Noms _basques_ en Italie: _Iria_ apud Taurinos, comme Iria Flavia

Gallaïcorum (_iria_, ville).--_Ilienses_, en Sardaigne, Troyens?

Cependant d'habit et de moeurs libyens selon Pausanias.--_Uria_, en

Apulie, comme _Urium_ Turdulorum.--_D'ra_, eau: _Urba_ _Salovia_

Picenorum, _Urbinum_, _Urcinium_ de Corse, comme _Urce_

Bastetanorum.--_Urgo_, île entre Corse et Étrurie, comme _Urgao_ en

Bétique.--_Usentini_ en Lucanie, comme _Urso_, _Ursao_, en

Bétique.--_Agurium_, en Sicile; _Argiria_, en Espagne.--_Astura_, fleuve

et île près d'Antium.--D'_asta_, roche: _Asta_, en Ligurie, et _Asta

Turdelanorum_, etc., etc., en Espagne.--_Osci_ ne se rapporte pas à

_osca_, il est contracté d'_opici_, opci (mais pourquoi opici ne

serait-il pas une extension de _osci_?)--_Ausones_, analogue à

l'espagnol _Ausa_ et _Ausetani_. Cependant il se lie avec

_Aurunci_.--_Arsia_, en Istrie; _Arsa_, en Boeturie.--_Basta_, en

Calabre; _Basti_ apud Bastetanos.--_Basterbini_ Salentinorum,

de _basoa_, montagne, et de _erbestatu_, émigrer, changer de

pays (erria).--_Biturgia_, en Étrurie; _Bituris_, chez les

Basques.--_Hispellum_, en Ombrie.--Le Lambrus, qui se jette dans le Pô,

Lambriaca et Flavia lambris Gallaïcorum.--_Murgantia_, ville barbare en

Sicile; _Murgis_, en Espagne; _Suessa_ et _Suessula_, comme les

_Suessetani_ des Ilergètes.--_Curenses_ Sabinorum, _Gurulis_, en

Sardaigne, comme le littus _Corense_, en Bétique, et le prom. Curianum

en Aquitaine.--_Curia_, même racine que _urbs_; urvus, curvus, urvare,

urvum aratri; [Grec: horos], [Grec: aroô], [Grec: kurtos]; en allemand,

aëren, labourer; en basque, ara-tu, labourer ([Grec: arô], labourer);

_gur_, courbe; _uria_, _iria_, ville.--L'allemand _ort_ est encore de

cette famille.--Les Basques et les Romains seraient rattachés l'un à

l'autre par l'intermédiaire des Étrusques. «Je ne dis pas pour cela que

les Étrusques soient pères des Ibères ni leurs fils[394].»

[Note 394: L'aruspicine et la flûte des Vascons étaient célèbres,

comme celle des Étrusques et Lydiens, Lamprid. Alex. Sever.--_Vasca

tibia_ dans Solin, c. V;--Servius, XI Æn., et apud auctorem veteris

glossarii latino-græci. Aujourd'hui ils n'ont pas d'autre instrument

(comme les highlanders écossais la cornemuse), Strabon, l. III.]

Page 122.--C'est à tort que les Français et Espagnols confondent les

Cantabres et les Basques (Oihenart les distingue); les Cantabres en

étaient séparés par les Autrigons, et les tribus peu guerrières des

Caristii et Varduli. Chez les Cantabres, commence ce mélange de noms

de lieux que je ne trouve point chez les Basques. Les Cantabres sont

essentiellement guerriers, les Basques aussi, et même ils se vantaient

de ne pas porter de casques (Sil. It, III, 358. V. 197, IX, 232). Ceci

prouve cependant qu'ils avaient plus rarement la guerre. Enfermés dans

leurs montagnes, ils n'eurent point de guerres contre les Romains,

sauf la guerre désespérée de Calagurris (Juven., XV, 93-110).

