navigateurs), la belle Creiz-viou (le milieu de l'oeuf, le symbole de
la vie), et le hideux Avagdu ou Avank-du (le castor noir). Ked voulut
préparer à Avagdu, selon les rites mystérieux du livre de Pherylt,
l'eau du vase Azeuladour (sacrifice), l'eau de l'inspiration et la
science. Elle se rendit donc dans la terre du repos, où se trouvait la
cité du juste, et s'adressant au petit Gouyon, le fils du héraut de
Lanvair, le gardien du temple, elle le chargea de surveiller la
préparation du breuvage. L'aveugle Morda fut chargé de faire bouillir
la liqueur sans interruption pendant un an et un jour.
Durant l'opération, Ked ou Ceridguen étudiait les livres astronomiques
et observait les astres. L'année allait expirer, lorsque de la liqueur
bouillonnante s'échappèrent trois gouttes qui tombèrent sur le doigt
du petit Gouyon; se sentant brûlé, il porta le doigt à sa bouche...
Aussitôt l'avenir se découvrit à lui; il vit qu'il avait à redouter
les embûches de Ceridguen, et prit la fuite. À l'exception de ces
trois gouttes, toute la liqueur était empoisonnée: le vase se renversa
de lui-même et se brisa... Cependant Ceridguen furieuse poursuivait le
petit Gouyon. Gouyon, pour fuir plus vite, se change en lièvre.
Ceridguen devient levrette et le chasse vigoureusement jusqu'au bord
d'une rivière. Le petit Gouyon prend la forme d'un poisson; Ceridguen
devient loutre et le serre de si près, qu'il est forcé de se
métamorphoser en oiseau et de s'enfuir à tire-d'aile. Mais Ceridguen
planait déjà au-dessus de sa tête sous la forme d'un épervier...
Gouyon, tout tremblant, se laissa tomber sur un tas de froment, et se
changea en grain de blé; Ceridguen se changea en poule noire, et avala
le pauvre Gouyon.
Aussitôt elle devint enceinte, et Hu-Ar-Bras jura de mettre à mort
l'enfant qui en naîtrait; mais au bout de neuf mois elle mit au monde
un si bel enfant qu'elle ne put se résoudre à le faire périr.
Hu-Ar-Bras lui conseilla de le mettre dans un berceau couvert de peau
et de le lancer à la mer. Ceridguen l'abandonna donc aux flots le 29
avril.
En ce temps-là, Gouydno avait près du rivage un réservoir qui donnait
chaque année, le soir du 1er mai, pour cent livres de poisson. Gouydno
n'avait qu'un fils, nommé Elfin, le plus malheureux des hommes, à qui
rien n'avait jamais réussi; son père le croyait né à une heure fatale.
Les conseillers de Gouydno l'engagèrent à confier à son fils
l'épuisement du réservoir.
Elfin n'y trouva rien; et comme il revenait tristement, il aperçut un
berceau couvert d'une peau, arrêté sur l'écluse... Un des gardiens
souleva cette peau, et s'écria en se tournant vers Elfin: «Regarde,
Thaliessin! quel front radieux!»--«Front radieux sera son nom,»
répondit Elfin. Il prit l'enfant et le plaça sur son cheval. Tout à
coup l'enfant entonna un poème de consolation et d'éloge pour Elfin,
et lui prophétisa sa renommée. On apporta l'enfant à Gouydno. Gouydno
demanda si c'était un être matériel ou un esprit. L'enfant répondit
par une chanson où il déclarait avoir vécu dans tous les âges, et où
il s'identifiait avec le soleil. Gouydno, étonné, demanda une autre
chanson; l'enfant reprit: «L'eau donne le bonheur. Il faut songer à
son Dieu; il faut prier son Dieu, parce qu'on ne saurait compter les
bienfaits qui en découlent... Je suis né trois fois. Je sais comment
il faut étudier pour arriver au savoir. Il est triste que les hommes
ne veuillent pas se donner la peine de chercher toutes les sciences
dont la source est dans mon sein; car je sais tout ce qui a été et
tout ce qui doit être.»
* * * * *
Cette allégorie se rapportait au soleil, dont le nom, Thaliessin
(front radieux) devenait celui de son grand prêtre. La première
initiation, les études, l'instruction, duraient un an. Le barde alors
s'abreuvait de l'eau d'inspiration, recevait les leçons sacrées. Il
était soumis ensuite aux épreuves; on examinait avec soin ses moeurs,
sa constance, son activité, son savoir. Il entrait alors dans le sein
de la déesse, dans la cellule mystique, où il était assujetti à une
nouvelle discipline. Il en sortait enfin, et semblait naître de
nouveau; mais, cette fois, orné de toutes les connaissances qui
devaient le faire briller et le rendre un objet de vénération pour les
peuples.
