Il y avait quelque chose d'imposant, de lugubre dans l'aspect de cet
appartement, qui avait été celui de feu M. Sécherin.
Sa veuve, par un pieux souvenir, avait laissé cette pièce dans l'état où
elle se trouvait lors de la mort de son mari.
Çà et là, sur les meubles, on voyait quelques fioles encore remplies de
médicaments; sur un bureau une lettre à demi écrite, sans doute la
dernière que la main de M. Sécherin eût tracée... était recouverte d'un
globe de verre...
Cet appartement, toujours fermé, était humide, froid comme un sépulcre,
sa tenture sombre; le faible jour qu'y laissait pénétrer une persienne
entr'ouverte augmentait encore la désolante tristesse de ce séjour, où
tout rappelait d'une manière si frappante et si funèbre l'agonie et la
mort.
Malgré moi je frissonnai; mon cousin pâlit et s'approcha de sa mère avec
une crainte respectueuse.
Madame Sécherin était, selon son habitude, vêtue de noir; elle avait
substitué un bonnet de veuve au bavolet blanc qu'elle portait
ordinairement. Ses cheveux en désordre s'échappaient de cette triste
coiffure, ses sourcils gris étaient froncés, ses lèvres contractées
douloureusement; sa physionomie avait un beau caractère de tristesse, de
souffrance et de sévérité, qui m'émut et qui m'imposa profondément.
Tout à coup, sans proférer une parole, madame Sécherin tendit ses bras à
son fils; il s'y jeta en pleurant, pendant quelques moments il tint sa
mère étroitement embrassée.
Celle-ci disait d'une voix étouffée:--Mon enfant... mon pauvre enfant...
du courage...