Page 127.--Les noms basques se représentent surtout chez les Turduli

et Turdetani de la Bétique. Ainsi, il n'y avait aucune contrée de la

Péninsule où les noms de lieux n'indiquassent un peuple parlant et

prononçant comme les Basques d'aujourd'hui. Les formes infiniment

variées de la langue basque seraient inexplicables, si ce peuple

n'avait été formé de tribus très nombreuses, et dispersées autrefois

sur un vaste territoire.--_Atzean_ signifie derrière, en arrière, et

_Atzea_ l'étranger; ainsi ce peuple pensait primitivement que

l'étranger n'était que derrière lui: ceci fait croire que, depuis un

temps immémorial, ils sont établis au bout de l'Europe.

Page 149.--Les Celtes et les Ibères sont deux races différentes

(Strab.). Niebuhr pense de même contre l'opinion de Bullet, Vallancey,

etc. Les Ibères étaient plus pacifiques; en effet, les _Turduli,

Turdetani_. Au lieu de faire des expéditions, ils furent repoussés du

Rhône à l'Ouest. Ils ne faisaient pas de ligues avec d'autres, par

confiance en soi (Strab., III, 4, p. 138); aussi, point de grandes

entreprises (Florus, II, 17, 3), seulement de petits brigandages;

opiniâtres contre les Romains, mais surtout les _Celtibères_; poussés

par la tyrannie des préteurs, par la fréquente stérilité des pays de

montagnes, avec une population croissante; obligés d'éloigner d'eux

annuellement une partie des hommes en âge de porter les armes;

effarouchés par l'état de guerre permanent en Espagne, sous les

Romains.

Le monde Ibérien est antérieur au monde Celtique..... On n'en connaît

que la décadence. Les Vaccéens (Diod., V, 34) faisaient chaque année

un partage de leurs terres, et mettaient les fruits en commun, signe

d'une société bien antique.

Nous ne trouvons pas chez les Ibères l'institut des Druides et Bardes.

Aussi point d'union politique (les Druides avaient un chef unique).

Aussi moins de régularité dans la langue basque, pour revenir des

dérivés aux racines.

On accuse les Gaulois, et non les Ibères, de pédérastie (Athen. XIII,

79. Diod., V, 32); au contraire, les Ibères préfèrent l'honneur et la

chasteté à la vie (Strab., III, 4, p. 164). Les Gaulois, et non les

Ibères, bruyants, vains, etc. (Diod., V, 31, p. 157), les Ibères

méprisent la mort, mais avec moins de légèreté que les Gaulois, qui

donnaient leur vie pour quelque argent ou quelques verres de vin

(Athen., IV, 40).

Diodore assimile les Celtibères aux Lusitaniens. Les uns et les autres

semblent avoir déployé dans la guerre la ruse, l'agilité, caractère

des Ibères (Strab., III). Mais les Celtibères craignaient moins les

batailles rangées; ils avaient conservé le bouclier gaulois; les

Lusitaniens en portaient un moins long (Scutatæ citerioris provinciæ,

et cetratæ ulterioris Hispaniæ cohortes, Cæs. de B., lib. I, 39.

Cependant id. I, 48).

Les Celtibères avaient (sans doute d'après les Ibères) des bottes

tissues de cheveux (Diodore: [Grec: Trichinas eilousi knêmidas]). Les

Biscayens d'aujourd'hui ont la jambe serrée de bandes de laine, qui

vont joindre l'_abarca_, sorte de sandale.

Les montagnards vivaient deux tiers de l'année d'un pain de gland

(nourriture des Pélasges, Dodone, etc.; glandem ructante marito. Juv.

VI, 10). Les Celtibères mangeaient beaucoup de viande; les Ibères

buvaient une boisson d'orge fermentée; les Celtibères, de l'hydromel.

Les ressemblances entre les Ibères et les Celtibères sont nombreuses,

exemple: tout soin domestique abandonné aux femmes; force et

endurcissement de celles-ci, qu'on retrouve en Biscaye et provinces

voisines (et dans plusieurs parties de la Bretagne, comme à Ouessant).

Chez les Ibères et les Celtes (Aquitaine?) hommes qui dévouent leur

vie à un homme (Plut. Sertor., 14, Val. Max., VII, 6, ext. 3.--Cæs. de

B. Gall.). Val. Max., II, 6, 11, dit expressément que ces dévouements

étaient particuliers aux Ibères.