On connaît encore les lacs de l'Adoration, de la Consécration, du
bosquet d'Ior (surnom de Diana). Ils offraient, près du lac, des
vêtements de laine blanche, de la toile, des aliments. La fête des
lacs durait trois jours.
Près Landélorn (Landerneau), le 1er mai, la porte d'un roc s'ouvrait
sur un lac au-dessus duquel aucun oiseau ne volait. Dans une île
chantaient des fées avec la chanteuse des mers: qui y pénétrait était
bien reçu, mais il ne fallait rien emporter. Un visiteur emporte une
fleur qui devait empêcher de vieillir; la fleur s'évanouit. Désormais
plus de passage; un brave essaye, mais un fantôme menace de détruire
la contrée... Selon Davies (Myth and rites), on trouve une tradition
presque semblable dans le Brecnockshire. Il y a aussi un lac dans ce
comté, qui couvre une ville. Le roi envoie un serviteur... on lui
refuse l'hospitalité. Il entre dans une maison déserte, y trouve un
enfant pleurant au berceau, y oublie son gant; le lendemain, il
retrouve le gant et l'enfant qui flottaient. La ville avait disparu.
SUR LES PIERRES CELTIQUES (_Voy. page 117_).
La pierre fut sans doute à la fois l'autel et le symbole de la
Divinité. Le nom même de _Cromleach_ (ou dolmen) signifie _pierre de
Crom_, le Dieu suprême (Pictet, p. 129). On ornait souvent le
Cromleach de lames d'or, d'argent ou de cuivre, par exemple le
_Crum-cruach_ d'Irlande, dans le district de Bresin, comté de Cavan
(Toland's Letters, p. 133).--Le nombre de pierres qui composent les
enceintes druidiques est toujours un nombre mystérieux et sacré:
jamais moins de douze, quelquefois dix-neuf, trente, soixante. Ces
nombres coïncident avec ceux des Dieux. Au milieu du cercle,
quelquefois au dehors, s'élève une pierre plus grande, qui a pu
représenter le Dieu suprême (Pictet, p. 134).--Enfin, à ces pierres
étaient attachées des vertus magiques, comme on le voit par le fameux
passage de Geoffroy de Montmouth (I. V). Aurelius consulte Merlin sur
le monument qu'il faut donner à ceux qui ont péri par la trahison
d'Hengist...--«Choream gigantum[398] ex Hiberniâ adduci jubeas... Ne
moveas, domine rex, vanum risum. Mystici sunt lapides, et ad diversa
medicamina salubres, gigantesque olim asportaverunt eos ex ultimis
finibus Africæ... Erat autem causa ut balnea intrà illos conficerent,
cùm infirmitate gravarentur. Lavabant namque lapides et intrà balnea
diffundebant, undè ægroti curabantur; miscebant etiam cum herbarum
infectionibus, unde vulnerati sanabantur. Non est ibi lapis qui
medicamento careat.» Après un combat, les pierres sont enlevées par
Merlin. Lorsqu'on cherche partout Merlin, on ne le trouve que «_ad
fontem_ Galabas, quem solitus fuerat frequentare.» Il semble lui-même
un de ces géants médecins.
[Note 398: Sur le bord de la Seine, près de Duclair, est une roche
très élevée, connue sous le nom de Chaise de Gargantua; près d'Orches,
à deux lieues de Blois, la _Chaise de César_; près de Tancarille, la
_Pierre Géante_, ou Pierre du géant.]
On a cru trouver sur les monuments celtiques quelques traces de
lettres ou de signes magiques. À Saint-Sulpice-sur-Rille, près de
Laigle, on remarque, sur l'un des supports de la table d'un dolmen,
trois petits croissants gravés en creux et disposés en triangle. Près
de Loc-Maria-Ker, il existe un dolmen dont la table est couverte, à sa
surface inférieure, d'excavations rondes disposées symétriquement en
cercles. Une autre pierre porte trois signes assez semblables à des
spirales. Dans la caverne de New-Grange (près Drogheda, comté de
Meath, voy. les Collect. de reb. hib. II, p. 161, etc.), se trouvent
des caractères symboliques et leur explication en ogham. Le symbole
est une ligne spirale répétée trois fois. L'inscription en ogham se
traduit par À È, c'est-à-dire _le Lui_, c'est-à-dire le Dieu sans nom,
l'être ineffable (?). Dans la caverne, il y a trois autels (Pictet, p.
