«Wortigern étant assis sur la rive d'un lac épuisé, deux dragons en

sortirent, l'un blanc et l'autre rouge.» Le rouge chasse le blanc; le

roi demande à Myrdhyn ce que cela signifie.... Myrdhyn pleure; le

blanc c'est le Breton, le rouge c'est le Saxon...--«Le sanglier de

Cornouailles foulera leurs cols sous ses pieds. Les îles de l'Océan

lui seront soumises, et il possédera les ravins des Gaules. Il sera

célèbre dans la bouche des peuples, et ses actions seront la

nourriture de ceux qui les diront. Viendra le lion de la justice; à

son rugissement trembleront les tours des Gaules et les dragons des

îles. Viendra le bouc aux cornes d'or, à la barbe d'argent. Le souffle

de ses narines sera si fort qu'il couvrira de vapeurs toute la surface

de l'île. Les femmes auront la démarche des serpents, et tous leurs

pas seront remplis d'orgueil. Les flammes du bûcher se changeront en

cygnes qui nageront sur la terre comme dans un fleuve. Le cerf aux dix

rameaux portera quatre diadèmes d'or. Les six autres rameaux seront

changés en cornes de bouviers, qui ébranleront, par un bruit inouï,

les trois îles de Bretagne. La forêt en frémira, et elle s'écriera par

une voix humaine: «Arrive, Cambrie, ceins Cornouailles à ton côté, et

dis à Guintonhi: La terre t'engloutira.»

Ce qui précède est emprunté à la traduction qu'en a donnée Edgar

Quinet dans les épopées françaises inédites du douzième siècle. Voici

la suite:

«Alors il y aura massacre des étrangers. Les fontaines de l'Armorique

bondiront, la Cambrie sera remplie de joie, les chênes de

Cornouailles verdiront. Les pierres parleront; le détroit des Gaules

sera resserré... Trois oeufs seront couvés dans le nid, d'où sortiront

renard, ours et loup. Surviendra le géant de l'iniquité, dont le

regard glacera le monde d'effroi.»

(Galfrid. Monemutensis, l. IV.)

57--page 123--_En attendant_... _elle chante cette grande race_...

Voici la plus populaire des chansons galloises: elle est mêlée

d'anglais et de gallois.

Doux est le champ du joyeux barde,

_Ar hyd y Nôs_ (toute la nuit);

Doux le repos des pasteurs fatigués,

_Ar hyd y Nôs_;

Et pour les coeurs oppressés de chagrin,

Obligés d'emprunter le masque de la joie,

Il y a trêve jusqu'au matin,

_Ar hyd y Nôs_.

(Cambro-Briton, novembre 1819.)

58--page 124--... _la puissance de faire des rois_, etc..

On couronnait le roi d'Irlande sur une pierre noirâtre, appelée la

Pierre du Destin. Elle rendait un son clair, si l'élection était

bonne. (Voyez Toland, p. 138.) D'Iona elle fut transportée dans le

comté d'Argyle, puis à Scone, où l'on inaugurait les rois d'Écosse.

Édouard Ier la fit placer, en 1300, à Westminster, sous le siège du

couronnement. Les Écossais conservent l'oracle suivant: «Le peuple

libre de l'Écosse fleurira, si cet oracle n'est point menteur: partout

où sera la pierre fatale, il prévaudra par le droit du ciel.» Logan,

I, 197.--En Danemark et en Suède, comme dans l'Irlande et l'Écosse,

c'était sur une pierre qu'on faisait l'inauguration des chefs.--Id.,

page 198. Sur une belle colline verte, aux environs de Lanark, est une

pierre creusée de main d'homme, où siégeait Wallace pour conférer avec

ses chefs.

59--page 125--_Une moitié du monde celtique perd sa langue_, etc...

