Mamertin., in Panegyr. Juliani: «Aliæ, quas a vastitate barbaricâ

terrarum intervalla distulerant, judicum nomine a nefariis latronibus

obtinebantur ingenua indignis cruciatibus corpora (lacerabantur); nemo

ab injuriâ liber... ut jam barbari desiderarentur, ut præoptaretur a

miseris fortuna captorum.»--P. Oros... «Ut inveniantur quidam Romani,

qui malint inter barbaros pauperem libertatem, quàm inter Romanos

tributariam servitutem.»--Salvian. de Provid., l. V. «Malunt enim sub

specie captivitatis vivere liberi, quàm sub specie libertatis esse

captivi... nomen civium Romanorum aliquando... magno æstimatum... nunc

ultro repudiatur.--Sic sunt... quasi captivi jugo hostium pressi:

tolerant supplicium necessitate, non voto: animo desiderant

libertatem, sed summam sustinent servitutem. Leviores his hostes, quàm

exactores sunt, et res ipsa hoc indicat; ad hostes fugiunt, ut vim

exactionis evadant. Una et consentiens illic Romanæ plebis oratio, ut

liceat eis vitam... agere cum barbaris... Non solum transfugere ab eis

ad nos fratres nostri omnino nolunt, sed ut ad eos confugiant, nos

relinquunt; et quidam mirari satis non possunt, quod hoc non omnes

omnino faciunt tributarii pauperes... nisi quod una causa tantum est,

quâ non faciunt, quia transfere illuc... habitatiunculas familiasque

non possunt; nam cùm plerique eorum agellos ac tabernacula sua

deserant, ut vim exactionis evadant... Nonnulli eorum... qui... fugati

ab exactoribus deserunt... fundos majorum expetunt, et coloni divitum

fiunt.»--V. aussi, dans Priscus, l'Histoire d'un Grec réfugié près

d'Attila.

30--page 92--_La primatie de Rome commence à poindre_...

Au commencement du cinquième siècle, Innocent Ier avance quelques

timides prétentions, invoquant la coutume et les décisions d'un

synode. (Epist. 2: «Si majores causæ in medium fuerint devolutæ, ad

sedem apostolicam, sicut synodus statuit et beata consuetudo exigit,

post judicium episcopale referantur.--Epist. 29: Patres non humanâ sed

divinâ decrevere sententiâ, ut quidquid, quamvis de disjunctis

remotisque provinciis ageretur, non prius ducerent finiendum, nisi ad

hujus sedis notitiam pervenirent).»--On disputait beaucoup sur le sens

du célèbre passage: _Petrus es_, etc., et saint Augustin et saint

Jérôme ne l'interprétaient pas en faveur de l'évêché de Rome.

(Augustin, de divers. Serm., 108. Id., in Evang. Joan., tract.

124.--Hieronym., in Amos, 6, 12. Id. adv. Jovin., l. I). Mais saint

Hilaire, saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Chrysostome,

etc., se prononcent pour la prétention contraire. À mesure qu'on

avance dans le cinquième siècle, on voit peu à peu tomber

l'opposition; les papes et leurs partisans élèvent plus haut la voix

(Concil., Ephes. ann. 431, actio III.--Leonis I, Epist. 10: «Divinæ

cultum religionis ita Dominus instituit, ut veritas per apostolicam

tubam in salutem universitatis exiret... ut (id officium) in B. Petri

principaliter collocaret.--Epist. 12: Curam quam universis ecclesiis

principaliter ex divinâ institutione debemus, etc., etc.»--Enfin

Léon-le-Grand prit le titre de _chef de l'Église universelle_ (Leonis

I epist., 103, 97).

31--page 92--_Le premier exemple du travail accompli par des mains

libres_...

Régula S. Bened., c. 48: Otiositas inimica est animæ... «L'oisiveté

est ennemie de l'âme: aussi les frères doivent être occupés, à

certaines heures, au travail des mains; dans d'autres, à de saintes

lectures.»--Après avoir réglé les heures du travail, il ajoute: «Et si

la pauvreté du lieu, la nécessité ou la récolte des fruits tient les

frères constamment occupés, qu'ils ne s'en affligent point, car ils

sont vraiment moines s'ils vivent du travail de leurs mains, ainsi

qu'ont fait nos pères et les apôtres.»

