Note 276: _Eginh. Annal. A° 772._

Le roy assembla parlement de ses barons en la cité de Garmacie, pour ce

qu'il vouloit ostoier en Sassoigne. Ses osts assembla et entra en la terre;

toute la degasta par feu et par occision. Un fort chastel prist, qui a nom

Hereboure[277]. Là trouva une des ydoles des Saisnes qu'ils appelloicnt

Yrmensule; despécier et ardre la fit le roy; si demoura illec pour trois

jours; mais comme l'ost demouroit là, le rus et les fontaines séchèrent

pour la presse du temps. Si estoit tout l'ost, hommes et femmes et bestes à

grant détresse, que ils ne trouvoient que boire; et moult souffroient grant

mesaise de soif quant nostre Seigneur les visita, que il ne voulloit pas

que son peuple fust à si grant meschief; car il avint que quant ils se

reposoient en droit heure de midi en leurs tentes, nostre Seigneur leur

envoia l'eau toute nouvelle, par le conduit d'un ruissel qui estoit de lès

les hesberges, au pié d'une montaigne, à si grant plenté que il suffisoit

aux hommes et aux bestes de l'ost. Après la destruction de ces ydoles s'en

partit le roy et son ost de ce lieu, et vint au fleuve de Wisaire[278]. Là

vinrent à luy les Saisnes, et luy livrèrent douze ostages. Après retourna

en France, et fist la feste de Noël et de Pasques en la cité de Haristalle.

Note 277: _Herebourg_. Latin: _Eresburgum_. C'est aujourd'hui

_Stadsberg_, en Westphalie, sur le Dimel et sur les confins du comté

de Waldeck. Au reste, il est encore permis de douter que cette idole

d'_Irmensul_ ait été, comme nous rassure M. Guizot, un _monument

grossier_, élevé _par la reconnoissance des Germains_ en l'honneur

d'Arminius, vainqueur de Varus.

Note 278: _Wisaire_. Le Weser.

En celle année meisme laissa-il la fille Desier de Lombardie, que la royne

Berthe sa mère luy avoit pourchaciée. Une autre espousa après qui avoit nom

Hildegarde. Née estoit de Souave et femme de grant beauté et de grant

noblesse[279]. Le pape Adrien qui plus ne pouvoit souffrir né endurer la

persécution né les griefs que le roy Desier et les Lombards faisoient à

l'Églyse de Rome, envoia en France au roy Charlemaines un message qui avoit

nom Pierre; moult luy prioit qu'il le deffendist du roy Desier et des

Lombards qui tant faisoient de griefs à l'Églyse de Rome et aux Romains. Et

pour ce que le message ne pouvoit passer par Lombardie pour les guerres et

ennemis de l'Églyse qui le païs gardoient, vint par mer jusques au port de

Marseille; de là vint par terre jusques en France. Le roy trouva en une

ville qui a nom Theodone[280] où il avoit demouré une partie de l'yver;

son message conta, puis retourna à Rome par celle meisme voie que il estoit

venu.

Note 279: _Eginh. Annal. A° 773._ Les deux phrases précédentes

parfaitement intercalées dans le texte des Chroniques, sont traduites

de la _Vita Caroli magni_.--XVIII.

Note 280: _Theodone_. Thionville.

Quant le roy eut déligemment enquis et sceu comme les choses alloient entre

les Romains et les Lombards, et il eut apperceu certainement que l'Eglyse

de Rome estoit grevée sans raison, il prist la besongne sur luy et establit

soy deffendeur de sa partie; les osts de France esmut et vint en Bourgoigne

jusques à une cité qui a nom Gennes[281], et siet sur le fleuve du Rosne.

Là ordonna comment il pourvoit mieulx conduire ses osts ès plains de

Lombardie: en deux parties les devisa; l'une en bailla à un sien oncle qui

avoit nom Bernart, et luy commanda qu'il s'en alast par les montaignes de

Montgieu; l'autre partie retint avec soy, et les conduist par les mons de

Moncenis; et quant le roy et ses osts eurent les montaignes surmontées et

les périls trespassés, ils descendirent en la plaine de Lombardie. Le roy

Desier luy vint au devant luy et son ost, tous ordonnés à bataille; mais ce

fu pour néant, car ils s'enfuirent sans retour, et le roy les enchaça et

les clost en une cité qui avoit nom Tycine (mais ore est appellée Pavie).

Tout l'yver demoura le siége devant la cité, car elle estoit trop forte à

prendre.

Note 281: _Gennes_. Genève.

_Incidence_[282]. Hunaus, le duc d'Acquitaine duquel l'histoire parle

devant, s'enfouit aux Romains, des Romains aux Lombards, et devint apostat

et mescréant, et renya la foy de sainte Églyse. Pou de temps après, fut

lapidé et craventé de pierres.

Note 282: Cette incidence est consignée dans une ancienne vie du pape

Étienne II, où le meme Hunaut est appelé _Huhnac;_ et dans la

chronique de Sigebert, A° 771. On peut remarquer le rapport frappant

qui existe entre cet Hunaut et _Fromont, duc d'Aquitaine_, l'un des

héros du roman des _Loherains_, celui _qui renoia Jesus-Christ_.

Lors assembla le roy son ost et le laissa devant la cité, et ala à Rome au

mandement de l'apostole, qui fu le quatre-vingt et quatorziesme apostole.

Si couroit lors le temps de l'Incarnacion par sept cent soixante-treize

ans. Là célébra la solennité de Pasques. [283]Avant qu'il s'en partist fu

un concile célébré de cent et cinquante-trois que évesques que abbés. A ce

concile fu le roy Charlemaines présent. Là luy donna le pape Adrien, par

l'assentement et confirmation de tout le concile, si grant dignité qu'il

eust pouvoir d'eslire apostole et ordonner du siége de Rome; et si le fist

prince et deffendeur de tous les Romains, et voulut que les arcevesques et

évesques fussent par lui en possession de leurs siéges; et s'ils y

entroient par autrui, sans son congié et sans son gré, qu'il ne peust de

nului estre sacré, et que le roy peust saisir leurs biens à ceulx qui de ce

seroient rebelles sé ils ne venoient à amendement. A la parfin, conferma ce

privilége en telle manière qu'il escommenia de l'autorité saint Père tous

ceulx qui contre ce décret yroient.[284] Après ce concile retourna le roy à

son ost, et prit la cité qui moult estoit lasse et acquise[285] pour le

long siége. Après se rendirent toutes celles de Lombardie en la seigneurie

des François.

Note 283: La relation de ce concile, vrai ou supposé, n'est pas

empruntée aux annales d'Eginhard, mais à la chronique de Sigebert et

à d'autres annalistes plus anciens. On doit blâmer Dom Bouquet d'en

avoir fait disparoître la trace dans son édition des Historiens de

France. Il se contente de placer cette note en regard du passage de

la Chronique de Saint-Denis: «Ce concile est faux et supposé. Il en

est fait mention dans les éditions de la chronique de Sigebert avant

celle d'Aubert Lemire, et dans la chronique de Pesquaire, au tome III

de Duchesne.»

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 55 / 316 题