Voyez le Cambro-Briton (avec cette épigraphe: KYMRI FU, KYMRI

FUD).--Plusieurs lois défendaient aux Irlandais de parler le celtique,

et de même aux Gallois, vers 1700.--Cambro-Briton, déc. 1821. Dans les

principales écoles galloises, surtout dans le Nord, le gallois, loin

d'être encouragé, a été depuis plusieurs années défendu sous peine

sévère. Aussi les enfants le parlent incorrectement, n'en connaissent

point la grammaire, et sont incapables de l'écrire. Mais il semble que

les langues celtiques se soient réfugiées dans les académies. En 1711,

le pays de Galles avait soixante-dix ouvrages imprimés dans sa langue:

il en a aujourd'hui plus de dix mille. Logan, the Scotish Gaël,

1831.--Le costume n'a pas été moins persécuté que la langue. En 1585,

le parlement défendit de paraître aux assemblées en habit irlandais.

(Toutefois les Irlandais ont quitté leur costume au milieu du

dix-septième siècle, plus aisément que les highlanders d'Écosse.)--On

lit dans un journal écossais, de 1750, qu'un meurtrier fut acquitté

parce que sa victime portait la tartane.

60--page 125--... _l'Irlande, l'île des Saints_...

Giraldus Cambrensis (Topograph. Hiberniæ, III, c. XXIX) reproche à

l'Irlande de ne pas compter parmi ses saints un seul martyr. «Non fuit

qui faceret hoc bonum: non fuit usque ad unum!» Moritz, archevêque de

Cashel, répondit que l'Irlande pouvait du moins se vanter d'un grand

nombre de personnages dont la science avait éclairé l'Europe. «Mais

peut-être, ajouta-t-il, aujourd'hui que votre maître, le roi

d'Angleterre, tient la monarchie entre ses mains, nous pourrons

ajouter des martyrs à la liste de nos saints.»--O'Halloran, Introduct.

to the hist. of Ireland. Dublin, 1803, p. 177.

61--page 126--_Quatre cent mille Irlandais dans nos armées_...

O'Halloran prétend que, d'après les registres du ministère de la

guerre, depuis l'an 1691 jusqu'à l'an 1745 inclusivement, quatre cent

cinquante mille Irlandais se sont enrôlés sous les drapeaux de la

France. Peut-être ceci doit-il s'entendre de tous les Irlandais entrés

dans nos armées jusqu'en 1789.

62--page 131--_Chez les Germains, le culte des éléments_...

Lorsque saint Boniface alla convertir les Hessois... «alii lignis et

fontibus clanculo, alii autem aperte sacrificabant, etc.» Acta SS.

ord. S. Ben., sect. III, in S. Bonif.

Tacit. Germania, c. XL: «Ils adorent ERTHA, c'est-à-dire la

Terre-Mère. Ils croient qu'elle intervient dans les affaires des

hommes et qu'elle se promène quelquefois au milieu des nations. Dans

une île de l'Océan est un bois consacré, et dans ce bois un char

couvert dédié à la déesse. Le prêtre seul a le droit d'y toucher; il

connaît le moment où la déesse est présente dans ce sanctuaire; elle

part traînée par des vaches, et il la suit avec tous les respects de

la religion. Ce sont alors des jours d'allégresse; c'est une fête pour

tous les lieux qu'elle daigne visiter et honorer de sa présence. Les

guerres sont suspendues; on ne prend point les armes; le fer est

enfermé. Ce temps est le seul où ces barbares connaissent, le seul où

ils aiment la paix et le repos; il dure jusqu'à ce que, la déesse

étant rassasiée du commerce des mortels, le même prêtre la rende à son

temple. Alors le char et les voiles qui le couvrent, et si on les en

croit, la divinité elle-même, sont baignés dans un lac solitaire. Des

esclaves s'acquittent de cet office, et aussitôt après le lac les

engloutit. De là une religieuse terreur et une sainte ignorance sur

cet objet mystérieux, qu'on ne peut voir sans périr.»

Le _Castum nemus_ de Tacite ne serait-il pas l'île Sainte des Saxons,

_Heiligland_, à l'embouchure de l'Elbe, appelée aussi _Fosetesland_,

du nom de l'idole qu'on y adorait (... a nomine dei sui falsi FOSETE,

Fosetesland est appellata. Acta SS. ord. S. Bened., sect. 1, p. 25)?