Ainsi, aux Ascètes de l'Orient, priant solitairement au fond de la

Thébaïde, aux Stylites, seuls sur leur colonne, aux [Grec: Euchitai]

errants, qui rejetaient la loi et s'abandonnaient à tous les écarts

d'un mysticisme effréné, succédèrent en Occident des communautés

attachées au sol par le travail. L'indépendance des cénobites

asiatiques fut remplacée par une organisation régulière, invariable;

la règle ne fut plus un recueil de conseils, mais un code.

32--page 93--_Le druidisme proscrit s'était réfugié dans le peuple_...

Ælianus Spartianus, in Pescenn. Nigro. Vopisc, in Numeriano: «Cùm apud

Tungros in Galliâ, quâdam in cauponâ moraretur, et cum druide quâdam

muliere rationem convictûs sui quotidiani faceret, at illa diceret:

Diocletiane, nimium avarus, nimium parcus es; joco, non serio,

Diocletianum respondisse fertur: Tunc ero largus, cùm imperator fuero.

Post quod verbum druida dixisse fertur: Diocletiane, jocari noli: nam

imperator eris, cùm Aprum occideris.--Id. in Diocletiano, Dicebat

(Diocletianus) quodam tempore Aurelianum Gallicanas consuluisse

druidas, sciscitantem utrum apud ejus posteros imperium permaneret:

tùm illas respondisse dixit: Nullius clarius in republicâ nomen quàm

Claudii posterorum futurum.»

Æl. Lamprid. in Alex. Sever. «Mulier druida eunti exclamavit gallico

sermone: Vadas, nec victoriam speres, nec militi tuo credas.»

33--page 94--_Saint Pothin fonda l'Église de Lyon_...

C'est à cette époque, vers 177, sous le règne de Marc-Aurèle, que l'on

place les premières conversions et les premiers martyrs de la Gaule.

Sulpic. Sever., Hist. sacra, ap. Scr. fr. I, 573: Sub Aurelio...

persecutio quinta agitata ac tùm primùm intrà Gallias martyria

visa.--Avec saint Pothin moururent quarante-six martyrs. Gregor.

Turonens. de Glor. martyr., l. I, c. XLIX.--En 202, sous Sévère, saint

Irénée, d'abord évêque de Vienne, puis successeur de saint Pothin,

souffrit le martyre avec neuf mille (selon d'autres, dix-huit mille)

personnes de tout sexe et de tout âge. Un demi-siècle après lui, saint

Saturnin et ses compagnons auraient fondé sept autres évêchés. Passio

S. Saturn., ap. Greg. Tur., l. I, c. XXVIII: «Decii tempore, viri

episcopi ad prædicandum in Gallias missi sunt:...Turonicis Gatianus,

Arelatensibus Trophimus, Narbonæ Paulus, Tolosæ Saturninus, Parisiacis

Dionysius, Arvernis Stremonius, Lemovicinis Martialis, destinatus

episcopus.--Le pape Zozime réclame la suprématie pour Arles. Epist. I,

ad. Episc. Gall.

34--page 95--_Saint Martin._--_Saint Ambroise_...

Id. ibid., ap. Scr. Fr. I, 573. V. aussi Grég. de Tours, l. X, c.

XXXI.--Saint Ambroise, qui se trouvait en même temps à Trèves, se

joignit à lui (Ambros., Epist. 24, 26). Saint Martin avait fondé un

couvent à Milan, dont saint Ambroise occupa bientôt le siège (Greg.

Tur., l. X, c. XXXI). On sait quelle résistance Ambroise opposa aux

Milanais qui l'appelaient pour évêque. Il fallut aussi employer la

ruse, et presque la violence, pour faire accepter à saint Martin

l'évêché de Tours. (Sulp. Sev., loco citato.)

