--Te mettre ce cordon autour du front et le serrer au moyen d'un
tourniquet... (ce manche de couteau sera parfait pour cela), et le
serrer jusqu'à ce que tu cèdes... C'est un moyen de torture excellent
que j'ai vu pratiquer dans l'Inde... Grâce à lui, les plus têtus
obéissent.
--Vous ne ferez pas cela! s'écria M. Lugarto en tremblant,--vous ne
ferez pas cela... la justice... la loi...
--Je me charge de répondre à la justice, l'important est que tu
écrives,--dit M. de Mortagne avec un sang-froid effrayant, en faisant un
noeud coulant au cordon de soie.
--Mais je ne me laisserai pas faire... mais...
--Regarde-moi bien... regarde... M. de Rochegune, regarde ensuite ta
chétive personne, et tu verras si tu peux nous résister.
--Mais...
--Oh! finissons. Rochegune, prenez-lui les mains.
--La figure de M. Lugarto devint hideuse de rage et de terreur.
Je mis mon mouchoir sur mes yeux; une courte lutte s'engagea, au bout de
laquelle j'entendis un cri perçant, puis ces mots d'une voix tremblante:
--Grâce... grâce... j'écrirai...
--Alors écris,--dit M. de Mortagne.
--Vous abusez de votre force... vous êtes deux contre un...--murmura
Lugarto.
--Écriras-tu? écriras-tu?...
M. Lugarto se résigna et écrivit ces quelques lignes que lui dicta M. de
Mortagne:
--«J'ai fait trop longtemps durer la mauvaise plaisanterie que vous
savez, mon cher Lancry, je vous envoie le papier en question; que ce
secret soit désormais entre vous et moi, car j'ai grande honte de tout
ceci; je pars pour l'Italie! Adieu. Tout à vous.»