Les marins la révéraient encore au onzième siècle, selon Adam de

Brème. Pontanus la décrit en 1530.--Les Anglais possèdent depuis 1814

cette île danoise, berceau de leurs aïeux (elle a pour armes un

vaisseau voguant à pleines voiles); mais la mer, qui a anéanti

North-Strandt en 1634, a presque détruit Heiligland en 1649. Elle est

formée de deux rocs, comme le Mont-Saint-Michel et le rocher de

Delphes. V. Turner, Hist. of the Anglo-Saxons, I, 125.

63--page 132--... _des Amali, des Balti_...

Jornandès (c. XIII, XIV) a donné la généalogie de Théodoric, le

quatorzième rejeton de la race des AMALI, depuis Gapt, l'un des Ases

ou demi-dieux.--BALTHA ou BOLD (hardi, brave). «Origo mirifica», dit

le même auteur, c. XXIX. C'est à cette race illustre qu'appartenait

Alaric.--La famille des Baux, de Provence et de Naples, se disait

issue des Balti. Voyez Gibbon, V, 430.

64--page 134--_Saxons, Ases_...

Saxones, Saxen, Sacæ, Asi, Arii?--Turner, I, 115. Saxones, i. e.

_Sakai-Suna_, fils des Sacæ, conquérants de la Bactriane.--Pline dit

que les Sakai établis en Arménie s'appelaient _Saccassani_ (l. VI, c.

XI); cette province d'Arménie s'appela _Saccasena_. (Strab., l. XI, p.

776-8). On trouve des _Saxoi_ sur l'Euxin (Stephan de urb. et pop., p.

657). Ptolémée appelle _Saxons_ un peuple scythique sorti des Sakai.

65--page 136--... _l'esprit de la race germanique_...

Distinguons soigneusement de la Germanie primitive deux formes sous

lesquelles elle s'est produite à l'extérieur; premièrement, les bandes

aventureuses des barbares qui descendirent au Midi, et entrèrent dans

l'Empire comme conquérants et comme soldats mercenaires; deuxièmement,

les pirates effrénés qui, plus tard, arrêtés à l'ouest par les Francs,

sortirent d'abord de l'Elbe, puis de la Baltique, pour piller

l'Angleterre et la France. Les uns et les autres commirent d'affreux

ravages. Au premier contact des races, lorsqu'il n'y avait encore ni

langues, ni habitudes communes, les maux furent grands sans doute,

mais les vaincus n'oublièrent aucune exagération pour ajouter

eux-mêmes à leur effroi.

66--page 136--... _le mysticisme et l'idéalisme_, etc...

J'ai parlé dans un autre ouvrage de la profonde impersonnalité du

génie germanique et j'y reviendrai ailleurs. Ce caractère est souvent

déguisé par la force sanguine, qui est très remarquable dans la

jeunesse allemande; tant que dure cette ivresse de sang, il y a

beaucoup d'élan et de fougue. L'impersonnalité est toutefois le

caractère fondamental (V. mon _Introduction à l'Histoire

universelle_). C'est ce qui a été admirablement saisi par la sculpture

antique, témoin les bustes colossaux des captifs Daces, qui sont dans

le Bracchio Nuovo du Vatican et les statues polychromes qu'on voit

dans le vestibule de notre Musée. Les Daces du Vatican, dans leurs

proportions énormes, avec leur forêt de cheveux incultes, ne donnent

point du tout l'idée de la férocité barbare, mais plutôt celle d'une

grande force brute, comme du boeuf et de l'éléphant, avec quelque

chose de singulièrement indécis et vague. Ils voient sans avoir l'air

de regarder, à peu près comme la statue du Nil dans la même salle du

Vatican, et la charmante Seine de Vietti, qui est au Musée de Lyon.

Cette indécision du regard m'a souvent frappé dans les hommes les plus

éminents de l'Allemagne.

67--page 138--_Élevée par un guerrier, la vierge_, etc...