35--page 97--_Pourquoi y a-t-il du mal au monde_...

Euseb. Hist. eccl., V, 37, ap. Gieseler's Kirchengeschichte, I, 139.

[Grec: Poluthrullêton para tois airesiôtais zêtêma to pothen ê

kakia;]--Tertullian., de præser. hæret., c. VII, ibid.: «Eædem materiæ

hæreticos et philosophos volutantur, iidem retractus implicantur, unde

malum et quare? et unde homo et quomodo?»

36--page 97--_Origène_...

S. Hieronym. ad Pammach.: «In libro [Grec: Êeri archôn] loquitur:...

quod in hoc corpore quasi in carcere sunt animæ relegatæ, et antequàm

homo fieret in Paradiso, inter rationales creaturas in coelestibus

commoratæ sunt.»--Saint Jérôme lui reproche ensuite d'allégoriser

tellement le Paradis, qu'il lui ôte tout caractère historique (quod

sic Paradisum allegoriset, ut historiæ auferat veritatem, pro

arboribus angelos, pro fluminibus virtutes coelestes intelligens,

totamque Paradisi continentiam tropologicâ interpretatione subvertat).

Ainsi, Origène rend inutile, en donnant une autre explication de

l'origine du mal, le dogme du péché originel, et en même temps il en

détruit l'histoire. Il en nie la nécessité, puis la réalité.--Il

disait aussi que les démons, anges tombés comme les hommes,

viendraient à résipiscence, et seraient heureux avec les saints (et

cum sanctis ultimo tempore regnaturos). Ainsi cette doctrine, toute

stoïcienne, s'efforçait d'établir une exacte proportion entre la faute

et la peine; elle rendait l'homme seul responsable; mais la terrible

question revenait tout entière; il restait toujours à expliquer

comment le mal avait commencé dans une vie antérieure.

37--page 99 note--_Pélage, en niant le péché originel,_ etc...

«Quærendum est, peccatum voluntatis an necessitatis est! Si

necessitatis est peccatum, non est; si voluntatis, vitari potest.»

Donc, ajoutait-il, l'homme peut être sans péché; c'est le mot de

Théodore de Mopsueste: «Quærendum utrum debeat homo sine peccato esse?

Procul dubio debet. Si debet, potest. Si præceptum est,

potest.»--Origène aussi ne demandait pour la perfection que «la

liberté aidée de la loi et de la doctrine».

38--page 106, note--... _les dévoués des Galls et des Aquitains_...

Cæsar, B. Gall, l. III, c. XXII: «Devoti, quos illi soldurios

appellant... Neque adhùc repertus est quisquam qui, eo interfecto,

cujus se amicitiæ devovisset, mori recusaret.»--Athenæus, l. VI, c.

XIII:... [Grec: Adiatomon ton tôn Sôtianôn basilea (ethnos de touto

Keltikon) exakosious echein logadas peri auton, ous kaleisthai upo

Galatôn Silodourous ellênisti euchôlimaious].--Zaldi ou Saldi, cheval,

dans la langue basque.

39--page 109--_Quelques mots grecs dans l'idiome celtique_...

M. Champollion-Figeac en a reconnu jusque dans le Dauphiné.--On

retrouve à Marseille, sous forme chevaleresque, la tradition de la

reconnaissance d'Ulysse et de Pénélope.--Naguère encore l'Église de

Lyon suivait les rites de l'Église grecque.--Il paraît que les

médailles celtiques antérieures à la conquête romaine offrent une

grande ressemblance avec les monnaies macédoniennes. Caumont, Cours

d'Antiq. monument., I, 249.--Tout cela ne me semble pas suffisant pour

conclure que l'influence grecque ait modifié profondément, intimement,

le génie gaulois. Je crois plutôt à l'analogie primitive des deux

races qu'à l'influence des communications.

40--page 110--_Si nous en croyons les Romains, leur langue prévalut

dans la Gaule_...

S. August., de Civ. Dei, l. XIX, c. VII: «At enim opera data est ut

imperiosa civitas non solùm jugum, verum etiam linguam suam domitis

gentibus, per pacem societatis, imponeret.»