Page 158.--Les Gaulois aimaient les habits bariolés et voyants; les

Ibères, même les Celtibères, les portaient noirs de grosse laine,

comme des cheveux, leurs femmes des voiles noirs. En guerre, par

exemple à Cannes (Polyb., III, 114, Livius, XXII, 46), vêtements de

lin blanc, et par-dessus habits rayés de pourpre (c'est un milieu

entre le bariolé gaulois et la simplicité ibérienne).

Ce qu'on sait de la religion des Ibères s'applique aussi aux Celtes,

sauf une exception: _Quelques-uns_, dit Strabon (III, 4, p. 164),

_refusent aux Galliciens toute foi dans les dieux, et disent qu'aux

nuits de pleine lune les Celtibères et leurs voisins du Nord font des

danses et une fête devant leurs portes avec leurs familles, en

l'honneur d'un dieu sans nom_. Plusieurs auteurs (dont Humboldt semble

adopter le sentiment) croient voir un croissant et des étoiles sur les

monnaies de l'ancienne Espagne. Florez (Medallas, I) remarque que dans

les médailles de la Bétique (et non des autres provinces) le taureau

est toujours accompagné d'un croissant (le croissant est phénicien et

druidique; la vache est dans les armes des Basques, des Gallois,

etc.). Dans les autres provinces, on trouve le taureau, mais non le

croissant.

Nulle mention de temple, si ce n'est dans les provinces en rapport

avec les peuples méridionaux (cependant quelques noms celtiques:

exemple, Nemeto_briga_).--Strab. (III, 1, p. 138), dans un passage

obscur où il donne les opinions opposées d'Artémidore et d'Éphore sur

le prétendu temple d'Hercule au promontoire Cuneus, parle de certaines

pierres qui, dans plusieurs lieux, se trouvent trois ou quatre

ensemble, et qui ont rapport à des usages religieux (trad. fr., I,

385, III, 4, 5). Un voyageur anglais en Espagne dit qu'aux frontières

de Galice on rencontre de grands tas de pierres, la coutume étant que

tout Galicien qui émigre pour trouver du travail y mette une pierre au

départ et au retour. Arist. Polit. VII, 2, 6: Sur la tombe du guerrier

ibérien autant de lances ([Grec: obeliskous]) qu'il a tué d'ennemis.

Nous ne trouvons pas chez les Ibères, comme chez les Gaulois, l'usage

de jeter de l'or dans les lacs ou de le placer dans les lieux sacrés,

sans autre garde que la religion. Au temple d'Hercule à Cadix, il y

avait des offrandes que César fit respecter après la défaite des fils

de Pompée (Diod., c. XLIII, XXXIX); mais le culte de ce temple était

encore phénicien, même au temps d'Appien, VI, II, 35.--Justin, XLIV,

3: «La terre est si riche chez les Galiciens, que la charrue y soulève

souvent de l'or; ils ont une montagne sacrée qu'il est défendu de

violer par le fer; mais si la foudre y tombe, on peut y recueillir

l'or qu'elle a pu découvrir, comme un présent des dieux.» Voilà bien

l'or, propriété des dieux.

Page 163.--Pour les noms de lieux, point de trace des Ibères dans la

Gaule non aquitanique, ni dans la Bretagne [cependant voyez plus

haut], quoique Tacite (Agric., II) croie les reconnaître dans le teint

des Silures, dans leurs cheveux frisés et leur position géographique.

(Mannert croit les trouver en Calédonie). Il faut attendre qu'on ait

comparé le basque avec les langues celtiques. Espérons, ajoute M. de

Humboldt, qu'Ahlwardt nous fera connaître ses travaux...

Page 166.--Les anciennes langues celtiques ne peuvent avoir différé du

breton et gallois actuel; la preuve en est dans les noms de lieux et

de personnes, dans beaucoup d'autres mots, dans l'impossibilité de

supposer une troisième langue qui eût entièrement péri.

Page 173.--On peut dire des _Ibères_ ce que dit Mannert des _Ligures_,

avec beaucoup de sagacité, qu'ils ne dérivent pas des Celtes que nous

connaissons dans la Gaule, mais que pourtant ils pourraient être une

branche soeur d'une tige orientale plus ancienne.

Page 175.--Parenté fort douteuse du basque et des langues américaines.