V. le commencement du Nialsaga.--Salvian. de Provident., liv. VII.

«Gotorum gens perfida, sed pudica est. Saxones crudelitate efferi, sed

castitate mirandi.»

68--page 139--... _la femme cultivait la terre_...

Tacit. Germ., c. XV. «Fortissimus quisque... nihil agens, delegatâ

domûs et penatium et agrorum curâ feminis senibusque, et infirmissimo

cuique ex familiâ.»

69--page 140--_Mellobaud, Arbogast_, etc...

Zozim., l. IV, ap. Script. Fr. I, 584:--Paul. Oros., l. VII, c. XXXV:

«Eugenium tyrannum creare ausus est, legitque hominem, cui titulum

imperatoris imponeret, ipse acturus imperium.» Prosper. Aquitan., ann.

394. Marcelin. Chron. ap. Scr. Fr. I, 640.--Claudien (IV Consul.

Honor. v. 74) dit dédaigneusement:

Hunc sibi Germanus famulum delegerat exul.

70--page 140--_Mériadec, ou Murdoch,_...

Triades de l'île, de Bretagne, trad. par Probert, p. 381. «La

troisième expédition combinée fut conduite hors de cette île par

Ellen, puissant dans les combats, et Cynan, son frère, seigneur de

Meiriadog, en l'Armorique, où ils obtinrent terres, pouvoir et

souveraineté de l'empereur Maxime, pour le soutenir contre les

Romains... et aucun d'eux ne revint, mais ils restèrent là et dans

Ystre Gyvaelwg, où ils formèrent une communauté.»--En 462, on voit au

concile de Tours un évêque des Bretons.--En 468, Anthemius appelle de

la Bretagne et établit à Bourges douze mille Bretons. Jornandès, de

Reb. Geticis, c. XLV.--Suivant Turner (Hist. of the Anglo-Sax., p.

282), les Bretons ne s'établirent dans l'Armorique qu'en 532, comme le

dit la Chronique du Mont-Saint-Michel.--Au reste, il y eut sans doute

de toute antiquité, entre la Grande-Bretagne et l'Armorique, un flux

et reflux continuel d'émigrations, motivé par le commerce et surtout

par la religion (V. César). On ne peut disputer que sur l'époque d'une

colonisation conquérante.

71--page 145--... _la bande de plus en plus gagnée à la civilisation

romaine_...

Procope oppose les Goths aux nations germaniques. De Bello Gothico, l.

III, c. XXXIII, ap. Scr. Fr. II, 41.--Paul Orose, ap. Scr. Fr. I.

«Blande, mansuete, innocenterque vivunt, non quasi cum subjectis, sed

cum fratribus.»

72--page 146--_Le nom oriental d'Attila, Etzel_...

«Etzel, Atzel, Athila, Athela, Ethela.--Atta, Atti, Aetti, Vater,

signifient, dans presque toutes les langues, et surtout en Asie, père,

juge, chef, roi.--C'est le radical des noms du roi marcoman Attalus,

du Maure Attala, du Scythe Atheas, d'Attalus de Pergame, d'Atalrich,

Eticho, Ediko.--Mais il y a un sens plus profond et plus large. ATTILA

est le nom du Volga, du Don, d'une montagne de la province

d'Einsiedeln, le nom général d'un mont ou d'un fleuve. Il aurait ainsi

un rapport intime avec l'ATLAS des mythes grecs.» Jac. Grimm,

Aldeutsche Walder, I, 6.

73--page 146--... _Attila, avide comme les éléments_...

On voit dans Priscus et Jornandès les Grecs et les Romains l'apaiser

souvent par des présents (Priscus, in Corp. Hist. Byzantinæ, I,

72.--Genséric le détermine, par des présents, à envahir la

Gaule.--Pour réparation d'un attentat à sa vie, il exige une

augmentation de tribut, etc.).--Dans le Wilkina-saga, c. LXXXVII, il

est appelé le plus avide des hommes; c'est par l'espoir d'un trésor

que Chriemhild le décide à faire venir ses frères dans son palais.