Val. Max., l. II, c. II: «Magistratus verô prisci, quantopere suam

populique romani majestatem retinentes se gesserint, hinc cognosci

potest, quod, inter cætera obtinendæ gravitatis indicia, illud quoque

magnâ cum perseverantiâ custodiebant, ne Græcis unquam nisi latine

responsa darent. Quin etiam ipsâ linguæ volubilitate, quâ plurimum

valent, excussâ, per interpretem loqui cogebant; non in urbe tantùm

nostrâ, sed etiam in Græciâ et Asiâ; quo scilicet latinæ vocis honos

per omnes gentes venerabilior diffunderetur.»

L. _Decreta_, D. l. XLII, t. I: «Decreta a prætoribus latine interponi

debent.»--Tibère s'excusa auprès du sénat d'employer le mot grec de

_monopole_... «Adeo ut monopolium nominaturus, prius veniam postulant

quôd sibi verbo peregrino utendum esset; atque etiam in quodam decreto

patrum, cùm [Grec: emblêma] recitaretur, commutandam censuit vocem.»

Suet. in Tiber., c. LXXI.

41--page 112--_Dans le langage_... _des traces de l'idiome

national_...

Dès le huitième siècle, le mariage des deux langues gauloise et latine

paraît avoir donné lieu à la formation de la langue romane. Au

neuvième siècle, un Espagnol se fait entendre d'un Italien (Acta SS.

Ord. S. Ben., sec. III, P. 2a, 258). C'est dans cette langue romane

_rustique_ que le concile d'Auxerre défend de faire chanter par des

jeunes filles des cantiques mêlés de latin et de roman, tandis qu'au

contraire ceux de Tours, de Reims et de Mayence (813, 847) ordonnent

de traduire les prières et les homélies; c'est enfin dans cette langue

qu'est conçu le fameux serment de Louis-le-Germanique à

Charles-le-Chauve, premier monument de notre idiome national.--Le

latin et le gaulois durent, sans aucun doute, y entrer, suivant les

localités, dans des proportions très différentes. Un Italien a pu

écrire, vers 960: «Vulgaris nostra lingua quæ latinitati vicina est»

(Martène, Vet. Scr. I, 298): ce qui explique pourquoi la langue

vulgaire provençale était commune à une partie de l'Espagne et de

l'Italie; mais rien ne nous dit qu'il en fût de même de la langue

vulgaire du milieu et du nord de la Gaule. Grégoire de Tours (l.

VIII), en racontant l'entrée de Gontran à Orléans, distingue nettement

la langue latine de la langue vulgaire. En 995, un évêque prêche en

gaulois (gallice. Concil. Hardouin, V, 734). Le moine de Saint-Gall

donne le mot _veltres_ (lévriers) pour un mot de la langue gauloise

(gallica lingua). On lit dans la vie de saint Columban (Acta SS. sec.

II, p. 17): «Ferusculam, quam vulgo homines _squirium_ vocant (un

écureuil).» Il est curieux de voir poindre ainsi peu à peu, dans un

patois méprisé, notre langue française.

42--page 113--_La langue vulgaire des Gaulois, analogue aux dialectes

gallois_, etc...

_Alb_, d'où: Alpes, Albanie; _penn_, pic, d'où Apennins, Alpes

Pennines.--_Bardd_, [Grec: Bardoi], ap. Strab., l. IV, et Diod., l. V.

Bardi, ap. Amm. Marc., l. XV, etc.--_Derwydd_ (V. note, p. 43);

aujourd'hui encore en Irlande, _Drui_ signifie magicien;

_Druidheacht_, magie; Toland's Letters, p. 58. Dans le pays de Galles,

on appelle les amulettes de verre: _gleini na Droedh_, verres des

druides.--_Trimarkisia_, de _tri_, trois, et _marc_, cheval. Owen's

welsch Dictionn. Armstrong's gael dict. «Chaque cavalier gaulois, dit

Pausanias, l. X, ap. Scr. fr. I, 469) est suivi de deux serviteurs qui

lui donnent au besoin leurs chevaux; c'est ce qu'ils appellent dans

leur langue Trimarkisia ([Grec: trimarkisia]), du mot celtique

_marca_.»--À ces exemples, on en pourrait joindre beaucoup d'autres.