132). En Écosse, on trouve un assez grand nombre de pierres ainsi
couvertes de ciselures diverses. Quelques traditions enfin doivent
appeler l'attention sur ces hiéroglyphes grossiers et à peu près
inintelligibles: les Triades disent que sur les pierres de
Gwiddon-Ganhebon «on pouvait lire les arts et les sciences du monde;»
l'astronome Gwydion ap Don fut enterré à Caernarvon «sous une pierre
d'énigmes». Dans le pays de Galles on trouve sur les pierres certains
signes, qui semblent représenter tantôt une petite figure d'animal,
tantôt des arbres entrelacés. Cette dernière circonstance semblerait
rattacher le culte des pierres à celui des arbres. D'ailleurs
l'_Ogham_ ou _Ogum_, alphabet secret des druides, consistait en
rameaux de divers arbres et assez analogues aux caractères runiques.
Telles sont les inscriptions placées sur un monument mentionné dans
les chroniques d'Écosse, comme étant dans le bocage d'Aongus, sur une
pierre du _Cairn du vicaire_, en Armagh, sur un monument de l'île
d'Arran, et sur beaucoup d'autres en Écosse.--On a vu plus haut que
les pierres servaient quelquefois à la divination. Nous rapporterons à
ce sujet un passage important de Taliesin. (N'ayant pas sous les yeux
le texte gallois, je rapporte la traduction anglaise.) «I know the
intent of the trees, I know which was decreed praise or disgrace, by
the intention of the memorial trees of the sages,» and celebrates «the
engagement of the sprigs of the trees, or of devices, and their battle
with the learned.» He could «delineate the elementary trees and
reeds», and tells us when the sprigs «were marked in the small tablet
of devices they uttered their voice.» (Logan, II, 388.)
Les arbres sont employés encore symboliquement par les Welsh et les
Gaëls; par exemple, le noisetier indique l'amour trahi. Le Calédonien
Merlin (Taliesin est Cambrien) se plaint que «l'autorité des rameaux
commence à être dédaignée». Le mot irlandais _aos_, qui d'abord
signifiait un arbre, s'appliquait à une personne lettrée; _feadha_,
bois ou arbre, devient la désignation des prophètes, ou hommes sages.
De même, en sanskrit, _bôd'hi_ signifie le figuier indien, et le
bouddhiste, le sage.
Les monuments celtiques ne semblent pas avoir été consacrés
exclusivement au culte. C'était sur une pierre qu'on élisait le chef
de clan (Voy. p. 126, _app._ 58). Les enceintes de pierres servaient
de cours de justice. On en a trouvé des traces en Écosse, en Irlande,
dans les îles du Nord (King, I, 147; Martin's Descr. of the Western
isles), mais surtout en Suède et en Norvège. Les anciens poèmes erses
nous apprennent en effet que les rites druidiques existaient parmi les
Scandinaves, et que les druides bretons en obtinrent du secours dans
le danger (Ossian's Cathlin, II, p. 216, not. édit. 1765, t. II;
Warton, t. I).
Le plus vaste cercle druidique était celui d'Avebury ou Abury, dans le
Wiltshire. Il embrassait vingt-huit acres de terre entourés d'un fossé
profond et d'un rempart de soixante-dix pieds. Un cercle extérieur,
formé de cent pierres, enfermait deux autres cercles doubles
extérieurs l'un à l'autre. Dans ceux-ci, la rangée extérieure
contenait trente pierres, l'intérieure douze. Au centre de l'un des
cercles étaient trois pierres, dans l'autre une pierre isolée; deux
avenues de pierres conduisaient à tout le monument (Voy. O'Higgin's,
Celtic druids).
Stonehenge, moins étendu, indiquait plus d'art. D'après Waltire, qui y
campa plusieurs mois pour l'étudier (on a perdu les papiers de cet
antiquaire enthousiaste, mais plein de sagacité et de profondeur), la
rangée extérieure était de trente pierres droites; le tout, en y
comprenant l'autel et les impostes, se montait à cent trente-neuf
pierres. Les impostes étaient assurés par des tenons. Il n'y a pas
d'autre exemple dans les pays celtiques du style trilithe (sauf deux à
Holmstad et à Drenthiem).
