«L'avènement de la troisième race est, dans notre histoire nationale,

d'une bien autre importance que celui de la seconde; c'est, à

proprement parler, la fin du règne des Francs et la substitution d'une

royauté nationale au gouvernement fondé par la conquête. Dès lors,

notre histoire devient simple; c'est toujours le même peuple, qu'on

suit et qu'on reconnaît malgré les changements qui surviennent dans

les moeurs et la civilisation. L'identité nationale est le fondement

sur lequel repose, depuis tant de siècles, l'unité de dynastie. Un

singulier pressentiment de cette longue succession de rois paraît

avoir saisi l'esprit du peuple à l'avènement de la troisième race. Le

bruit courut qu'en 981 saint Valeri, dont Hugues-Capet, alors comte de

Paris, venait de faire transférer les reliques, lui était apparu en

songe et lui avait dit: À cause de ce que tu as fait, toi et tes

descendants vous serez rois jusqu'à la septième génération,

c'est-à-dire à perpétuité[384].»

[Note 384: Chronique de Sithiu.]

Cette légende populaire est répétée par tous les chroniqueurs sans

exception, même par le petit nombre de ceux qui, n'approuvant point le

changement de dynastie, disent que la cause de Hugues est une mauvaise

cause, et l'accusent de trahison contre son seigneur et de révolte

contre les décrets de l'Église[385]. C'était une opinion répandue

parmi les gens de condition inférieure, que la nouvelle famille

régnante sortait de la classe plébéienne; et cette opinion, qui se

conserva plusieurs siècles, ne fut point nuisible à sa cause[386].

[Note 385: Acta SS. ord. S. Bened., sec. V.]

[Note 386: Raoul Glaber, moine de Cluny, mort en 1048, se contente de

dire: «Hugues-Capet était fils d'Hugues-le-Grand, et petit-fils de

Robert-le-Fort; mais j'ai différé de rapporter son origine, parce

qu'en remontant plus haut elle est fort obscure.»--Dante a reproduit

l'opinion populaire qui faisait descendre les Capets d'un boucher de

Paris.

Di me son nati i Filippi i Luigi,

Per cui novellamente è Francia retta.

Figliuol fui d'un beccaio di Parigi,

Quando li regi antichi vener meno,

Tutti fuor ch'un renduto in panni bigi.]

L'avènement d'une dynastie nouvelle fut à peine remarqué dans les

provinces éloignées[387]. Qu'importait aux seigneurs de Gascogne, de

Languedoc, de Provence, de savoir si celui qui portait vers la Seine

le titre de roi s'appelait Charles ou Hugues-Capet?

[Note 387: Un moine de Maillezais (Poitou) dit dans sa Chronique:.....

Regnare Francis rex Robertus ferebatur.--Le duc d'Aquitaine, c'était

alors (1016) Guillaume de Poitiers, reconnaissait le roi d'Arles pour

suzerain.]

Pendant longtemps le roi n'aura guère plus d'importance qu'un duc ou

un comte ordinaire. C'est quelque chose cependant qu'il soit au moins

l'égal des grands vassaux, que la royauté soit descendue de la

montagne de Laon, et sortie de la tutelle de l'archevêque de

Reims[388]. Les derniers Carlovingiens avaient souvent lutté avec

peine contre les moindres barons. Les Capets sont de puissants

seigneurs, capables de faire tête par leurs propres forces au comte

d'Anjou, au comte de Poitiers. Ils ont réuni plusieurs comtés dans

leurs mains. À chaque avènement ils ont acquis un titre nouveau, pour

rançon de la royauté, pour dédommagement de la couronne qu'ils

voulaient bien ne pas prendre encore. Hugues-le-Grand obtient de Louis

IV le duché de Bourgogne, et de Lothaire le titre de duc d'Aquitaine.

[Note 388: Déjà Charles-le-Chauve, dans la première époque de son

règne, ne voyait que par les yeux d'Hincmar. Ce fut encore Hincmar qui

dirigea Louis-le-Bègue et qui fit roi Louis III, comme il s'en vantait

lui-même.--Son successeur Foulques fut le protecteur de

Charles-le-Simple en bas âge. Il le couronna en 893, à l'âge de

quatorze ans, traita pour lui avec le roi Arnulf et avec Eudes, et le

fit enfin roi en 898.--Après lui, Herivée ramena à Charles-le-Simple,

en 920, ses vassaux révoltés, et raffermit sa royauté chancelante.

