Note 327: _Eginh. Annal. A° 782._

Note 328: _Avant qu'il ostoiast en Sassoigne_. Le latin n'est pas

rendu exactement: «_In Saxoniam eundum, et ibi, ut in Franciâ

quotannis solebat, generalem conventum habendum, censuit._»

Quant le roy eut demouré en ces parties, et il eut ordonné de ses besoignes

si comme il luy sembla mieulx selon le temps, il trespassa le Rin pour

retourner en France. Mais ce Guiteclin dont nous avons parlé dessus, qui

pour paour du roy s'en fu fouy à Sigefroy, le roy de Dannemarche, retourna

en son païs quant il sceut que le roy s'en fu parti. Puis fit tant par ses

paroles qu'il mist les Saisnes en vaine espérance de victoire, si que ils

brisièrent la paix et les aliances qu'ils avoient faites au roy, et

commencièrent nouvelle guerre.

Entre ces choses eut le roy nouvelles que les Sorabiens et les

Esclavons[329] qui habitent entre le fleuve d'Albe et une autre eaue qui a

nom Salen, estoient entrés en armes en la terre des Thoringiens et des

Saisnes qui marchissoient auprès d'eulx, et avoient jà fait moult de

dommages et aucuns lieux destruis par feu et par occision. Lors commanda le

roy à trois de ses menistres, c'est à savoir Algise son maistre chambellan,

à Gile son contestable, et à Garonde conte du palais[330], qu'ils meussent

contre les Esclavons et préissent les François Austrasiens et les Saisnes.

Eus s'en tournèrent et prisrent les François Orientiels, et meurent en

Sassoigne pour reconforter leur ost des gens de la terre. Mais quant ils

furent là venus, si trouvèrent que les Saisnes s'estoient tournés contre le

roy par le conseil Guiteclin, et estoient appareillés contre eux à

bataille. La besoigne pourquoy ils estoient meus entrelaissièrent, et

tournèrent tout droit là où ils avoiént oï dire que leurs ennemis estoient

assemblés. En leur voie encontrèrent le conte Theodoric, qui estoit cousin

du roy[331], tout prest en leur aide, à tant de gent comme il peut avoir

assemblé, si soudainement comme il seut que les Saisnes s'estoient allés

contre le roy. Il se prist garde qu'ils se desréoient[332] trop folement et

se hastoient trop despourvuement de courre sur leurs ennemis. Pour ce leur

dit et conseilla qu'ils les féissent avant espier, pour savoir où ils

estoient, né comment ils se contenoient et quel nombre de gens ils avoient;

et quant ils seroient certains de leur estat, si les pourroient envaïr, sé

le lieu estoit tel qu'ils péussent à eus combatre tout de front. A ce

conseil s'accordèrent tous: si chevauchièrent ensemble jusques à une

montaigne qui a nom Sontal. En un des costés de ce mont, par devers

Septentrion, estoient les heberges aux Saisnes. Le comte Theodoric fist

tendre ses trefs de l'autre part, et les menistres du roy firent passer

leur ost oultre le fleuve Wisaire et se logièrent en l'autre rive pour

mieulx avironner la montaigne. Lors prindrent conseil ensemble comment ils

envaïroient leurs ennemis. Et pour ce qu'ils se doubtoient que la gloire et

la louenge de la victoire ne feust donnée au conte Theodoric, s'ils se

combatoient ensemble, ils proposèrent à combattre sans luy. Lors s'armèrent

communément et yssirent hors de leurs heberges sans conroy; si aloient non

mie comme sé leurs ennemis se deussent combatre, mais ainsi comme s'ils

déussent tantost fuir. Et si s'en couroient l'un deçà l'autre delà si tost

comme les chevaux povoient courre. Et leurs ennemis les attendoient au

dehors de leurs heberges à bataille ordonnée. Et pour ce qu'ils venoient

ainsi confusément, se combatirent-ils mauvaisement. Car quant la bataille

fu commenciée, les Saisnes les attaindrent tout en tour et les occirent

presque tous: et ceulx qui eschappèrent ne s'en fouirent pas à leurs

tentes, mais aux heberges Theodoric, qui estoit logié d'autre part de la

montaigne. Si fu le dommage plus grant pour l'autorité des princes qui là

furent occis que pour le grant nombre des personnes. Car deux des messages

du roy, Adalgise et Gille, et quatre des contes et vingt autres des plus

nobles furent occis, sans le nombre des autres gens qui suivis les avoient

et qui mieulx amoient à mourir avec eus que à vivre après leur mort. Puis

que le roy eut ces nouvelles oïes, il assembla ses osts sans plus attendre

et entra en Sassoigne. Tous les plus grans hommes de la terre manda, et

enquist par quel conseil ce dommage luy avoit esté fait, et par qui ils

s'estoient contre luy tournés. Ils s'escrièrent tous qu'ils avoient ce fait

par Guiteclin. Mais ils ne luy povoient livrer pour ce qu'il s'en fuyt aux

Normans, tantost après le fait. Mais ils luy livrèrent jusques à quatre mil

et cinq cens de ceulx qui par luy avoient esté principal en ceste felonnie.

Et le roy les fit mener en une eaue qui a nom Alarain[333], en un lieu qui

a nom Ferdi; là leur fist à tous les chiefs couper. Au tiers jour[334]

après que le roy eut eu vengence de ses ennemis, il s'en ala à une ville

qui a nom Théodone. Là célébra la sollennité de Noël et de Pasques.

Note 329: _Les Sorabiens et les Esclavons._ Il falloit traduire:

_Les Sorabiens-Esclavons._--_Salen_. C'est la _Sâle_, qui se perd

dans l'Elbe sur les confins de la Basse-Saxe.

Note 330: Voici le texte: «_Adalgiso camerario, Ceilone comite

stabuli, et Worado comite palatii._»

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 72 / 316 题