M. Sécherin essuya ses yeux et dit à sa mère avec émotion:

--Mon Dieu! maman, pourquoi nous faire venir ici, dans la chambre de mon

père? Ça vous rappelle à vous, et à moi aussi, de bien cruels moments;

cela vous fait mal... ça n'est pas raisonnable.

--Cet endroit est sacré pour moi, mon enfant; tu le sais; j'y viens

souvent prier... C'est comme un saint lieu... Il me semble que ton

pauvre père me voit et m'entend mieux quand je suis ici.

Puis s'adressant à moi:

--Madame, vous êtes de la famille, vous êtes un ange de vertu, de

bonté... C'est pour cela que je me suis permis de vous appeler... Vous

avez de l'amitié pour mon fils, vous savez s'il est honnête et bon, vous

ne nous abandonnerez pas? Vous ne serez pas contre nous! vous serez pour

la justice, n'est-ce pas?

Et madame Sécherin tendait vers moi ses mains tremblantes.

--Madame... je ne sais en quoi je puis...

--Je vais tout vous dire... et quoique cette malheureuse femme vous

appelle sa soeur, vous serez juste...--j'en suis bien sûre...--vous ne

pouvez avoir rien de commun avec les méchants.

M. Sécherin me regarda, me fit un signe d'intelligence comme pour me

dire qu'il devinait la pensée de sa mère.

Celle-ci prit la main de son fils dans les siennes, le regarda avec une

sollicitude touchante et lui dit d'une voix profondément émue:

--Mon enfant, s'il t'arrivait un grand malheur, tu viendrais à moi,

n'est-ce pas? tu te consolerais près de moi... Je te tiendrais lieu de

tout ce que tu aurais perdu... tu ne serais jamais tout à fait

malheureux, puisque tu m'aurais, n'est-ce pas?

--Mais, maman... pourquoi me dire cela?

--Écoute, écoute; je te dis cela pour te prouver que le Seigneur

n'abandonne jamais ceux qui sont bons et honnêtes... entends-tu? Si un

coeur faux et méchant les trompe, eh bien! ils trouvent, pour se

consoler, un coeur tout dévoué à eux... le coeur d'une mère... et

avec cela... ils oublient les indignes créatures qui les abusent... Du

courage, mon pauvre enfant... du courage.

Sans doute madame Sécherin voulait et croyait préparer son fils au

terrible coup qu'elle allait lui porter en lui révélant la conduite

d'Ursule.

Mathilde: mémoires d'une jeune femme · 第 177 / 355 题