. L’Aubépine guidait

la marche de la Belle-de-Nuit, dont les yeux faibles ne pouvaient

supporter la clarté du jour. Le Lis, la Rose, la Capucine, le Jasmin,

le Chèvrefeuille, l’Œillet, l’Oranger, la Pervenche, l’Aubépine, le

Grenadier, la Violette, la Pensée, la Tulipe, la Guimauve, l’Églantine,

le Myrte, le Laurier, le Narcisse, l’Anémone, toutes les fleurs dont

nous avons raconté l’histoire avaient éprouvé le besoin de cesser

d’être femmes; elles étaient venues en même temps solliciter le pardon

de leur souveraine.

Pas une qui ne revît avec délices les lieux où elle était née; pas une

qui ne se rappelât, avec une terreur mêlée de honte, les heures qu’elle

avait passées sur la terre.

Bleuette et Coquelicot, les deux bergères, songeaient à la trahison

dont elles avaient été victimes de la part des deux bergers si

langoureux, mais si infidèles.

La Pensée maudissait les hommes qui, à l’envi les uns des autres,

semblaient se faire un plaisir de la repousser. L’Aubépine frissonnait

en pensant au Sécateur. La Tulipe se demandait comment elle avait pu

s’habituer aux ennuis du sérail.

L’Églantine tremblait intérieurement qu’en punition de son escapade,

la Fée ne la forçât à lire les livres qu’elle avait composés du temps

qu’elle figurait parmi les bas-bleus.

La Capucine, libre en plein air, plaignait du fond de l’âme les pauvres

jeunes filles qu’on condamne à vivre dans un couvent. Ainsi de suite

des autres Fleurs.

La Fée, cependant, ne songeait pas à se venger, ainsi que l’Églantine

et quelques autres Fleurs paraissaient le craindre, surtout en voyant

qu’elle ne se hâtait pas trop de leur faire quitter leur costume

terrestre. La Fée avait son projet. Nous le révélerons tout à l’heure.

Lorsque la fraîcheur commença à descendre du ciel avec l’ombre, la Fée

réunit toutes les Fleurs dans son palais.

--Mes filles, leur dit-elle, je pourrais vous faire de la morale, mais

je m’en dispense. Je lis au fond de votre cœur et je vois qu’il vous

adresse lui-même une semonce que toutes les miennes ne vaudraient

peut-être pas. Vous vous contenterez désormais d’être Fleurs, j’en suis

certaine; si cependant quelqu’une d’entre vous voulait devenir femme

tout à fait, elle n’a qu’à le dire. Je donne ma parole de Fée que son

souhait sera exaucé à l’instant.

Un silence universel accueillit cette proposition.

--Maintenant, reprit la Fée, allez vous reposer. Demain commenceront

les fêtes par lesquelles je veux célébrer votre retour. C’est pour cela

que je vous ai laissé conserver vos vêtements humains. Tous les Sylphes

du voisinage y seront invités.

Les Fleurs crièrent: Vive la Fée! et défilèrent devant elle. Il y eut

un baisemain général.

[Illustration]

[Illustration: RETOUR DES FLEURS]

ERRATUM

Voici un chapitre que nous n’entamons qu’en tremblant. Méfions-nous des

errata. On sait quand on les commence, et on ne sait pas quand on les

finit.

Cependant les droits de la vérité sont imprescriptibles. Il faut que

nous nous accusions de nos erreurs. Encore si nous pouvions les rejeter

sur un prote distrait; mais les fautes que nous avons commises ne sont

pas des fautes d’impression.

Elles touchent au fond même des choses; elles faussent leur

signification morale, elles blessent la vérité historique,

philosophique, mystique, que sais-je encore?

Aussi n’avons-nous pas hésité un seul instant à nous exécuter de bonne

grâce. Nous ne voulons pas, dans un ouvrage de cette importance,

rester en arrière des idées progressives, et nous faire traiter

d’écrevisse littéraire par la critique.

La critique est sévère quand elle s’y met!