74--page 147--... _le front percé de deux trous ardents_...

Jornandès, de rebus Getic, ap. Duchesne, I, 226: «Formâ brevis, lato

pectore, capite grandiori, minutis oculis, rarus barbâ, canis

aspersus, simo naso, teter colore, originis suæ signa referens.»--Amm.

Marcel., XXXI, 1. «Hunni... pandi, ut bipedes existimes bestias: vel

quales in commarginandis pontibus effigiati stipites dolantur

incompti.»--Jornandès, c. XXIV. «Species pavendâ nigredine, sed veluti

quædam (si dici fas est) offa, non facies, habensque magis puncta quàm

lumina.»

75--page 148--... _appelé par son compatriote Aétius_...

Greg. Tur., l. II, ap. Scr. Fr. I, 163: «Gaudentius, Aetii pater,

Scythiæ provinciæ primoris loci.»--Jornandès dit (ap. Scr. Fr. I, 22):

«Fortissimorum Moesiorum stirpe progenitus, in Dorostenâ

civitate.»--Aétius avait été otage chez les Huns (Greg. Tur., loc.

cit.).--Parmi les ambassadeurs d'Attila étaient Oreste, père

d'Augustule, le dernier empereur d'Occident, et le Hun Édecon, père

d'Odoacre, qui conquit l'Italie. Voyez la relation de Priscus.

76--page 150--_Le chant d'Hildebrand et Hadubrand_...

Le chant d'Hildebrand et Hadubrand a été retrouvé et publié en 1812

par les frères Grimm. Ils le croient du huitième siècle. Je ne puis

m'empêcher de reproduire ce vénérable monument de la primitive

littérature germanique. Il a été traduit par M. Gley (Langue des

Francs, 1814) et par M. Ampère (Études hist. de Chateaubriand).

J'essaye ici d'en donner une traduction nouvelle.

