Ceci m’amène à ce que j’appelle le grief national. Le Juif est accusé de
dénationaliser les peuples au milieu desquels il vit. Reproche grave
dans un siècle comme le nôtre, où l’esprit national a dominé tous les
peuples.
Le Juif, dit-on, est un élément inassimilable, non seulement à cause de
sa religion, quoique à vrai dire, c’est la religion qui conserve le
Juif; mais par le fait même de sa race. C’est un Sémite. L’importance
attachée, par l’antisémitisme moderne, à l’idée de race se manifeste par
le nom même qu’il s’est donné. Pour être exact, il eût dû s’intituler,
modestement, antijudaïsme; car s’il existe, vraiment, une race
sémitique, la plupart de ses représentants n’ont rien à faire avec nos
antisémites. Les ennemis d’Israël ont voulu, par le pédantesque mot
d’_antisémitisme_, indiquer qu’ils s’attaquaient au Juif, comme à un
élément ethnique, à un élément oriental, et pour ainsi dire comme à un
corps étranger introduit dans les chairs des peuples aryens.