Nous n'avons pas cru qu'on pût nous blâmer de donner un extrait de cet

admirable petit livre, qui n'est pas encore traduit.

SUR LES TRADITIONS RELIGIEUSES DE L'IRLANDE ET DU PAYS DE GALLES

(_Voy. page 39_).

Nous nous sommes sévèrement interdit, dans le texte, tout détail sur

les religions celtiques qui ne fût tiré des sources antiques, des

écrivains grecs et romains. Toutefois, les traditions irlandaises et

galloises qui nous sont parvenues sous une forme moins pure, peuvent

jeter un jour indirect sur les anciennes religions de la Gaule.

Plusieurs traits, d'ailleurs, sont profondément indigènes et portent

le caractère d'une haute antiquité: ainsi, le culte du feu, le mythe

du castor et du grand lac, etc., etc.

§ Ier.

Le peu que nous savons des vieilles religions de l'Irlande nous est

arrivé altéré, sans doute, par le plus impur mélange de fables

rabbiniques, d'interpolations alexandrines, et peut-être dénaturé

encore par les explications chimériques des critiques modernes.

Toutefois, en quelque défiance qu'on doive être, il est impossible de

repousser l'étonnante analogie que présentent les noms des dieux de

l'Irlande (Axire, Axcearas, Coismaol, Cabur) avec les Cabires de

Phénicie et de Samothrace (Axieros, Axiokersos, Casmilos, Cabeiros).

Baal se retrouve également comme Dieu suprême en Phénicie et en

Irlande. L'analogie n'est pas moins frappante avec plusieurs des dieux

égyptiens et étrusques. Æsar, dieu en étrusque (d'où Cæsar), c'est en

irlandais le dieu qui allume le feu[395]. Le feu allumé, c'est Moloch.

L'Axire irlandais, eau, terre, nuit, lune, s'appelle en même temps Ith

(prononcez Iz comme Isis), Anu Mathar, Ops et Sibbol (comme Magna

Mater, Ops et Cybèle). Jusqu'ici c'est la nature potentielle, la

nature non fécondée: après une suite de transformations, elle devient,

comme en Égypte, Neith-Nath, dieu-déesse de la guerre, de la sagesse

et de l'intelligence, etc.

[Note 395: Suivant Bullet, _Lar_, en celtique, signifie feu. En vieil

irlandais il signifie le sol d'une maison, la terre, ou bien une

famille (?).--_Lere_, tout-puissant.--_Joun_, _iauna_, en basque Dieu

(Janus, Diana). En Irlandais, _Anu_, _Ana_ (d'où Jona?) mère des

Dieux, etc., etc.]

M. Adolphe Pictet établit pour base de la religion primitive de

l'Irlande le culte des Cabires, puissances primitives, commencement

d'une série ou progression ascendante qui s'élève jusqu'au Dieu

suprême, Beal. C'est donc l'opposé direct d'un système d'émanation.

«D'une dualité primitive, constituant la force fondamentale de

l'univers, s'élève une double progression de puissances cosmiques,

qui, après s'être croisées par une transition mutuelle, viennent

toutes se réunir dans une unité suprême comme en leur principe

essentiel. Tel est, en peu de mots, le caractère distinctif de la

doctrine mythologique des anciens Irlandais, tel est le résumé de tout

notre travail.» Cette conclusion est presque identique à celle qu'a

obtenue Schelling à la suite de ses recherches sur les Cabires de

Samothrace. «La doctrine des Cabires, dit-il, était un système qui

s'élevait des divinités inférieures, représentant les puissances de la

nature, jusqu'à un Dieu supra-mondain qui les dominait toutes;» et

dans un autre endroit: «La doctrine des Cabires, dans son sens le plus

profond, était l'exposition de la marche ascendante par laquelle la

vie se développe dans une progression successive, l'exposition de la

magie universelle, de la théurgie permanente qui manifeste sans cesse

ce qui, de sa nature, est supérieur au monde réel, et fait apparaître

ce qui est invisible.