Une foule de lettres anonymes nous ont été adressées dans le cours

de cette publication. Les unes nous portaient aux nues, les autres

nous accablaient de malédictions. La dernière de ces lettres était

foudroyante; le lecteur pourra en juger:

«Téméraire, craignez le courroux de Flore!»

Nous nous sommes empressé d’apaiser la déesse par des sacrifices

convenables. Serons-nous aussi heureux auprès de la critique?

Nous savons qu’on nous a reproché, dans une des dernières séances

de l’Académie des sciences morales et politiques, d’avoir usé d’un

symbolisme rétrograde pour caractériser le Myrte et le Laurier.

Nous nous empressons de reconnaître la vérité de ces observations.

Le lecteur est prié de considérer comme non avenus les deux dessins

représentant le Myrte et le Laurier. Grâce aux lumières qui lui ont

été fournies par l’analogie, et après deux mois de conférence avec

un professeur de myrtes indien, Grandville a fini par trouver que le

Myrte ne pouvait pas mieux se représenter que par un vieux roué, et le

Laurier par un vieux mousquetaire.

[Illustration: ERRATUM]

Dans le congrès scientifique de France qui a eu lieu cette année,

plusieurs séances ont été consacrées à l’examen des _Fleurs animées_.La

section de botanique, tout en constatant les services que ce livre

est susceptible de rendre à la science, n’a point hésité à signaler

une erreur de détail commise par nous. Le portrait que Grandville a

donné de la Belle-de-Nuit dans la 20e livraison, est celui d’une

Fleur qui appartient évidemment à la famille des Liserons. Dans le

dessin ci-joint, on trouvera la véritable Belle-de-Nuit telle qu’elle

est décrite par Linné, Tournefort, de Jussieu et de Candolle. Trop

heureux si nous nous montrons digne, par cette rectification, de la

bienveillance et des éloges du congrès scientifique!

Un impardonnable oubli nous avait fait négliger, à côté du Myrte et

du Laurier, de placer l’Olivier. Il était digne cependant de figurer

dans notre galerie allégorique. L’Olivier est l’arbre de Minerve; il

représente la sagesse et la paix. Le lecteur le reconnaîtra sans peine

sous son bonnet de coton.

Dans cette jeune fille à l’allure vive et dégagée qui fume avec tant

d’intrépidité le havane de la régie, nous avons personnifié le Tabac,

dont nous n’avions donné dans les livraisons précédentes que les

attributs. Pour aller au-devant de toutes les objections, nous avons

appliqué à l’Immortelle le même procédé qu’au Myrte, au Laurier et

au Tabac. De l’emblème mort nous avons fait une créature vivante.

Le dessin de l’Immortelle, qui figure dans le groupe joint à cette

livraison, a été copié par Grandville dans les cartons de Phidias,

récemment découverts à Athènes par un voyageur français. L’artiste grec

comptait sans doute en faire une statue de l’Éternité.

Maintenant que nous avons réparé les fautes et comblé les lacunes

signalées par la critique, il ne nous resterait plus qu’à nous

féliciter d’avoir mené à bonne fin un ouvrage de cette importance

morale, philosophique et littéraire. Le crayon peut se reposer en

paix, lui du moins n’a pas de remords. L’esprit, la verve, la grâce,

la finesse ne lui ont pas fait défaut un seul instant; mais, hélas!

la plume ne peut en dire autant; pardonnez-lui, pauvres Fleurs!

qu’avait-elle besoin de vous faire parler, vous, si éloquentes dans

votre silence! La plume, c’est la bavarde du livre; le poète, c’est le

crayon.

TAXILE DELORD.

[Illustration]

BOTANIQUE DES DAMES

BOTANIQUE

DES DAMES

INTRODUCTION

PAR

ALPHONSE KARR

Arrêtez-vous ici,--charmantes lectrices,--n’allez pas plus loin,--posez

le livre,--on vous trompe.--M. Grandville, avec ses ingénieux et

gracieux caprices; M. Delord, avec ses pages spirituelles, sont tout

simplement deux traîtres: à travers des sentiers fleuris et parfumés,

ils vous conduisent dans un piége; ils veulent vous livrer aux

savants,--et à quels savants! aux botanistes,--à ces hommes qui sont

vos ennemis, comme ils sont ceux des fleurs.