Seul il vint le défendre avec ses hommes contre l'invasion des

Hongrois.--Louis-d'Outre-mer fit la guerre à Héribert avec

l'archevêque Arnoul, et lui accorda le droit de battre monnaie.]

Dans l'abaissement où l'avaient réduite les derniers Carlovingiens, la

royauté n'était plus qu'un nom, un souvenir bien près d'être éteint;

transférée aux Capets, c'est une espérance, un droit vivant, qui

sommeille, il est vrai, mais qui, en temps utile, va peu à peu se

réveiller. La royauté recommence avec la troisième race, comme avec la

seconde, par une famille de grands propriétaires, amis de l'Église. La

propriété et l'Église, la terre et Dieu, voilà les bases profondes sur

lesquelles la monarchie doit se replacer pour revivre et refleurir.

Parvenus au terme de la domination des Allemands, à l'avènement de la

nationalité française, nous devons nous arrêter un moment. L'an 1000

approche, la grande et solennelle époque où le moyen âge attendait la

fin du monde. En effet, un monde y finit. Portons nos regards en

arrière. La France a déjà parcouru deux âges dans sa vie de nation.

Dans le premier, les races sont venues se déposer l'une sur l'autre,

et féconder le sol gaulois de leurs alluvions. Par-dessus les Celtes

se sont placés les Romains, enfin les Germains, les derniers venus du

monde. Voilà les éléments, les matériaux vivants de la société.

Au second âge, la fusion des races commence et la société cherche à

s'asseoir. La France voudrait devenir un monde social, mais

l'organisation d'un tel monde suppose la fixité et l'ordre. La fixité,

l'attachement au sol, à la propriété, cette condition impossible à

remplir tant que durent les immigrations de races nouvelles, elle

l'est à peine sous les Carlovingiens; elle ne le sera complètement que

par la féodalité.

L'ordre, l'unité, ont été, ce semble, obtenus par les Romains, par

Charlemagne. Mais pourquoi cet ordre a-t-il été si peu durable? c'est

qu'il était tout matériel, tout extérieur, c'est qu'il cachait le

désordre profond, la discorde obstinée d'éléments hétérogènes qui se

trouvaient unis par force. Diversité de races, de langues et

d'esprits, défaut de communications, ignorance mutuelle, antipathies

instinctives: voilà ce que cachait cette magnifique et trompeuse unité

de l'administration romaine, plus ou moins reproduite par Charlemagne.

«Mortua quin etiam jungebat corpora vivis, tormenti genus.» C'était

une torture que cet accouplement tyrannique de natures hostiles. Qu'on

en juge par la promptitude et la violence avec laquelle tous ces

peuples s'efforcèrent de s'arracher de l'Empire.

La matière veut la dispersion, l'esprit veut l'unité. La matière,

essentiellement divisible, aspire à la désunion, à la discorde. Unité

matérielle est un non-sens. En politique, c'est une tyrannie. L'esprit

seul a droit d'unir; seul, il _comprend_, il embrasse, et, pour tout

dire, il aime.

L'Église elle-même doit devenir une. L'aristocratie épiscopale a

échoué dans l'organisation du monde carlovingien. Il faut qu'elle

s'humilie, cette aristocratie impuissante, qu'elle apprenne à

connaître la subordination, qu'elle accepte la hiérarchie, qu'elle

devienne, pour être efficace, la monarchie pontificale. Alors dans la

dispersion matérielle apparaîtra l'invisible unité des intelligences,

l'unité réelle, celle des esprits et des volontés. Alors le monde

féodal contiendra, sous l'apparence du chaos, une harmonie réelle et

forte, tandis que le pompeux mensonge de l'unité impériale ne

contenait que l'anarchie.