«Cette presque identité est d'autant plus frappante que les résultats

ont été obtenus par deux voies diverses. Partout je me suis appuyé sur

la langue et les traditions irlandaises, et je n'ai rapporté les

étymologies et les faits présentés par Schelling que comme des

analogies curieuses, non pas comme des preuves. Les noms d'AXIRE,

d'AXCEARAS, de COISMAOL et de CABUR, se sont expliqués par

l'irlandais, comme l'ont été par l'hébreu les noms d'AXIEROS,

d'AXIOKERSOS, de CASMILOS et de KABEIROS. Qui ne reconnaîtrait là une

connexion évidente?

«D'ailleurs Strabon parle expressément de l'analogie du culte de

Samothrace avec celui de l'Irlande. Il dit, d'après Artémidore, qui

écrivait cent ans avant notre ère: [Grec: hoti phasin eis nêson pros

tê Brettanikê, kath hên homoia tois en Xamothrakê peri tên Dêmêtran

kai tên Korên hieropoieitai]. (Ed. Casaubon, IV, p. 137.) On cite

encore un passage de Denys-le-Périégète, mais plus vague et peu

concluant (V, 365).

«Celui en qui ce système trouve son unité, c'est SAMHAN, _le mauvais

esprit_ (Satan), l'image du soleil (littéralement Samhan), le juge des

âmes, qui les punit en les renvoyant sur la terre ou en les envoyant

en enfer. Il est le _maître de la mort_ (Bal-Sab). C'était la veille

du 1er novembre qu'il jugeait les âmes de ceux qui étaient morts dans

l'année: ce jour s'appelle encore aujourd'hui la nuit de Samhan

(Beaufort et Vallancey, Collectanea de rebus hibernicis (t. IV, p.

83).--C'est le Cadmilos ou Kasmilos de Samothrace, ou le Camillus des

Étrusques, le _serviteur_ (coismaol, cadmaol, signifie en irlandais

serviteur). Samhan est donc le centre d'association des Cabires (sam,

sum, cum, indiquent l'union en une foule de langues). On lit dans un

ancien Glossaire irlandais: «_Samhandraoic, eadhon Cabur_, la magie

de Samhan, c'est-à-dire CABUR,» et il ajoute pour explication:

«Association mutuelle.» Cabur, associé; comme en hébreu, _Chaberim_;

les Consentes étrusques (de même encore _Kibir_, _Kbir_ signifie

Diable dans le dialecte maltais, débris de la langue punique. Creuzer,

Symbolique, II, 286-8). Le système cabirique irlandais trouvait encore

un symbole dans l'harmonie des révolutions célestes. Les astres

étaient appelés _Cabara_. Selon Bullet, les Basques appelaient les

sept planètes _Capirioa_ (?) Le nom des constellations signifiait en

même temps intelligence et musique, mélodie. _Rimmin_, _rinmin_,

avaient le sens de soleil, lune, étoiles; _rimham_ veut dire compter;

_rimh_, nombre (en grec [Grec: rhythmos]; en français, rime, etc.).

«Il semble que la hiérarchie des druides eux-mêmes composait une

véritable association cabirique, image de leur système religieux.

«Le chef des druides était appelé _Coibhi_[396]. Ce nom, qui s'est

conservé dans quelques expressions proverbiales des Gaëls de l'Écosse,

se lie encore à celui de _Cabire_. Chez les Gallois, les druides

étaient nommés _Cowydd_, associés[397]. Celui qui recevait

l'initiation prenait le titre de _Caw_, associé, cabire, et _Bardd

caw_ signifiait un barde gradué (Davies, Myth., 163. Owen, Welsh,

Dict.). Parmi les îles de Scilly, celle de Trescaw portait autrefois

le nom d'_Innis Caw_, île de l'association; et on y trouve des restes

de monuments druidiques (Davies). À Samothrace, l'initié était aussi

reçu comme _Cabire_ dans l'association des dieux supérieurs, et il

devenait lui-même un anneau de la chaîne magique (Schelling, Samothr.

Gottesd., p. 40).

[Note 396: Bed. Hist. Eccl., II, c. XIII: «Cui primus pontificum

ipsius Coifi continuo respondit» (premier prêtre d'Edwin, roi de

Northumbrie, converti par Paulinus au commencement du septième

siècle). Macpherson. Dissert. on the celt. antiq.--_Coibhi-draoi_,

druide coibhi, est une expresion usitée en Écosse pour désigner une

personne de grand mérite (Voy. Mac Intosh's Gaelic Proverbs, p.