Pauvres fleurs!--voyez le sort qu’ils leur font subir: ils arrachent

la pervenche aux bords des haies,--les wergiss-mein-nicht aux

rives des fleuves,--le réséda au pied des vieux murs;--puis, comme

nous l’avons dit dans notre monologue, ils les assassinent, les

aplatissent, les écrasent, les dessèchent, leur ôtent leur parfum et

leur couleur;--puis, sur ces tombes qu’ils appellent des herbiers,

ils gravent de ridicules et prétentieuses épitaphes;--ils les rendent

laides d’abord, et enfin ennuyeuses.

Prenez garde!--ils veulent vous rendre savantes.--Défiez-vous d’eux

comme des hommes qui veulent vous faire fumer des cigarettes.--Au

nom du ciel,--au nom de votre beauté, au nom de notre amour, restez

femmes,--n’espérez pas devenir rien de mieux.

Vous devez savoir quelque gré à l’éditeur des _Fleurs animées_ de ce

qu’il a fait dans votre intérêt.

Il n’a pas osé ne pas mettre un petit traité de botanique dans son

ouvrage; mais il a voulu écrire devant: Ici est un piége; ici est

l’ennui.

A qui a-t-il demandé une introduction?--Certes, il n’avait pas besoin

de moi.--M. Delord lui a fait un livre spirituel, et dix autres mieux

que moi lui auraient écrit son introduction; dix autres qui demeurent à

Paris comme lui,--qui sont ses voisins,--qu’il rencontre tous les jours.

Eh bien! il est allé me chercher aux bords de la mer, loin de

Paris,--au lieu de dire à M. Delord: Monsieur Delord, finissez le

livre, tout le monde y trouvera son compte.

Au lieu de dire à un botaniste: Monsieur le botaniste, faites-moi ici

un éloge de votre science.

Il s’est adressé à moi,--parce qu’il sait que moi, qui suis

jardinier,--que moi, qui aime toutes les fleurs, et que les fleurs

aiment un peu, j’ai écrit bien des pages contre des gens qui ont dit

que la rose à cent feuilles est un monstre.

Il n’osait pas ne pas joindre à son ouvrage un traité de botanique,

mais il a placé à la porte une sentinelle vigilante pour vous crier: Au

large! si vous tentez de franchir le seuil de ce petit temple élevé à

l’ennui.

[Illustration: PERVENCHE DESSÉCHÉE]

En France, on aime le plaisir, mais on respecte, on vénère l’ennui;--on

lui élève des temples et on lui fait des sacrifices,--comme les anciens

sans doute en faisaient aux Euménides, à la fièvre, à la peste et à la

guerre; les places, les honneurs, les dignités, sont pour les auteurs

des gros livres ennuyeux.--On enferme les livres d’abord dans de

magnifiques reliures,--puis dans une bibliothèque.

On gorge les auteurs de tout ce qu’ils peuvent désirer,--on tâche de

les apaiser; puis alors on lit les charmants poètes,--et les historiens

de cœur.

Peut-être aussi vous trompe-t-on--et me trompe-t-on en même temps.

Peut-être suis-je aussi,--mais sans le savoir,--un des complices des

embûches qui vous sont tendues ici.

Peut-être, après avoir cherché les moyens de vous faire lire la

botanique,--après vous y avoir fait amener tout doucement par les

deux traîtres que je vous ai dénoncés; après avoir confié la machine

infernale à un ouvrier adroit et spirituel, qui en a habilement déguisé

la forme, a-t-on encore eu peur que vous ne lisiez pas le traité de

botanique,--et a-t-on pensé que le seul attrait sérieux qu’on pût lui

donner était d’en faire quelque chose de défendu.

Et c’est alors qu’on est venu me chercher.