En attendant que l'esprit vienne, et que Dieu ait soufflé d'en haut,

la matière s'en va et se dissipe vers les quatre vents du monde. La

division se subdivise, le grain de sable aspire à l'atome. Ils

s'abjurent et se maudissent, ils ne veulent plus se connaître. Chacun

dit: Qui sont mes frères? Ils se fixent en s'isolant. Celui-ci perche

avec l'aigle, l'autre se retranche derrière le torrent. L'homme ne

sait bientôt plus s'il existe un monde au delà de son canton, de sa

vallée. Il prend racine, il s'incorpore à la terre: «Pes, modò tam

velox, pigris radicibus hæret.» Naguère, il se classait, il se jugeait

par la loi propre à sa race, salique ou bavaroise, bourguignonne,

lombarde ou gothique. L'homme était une personne, la loi était

personnelle. Aujourd'hui l'homme s'est fait terre, la loi est

territoriale. La jurisprudence devient une affaire de géographie.

À cette époque, la nature se charge de régler les affaires des hommes.

Ils combattent, mais elle fait les partages. D'abord elle s'essaye, et

sur l'Empire dessine les royaumes à grands traits. Les bassins de

Seine et Loire, ceux de la Meuse, de la Saône, du Rhône, voilà quatre

royaumes. Il n'y manque plus que les noms; vous les appellerez, si

vous le voulez, royaumes de France, de Lorraine, de Bourgogne, de

Provence. On croit les réunir, et, loin de là, ils se divisent

encore. Les rivières, les montagnes réclament contre l'unité. La

division triomphe, chaque point de l'espace redevient indépendant. La

vallée devient un royaume, la montagne un royaume.

L'histoire devrait obéir à ce mouvement, se disperser aussi, et suivre

sur tous les points où elles s'élèvent toutes les dynasties féodales.

Essayons de préparer le débrouillement de ce vaste sujet, en marquant

d'une manière précise le caractère original des provinces où ces

dynasties ont surgi. Chacune d'elles obéit visiblement dans son

développement historique à l'influence diverse de sol et de climat. La

liberté est forte aux âges civilisés, la nature dans les temps

barbares; alors les fatalités locales sont toutes-puissantes, la

simple géographie est une histoire.

ÉCLAIRCISSEMENTS

DE LA PREMIÈRE ÉDITION (1833)

SUR LES IBÈRES OU BASQUES (Voy. page 8.)

Dans son livre, intitulé _Prüfung der Untersuchungen über die

Urbewohner Hispaniens, vermittelst der Waskischen Sprache_ [Berlin,

1821], M. W. de Humboldt a cherché à établir, par la comparaison des

débris de l'ancienne langue ibérique, avec la langue basque actuelle,

l'identité des Basques et des Ibères. Ces débris ne sont autre chose

que les noms de lieux et les noms d'hommes qui nous ont été transmis

par les auteurs anciens. Encore nous sont-ils parvenus bien défigurés.

Pline déclare rapporter seulement les noms qu'il peut exprimer en

latin: «Ex his digna memoratu aut latiali sermone dictu facilia, etc.»

Mela, Strabon, sont aussi arrêtés par la difficulté de rendre dans

leur langue la prononciation barbare. Ainsi les anciens ont dû omettre

précisément les noms les plus originaux. Quelques mots transmis

littéralement sur les monnaies ont la plus grande importance...

Après avoir posé les principes de l'étymologie, M. de Humboldt les

applique à la méthode suivante: 1º chercher s'il y a d'anciens noms

ibériens qui, pour le son et la signification, s'accordent (au moins

en partie) avec les mots basques usités aujourd'hui; 2º dans tout le

cours de ces recherches, et avant d'entrer dans l'examen spécial,

comparer l'impression que ces anciens noms produisent sur l'oreille

avec le caractère harmonique de la langue basque; 3º examiner si ces

anciens noms s'accorderaient avec les noms de lieux des provinces où

l'on parle le basque aujourd'hui. Cet accord peut montrer, lors même

qu'on ne trouverait pas le sens du nom, que des circonstances

analogues ont tiré d'une langue identique les mêmes noms pour

différents lieux.

Il a été conduit aux résultats suivants:

«1º Le rapprochement des anciens noms de lieux de la péninsule

ibérienne avec la langue basque montre que cette langue était celle

des Ibères, et comme ce peuple paraît n'avoir eu qu'une langue,

peuples ibères et peuples parlant le basque sont des expressions

synonymes.

«2º Les noms de lieux basques se trouvent sur toute la Péninsule sans

exception, et, par conséquent, les Ibères étaient répandus dans toutes

les parties de cette contrée.