Le monument de Classerness, dans l'île de Lewis, forme, au moyen de
quatre avenues de pierres, une sorte de croix dont la tête est au sud,
la rencontre des quatre branches est un petit cercle. Quelques-uns
croient y reconnaître le temple hyperboréen dont parlent les anciens.
Ératosthènes dit qu'Apollon cacha sa flèche là où se trouvait un
temple ailé.
Je parlerai plus loin des alignements de Carnac et de Loc-Maria-Ker
(t. II. Voyez aussi le Cours de M. Caumont, I, p. 105).
Il est resté en France des traces nombreuses du culte des pierres,
soit dans les noms de lieux, soit dans les traditions populaires:
1º On sait qu'on appelait _pierre fiche_ ou _fichée_ (en celtique,
_menhir_, pierre longue, _peulvan_, pilier de pierre), ces pierres
brutes que l'on trouve plantées simplement dans la terre comme des
bornes. Plusieurs bourgs de France portent ce nom. _Pierre-Fiche_, à
cinq lieues N.-E. de Mende, en Gévaudan.--_Pierre-Fiques_, en Normandie,
à une lieue de l'Océan, à trois de Montivilliers.--_Pierrefitte_,
près Pont-l'Évêque.--_Pierrefitte_, à deux lieues N.-O.
d'Argentan.--_Pierrefitte_, à trois lieues de Falaise.--_Pierrefitte_,
dans le Perche, diocèse de Chartres, à six lieues S. de
Mortagne.--_Idem_, en Beauvoisis, à deux lieues N.-O. de
Beauvais.--_Idem_, près Paris, à une demi-lieue N. de
Saint-Denis.--_Idem_, en Lorraine, à quatre lieues de Bar.--_Idem_, en
Lorraine, à trois lieues de Mirecourt.--_Idem_, en Sologne, à neuf
lieues S.-E. d'Orléans.--_Idem_, en Berry, à trois lieues de Gien, à
cinq de Sully.--_Idem_, en Languedoc, diocèse de Narbonne, à deux lieues
et demie de Limoux.--_Idem_, dans la Marche, près Bourganeuf.--_Idem_,
dans la Marche, près Guéret.--_Idem_, en Limousin, à six lieues de
Brives.--_Idem_, en Forez, diocèse de Lyon, à quatre lieues de Roanne,
etc.
2º À Colombiers, les jeunes filles qui désirent se marier doivent
monter sur la pierre-levée, y déposer une pièce de monnaie, puis
sauter du haut en bas. À Guérande, elles viennent déposer dans les
fentes de la pierre des flocons de laine rose liés avec du clinquant.
Au Croisic, les femmes ont longtemps célébré des danses autour d'une
pierre druidique. En Anjou, ce sont les fées qui, descendant des
montagnes en filant, ont apporté ces rocs dans leur tablier. En
Irlande, plusieurs dolmens sont encore appelés les lits des amants: la
fille d'un roi s'était enfuie avec son amant; poursuivie par son père,
elle errait de village en village, et tous les soirs ses hôtes lui
dressaient un lit sur la roche, etc., etc.
TRIADES DE L'ÎLE DE BRETAGNE
Qui sont des triades de choses mémorables, de souvenirs et de
sciences, concernant les hommes et les faits fameux qui furent en
Bretagne, et concernant les circonstances et infortunes qui ont
désolé la nation des Cambriens à plusieurs époques (traduites par
Probert.--_Voy. page 423, app. 70_).
Voici les trois noms donnés à l'île de Bretagne.--Avant qu'elle fût
habitée, on l'appelait le Vert-Espace entouré des eaux de l'Océan
(the Seagirt Green Space); après qu'elle fut habitée, elle fut appelée
île de Miel, et après que le peuple eut été formé en société par
Prydain, fils d'Aedd-le-Grand, elle fut appelée l'île de Prydain. Et
personne n'a droit sur elle que la tribu des Cambriens, car les
premiers ils en prirent possession; et avant ce temps-là, il n'y eut
aucun homme vivant, mais elle était pleine d'ours, de loups, de
crocodiles et de bisons.
Voici les trois principales divisions de l'île de Bretagne.--Cambrie,
Lloégrie et Alban, et le rang de souveraineté appartient à chacun
d'eux. Et sous une monarchie, sous la voix de la contrée, ils sont
gouvernés selon les établissements de Prydain, fils d'Aedd-le-Grand;
et à la nation des Cambriens appartient le droit d'établir la
monarchie selon la voix de la contrée et du peuple, selon le rang et
le droit primordial. Et sous la protection de cette règle, la royauté
doit exister dans chaque contrée de l'île de Bretagne, et toute la
royauté doit être sous la protection de la voix de la contrée; c'est
pourquoi il y a ce proverbe: Une nation est plus puissante qu'un chef.