Pour moi, si je suis complice de cette trahison, c’est, je le répète, à

mon insu,--et je vous dis encore: Arrêtez-vous.--N’allez pas plus loin

par le livre, on vous trompe!

ALPHONSE KARR.

[Illustration]

PREMIÈRE PARTIE

PHYSIOLOGIE

Les savants sont des tyrans impitoyables. Voyez ce qu’ils ont fait de

la botanique, cette charmante et gracieuse science! Ils avaient à dire

l’histoire des arbres, des plantes, des fleurs! Leur mission principale

paraissait être de faire répéter cette histoire par de jolies et

fraîches lèvres, sur lesquelles il semble qu’on ne doive mettre que

des perles et des feuilles de rose. Eh bien! sans pitié ni merci, ils

se sont brutalement emparés de ces frêles et suaves filles du ciel et

de la rosée; ils les ont froissées, mutilées; ils les ont jetées dans

le creuset de l’étymologie, et après toutes ces effroyables tortures,

et comme pour s’assurer l’impunité, ils ont caché leurs victimes

sous un monceau de noms barbares. Ainsi, grâce à eux, l’aubépine,

ce symbole d’espérance et de virginité, gémit sous l’affreux nom

de _mespilus oxyacantha_; le chèvrefeuille, ce doux lien d’amour,

s’appelle _lanicera caprifolium_; la giroflée des murailles, charmante

consolatrice du pauvre, est à jamais marquée de ce double stygmate

_cheirantus chieri_; puis, ce sont des _chrysanthemum leucanthemum_

(grande marguerite), des _lyriodendron tulipifera_, _vaccinium

oxycocus_, etc. Nous en passons des plus terribles.

Tout cela est affreux, n’est-ce pas?... Malheureusement tout cela est

nécessaire. Admirer n’est pas connaître, et pour connaître, l’ordre et

la méthode sont indispensables. Comment, en effet, étudier les vingt

mille espèces de plantes connues sans les diviser en groupes, familles,

classes, etc.? Comment, au milieu de cette multitude, se passer des

secours de l’étymologie? Pardonnons donc aux savants, qui n’ont fait

qu’obéir à la nécessité, et entrons dans ce beau domaine dont ils ont

dissipé les ténèbres.

Le règne végétal ne tient pas, comme on le croit communément, le milieu

entre les règnes minéral et animal; il se rapproche beaucoup plus de

ce dernier que de l’autre; les végétaux, comme les animaux, naissent,

vivent, s’accroissent, se reproduisent et meurent; quelques plantes

même semblent douées de sentiment. On a donné à l’étude de ce règne le

nom de botanique.

SEMENCE OU GRAINE.--Le but que s’est proposé la nature dans la création

des êtres animés, est la reproduction de l’espèce. C’est pour elle

qu’elle a varié à l’infini ces enveloppes protectrices destinées à

garantir les fleurs des injures de l’air; c’est pour elle qu’elle mûrit

les fruits dont les sucs alimentaires contribuent au développement et à

l’accroissement de la semence, qui est à la fois la terminaison et le

point de départ du grand œuvre de la végétation.

La graine a des analogies très-marquées avec l’œuf des animaux: c’est

d’elle que doit sortir une plante parfaitement semblable à celle qui

l’a portée. Le prolongement filiforme qui attache la graine à son

enveloppe est destiné à lui transmettre des sucs nourriciers. L’embryon

contenu dans la graine est la plante entière en miniature. C’est lui

qui, se développant, deviendra un végétal semblable à celui dont il

tire son origine.

L’embryon est essentiellement formé de quatre parties: le _mésofite_ ou

la _tigelle_, la _radicule_, la _plumule_ et les _cotylédons_.