«3º Mais dans la géographie de l'ancienne Espagne, il y a d'autres

noms de lieux qui, rapprochés de ceux des contrées habitées par les

Celtes, paraissent d'origine celtique; et ces noms nous indiquent, au

défaut de témoignage historique, les établissements des Celtes mêlés

aux Ibères.

«4º Les Ibères non mêlés de Celtes habitaient seulement vers les

Pyrénées, et sur la côte méridionale. Les deux races étaient mêlées

dans l'intérieur des terres, dans la Lusitanie et dans la plus grande

partie des côtes du Nord.

«5º Les Celtes ibériens se rapportaient, pour le langage, aux Celtes,

d'où proviennent les anciens noms de lieux de la Gaule et de la

Bretagne, ainsi que les langues encore vivantes en France et en

Angleterre. Mais vraisemblablement ce n'étaient point des peuples de

pure souche gallique, rameaux détachés d'une tige qui restât derrière

eux; la diversité de caractère et d'institution témoigne assez qu'il

n'en est pas ainsi. Peut-être furent-ils établis dans les Gaules à une

époque anté-historique, ou du moins ils y étaient établis bien avant

(avant les Gaulois?). En tous cas, dans leur mélange avec les Ibères,

c'était le caractère ibérien qui prévalait, et non le caractère

gaulois, tel que les Romains nous l'ont fait connaître.

«6º Hors de l'Espagne, vers le Nord, on ne trouve pas trace des

Ibères, excepté toutefois dans l'Aquitaine ibérique, et une partie de

la côte de la Méditerranée. Les Calédoniens nommément appartenaient à

la race celtique, non à l'ibérienne.

«7º Vers le sud, les Ibères étaient établis dans les trois grandes

îles de la Méditerranée; les témoignages historiques et l'origine

basque des noms de lieux s'accordent pour le prouver. Toutefois, ils

n'y étaient pas venus, du moins exclusivement, de l'Ibérie ou de la

Gaule, ils occupaient ces établissements de tout temps ou bien ils y

vinrent de l'Orient.

«8º Les Ibères appartenaient-ils aussi aux peuples primitifs de

l'Italie continentale? La chose est incertaine; cependant on y trouve

plusieurs noms de lieux d'origine basque, ce qui tendrait à fonder

cette conjecture.

«9º Les Ibères sont différents des Celtes, tels que nous connaissons

ces derniers par le témoignage des Grecs et des Romains, et par ce qui

nous reste de leurs langues. Cependant il n'y a aucun sujet de nier

toute parenté entre les deux nations; il y aurait même plutôt lieu de

croire que les Ibères sont une dépendance des Celtes, laquelle en a

été démembrée de bonne heure.»

Nous n'extrairons de ce travail que ce qui se rapporte directement à

la Gaule et à l'Italie. Nous reproduirons d'abord les étymologies des

noms: Basques, Biscaye, Espagne, Ibérie (p. 54).

_Basoa_, forêt, bocage, broussailles. Basi, basti, bastetani,

basitani, bastitani (bas _eta_, pays de forêt), bascontum (comme

baso-coa, appartenant aux forêts). Cette étymologie donnée par

Astallos n'est pas bonne.--Les Basques s'appellent non Basocoac, mais

_Eusc_aldunac, leur pays _Eus_calerria, _Eusqu_ererria, et leur langue

_eus_cara, _eusq_uera, _escu_ara. [La terminaison _ara_ indique le

rapport de suite, de conséquence, d'une chose à une autre; ainsi,

_ara-uz_, conformément; _ara-ua_, règle, rapport. Eusk-ara veut donc

dire à la manière basque.] Aldunac vient d'_aldea_, côté, partie;

_duna_, terminaison de l'adjectif, et _c_, marque du pluriel[389].