34.--Haddleton, Notes on Tolland, page 279). Un proverbe gaélique dit:

«La pierre ne presse pas la terre de plus près que l'assistance de

Coibhi (bienfaisance, attribut du chef des druides?).»]

[Note 397: Davies Mythol., p. 271, 277. Ammian. Marcell., liv. XV:

«Druidæ ingeniis celsiores, ut authoritas Pythagoræ decrevit,

sodalitiis astricti consortiis, quæstionibus occultarum rerum

altarumque erecti sunt, etc.»]

«La danse mystique des druides avait certainement quelque rapport à la

doctrine cabirique et au système des nombres. Un passage curieux d'un

poète gallois, Cynddelw, cité par Davies, p. 16, d'après

l'Archéologie de Galles, nous montre druides et bardes se mouvant

rapidement en cercle et en nombres impairs, comme les astres dans leur

course, en célébrant le _conducteur_. Cette expression de nombres

impairs nous montre que les danses druidiques étaient, comme le temple

circulaire, un symbole de la doctrine fondamentale, et que le même

système de nombres y était observé. En effet, le poète gallois, dans

un autre endroit, donne au monument druidique le nom de Sanctuaire du

nombre impair.

«Peut-être chaque divinité de la chaîne cabirique avait-elle, parmi

les druides, son prêtre et son représentant. Nous avons vu déjà, chez

les Irlandais, le prêtre adopter le nom du dieu qu'il servait; et,

chez les Gallois, le chef des druides semble avoir été considéré comme

le représentant du Dieu suprême (Jamieson, Hist. of the Culdees, p.

29). La hiérarchie druidique aurait été ainsi une image microcosmique

de la hiérarchie de l'univers, comme dans les mystères de Samothrace

et d'Éleusis...

«Nous savons que les Caburs étaient adorés dans les cavernes et

l'obscurité, tandis que les feux en l'honneur de Beal étaient allumés

sur le sommet des montagnes. Cet usage s'explique par la doctrine

abstraite:

«Le monde cabirique, en effet, dans son isolement du grand principe de

lumière, n'est plus que la force ténébreuse, que l'obscure matière de

toute réalité. Il constitue comme la base ou la racine de l'univers,

par opposition à la suprême intelligence, qui en est comme le sommet.

C'était sans doute par suite d'une manière de voir analogue que les

cérémonies du culte des Cabires, à Samothrace, n'étaient célébrées que

pendant la nuit.»

On peut ajouter à ces inductions de M. Pictet que, suivant une

tradition des montagnards d'Écosse, les druides travaillaient la nuit

et se reposaient le jour (Logan, II, 351).

Le culte de Beal, au contraire, se célébrait par des feux allumés sur

les montagnes. Ce culte a laissé des traces profondes dans les

traditions populaires (Toland, XIe lettre, p. 101). Les druides

allumaient des feux sur les _cairn_, la veille du 1er mai, en

l'honneur de _Beal_, _Bealan_ (le soleil). Ce jour garde encore

aujourd'hui en Irlande le nom de la _Bealteine_, c'est-à-dire le jour

du feu de Beal. Près de Londonderry, un cairn placé en face d'un autre

cairn s'appelle _Bealteine_.--Logan, II, 326. Ce ne fut qu'en 1220 que

l'archevêque de Dublin éteignit le feu perpétuel qui était entretenu

dans une petite chapelle près de l'église de Kildare, mais il fut

rallumé bientôt et continua de brûler jusqu'à la suppression des

monastères (Archdall's mon. Hib. apud Anth. Hib., III, 240). Ce feu

était entretenu par des vierges, souvent de qualité, appelées _filles

du feu_ (inghean an dagha), ou _gardiennes du feu_ (breochuidh), ce

qui les a fait confondre avec les nonnes de sainte Brigitte.

Un rédacteur du _Gentleman's Magasine_, 1795, dit: que, se trouvant en

Irlande la veille de la Saint-Jean, on lui dit qu'il verrait à minuit

allumer les _feux en l'honneur du soleil_. Riches décrit ainsi les

préparatifs de la fête: «What watching, what vattling, what tinkling

upon pannes and candlesticks, what strewing of hearbes, what clamors,

and other ceremonies are used.»