On retrouve le _gæsum_. (javelot gaulois) des auteurs classiques dans

les mots galliques: _gaisde_, armé; _gaisg_, bravoure, etc. Le

_cateia_, dans _gath-teht_ (prononcez ga-té). La _rotta_, ou _chrotta_

(Fortunat., VII, 8), dans le gaélique _cruit_, le cymrique _crwdd_,

est la _roite_ du moyen âge.--Le _sagum_, dans l'armoric _sae_, etc.,

etc.

43--page 113--_Le premier vers de l'Énéide, le Fiat lux_, etc...

Il n'y a pas un homme illettré en Irlande, Galles et Écosse du Nord,

qui ne comprenne:

Arma virumque(ac) cano Trojæ qui primus ab oris.

GAELIQ. _Arm agg fer can pi pim fra or._

GALLOIS. _Arvau ac gwr canwyv Troiaub cw priv o or._

[Grec: Gênêtêthô phaos kai egeneto phaos.]

_G'ennnet pheos agg genneth pheor,_

_Ganed fawdd ac y genid fawdd_

Fiat lux et (ac) lux facta fuit.

_Feet lur agg lur feet fet._

_Tydded lluch a lluch a feithied._

Cambro-Briton, janvier 1822.

44--page 113--_Analogies dans les mots_, etc...

ARDENNÆ: l'article _ar_, et _den_ (cymr.), _don_ (bas-bret.),

_domhainn_ (gaël.), profond.--ARELATE: _ar_, sur, et _lath_ (gaël),

_llaeth_ (cymr.), marais.--AVENIO: _abhainn_ (gaël), _avon_ (cymr.),

eau.--BATAVIA: _bat_, profond, et _av_, eau.--GENABUM (Orléans, et de

même GENÈVE): _cen_, pointe, et _av_, eau.--MORINI (le Boulonnais):

_môr_, mer.--RHODANUS: _rhed-an_, _rhod-an_, eau rapide (Adelung.

Dict. gaël. et welsch.), etc.

45--page 114--... _le même mot plus rapproché des dialectes celtiques

que du latin_...

On peut citer les exemples suivants:

_Breton. Gallois. Irlandais. Latin._

Bâton batta baculus.

Bras braich brachium.

Carriole, chariot carr carr currus.

Chaîne chadden caddan catena.

Chambre cambr camera.

Cire ceir cera.

Dent dant dens.

Glaive Glaif gladius.

Haleine halan alan halitus.

Lait laeth laith lac, lactis.

Matin mintin madin manè, matutinus.

Prix pris pris pretium.

Soeur choar seuar soror.

46--page 115--... _à une époque où l'union du monde celtique n'était

pas rompue encore_...

Ces idées que je hasarde ici trouvent leur démonstration complète et

invincible dans le grand ouvrage que M. Edwards va publier sur les

langues de l'occident de l'Europe. Puisque j'ai rencontré le nom de

mon illustre ami, je ne puis m'empêcher d'exprimer mon admiration sur

la méthode vraiment scientifique qu'il suit depuis vingt ans dans ses

recherches sur l'histoire naturelle de l'homme. Après avoir pris

d'abord son sujet du point de vue extérieur (_Influence des agents

physiques sur l'homme_), il l'a considéré dans son principe de

classification (_Lettres sur les races humaines_). Enfin il a cherché

un nouveau principe de classification dans le _langage_, et il a

entrepris de tirer du rapprochement des langues les lois

philosophiques de la parole humaine. C'est avoir saisi le point par où

se confondent l'existence extérieure de l'homme et sa vie

intime.--Ceci était écrit en 1832.--En 1842, nous avons eu le malheur

de perdre cet excellent ami.--M. Edwards, né dans les colonies

anglaises, était originaire du pays de Galles.