Voici les trois piliers de la nation dans l'île de Bretagne.--La voix
de la contrée, la royauté et la judicature d'après les établissements
de Prydain, fils d'Aedd-le-Grand. Le premier fut Hu-le-Puissant, qui
amena la nation le premier dans l'île de Bretagne; et ils vinrent de
la contrée de l'été, qui est appelée Defrobani (Constantinople?); et
ils vinrent par la mer Hazy (du Nord) dans l'île de Bretagne et dans
l'Armorique, où ils se fixèrent. Le second fut Prydain, fils
d'Aedd-le-Grand, qui le premier organisa l'état social et la
souveraineté en Bretagne. Car avant ce temps il n'y avait de justice
que ce qui était fait par faveur, ni aucune loi excepté celle de la
force. Le troisième fut Dynwal Moemud; car il fit le premier des
règlements concernant les lois, maximes, coutumes et privilèges
relatifs au pays et à la tribu. Et à cause de ces raisons ils furent
appelés les trois piliers de la nation des Cambriens.
Voici les trois tribus sociales de l'île de Bretagne.--La première fut
la tribu des Cambriens, qui vint de l'île de Bretagne avec
Hu-le-Puissant, parce qu'ils ne voulaient pas posséder un pays par
combat et conquête, mais par justice et tranquillité. La seconde fut
la tribu des Lloegriens, qui venaient de la Gascogne; ils descendaient
de la tribu primitive des Cambriens. Les troisièmes furent les
Brython, qui étaient descendus de la tribu primitive des Cambriens.
Ces tribus étaient appelées les pacifiques tribus, parce qu'elles
vinrent d'un accord mutuel, et ces tribus avaient toutes trois la
même parole et la même langue.
Les trois tribus réfugiées: Calédoniens, Irlandais, le peuple de
Galedin, qui vinrent dans des vaisseaux nus en l'île de Wight, lorsque
leur pays était inondé; il fut stipulé qu'ils n'auraient le rang de
Cambriens qu'au neuvième degré de leur descendance.
Les trois envahisseurs sédentaires: les Coraniens, les Irlandais
Pictes, les Saxons.
Les trois envahisseurs passagers: les Scandinaves; Gadwal-l'Irlandais
(conquête de 29 ans), vaincu par Caswallon, et les Césariens.
Les trois envahisseurs tricheurs: les Irlandais rouges en Alban, les
Scandinaves et les Saxons.
Voici les trois disparitions de l'île de Bretagne: la première est
celle de Gavran et ses hommes qui allèrent à la recherche des îles
vertes des inondations; on n'entendit jamais parler d'eux. La seconde
fut Merddin, le barde d'Emrys (Ambrosius, successeur de Vortigern?),
et ses neuf bardes, qui allèrent en mer dans une maison de verre; la
place où ils allèrent est inconnue. La troisième fut Madog, fils
d'Owain, roi des Galles du Nord, qui alla en mer avec trois cents
personnes dans dix vaisseaux; la place où ils allèrent est inconnue.
Voici les trois événements terribles de l'île de Bretagne: le premier
fut l'irruption du lac du débordement avec inondation sur tout le pays
jusqu'à ce que toutes personnes fussent détruites, excepté Dwyvan et
Dwyvach qui échappèrent dans un vaisseau ouvert, et par eux l'île de
Prydain fut repeuplée. Le second fut le tremblement d'un torrent de
feu jusqu'à ce que la terre fût déchirée jusqu'à l'abîme, et que la
plus grande partie de toute vie fût détruite. Le troisième fut l'été
chaud, quand les arbres et les plantes prirent feu par la chaleur
brûlante du soleil, et que beaucoup de gens et d'animaux, diverses
espèces d'oiseaux, vers, arbres et plantes, furent entièrement
détruits.
Voici les trois expéditions combinées qui partirent de l'île de
Bretagne: la première partit avec Ur, fils d'Érin, le puissant
guerrier de Scandinavie (ou peut-être le vainqueur des Scandinaves,
«the bellipotent of Scandinavia»); il vint en cette île du temps de
Gadial, fils d'Érin, et obtint secours à condition qu'il ne tirerait
de chaque principale forteresse plus d'hommes qu'il n'y présenterait.