Spenser dit qu'en allumant le feu, l'Irlandais fait toujours une prière.

À Newcastle, les cuisiniers allument les feux de joie à la Saint-Jean. À

Londres et ailleurs, les ramoneurs font des danses et des processions en

habits grotesques. Les montagnards d'Écosse passaient par le feu en

l'honneur de Beal, et croyaient un devoir religieux de marcher en

portant du feu autour de leurs troupeaux et de leurs champs.--Logan, II,

364. Encore aujourd'hui, les montagnards écossais font passer l'enfant

au-dessus du feu, quelquefois dans une sorte de poche, où ils ont mis du

pain et du fromage. (On dit que dans les montagnes on baptisait

quelquefois un enfant sur une large épée. De même en Irlande la mère

faisait baiser à son enfant nouveau-né la pointe d'une épée. Logan, I,

122.)--Id. I, 213. Les Calédoniens brûlaient les criminels entre deux

feux; de là le proverbe: «Il est entre les deux flammes de

Bheil.»--Ibid., 140. L'usage de faire courir la croix de feu subsistait

encore en 1745; elle parcourut dans un canton trente-six milles en trois

heures. Le chef tuait une chèvre de sa propre épée, trempait dans le

sang les bouts d'une croix de bois demi-brûlée, et la donnait avec

l'indication du lieu de ralliement à un homme du clan, qui courait la

passer à un autre. Ce symbole menaçait du fer et du feu ceux qui

n'iraient pas au rendez-vous.--Caumont, I, 154: Suivant une tradition,

on allumait autrefois, dans certaines circonstances, des feux sur les

_tumuli_, près de Jobourg (départem. de la Manche).--Logan, II, 64. Pour

détruire les sortilèges qui frappent les animaux, les personnes qui ont

le pouvoir de les détruire sont chargées d'allumer le _Needfire_; dans

une île ou sur une petite rivière ou lac, on élève une cabane circulaire

de pierres ou de gazon, sur laquelle on place un soliveau de bouleau; au

centre est un poteau engagé par le haut dans cette pièce de bouleau; ce

poteau perpendiculaire est tourné dans un bois horizontal au moyen de

quatre bras de bois. Des hommes, qui ont soin de ne porter sur eux aucun

métal, tournent le poteau, tandis que d'autres, au moyen de coins, le

serrent contre le bois horizontal qui porte les bras, de manière qu'il

s'enflamme par le frottement; alors on éteint tout autre feu. Ceux qu'on

a obtenus de cette manière passent pour sacrés, et on en approche

successivement les bestiaux.

§ II.

Dans la religion galloise (Voyez Davies, Myth. and rites of the

British druids, et le même, Celtic researches), le dieu suprême, c'est

le dieu inconnu, DIANA (_dianaff_, inconnu, en breton; _diana_ en

léonais, _dianan_ dans le dialecte de Vannes). Son représentant sur la

terre c'est HU le grand, ou _Ar-bras_, autrement CADWALCADER, le

premier des druides.

Le castor noir perce la digue qui soutient le grand lac, le monde est

inondé; tout périt, excepté DOUYMAN et DOUYMEC'H (_man_, _mec'h_,

homme, fille), sauvés dans un vaisseau sans voiles, avec un couple de

chaque espèce d'animaux. HU attelle deux boeufs à la terre pour la

tirer de l'abîme. Tous deux périssent dans l'effort; les yeux de l'un

sortent de leurs orbites, l'autre refuse de manger et se laisse

mourir.

Cependant Hu donne des lois et enseigne l'agriculture. Son char est

composé des rayons du soleil, conduit par cinq génies; il a pour

ceinture l'arc-en-ciel. Il est le dieu de la guerre, le vainqueur des

géants et des ténèbres, le soutien du laboureur, le roi des bardes, le

régulateur des eaux. Une vache sainte le suit partout.

Hu a pour épouse une enchanteresse, Ked ou Ceridguen, dans son domaine

de Penlym ou Penleen, à l'extrémité du lac où il habite.

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10) · 第 25 / 37 段