Note 390: Voici la phrase latine: «Nuntiatum est copias quas
Thedericus comes per Frisiam ducebat, in pago Rhiustri juxtà Wisiram
à Saxonibus esse interruptas atque deletas.»--_Estour._ Lutte.
Quant le roy oï ces nouvelles il en fist moins de semblant qu'il put et
feignit le dommage, pour la noblesse de son courage; et pour plus
hastivement prendre vengeance de ses ennemis qui ce luy avoient fait, il
laissa le propos que il avoit d'aller en Pannonie sur les Huns. Aucuns de
sa gent le firent entendant que ils avoient esprouvé que ce seroit son preu
et son avancement qu'il feist faire un fossé entre deux fleuves; si avoit
nom l'un Radance et l'autre Halomore[391]; et fussent ces fossés si larges
et si profons qu'ils peussent bien porter navire de la Dynoe au Rin. Car
l'un des fleuves chéoit en la Dynoe. Le roy vint à ce lieu à tout son ost;
celle euvre commença, et fist mettre moult grant plenté d'ouvriers, tout le
mois de septembre, à faire ces fossés entre les deux fleuves; si orent deux
mille pas de long et trois cens de large. Rien ne valut ceste besongne à la
fin; car l'euvre ne se put tenir fermement, pour la terre qui estoit mole
de sa nature et meismement pour la continuance des plouages qui eurent esté
en ce point. Et ce que les ouvriers jettoient à mont en deux jours ou en
trois, reçuloit tout à val en une heure de nuyt.
Note 391: _Halomore._ «Cùm ei persuasum esset à quibusdam si inter
Radantiam et Almonum fluvios fossa navium capax duceretur, posse
commodè è Danubio in Rhenum navigari; quod alter Danubio, aller Moeno
miscetur.» M. Guizot traduit: «_Il étoit alors convaincu_ que s'il
pouvoit creuser un canal capable de porter _bateaux_, entre les
fleuves du Rednitz et de l'Almone, dont l'un _joint_ le Mein et
l'autre le Danube.» Puis en note, il ajoute: «L'_Almone_ nom que
_lui_ donne Eginhard; on ne sait pas bien de quelle rivière il veut
parler.» On sait très-bien que l'_Almonus_ est la rivière
d'_Altmuhl_, qui a sa source en Franconie, et se jette dans le Danube
entre Ingolstad et Ratisbonne.
Tandis comme le roy demoura pour celle besongne, lui vindrent deux paires
de mauvaises nouvelles. L'une fut que les Saisnes s'estoient du tout
retournés contre luy, et l'autre que les Sarrasins estoient entrés en sa
terre par devers Espaigne et s'estoient combattis aux François qui les
marches gardoient; si en avoient maint occis et s'en estoient retournés à
grant victoire. Le roy qui moult fut troublé de celle victoire et de ces
nouvelles retourna en France. La Nativité et la Résurrection célébra sur un
fleuve qui a nom Moene, près d'une ville qui a nom Saint-Chilien[392].
Note 392: «Natalem Domini apud Sanctum-Kilianum in
Wirtziburgo, juxta Moenum fluxiùm; Paschalis verò festi
solemnitatem super eumdem fluvium in villa Francofurti, quâ
et hiemaverat.» Saint-Killan étoit une abbaye de Wurtzbourg,
sur le Mein.
[393]Au commencement d'esté fist le roy un parlement de ses barons et du
peuple. Apres fist un concile de tous les prélas de son royaume pour
dampner l'hérésie Félicienne. A ce concile furent présens deux évesques,
légas de Rome, Estienne et Théophille: si avoient pouvoir de l'apostolle
Adrien qui les y avoit envoies. En ce concile fut condampnée celle hérésie,
et un libelle escript de la condampnacion et confermé par les séels de tous
les évesques du concile.
Note 393: Eginh. Ann. A° 794.
Là fut morte la royne Fastarde et mise en sépulture en l'églyse
Saint-Albane la cite de Maience.
Ces choses ainsi faittes, le roy assembla ses osts et les départit en deux,
pour plus aisiément entrer en Sassoigne. La partie qu'il retint avec luy
conduisit en la souveraine Austrasie[394] par devers Orient; l'autre partie
livra à Charlot son fils[395], si luy commanda qu'il passast le Rin et
entrast en Sassoigne par devers Occident. Là estoient les Saisnes assemblés
et s'estoient logiés en un champ qui a nom Quisnotfeldic[396]; là
attendoient le roy en bataille à grant espérance de victoire que eulx
meismes s'entrepromettoient. Maisquant ils sceurent certainement que le roy
venoit à si grant ost de deux parties, ils furent hors de leur vaine
espérance et furent vaincus sans bataille. Au roy vindrent à mercy et se
soubmistrent du tout à sa volonté; ostage luy livrèrent. En ce point
demourèrent les choses; en leur contrée retournèrent et le roy passa le Rin
et retourna en France. A Ais-la-Chapelle yverna et célébra Noël et Pasques.