À la première, il vint seul avec son valet Mathata Vawr; il en obtint
deux hommes, quatre de la seconde, huit de la troisième, seize de la
suivante, et ainsi de toutes en proportion, jusqu'à ce qu'enfin le
nombre ne pût être fourni par toute l'île. Il emmena soixante-trois
mille hommes, ne pouvant obtenir dans toute l'île un plus grand nombre
d'hommes capables d'aller à la guerre: les vieillards et les enfants
restèrent seuls dans l'île. Ur, le fils d'Érin, le puissant guerrier,
fut le plus habile recruteur qui eût jamais existé. Ce fut par
inadvertance que la tribu des Cambriens lui donna cette permission
stipulée irrévocablement. Les Coraniens saisirent cette occasion
d'envahir l'île sans difficulté. Aucun des hommes qui partirent ne
retourna, aucun de leurs fils ni de leurs descendants. Ils firent
voile pour une expédition belliqueuse jusque dans la mer de la Grèce,
et s'y fixant dans les pays des Galas et d'Avène (Galitia?), ils y
sont restés jusqu'à ce jour et sont devenus Grecs.
La seconde expédition combinée fut conduite par Caswallawn, le fils de
Beli et petit-fils de Manogan, et par Gwenwynwyn et Gwanar, les fils
de Lliaws, fils de Nwyvre et Arianrod, fille de Beli, leur mère. Ils
descendaient de l'extrémité de la pente de Galedin et Siluria et des
tribus combinées des Boulognèse, et leur nombre était de soixante et
un mille. Ils marchèrent avec leur oncle Caswallawn, après les
Césariens, vers le pays des Gaulois de l'Armorique, qui descendaient
de la première race des Cambriens. Et aucun d'eux, aucun de leurs fils
ne retourna dans cette île, car ils se fixèrent dans la Gascogne parmi
les Césariens, où ils sont à présent; c'était pour se venger de cette
expédition que les Césariens vinrent la première fois dans cette île.
La troisième expédition combinée fut conduite hors de cette île par
Ellen, puissant dans les combats, et Cynan, son frère, seigneur de
Meiriadog en Armorique, où ils obtinrent terres, pouvoir et
souveraineté de l'empereur Maxime, pour le soutenir contre les
Romains... Et aucun d'eux ne revint; mais ils restèrent là et dans
Ystre Gyvaelwg, où ils formèrent une communauté. Par suite de cette
expédition, les hommes armés de la tribu des Cambriens diminuèrent
tellement, que les Pictes irlandais les envahirent. Voilà pourquoi
Vortigern fut forcé d'appeler les Saxons pour repousser cette
invasion. Les Saxons, voyant la faiblesse des Cambriens, tournèrent
leurs armes perfidement contre eux, et, s'alliant aux Pictes irlandais
et à d'autres traîtres, ils prirent possession du pays des Cambriens
ainsi que de leurs privilèges et de leur couronne. Ces trois
expéditions combinées sont nommées les trois grandes présomptions de
la tribu des Cambriens, et aussi les trois Armées d'argent, parce
qu'elles emportèrent de l'île tout l'or et l'argent qu'elles purent
obtenir par la fraude, par l'artifice et par l'injustice, outre ce
qu'elles acquirent par droit et par consentement. Elles furent aussi
nommées les trois Armements irréfléchis, vu qu'elles affaiblirent
l'île au point de donner occasion aux trois grandes invasions, savoir:
l'invasion des Coraniens, celle des Césariens et celle des Saxons.
Voici les trois perfides rencontres qui eurent lieu dans l'île de
Bretagne.--La première fut celle de Mandubratius, le fils de Lludd, et
de ceux qui trahirent avec lui. Il fixa aux Romains une place sur
l'étroite extrémité verte pour y aborder; rien de plus. Il n'en fallut
pas davantage aux Romains pour gagner toute l'île. La seconde fut
celle des Cambriens nobles et des Saxons... sur la plaine de
Salisbury, où fut tramé le complot des Longs-Couteaux, par la trahison
de Vortigern; car c'est par son conseil qu'à l'aide des Saxons presque
tous les notables des Cambriens furent massacrés. La troisième fut
l'entrevue de Medrawd et d'Iddawg Corn Prydain avec leurs hommes à
Nanhwynain, où ils conspirèrent contre Arthur, et par ces moyens
fortifièrent les Saxons dans l'île de Bretagne.