«J'ai ouï dire qu'un jour, au milieu des combattants, se défièrent

Hildibraht et Hathubraht, le père et le fils... Ils arrangeaient

leurs armures, se couvraient de leurs cottes d'armes, se ceignaient,

bouclaient leurs épées; ils marchaient l'un sur l'autre. Le noble et

sage Hildibraht demande à l'autre, en paroles brèves: Qui est ton père

entre les hommes du peuple, et de quelle race es-tu? Si tu veux me

l'apprendre, je te donne une armure à trois fils. Je connais toute

race d'hommes.--Hathubraht, fils d'Hildibraht, répondit: Les hommes

vieux et sages qui étaient jadis me disaient que Hildibraht était mon

père; moi, je me nomme Hathubraht. Un jour il s'en alla vers l'Orient,

fuyant la colère d'Othachr (Odoacre?); il alla avec Théothrich

(Théodoric?) et un grand nombre de ses serviteurs. Il laissa au pays

une jeune épouse assise dans sa maison, un fils enfant, une armure

sans maître, et il alla vers l'Orient. Le malheur croissant pour mon

cousin Dietrich, et tous l'abandonnant, lui, il était toujours à la

tête du peuple, et mettait sa joie aux combats. Je ne crois pas qu'il

vive encore.--Dieu du ciel, seigneur des hommes, dit alors Hildibraht,

ne permets point le combat entre ceux qui sont ainsi parents! Il

détache alors de son bras une chaîne travaillée en bracelet que lui

donna le roi, seigneur des Huns. Laisse-moi, dit-il, te faire ici ce

don!--Hathubraht répondit: C'est avec le javelot que je puis recevoir,

et pointe contre pointe! Vieux Hun, indigne espion, tu me trompes avec

tes paroles. Dans un moment je te lance mon javelot. Vieil homme,

espérais-tu donc m'abuser? Ils m'ont dit, ceux qui naviguaient vers

l'Ouest, sur la mer des Vendes, qu'il y eut une grande bataille où

périt Hildibraht, fils d'Heeribraht.--Alors, reprit Hildibraht, fils

d'Heeribraht: Je vois trop bien à ton armure que tu n'es point un

noble chef, que tu n'as pas encore vaincu... Hélas! quelle destinée

est la mienne! J'erre depuis soixante étés, soixante hivers, expatrié,

banni. Toujours on me remarquait dans la foule des combattants; jamais

ennemi ne me traîna, ne m'enchaîna dans son fort. Et maintenant, il

faut que mon fils chéri me perce de son glaive, me fende de sa hache,

ou que moi je devienne son meurtrier. Sans doute, il peut se faire, si

ton bras est fort, que tu enlèves à un homme de coeur son armure, que

tu pilles son cadavre; fais-le, si tu en as le droit, et qu'il soit le

plus infâme des hommes de l'Est, celui qui te détournerait du combat

que tu désires. Braves compagnons, jugez dans votre courage lequel

aujourd'hui sait le mieux lancer le javelot, lequel va disposer des

deux armures.--Là-dessus, les javelots aigus volèrent et s'enfoncèrent

dans les boucliers; puis ils en vinrent aux mains, les haches de

pierre sonnaient, frappant à grands coups les blancs boucliers. Leurs

membres en furent quelque peu ébranlés, non leurs jambes

toutefois...»

77--page 151--_Les Goths, délestés du clergé des Gaules_...

«Cùm jam terror Francorum resonaret in his partibus, et omnes eos

amore desiderabili cuperent regnare, sanctus Aprunculus, Lingonicæ

civitatis episcopus, apud Burgundiones coepit haberi suspectus. Cùmque

odium de die in diem cresceret, jussum est ut clàm gladio feriretur.

Quo ad eum, perlato nuntio, nocte a castro Divionensi... demissus,

Arvernis advenit ibique... datus est episcopus.--Multi jam tunc ex

Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. Unde factum

est, ut Quintianus Ruthenorum episcopus... ab urbe depelleretur.

Dicebant enim ei: «quia desiderium tuum est, ut Francorum dominatio

teneat terram hanc...» Orto inter eum et cives scandalo, Gotthos qui

in hâc urbe morabantur, suspicio attigit, exprobrantibus civibus quod

velit se Francorum ditionibus subjugare; consilioque accepta,

cogitaverunt eum perfodere gladio. Quod cùm viro Dei nuntiatum

fuisset, de nocte consurgens, ab urbe Ruthenâ egrediens, Arvernos

advenit. Ibique à sancto Eufrasio episcopo... benigne susceptus est,

decedente ab hoc mundo Apollinari, cùm hæc Theodorico regi nuntiata

fuissent, jussit inibi sanctum Quintianum constitui... dicens: Hic ob

nostri amoris zelum ab urbe suâ ejectus est.--Hujus tempore jam

Chlodovechus regnabat in aliquibus urbibus in Galliis, et ob hanc

causam hic pontifex suspectus habitus à Gotthis, quod se Francorum

ditionibus subdere vellet, apud urbem Tholosam exilio condemnatus, in

eo obliit... Septimus Turonum episcopus Volusianus... et octavus

Verus... pro memoratæ causæ zelo suspectus habitus à Gotthis in

exilium deductus vitam finivit.» Greg. Tur., lib. II, c. XXIII, XXVI;

l. X, c. XXXI. V. aussi c. XXVI et Vit. Fartr. ap. Scr. Fr., t. III,

p. 408.

78--page 152--... _les Francs_...

En 254, sous Gallien, les Francs avaient envahi la Gaule et percé à

travers l'Espagne jusqu'en Mauritanie. (Zozime, l. I, p. 646. Aurel.

Victor, c. XXXIII.) En 277, Probus les battit deux fois sur le Rhin et

en établit un grand nombre sur les bords de la mer Noire. On sait le

hardi voyage de ces pirates, qui partirent, ennuyés de leur exil, pour

aller revoir leur Rhin, pillant sur la route les côtes de l'Asie, de

la Grèce et de la Sicile, et vinrent aborder tranquillement dans la

Frise ou la Batavie (Zozime, I, 666).--En 293, Constance transporta

dans la Gaule une colonie franque.--En 358, Julien repoussa les

Chamaves au delà du Rhin et soumit les Saliens, etc.--Clovis (ou mieux

Hlodwig) battit Syagrius en 486.--Greg. Tur., l. II, c. IX: «Tradunt

multi eosdem de Pannoniâ fuisse digressos, et primùm quidem litora

Rheni amnis incoluisse: dehinc transacto Rheno, Thoringiam

transmeasse.»