47--page 117--... _les églises servaient de tribunaux en Irlande_...

Partout où le christianisme ne détruisit pas les cercles druidiques,

ils continuèrent à servir de cours de justice.--En 1380, Alexandre

lord de Stewart Badenach tint cour _aux pierres debout_ (the Standing

Stones) du conseil de Kingusie.--Un canon de l'Église écossaise défend

de tenir des cours de justice dans les églises.

48--page 118--... _en Bretagne_... _une douzaine de femmes_...

Guillelm. Pictav., ap. Scr. Fr. XI, 88: «La confiance de Conan II

était entretenue par le nombre incroyable de gens de guerre que son

pays lui fournissait; car il faut savoir que dans ce pays, d'ailleurs

fort étendu, un seul guerrier en engendre cinquante; parce que,

affranchis des lois de l'honnêteté et de la religion, ils ont chacun

dix femmes, et même davantage.»--Le comte de Nantes dit à

Louis-le-Débonnaire: «Coeunt frater et ipsa soror, etc.» Ermold.

Nigellus, l. III, ap. Scr. Fr. VI, 52.--Hist. Brit. Armoricæ, ibid.

VII, 52: «Sorores suas, neptes, consanguineas, atque alienas mulieres

adulterantes, necnon et hominum, quod pejus est, interfectores...

diabolici viri.»--César disait des Bretons de la Grande-Bretagne:

«Uxores habent deni duodenique inter se communes, et maxime fratres

cum fratribus et parentes cum liberis. Sed si qui sunt ex his nati,

eorum habentur liberi, a quibus primùm virgines quæque ductæ sunt.»

Bell. Gall., l. V, c. XIV.--V. aussi la lettre du synode de Paris à

Nomenoé (849), ap. Scr. Fr. VII, 504, et celle du concile de

Savonnières aux Bretons (859), ibid., 584.

49--page 118--_Les Bretons qui se louaient partout_...

Ducange, Glossarium. On disait: un _Breton_ pour un soldat, un

routier, un brigand. Guibert, de Laude B. Mariæ, c. X.--Charta an.

1395: «Per illas partes transierunt gentes armorum, Britones et

pillardi, et amoverunt quatuor jumenta.»--On disait aussi _Breton_,

pour: conseiller de celui qui se bat en duel. Édit de Philippe-le-Bel:

«... et doit aler cius ki a apelet devant, et ses _Bretons_ porte sen

escu devant lui.» Carpentier, Supplément au Glossaire de

Ducange.--(Breton, bretteur? bretailleur?)--Willelm. Malmsbur., ap.

Scr. Fr. XIII, 13: «Est illud genus hominum egens in patriâ, aliàsque

externo ære laboriosæ vitæ mercatur stipendia; si dederis, nec vilia,

sine respectu juris et cognationis, detrectans prælia; sed pro

quantitate nummorum ad quascumque voles partes obnoxium.»

50--page 118--... _la femme, objet du plaisir_...

Elle est esclave chez les Germains même, comme chez les Celtes. C'est

la loi commune des âges où règne sans partage la brutalité de la

force.

Strabon, Dion, Solin, saint Jérôme, s'accordent sur la licence des

moeurs celtiques.--O'Connor dit que la polygamie était permise chez eux;

Derrick, qu'ils changeaient de femme une fois ou deux par an; Campion,

qu'ils se mariaient pour un an et un jour.--Les Pictes d'Écosse

prenaient leurs rois de préférence dans la ligne féminine (Fordun, apud

Low, Hist. of Scotland); de même chez les Naïrs du Malabar, dans le pays

le plus corrompu de l'Inde, la ligne féminine est préférée, la

descendance maternelle semblant seule certaine.--C'est peut-être comme

mères des rois que Boadicea et Cartismandua sont reines des Bretons,

dans Tacite.--Les lois galloises limitent à trois cas le droit qu'a le

mari de battre sa femme (lui avoir souhaité malheur à sa barbe, avoir

tenté de le tuer, ou commis adultère). Cette limitation même indique la

brutalité des maris.--Cependant l'idée de l'égalité apparaît de bonne

heure dans le mariage celtique. Les Gaulois, dit César (B. Gall., lib.