Le mésofite est la partie de l’embryon qui unit la radicule à la

plumule; la radicule s’échappe la première des enveloppes de la

semence; c’est le rudiment de la plante; la plumule est la partie de

l’embryon qui représente la tige; les cotylédons forment la partie la

plus considérable de l’embryon, ce sont des lobes ou corps charnus;

leur nombre varie selon les plantes; quelquefois ils manquent tout à

fait. C’est sur leur présence, leur absence et leur nombre que l’on a

établi les trois grandes tribus du règne végétal:

Les plantes _acotylédones_, qui n’ont point de cotylédons;

Les _monocotylédones_, qui n’ont qu’un seul cotylédon;

Les _dicotylédones_, qui ont plusieurs cotylédons.

GERMINATION.--Ainsi, dans toute graine réside le principe de la vie,

du développement, de la grâce ou de la majesté. Mais ce principe

dort, et son sommeil peut être éternel, si une main amie ne lui vient

en aide. Il est vrai que la plupart des embryons enfermés dans ces

œufs végétaux peuvent attendre sans péril la circonstance favorable

qui leur permettra d’en briser la coquille. Quelques graines, en

effet, conservent pendant fort longtemps la faculté germinative: pour

plusieurs, cette faculté existe encore plus d’un siècle après la

maturité, et l’on assure que des graines trouvées à Herculanum et à

Pompéi, deux mille ans après que ces cités eurent été ensevelies sous

le sol, ont germé facilement.

Et puis, à défaut de la main de l’homme, la nature, cette tendre mère,

use de toutes sortes d’ingénieux moyens pour assurer la propagation

des espèces; c’est ainsi qu’elle a doué certains fruits, tels que ceux

de la balsamine, du sablier, d’un mouvement élastique qui lance au

loin les semences: l’air, les vents, les eaux de la mer, des fleuves,

servent aussi à transporter les semences à des distances prodigieuses.

Il n’est pas rare que la mer jette sur les côtes de la Norvége divers

fruits de l’Amérique qui ont conservé leur propriété germinative,

malgré l’espace de temps considérable qu’a nécessité cette longue

traversée. Certaines graines sont aussi transportées d’un lieu dans

un autre par des oiseaux, et déposées sur un terrain favorable à la

germination. Enfin, une foule de circonstances fortuites aident

encore à la propagation. C’est ainsi que les habitants de l’île de

Guernesey se trouvèrent dotés d’une des plus belles fleurs du Japon:

un vaisseau venant de ce dernier pays en France, apportait plusieurs

caisses d’oignons d’une très-belle espèce de liliacée, connue depuis

sous le nom d’amaryllis de Guernesey. Ce vaisseau fit naufrage sur

les côtes de l’île; les caisses se brisèrent contre des rochers, et

les oignons furent disséminés sur le sable; ils s’y enracinèrent, s’y

naturalisèrent, et devinrent, pour les habitants, un objet de commerce

très-lucratif.

Beaucoup de graines périssent cependant; mais c’est là une nécessité, à

raison de leur abondance, qui est réellement prodigieuse; ainsi, on en

a compté jusqu’à trente-deux mille sur un seul pied de pavot, et l’on

a calculé que si toutes ces semences réussissaient, elles couvriraient

notre globe tout entier à la cinquième génération.

Trois choses sont essentiellement nécessaires à la germination: la

chaleur, l’air et l’humidité. Confiée à la terre dans ces conditions,

la graine ne tarde pas à se gonfler; la vie commence: l’embryon déchire

son enveloppe, et livre passage à la plumule à travers ses cotylédons

écartés. La radicule se tourne vers la terre et produit en tous sens

des fibrilles. La radicule devient et reste le pivot de la racine; les

fibrilles en forment le chevelu. La plumule s’élève, nourrie par les

cotylédons dont la substance se liquéfie, devient laiteuse, et qui

remplissent l’office de véritables mamelles.

L’enfant est né, il grandit chaque jour; ses traits se dessinent,

ses formes se dégagent; on voit encore un peu ce qu’il fut, et l’on

commence à deviner ce qu’il sera.