79--page 152--... _les Francs dans les armées impériales_...

Amm. Marcellin, l. XV, ad ann. 355... «Franci, quorum eâ tempestate in

Palatio multitude florebat...»--Lorsque l'empereur Anastase envoya

plus tard à Clovis les insignes du consulat, les titres romains

étaient déjà familiers aux chefs des Francs.--Agathias dit, peu après,

que les Francs sont les plus civilisés des barbares, et qu'ils ne

diffèrent des Romains que par la langue et le costume.--Ce n'est pas à

dire que ce costume fût dépourvu d'élégance. «Le jeune chef Sigismer,

dit Sidonius Apollinaris, marchait précédé ou suivi de chevaux

couverts de pierreries étincelantes; il marchait à pied, paré d'une

soie de lait, brillant d'or, ardent de pourpre; avec ces trois

couleurs s'accordaient sa chevelure, son teint et sa peau. Les chefs

qui l'entouraient étaient chaussés de fourrures. Les jambes et les

genoux étaient nus. Leurs casaques élevées, étroites, bigarrées de

diverses couleurs, descendaient à peine aux jarrets, et les manches ne

couvraient que le haut du bras. Leurs saies vertes étaient bordées

d'une bande écarlate. L'épée, pendant de l'épaule à un long baudrier,

ceignait leurs flancs couverts d'une rhénone. Leurs armes étaient

encore une parure.» Sidon. Apollin., l. IV, Epist. XX, ap. Scr. Fr. I,

793.--«Dans le tombeau de Childéric Ier, découvert en 1653 à Tournai,

on trouva autour de la figure du roi son nom écrit en lettres

romaines, un globe de cristal, un stylet avec des tablettes, des

médailles de plusieurs empereurs... Il n'y a rien dans tout cela de

trop barbare.» Chateaubriand, Études historiques, III, 212.--Saint

Jérôme (dans Frédégaire) croit les Francs, comme les Romains,

descendants des Troyens, et rapporte leur origine à un Francion, fils

de Priam. «De Francorum vero regibus, beatus Hieronimus, qui jam olim

fuerant, scripsit quod prius... Priamum habuisse regem... cùm Troja

caperetur... Europam media ex ipsis pars cum Francione eorum rege

ingressa fuit... cum uxoribus et liberis Rheni ripam occuparunt...

Vocati sunt Franci, multis post temporibus, cum ducibus externas

dominationes semper negantes.» Fredeg., c. II.--On sait combien cette

tradition a été vivement accueillie au moyen âge.

80--page 154--_Ce n'est pas en qualité de chef national_, etc...

Plusieurs critiques anglais et allemands pensent maintenant, comme

l'abbé Dubos, que la royauté des Francs n'avait rien de germanique,

mais qu'elle était une simple imitation des gouverneurs impériaux,

_præsides_, etc. Voy. Palgrave, Upon the Commonwealth of the England,

1832, Ier vol.--En 406, les Francs avaient tenté vainement de défendre

les frontières contre la grande invasion des barbares, et à plusieurs

reprises ils avaient obtenu des terres comme soldats romains.

Sismondi, I, 174.--Enfin, les Bénédictins disent dans leurs préface

(Scr. r. Fr. I, LIII): «Il n'y a rien, ni dans l'histoire, ni dans les

lois des Francs, dont on puisse inférer que les habitants des Gaules

aient été dépouillés d'une partie de leurs terres pour former des

terres saliques aux Francs.»

81--page 155--_Les Francs s'unissaient sous le chef le plus brave_...

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10) · 第 32 / 37 段