Erria, ara, era, ne sont que des syllabes auxiliaires. La racine est

EUSKEN, ESKEN[390], d'où les villes Vesci, Vescelia, et la

Vescitania, où se trouvait la ville d'_Osca_; deux autres _Osca_ chez

les Turduli et en Boeturie, et _Ileosca_, _Etosca_ (_Etrusca?_),

_Menosca_ (_Mendia_, montagne), Viro_vesca_; les _Auscii_ d'Aquitaine

avec leur capitale Elimberrum (Illiberris, ville neuve);

_Osqui_dates?--Le nom d'_Osca_[391] doit se rapporter à tout le peuple

des Ibères. Les sommes énormes d'_argentum oscense_ mentionnées par

Tite-Live ne peuvent guère avoir été frappées dans une des petites

villes appelées _Osca_. Florez croit que la ressemblance de l'ancien

alphabet ibérien avec celui des Osques italiens peut avoir donné lieu

à ce nom.

[Note 389: Ainsi les terminaisons _ac_, _oc_, du midi de la France,

rattacheraient les noms d'hommes et de lieux à un pluriel,

conformément au génie des _gentes_ pélasgiques, exprimé nettement dans

l'italien moderne, où les noms d'homme sont des pluriels: Alighieri,

Fieschi, etc.]

[Note 390: Vasco, Wasco, en langue basque, signifie _homme_, dit le

dictionnaire de Laramandi (édition de 1743, sous ce titre pompeux: _El

impossible vincido, arte della lingua Bascongada_, imprimé à

Salamanque). Voy. aussi Laboulinière, Voyage dans les Pyrénées

françaises, I, 235.]

[Note 391: Osca, d'_eusi_, aboyer; parler? d'_otsa_, bruit? Chaque

peuple barbare se considérait comme parlant seul un vrai langage

d'homme. En opposition à _eusc_aldunac, ils disent _er-d-al-dun-ac_;

de _arra_, _erria_, terre; ainsi _erdaldunac_, qui parlent la langue

du pays; les Basques français appellent ainsi les Français, les

Biscayens les Castillans.]

Noms basques qui se retrouvent en Gaule (p. 91):

AQUITAINE: Calagorris, Casères en Comminges.--Vasates et Basabocates, de

_Basoa_, forêt.--De même le diocèse de Bazas, entre la Garonne et la

Dordogne.--Huro, comme la ville des Cosetans (Oléron).--Bigorra, de

_bi_, deux, _gora_, haut.--Oscara, Ousche.--Garites, pays de Gavre, de

_gora_, haut.--Garoceli... (Cæsar, de Bell. Gall., I, X, et non

_Graioceli_). Auscii, de eusken, esken, vesci (osci?), nom des Basques

(leur ville est Elimberrum comme Illiberris).--Osquidates, même racine,

vallée d'Ossau, du pied des Pyrénées à Oléron.--Curianum (cap de Buch,

promontoire près duquel le bassin d'Arcachon s'enfonce dans les terres,

de _gur_, courbé.--Le rivage _Corense_ en Bétique.)--Bercorcates, même

racine; Biscarosse, bourg du district de Born, frontières de Buch.--Les

terminaisons celtiques sont _dunum_[392], _magus_, _vices_ et _briga_

(p. 96). Segodunum apud Rutenos appartient plus à la Narbonnaise qu'à

l'Aquitaine. Lugdunum apud Convenas est mixte, comme l'indique Convenæ,

Comminges. On ne les trouve pas, non plus que _briga_, chez les vrais

Aquitains. La terminaison en _riges_ paraît commune aux Celtes et aux

Basques. Chose remarquable: le seul peuple que Strabon nous désigne

comme étranger, dans l'Aquitaine, les _Bituriges_, ont un nom tout à

fait basque; de même les _Caturiges_, Celtes des Hautes-Alpes; ce sont

des établissement primitivement ibériens.

[Note 392: Toutefois, dun (dun_a_, avec l'article) est une terminaison

commune de l'adjectif basque. De _arra_, ver; ar-duna, plein de vers.

De _erstura_, angoisse; _erstura-dun-a_, plein d'angoisses.

_Eusc-al-dun-ac_, les Basques. Cala_dun_um peut signifier en basque,

contrée riche en joncs.]

Côte méridionale de la Gaule: Illiberis Bebryciorum, Vasio Vocontiorum

(Vaison) en Narbonnaise. Bebryces rappelle _briges_, et peut-être

Allo-Broges (Étienne de Byzance écrit Allobryges; selon lui, on trouve

le plus souvent, chez les Grecs, Allobryges). Cependant le scholiaste

de Juvénal dit ce mot celtique (Sat. VIII, v. 234), et signifiant

terre, contrée.