ORGANES DE LA VÉGÉTATION

RACINES.--Presque tous les végétaux sont formés de deux parties

distinctes, la tige et la racine; la première, brillante de parure et

de beauté, s’élève dans l’atmosphère; l’autre, dépourvue d’éclat,

s’enfonce dans la terre pour y accomplir obscurément ses fonctions,

véritable image des destinées diverses des grands et du peuple: ayant

une même origine, l’un travaille et souffre au profit de l’autre qui

s’étend et domine.

C’est par les racines que les végétaux vivent: qu’elles cessent de

fonctionner, ils s’étiolent et meurent. Il y a des racines dont

l’existence ne dure qu’un an, d’autres vivent deux ans, d’autres encore

de trois à douze ans; la durée d’un certain nombre est illimitée. C’est

ce qui a fait diviser les plantes en _annuelles_, _bisannuelles_,

_vivaces_ et _ligneuses_.

On divise les racines en trois classes: les _fibreuses_ (fig. 1re),

qui sont composées d’une multitude de jets longs et filamenteux;

les _tubéreuses_ (fig. 2), qui présentent des masses tuberculeuses

irrégulières, charnues, contenant souvent une fécule abondante, et les

_pivotantes_ (fig. 3), qui s’enfoncent perpendiculairement dans la

terre.

Ces formes variées ne sont point un effet du hasard; elles sont, pour

l’observateur, une preuve de la prévoyance de notre bonne mère commune,

prévoyance qui se manifeste partout et toujours, et qui a donné

naissance à ce proverbe:

A brebis tondue, Dieu mesure le vent.

Ainsi, sur les montagnes, sans cesse assaillies par les vents, on ne

trouve que des racines fibreuses, dont les ramifications pénètrent dans

les anfractuosités, s’y cramponnent et permettent aux tiges de braver

les orages; les racines pivotantes se logent dans les terres fortes,

profondes, et les racines tubéreuses s’étendent dans les terrains

maigres et sablonneux.

Comme on vient de le voir, la durée de la vie des végétaux est

subordonnée à celle des racines; mais celles-ci, à leur tour, sont

soumises à l’influence de la température. Le ricin, par exemple, qui

dans les pays chauds forme des arbres ligneux, n’est dans notre climat

qu’une plante annuelle; et nos plantes potagères, transportées dans

les contrées méridionales, y deviennent vivaces et ne peuvent plus y

être mangées.

L’analogie est si grande entre les parties du végétal qui s’étendent

sous le sol et celles qui s’élèvent au-dessus, que ces dernières

peuvent devenir racines; par exemple, les filets pendants des branches

du figuier des pagodes tombent jusqu’à terre, s’y enracinent en

très-peu de temps: ce sont des enfants qui reviennent au sein maternel.

TIGES.--Les tiges présentent une grande diversité de formes: il en est

qui rampent sur le sol sans y jeter de racines; d’autres, au contraire,

poussent des drageons qui s’enracinent et produisent de nouvelles

tiges; d’autres encore, trop faibles pour atteindre seules l’élévation

qu’elles ambitionnent, entourent de leurs circonvolutions les troncs

des grands arbres, les unes s’enroulant constamment de gauche à droite,

les autres toujours de droite à gauche. Ainsi, si l’on plante au pied

d’un arbre une tige de haricot et une de houblon, elles s’enrouleront

en sens inverse et se croiseront; que l’on essaye de changer leur

direction, elles la reprendront, et si l’obstacle qu’on leur aura

opposé est insurmontable, elles mourront.

Les tiges sont ou cylindriques, ou cannelées, ou triangulaires. Dans

un grand nombre de végétaux, la tige est unie, sans poil ni duvet;

dans beaucoup d’autres, elle est couverte de petites écailles garnies

de poil, et elle porte des bulbilles à l’aisselle des feuilles. Les

tiges sont _herbacées_ lorsqu’elles sont tendres, molles, et elles

meurent après une année d’existence; elles sont vivaces s’il croît une

nouvelle tige l’année suivante; elles sont _sous-ligneuses_ quand la

base résiste à l’hiver; enfin, elles sont _ligneuses_ quand elles se

convertissent en bois.

Les fleurs animées - Tome 2 · 第 5 / 19 段