VI, 17) apportaient une portion égale à celle de la femme, et le produit

du tout était pour le survivant. Dans les lois de Galles, l'homme et la

femme pouvaient également demander le divorce. En cas de séparation, la

propriété était divisée par moitié. Enfin dans les poésies ossianiques,

bien modifiées il est vrai par l'esprit moderne, les femmes partagent

l'existence nuageuse des héros. Au contraire, elles sont exclues du

Walhalla scandinave.

51--page 119--... _qu'un seul doive posséder_...

Le partage égal tombe de bonne heure en désuétude dans l'Allemagne; le

Nord y reste plus longtemps fidèle. V. Grimm, Alterthümer, p. 475, et

Mittermaier, Grundsatze des deutschen Privatrechts, 3e ausg., 1827, p.

730.--J'ai lu dans un voyage (de M. de Staël, si je ne me trompe) une

anecdote fort caractéristique. Le voyageur français, causant avec des

ouvriers mineurs, les étonna fort en leur apprenant que beaucoup

d'ouvriers français avaient un peu de terre qu'ils cultivaient dans

les intervalles de leurs travaux. «Mais quand ils meurent, à qui passe

cette terre?--Elle est partagée également entre leurs enfants.» Nouvel

étonnement des Anglais. Le dimanche suivant, ils mettent aux voix

entre eux les questions suivantes: «Est-il bon que les ouvriers aient

des terres?» Réponse unanime: «Oui.» «Est-il bon que ces terres soient

partagées et ne passent pas exclusivement à l'aîné?» Réponse unanime:

«Non.»

52--page 119--_Cette loi de succession égale_, etc...

V. mon IIIe vol. et les ouvrages de Sommer, Robinson, Palgrave,

Dalrymple, Sullivan, Hasted, Low, Price, Logan, les _Collectanea de

Rebus Hibernicis_, et les Usances de Rohan, Brouerec, etc. Blackstone

n'y a rien compris.

53--page 120--... _une cause continuelle de troubles_...

Suivant Turner (Hist. of the Anglo-Saxons, I, 233), ce qui livra la

Bretagne aux Saxons, ce fut la coutume du gavelkind, qui subdivisait

incessamment les héritages des chefs en plus petites tyrannies. Il en

cite deux exemples remarquables.

54--page 120--_La petite société du clan_, etc...

On sait qu'en Bretagne on donne le titre d'oncle au cousin qui est

supérieur d'un degré. Cette coutume tendait évidemment à resserrer les

liens de parenté.--En général, l'esprit de clan a été plus fort en

Bretagne qu'on ne l'imagine, bien qu'il domine moins chez les Kymry

que chez les Gaëls.

55--page 121, note--_Les cousins du chef_...

Logan, I, 192. Le jeune chef de clan Rannald, venant prendre

possession et voyant la quantité de bêtes qu'on avait tuées pour

célébrer son arrivée, remarqua que quelques poules auraient suffi.

Tout le clan s'insurgea, et déclara qu'il ne voulait rien avoir à

faire avec un chef de poules. Les Frasers, qui avaient élevé le jeune

chef, livrèrent un combat sanglant où ils furent défaits et le chef

tué.

56--page 122--... _ils avaient essayé une sorte de république_...

Suivant Gildas, p. 8, les Saxons avaient une prophétie selon laquelle

ils devaient ravager la Bretagne cent cinquante ans et la posséder

cent cinquante (interpolation cambrienne?).

A serpent with chains

Towering and plundering

With armed wings

From Germania...

(Taliesin, p. 94, et apud Turner, I, p. 312.)

Nous rapporterons aussi la fameuse prophétie de Myrdhyn, d'après

Geoffroi de Montmouth, qui nous a transmis les traditions religieuses

de la Bretagne renfermées autrefois dans les livres d'exaltation,

comme disaient les Latins (_libri exaltationis_):

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10) · 第 31 / 37 段