Dans le reste de la Gaule, on rencontre peu de noms analogues au

basque, excepté Bituriges[393]. Cependant Gel_duba_, comme Corduba,

Salduba, Arverni, Arvii, Ga_durci_, Caracates, Carasa, Carcaso (et

Ardyes dans le Valais), Carnutes, Carocotinum (Crotoy), Carpentoracte

(Carpentras), Corsisi, Carsis ou Cassis, Corbilo (Coiron-sur-Loire),

(Turones?) Ces analogies avec le basque sont probablement fortuites.

Le mot même de _Bri_tannia ne dériverait-il pas de cette racine

féconde? prydain, brigantes?

[Note 393: On peut cependant citer encore Mauléon en Gascogne et en

Poitou (Maulin en basque).--En Bretagne: Rennes, Batz, Alet, Morlaix.

(On trouve dans les Pyrénées: Rasez, Roedæ, pagus Redensis ou

Radensis, comme Redon, Redonas, Morlaas, etc.--On trouve encore en

Bretagne un Auvergnac, un Montauban du côté de Rennes.)--Les mots

Auch, Occitanie, Gard, Gers, Garonne, Gironde, semblent aussi

d'origine basque.--Montesquieu, Montesquiou, de Eusquen?]

_Brigan_tium en Espagne chez les Gallaïci, _Brigoe_tium en Asturie. De

même en Gaule _Brigan_tium et le port _Briv_ates.--En Bretagne, les

_Brigan_tes, et leur ville Isu_brigan_tum; le même nom de peuple se

trouve en Irlande.--_Brigan_tium, sur le lac de Constance,

_Brege_tium, en Hongrie, sur le Danube. En Gaule, sur la côte sud, les

Sego_briges_; dans l'Aquitaine propre, les Nitio_briges_ (Agen);

Samaro_briva_ (Amiens); Eburo_briva_ entre Auxerre et Troyes;

Baudo_brica_, au-dessus de Coblentz, Bonto_brice_ et ad Mageto_bria_,

entre Rhin et Moselle; en Suisse, les Lato_brigi_ et Lato_brogi_; en

Bretagne, Duro_brivæ_ et Ouro_brivæ_; Arto_briga_ (Ratisbonne) dans

l'Allemagne celtique.

Recherches de noms celtiques dans des noms de lieux ibériens (p. 100):

_Ebura_ ou _Ebora_, en Bétique et chez les Turduli, Edetani,

Carpetani, Lusitani, et Ripe_pora_ en Bétique, _Eburo_britium chez les

Lusitani; en Gaule, _Eburo_brica, _Eburo_dunum; sur la côte

méridionale, les _Eburo_nes, sur la rive gauche du Rhin, Aulerci

_Eburo_vices en Normandie; en Bretagne, _Ebora_cum, _Ebura_cum; en

Autriche, _Eburo_dunum; en Hongrie, _Ebu_rum; en Lucanie, les

_Eburi_ni? le gaulois _Epore_dorix, dans César?

Noms celtiques en Espagne.

Ebora, Ebura, Segobrigii (?), p. 102. Les _Segobriges_ sur la côte sud

de la Gaule. _Segobriga_, villes espagnoles des _Celtibériens_;

_Segontia_. Segedunum, en Bretagne. _Segodunum_, en Gaule. _Segestica_,

en Pannonie.--En Espagne, _Nemetobriga_, _Nemetates_.--_Augustonemetum_,

en Auvergne, _Nemetacum_, _Nemetocenna_, et les _Nemètes_ dans la

Germanie supérieure, _Nemausus_, Nîmes; de l'irlandais _Naomhtha_ (V.

Lluyd), sacré, saint?

Page 106.--Recherches de noms _basques_ dans les noms de lieux

celtiques. En Bretagne: Le fleuve Ilas. Isca. Isurum. Verurium. Le

promontoire Ocelum ou Ocellum. Sur le Danube, entre le Norique et la

Pannonie, Astura et le fleuve Carpis. Urbate et le fleuve Urpanus.--En

Espagne: Ula. Osca. Esurir. Le mont Solorius. Ocelum chez les

Gallaïci...

Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10) · 第 24 / 37 段